Les Etats-Unis ont une histoire populaire

Conseillé par Benjamin Desveaux, libraire, lors de la soirée de ce 30 octobre, réunissant à la librairie Millepages, sise à Vincennes, deux supporters de Barack Obama, Eddy L. Harris et Jake Lamar, ce livre d’histoire américaine, d’Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis, De 1492 à nos jours, aux éditions Agone (2003).

Le mot de l’éditeur :

Cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habituellement peu. L’auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle.

Le mot du libraire :

Une histoire hors des clichés battus.

Dix vers cités, dix langues sauvées

  

Les 10 millions de créolophones dans le monde ont sans doute de quoi se réjouir en ce 28 octobre, Journée internationale de la langue et de la culture créole. Les Simon aussi, dont c’est la fête aujourd’hui.

Dans leurs archipels de résistance, les francophones du Pacifique, estimés au nombre d’1 million sur les 200 que compte la planète, peuvent aussi pavoiser : le premier forum francophone du Pacifique a été inauguré ce mardi soir en Nouvelle -Calédonie. Selon l’AFP,   » La Nouvelle -Calédonie  doit être un point de rayonnement pour la francophonie dans cette région du monde », a déclaré Christian Philip, représentant personnel de Nicolas Sarkozy pour la francophonie. Dans cette région à dominante anglosaxone, M. Philip a déclaré :  » la francophonie n’est pas un combat contre l’anglais, mais un combat pour la
diversité linguistique « .

Nonobstant, on apprend que Radio France Internationale (RFI) envisage d’arrêter la diffusion de ses programmes en six langues (allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien), faute d’audience. D’autres langues devraient en revanche être développées, selon le projet de la direction : le français, l’anglais, le  » portugais-brésilien « , l’espagnol, le haoussa (langue officielle au Nigeria, parlée par 50 millions de personnes en Afrique de l’Ouest) et le swahili (langue de 30 à 50 millions de personnes en Tanzanie, Congo, Comores et Mayotte).

On pense à Edouard Glissant qui aime à dire :  » J’écris en présence de toute les langues du monde.  » Dans un entretien accordé à Anne Laffeter des Inrockuptibles, publié ce jour, le poète répond à la question  » L’imprérialisme culturel, notamment celui de la langue, va-t-il perdurer ? « 

Réponse d’Edouard Glissant :

Non. L’hégémonie de l’anglo-américain ne peut se faire qu’au détriment de la langue anglaise en premier lieu. L’anglo-américain est une langue que l’on pourra parler avec entre 500 et 1 000 mots pour gérer les relations internationales, le commerce, les techniques scientifiques, etc.

Or une langue est un corps vivant, qui avance, qui recule, qui a des zones d’ombre, d’hésitation. Je ne crois pas que ce soit une solution viable, pour ce que j’appelle le Tout-Monde, qu’il y ait un usage exclusif d’une langue, puissante dans son étendue, faible dans sa structure. Je crois à l’avenir des petits pays, des lieux qui échappent à la logique infernale des globalisations, qui vivent d’inventions, de ce que vous appelleriez des expédients. Je crois que dans le monde brassé, multiple vers lequel nous allons, les langues vont multiplier leurs possibilités d’existence et de relation.  »

A RFI, langues supprimées, 6 langues  » développées  » ? Le compte y est-il ? Dans le Tout-Monde, des langues qui vivent  » d’expédients « …  Dix vers cités, dix langues sauvées.

19 secondes 83 centièmes ou Mexico

Avec dix-neuf secondes et quatre-vingt-trois centièmes, ce mercredi 16 octobre 1968, à Mexico, Tommie Smith est champion olympique du 200 mètres. Il monte sur la plus haute marche du podium, il lève son poing droit ganté de cuir noir. Il le fera avec son compagnon de l’équipe américaine, John Carlos. Un geste pour en finir avec la ségrégation, les lynchages des Noirs, l’humiliation, les bus et les logements réservés aux seuls Blancs.

Pierre-Louis Basse se souvient de la retransmission à la télévision, avec son père, professeur de gymnastique à Nanterre. La mort de Martin Luther King. Livre publié en octobre 2007.

Internet c’est bon pour le cerveau


Des scientifiques américains ont découvert que les personnes d’âge moyen et plus âgées faisant régulièrement des recherches sur internet stimulaient davantage des centres clé du cerveau contrôlant le processus de décision et de raisonnement complexe, selon une recherche publiée mardi.

Ces observations montrent que les activités consistant à faire des recherches sur internet pourraient contribuer à stimuler les fonctions cérébrales voire à les améliorer, expliquent ces chercheurs de l’Université de Californie à los Angeles dont les travaux paraissent dans la dernière édition de l’American Journal of Geriatric Psychiatry.

Les auteurs de l’étude ont travaillé avec 24 sujets neurologiquement normaux âgés de 55 à 76 ans. La moitié de ce groupe avait de l’expérience dans la recherche sur internet tandis que les autres 50% n’en avaient pas.

