Slam debout à Bobigny ; Assises de questions à Lyon

Recherche don d’ubiquité

Ubu roi chez soi

Loi du mot à mot

De moi à toi

D’équité

En toute intranquillité…

A Lyon, les Assises internationales du roman, An II

A noter, ce mardi, à 19h30, la table ronde  » La fissure géographique  » avec Nuruddin Farah (Somalie), Fatos Kongoli (Albanie), Dany Laferrière (Québec / Haïti) et Elif Shafak (Turquie), présentée ainsi :

 » Un des personnages de La bâtarde d’Istanbul d’Elif Shafak dit vivre dans une fissure géographique. Cette métaphore suggestive traduit la complexité de certaines identités nationales et territoriales qui sont des zones de conflit. Ayant du mal à s’apaiser, elles laissent ouverte la question de leur définition. Comment les romanciers peuvent-ils rendre compte de la réalité de ces zones de faille géopolitique et souvent de la diversité de leurs langues ? Vers quel type de langage s’orientent-ils qui puisse saisir les écarts et les différences qui mettent en crise leur pays ? Leur lien avec ces identités complexes a-t-il nécessairement une influence sur leur écriture ? Quelle liberté peuvent-ils trouver ? Quelle distance peut leur donner le roman par rapport à ces questions sensibles ?  »

A Bobigny, le Grand slam de poésie, An II :

Une centaine de slameurs français et étrangers participent du 27 au 31 mai aux joutes de poésie urbaine du « Grand slam de poésie » et à la Coupe du monde de slam. Les épreuves éliminatoires ont débuté mardi soir. Seize équipes de quatre poètes sont en compétition dans ce tournoi. Quarante ans après 1968, les organisateurs promettent une poésie « des plus contestataires et subversives ».

Parallèlement, les slameurs de 16 pays s’affronteront en « Coupe du monde ». Les performances des artistes (textes de trois minutes maximum, sans musique d’accompagnement) seront « notées » à chaque round du tournoi par des juges choisis parmi le public.

A suivre, en particulier, Tsiky, 17 ans, terminale L au Lycée Français de Tamatave, gagnante du Grand Slam national de Madagascar. Sa profession de foi :  » Pour moi le slam n’est qu’un nom qui permet d’identifier un art ancestral qui se pratique encore à Madagascar : kabary, hain-teny, angano, tononkalo… Le verbe est sacré sur cette île de culture et de tradition orales oú la parole est reine et l’orateur un roi.

Umar Timol (site rénové)

 » Le français demeurera langue inconnue, étrange et étrangère, mais elle sera aussi langue nouvelle, langue rêvée, langue de l’inimaginé, ma langue, mo langaz, langue macérée et mélangée, langue-océan qui réensemence mes origines et qui embrase mes lendemains. « , extrait du site rénové du poète mauricien Umar Timol. A consulter en français ou en créole…

Un état de poésie, Jean Onimus…

Le dimanche, c’est jour de marché. Rituel bonhomme, langueur assumée, corps bringuebalé vers les fruits de saison et les légumes du jour. Entre l’apiculteur venu vendre les produits de la ruche et le vendeur de tapis… une libraire de livres anciens. Son étal est un bonheur, fait de pépites, beaucoup de poésie, de la littérature pour psy., quelques beaux livres, des raretés, des éditions originales, des épuisés. Des livres d’ésotérisme. Une mine d’or, entre les odeurs d’accras et les douceurs d’olives.

Cette semaine, parmi les perles : Expérience de la poésie, de Jean Onimus, publié par Desclée De Brouwer en 1973. En sous-titre, quelques voleurs de feu allument la curiosité de ce dimanche ensoleillé : Saint-John Perse, Henri Michaux, René Char, Guillevic, Jean Tardieu, Jean Follain, Pierre Emmanuel. L’introduction fait 21 pages. A lire debout, toutes courses cessantes. Les fraises attendront.

Extraits :

« Nous pensons qu’il existe, en dehors de toute production littéraire, un état de poésie qui peut se définir comme une pénétration dans les profondeurs de l’existence. Ce peut être, par exemple, la brusque prise de conscience de l’instant vécu dans sa gratuité, sa singularité, sa merveille. Le regard habitué, hébété, s’avive, la conscience s’ouvre à sa propre existence comme une plante à la lumière : il suffit d’une métamorphose, d’une conversion intime qui peut être fugitive, improductive, mais qui fait de tout homme potentiellement un poète. Du reste les poèmes valables de notre temps visent beaucoup moins à être des œuvres d’art que des fragments d’existence  » arrachés à la gueule du néant  » et portés par l’art à une sorte d’incandescence.

(…)

Le poète n’est pas seulement un ouvrier du langage, virtuose d’orfèvreries verbales : son action est surtout de rupture. Il fait subir au discours une série d’électrochocs qui dispersent le flux qu’on appelle un peu vite  » flux sémantique « . Son travail vise à créer un autre  discours, radicalement différent. Tous les moyens sont bons pour briser ce flux : coupes en versets, absence de ponctuation, blancs, majuscules, abondances de figures telles les énumérations, les anaphores et refrains litaniques, les redondances systématiques et toutes les alliances insolites… Opérations qui toutes convergent en direction d’un ralentissement ou d’un désarroi de la lecture, d’un doute chez le récepteur, d’un brouillage dans la communication.

(…)

L’usure du langage condamne à une perpétuelle invention métaphorique : on cherche à provoquer le choc qui renouvellera l’information. Mais rien ne se détériore aussi vite que les métaphores. L’art du poète consiste à intégrer à son langage une couche toujours aussi neuve d’analogies inédites et d’images ; ce n’est pas l’expression d’une vérité qu’il cherche à affûter : tout au contraire, nous l’avons dit, il fuit les idées, mêmes les plus vraies. Son langage est analogique parce qu’il est lourd de ce qu’il faut bien appeler des  » totalités « . Comment cerner valablement, comment désigner ces forces, ces pulsions, ces fièvres d’adoration ou d’horreur qui l’animent sinon par des réseaux de métaphores, où  » l’image chasse l’image  » [Bergson, La Pensée et le Mouvant, p. 21O], afin de susciter chez le lecteur un dynamisme intime parallèle. »

Ce dimanche de marché était un état de poésie.

Je te cherche dans l’ombre de mes mots…

 

Anti-poèmes et réel dans leur paradoxe sont au menu… de la revue de poésie mauricienne, Point Barre, dont le n° 4 vient de paraître aux éditions Le Cygne, et qui présente ainsi son objet :

 » Point barre est la première revue mauricienne entièrement consacrée à la poésie d´aujourd’hui. La publication est ouverte à tous les poètes, locaux et étrangers, quelles que soient leur sensibilité et langue d’expression. Point barre compte parmi ses collaborateurs réguliers la plupart des jeunes auteurs mauriciens : Umar Timol, Yusuf Kadel, Michel Ducasse, Alex Jacquin-Ng, Gillian Geneviève, Sylvestre Le Bon, Ananda Devi…

Dans un entretien à L’Express (à l’hebdo mauricien), on retiendra ce dialogue :

« A Maurice nous n’avons pas un grand public de lecteurs et pour la poésie c’est encore pire. », observe Michel Ducasse, l’auteur de Calindromes. Il y a, dit-il, cette perception que la poésie « est une affaire des gens qui sont dans les airs, des rêveurs. Les gens pensent aussi que la poésie est quelque chose de compliquer. » Si beaucoup de progrès a été noté depuis l’indépendance, surtout pour la langue maternelle qu’est le créole, « il reste encore à faire. Parski kreol pa enkor rekonet.», ajoute Alain Ah-Vee.

Extrait de Point Barre :

La poésie m’emmerde (Francis Ricard). Il n’y a d’écriture que risquée. On le sait depuis Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Desnos, Ginsberg, Kerouac, Novarina, Pey, Siméon, etc. C’est en cela que le poète est  » voleur de feu « , c’est-à-dire qu’il prend le risque de se brûler, de brûler, de nous brûler. La plupart des autres écrivent dans des bureaux climatisés.

Africultures consacre une analyse à cette livraison, sous la plume de Catherine Boudet, qui se cite elle-même, ce qui ne peut pas faire de mal :

Du poème-paille-en-queue du poète mauricien Anil Gopal à la déclinaison-sida en A du Belge Arnaud Delcorte, du poème en onze dimensions du Bulgare V.K. Valev au haïkon (anti-haïku) de la Réunionnaise Catherine Boudet, c’est toute une anti-grammaire du monde qui se dessine, dite par «  d’autres lèvres encore pour mieux avaler la salive du silence  » (Ananda Devi) et par laquelle «  s’écoulent les montres molles à contretemps forcément  » (Yusuf Kadel).