(…)

« Notre découverte la plus frappante a été que les sujets faisant des recherches sur internet ont paru mobiliser davantage de circuits neuronaux qui ne sont pas stimuler par la lecture mais seulement chez ceux ayant une expérience de recherche sur internet », souligne le Dr Gary Small, le principal auteur de l’étude et directeur du Centre de recherche sur la mémoire et le vieillissement de l’Université de Californie (UCLA).

« La recherche sur internet stimule des activités complexes du cerveau qui pourraient contribuer à faire travailler le cerveau et à améliorer son fonctionnement », selon ce scientifique.

(Source : AFP 15.10.08)

Minorité noire, minorité latino

Témoin du bilinguisme voire du biculturalisme grandissant des Etats-Unis de l’ère Obama, cette Encyclopédie de l’espagnol des Etats-Unis, édité par l’Institut Cervantès et présenté le jour de la Fête nationale espagnole à Madrid (El País du 13/10/08 ).

Dirigé par López Morales, ce livre de 1 200 pages est signé par 40 experts du monde latino (notice détaillée ici).

Aux Etats-Unis, 15% de la population est d’origine hispanique, et en 2050 le pays devrait être le premier pays hispanophone au monde avec quelque 130 millions de locuteurs.

Les bilingues anglais/espagnol gagnent en moyenne 17 000 dollars de plus par an.

A lire, en français, cet essai publié en 2005, de James Cohen, maître de conférences à l’université Paris VIII (Saint-Denis) et à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Paris) :

« Phoque » ou « Fuck », la culture canadienne en deux mots

Découvert ce clip Culture en péril, en consultant le blog de Thomas Spear.

Le gouvernement canadien de Stephen Harper a annoncé le 8 août dernier la « coupure » [en français canadien] de deux programmes de subvention pour la promotion culturelle. Au total, une quinzaine de programmes – pour un montant de 45 millions d’euros – considérés comme désuets et mal utilisés, ont été abandonnés par le gouvernement depuis avril dernier.

Pourtant, investir dans la culture est financièrement rentable. Du moins, c’est le message de la vidéo « Culture en péril » à laquelle ont participé le chanteur Michel Rivard, le comédien Benoit Brière et l’humoriste Stéphane Rousseau.

Ce film tacle au passage les deux « solitudes » linguistiques du Canada, en mettant en scène un dialogue absurde entre des artistes francophones et des fonctionnaires anglophones obtus chargés d’analyser leurs demandes de subventions.

Le buzz monte sur fond de campagne électorale, les élections fédérales étant prévues pour le 14 octobre. (Source : Les Observateurs, site participatif de France 24).

Création 1 / Langue de bois 0 (Frankétienne)

La création face à la langue de bois… beau sujet de philosophie ou de café littéraire. Quand il s’agit de l’appliquer à l’œuvre de Frankétienne, un colloque s’impose. Il était signalé ici le 18 mai dernier. Vous avez été patients, vous le méritiez : la réflexion de Marie-Edith Lenoble est dorénavant en ligne.

L’universitaire nous propose un texte d’une grande lisibilité, un belle analyse, que l’on verrait bien en préface ou postface de l’Oiseau schizophone, édité il y a dix ans cette année par Jean-Michel Place. A remarquer, en particulier, les « stratégies lingusitiques de résistance », que sont le collage ou  » le retournement de l’euphémisme « .  » À toutes les langues de bois, et à leur rigidité maladive, Frankétienne aura ainsi opposé une langue de feu, capable de les dévorer et de les réduire en cendre et ce faisant de produire un éclat incomparable. « 

Introduction :

 » Les discours d’un régime dictatorial, comme celui d’Haïti au temps des Duvalier, s’approprient la langue, les mots et les vocables, pour les mettre à son service. Face à une ou des langues totalitaires, comment le poète peut-il encore s’exprimer, vers quelle idée, vers quelles valeurs peut-il se tourner alors que tous les mots sont corrompus, toutes les phrases mensongères, toutes les déclarations vides de sens ? C’est à cette question que se confronte Frankétienne dans l’Oiseau Schizophone, œuvre indéfinissable, à la croisée du roman et du poème, « spirale » – dans le courant du spiralisme dont il est avec Jean-Claude Fignolé et René Philoctète l’un des chefs de file. Il développe une poétique de résistance où la quête esthétique devient une manière de lutter contre l’oppression des dictateurs aussi bien que contre une forme de fatalité qui semble frapper Haïti depuis près de deux siècles : la résignation, le renoncement…  »

La suite sur le site du Rusca.

A lire aussi, du même auteur, Marie-Edith Lenoble, Frankétienne, maître du chaos, dans Trans, revue de littérature générale et comparée, n°6 : Ecriture et chaos.

L’usage du temps (Mona Chollet)

A consulter le site de Périphéries, et le texte très stimulant de Mona Chollet sur l’usage du temps :  » Le temps à profusion, à discrétion, le temps pour soi, celui qui permet de respirer, de divaguer, de s’ancrer profondément dans le monde, est un trésor rare que l’on doit arracher à un quotidien minuté, saturé. «  A lire toutes affaires cessantes.

Un  » Éloge « , un rien coûteux

À hauteur de la caisse, librairie de Paris, place de Clichy, à Paris. Cet opuscule minuscule, Eloge de rien. Epais comme rien (58 pages) au coût de 3 euros. Publié par Allia, dédié à Personne, signé Anonyme, une réédition d’un ouvrage publié en 1730, en plein Siècle des Lumières, explique l’éditeur d’aujourd’hui,  » il s’inscrit dans la tradition des éloges parodiques de l’Antiquité grecque – on doit à Lucien un Eloge de la mouche, à Synésios de Cyrène celui de la calvitie – et de la Renaissance, avec Erasme et son Eloge de la folie. Cependant, l’auteur pousse ici cette logique jusqu’à l’absurde, tournant en dérision les éloges académiques de son siècle, occasions de célébrer les sciences, la littérature et les arts. En ne glorifiant que le Rien, sous toutes ses formes, cet ouvrage défie le ton grave et solennel, cultive à plaisir les paradoxes. En ne chantant les louanges de Rien, l’auteur célèbre tout et Rien.  »

Cet Eloge de rien semble parfaitement adapté à la collection 3 euros d’Allia, qui la présentait ainsi en février dernier :

 » Un livre à 3 euros, (…) c’est un moyen d’accéder à la culture en évitant les pièges du numérique, gratuit, certes, mais non sélectif et souvent peu fiable.
On observe aujourd’hui, avec ces nouveaux supports, une forme de boulimie de consommation culturelle. Pourtant, il est évident que l’assimilation de ces produits d’accès illimité dépasse largement les capacités d’un individu, et entraîne un manque de maîtrise de la connaissance, favorise et révèle une approche intellectuelle mal structurée. Le livre demeure le seul rempart contre ces dérives, la seule façon de reprendre possession de nos capacités de discernement, de faire un choix véritablement personnel.

Or, le prix des livres freine de plus en plus l’acte d’achat. Une collection à 3€ autorise le lecteur à prendre un risque (ce que l’accès à la culture gratuite est en train de faire disparaître) et provoque une excitation sensible et presque sensuelle.

Malgré la possibilité de télécharger des ouvrages à partir des bibliothèques numériques (telles que Gallica), l’objet livre reste irremplaçable. (…)  Tout se joue maintenant : au moment même où les pratiques de lecture changent. Si l’introduction du numérique a modifié l’accès à la culture : lancer une collection à 3 euros, c’est façonner, à long terme, des habitudes de lecture déterminantes, en particulier pour les jeunes générations.  »

En somme, toutes choses égales par ailleurs, cet  » éloge  » est un rien coûteux.

L’Enfant du peuple ancien : toute l’humanité lui appartient

L’enfant du peuple ancien d’Anouar Benmalek (2000) a été publié en Livre de Poche cette année. Ce roman d’aventure historique à haute portée politique, terriblement captivant, raconte un génocide oublié, celui des Aborigènes de Tasmanie, à travers la figure d’un enfant survivant, Tridadir,  » l’enfant du peuple ancien « .

L’argument en trois lignes :  » En 1918, dans l’Etat australien du Queensland, Kader assiste à l’agonie de Lislei, sa femme, et se souvient de Tridarir, leur fils adoptif. Ils se sont rencontrés alors qu’ils s’évadaient du bagne de Nouvelle-Calédonie sur un bateau avec Tridarir à son bord. L’enfant, dont les parents ont été tués par des chercheurs avides d’ossements à vendre aux musées, était le dernier Aborigène de Tasmanie.  »

Traduit en huit langues, il est en projet d’adaptation au cinéma.

Si l’on y revient aujourd’hui, c’est pour signaler l’entretien signé Nadia Agsous d’Anouar Benmalek, publié ce 24 septembre par Le Mague.

 » En écrivant ce livre, se souvient l’écrivain, à aucun moment je n’ai eu le sentiment que je m’éloignais de l’Algérie. Bien au contraire, j’avais la conviction que je participais en tant qu’Algérien à la grande aventure de l’Humanité. Le fait d’appartenir à tel ou tel pays ne doit pas constituer une entrave à l’expression de ma part d’Humanité. Je fais partie de plusieurs mondes. Et un écrivain n’est pas réduit au pays dont il est issu. Toute l’Humanité lui appartient.  »

Selon l’écrivain Mohamed Dib, L’Enfant du peuple ancien est un roman qui a permis de « sortir de la ghettoïsation de la littérature maghrébine ».

Son dernier roman Ô Maria, vient tout juste de sortir en version Livre de poche.

Anouard Benmalek a été de 1988 à 1991, Secrétaire général du Comité algérien contre la torture (CACT). En Algérie, en octobre 88, des jeunes ont manifesté pour réclamer des conditions de vie plus décentes. Ces événements ont causé des centaines de morts par balle et des actes de torture.

Voir le site de l’auteur, 20 ans après Octobre 88.