 

Au Sud des Cahiers, on plonge dans le Grand Sud des mots de Ducasse, qui n’ont rien de l’anti-poème : « Je te cherche dans l’ombre de mes mots. Pour solder impuissant ton compte de silences. »

 

 

Armes miraculeuses

Le Parisien de dimanche titre en Une :  » Météo : on veut du soleil « .

Dans le film Il va pleuvoir sur Conakry (sur les écrans le 30 avril), une prière collective provoque la pluie après une longue période de sécheresse. En coulisse, les politiciens, qui avaient connaissance des prévisions météo, ont exploité la crédulité des religieux comme de la population.

A Paris, voici les solutions suggérées par le journal et ses lecteurs pour lutter contre le manque de soleil et un moral en berne : les U.V. des cabines de bronzage, les crèmes autobronzantes, les vitamines et les compléments alimentaires.

Crédulité dans un cas, placebo dans l’autre, un poème de Césaire, chacun ses Armes miraculeuses.

Les Indes en lecture intégrale

Assisté à la Bibliothèque Robert-Desnos de Montreuil, banlieue Est de Paris, à une belle lecture par la comédienne Sophie Bourel – rythmée par le créole de la voix haïtienne de Clorinde Zéphyr – de l’intégralité des Indes, long poème d’Edouard Glissant, parmi ses tout premiers (1956), où s’amarrent les mémoires d’une époque fabuleuse et cataclysmique, la Découverte des Indes en Caraïbe, et d’une époque de catastrophes, la Traite.

Glissant donne rendez-vous aux Parisiens le 30 mai à l’Espace Agnès B. pour le dernier séminaire de l’année de l’Institut du Tout-Monde , avec l’intitulé : Philosophie du Tout-Monde ; et le 31 mai à la Halle Saint-Pierre pour une série de lectures…

Poésie 2 : Glaneuses, glaneurs hors de toutes brisées

Glaneuses, glaneurs hors de toutes brisées, comment remplacer la pub à la télé ?, se demande le poète.

Placer la poésie en prime time permanent,
Faire donner des flopées de haïkus en rafale,
User des OGM (Odes Générales Mogholes),
Faire fi de tout bois,
Pub(lier) à bon compte d’auteur,
Se lier aux lianes ligneuses des rhizomes horizontaux,
S’affairer en folles figures figées,
Appeler quelque limier en liminaires,
Filer sans ratures les muses en filatures,
Déjouer les attendus,
Bifurquer les sens en tous sens,

Faire tomber de biais sur les codes.

Poème 1 : Eloge de l’autre

Il est des résistants

organisés

en brigades d’interventions poétique

qui célèbrent l’éloge de l’autre,

tentative dérisoire, magnifique et gratuite,

de rêche droiture

dans le flux fou de l’obscène quotidien,

cascade cathodique d’images et de mots.

Il est des rescapés,

brise-lames

à l’ordre établi.

Leur style revêche

sculpte l’effluve du temps.

Il est des survivants

au mot en bataille,

griots de vieille sapience,

pointillés en souffrance tenaces.

Où travaillez-vous ? (Eloge de l’autre)

Jour J pour le Printemps des poètes, dont le thème est cette année  » Éloge de l’autre « . Ouverture de la quinzaine, ce soir au Théâtre Mogador . Pour l’occasion, citons Derek Walcott :

 » Dans les Caraïbes, j’ai une maison avec une vue extraordinaire. Mais pas quand j’écris. C’est mon seul conseil : n’écrivez jamais avec une fenêtre donnant sur la mer. Car vous finirez comme un de ces idiots qui se croient poètes parce qu’ils ont l’air inspiré. « 

telle est la réponse faite par le prix Nobel en 2004 à Didier Jacob, du Nouvel Observateur qui demande aux écrivains  » Non pas comment ils travaillent, mais où. C’est la question que j’ai souvent posée, depuis quelques années, en fin d’interview, aux écrivains que j’ai rencontrés. «  Les réponses d’une trentaine d’écrivains sont sur son site Rebuts de presse.