Obama…  » L’Intraitable « … succès de librairie

L’intraitable beauté du monde, d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, consacré à Obama, symbole de créolisation, et à l’utopie portée par son élection (voir note d’hier), est en passe de devenir un succès de librairie. Un premier tirage de 10 000 exemplaires a été écoulé. Un second tirage de 10 000 vient d’être commandé par l’éditeur (Galaade). Certains l’achète par trois exemplaires. L’Intraitable… est un livre de poche pour toutes les poches, une forme de Tout-monde sans peine… enfin sans peine, faut tout de même le lire… 57 pages c’est pas trop pour faire le tour du Nouveau monde.

De la Réunion, Rougay le mo

Rougay le mo est un recueil de littérature réunionnaise contemporaine qui regroupe un ensemble de textes écrits en français et en créole (de La Réunion) :

Selon les éditions K’A, ce recueil propose  » une parole se tisser en échos : celle d’une poétique réunionnaise qui interroge se pluralité linguistique et culturelle, son histoire tourmentée, son rapport au lieu, à l’île. Le français et le créole y entretiennent une relation résolument moderne qui, plus que jamais, montre que la littérature réunionnaise se construit dans la négociation de ses deux langues.
Textes de Boris Gamaleya, Sergio Grondin, Stéphane Hoarau, Vigile Hoareau, Céline Huet, Teddy Iafare-Gangama, KARM Claire, KOURTO Mikael, Franky Lauret, LODS Jean, MARIMOUTOU Carpanin, Serge Meitinger, Mathieu Minatchy, Lolita Monga, Nikola Raghoonauth, ROBèR André, Barbara Robert, ROBERT Jean-Louis, Françoise Sylvos, Patrice Treuthardt, Séverine Vidot.

Nouvelle-Calédonie, palmarès 2008


BD :

Il est une catégorie à lui tout seul… Bernard Berger. Depuis le premier tome de la Brousse en folie, en 1984, il occupe le haut de l’affiche. L’année 2008 ne rompt pas avec la tradition : son Petit Marcel illustré, édité par l’auteur, est crédité d’une vente de 3500 exemplaires par les librairies nouméennes ;

Juste après se classent les duettistes Niko et Solo, avec le tome 7 de Frimeurs des îles :  » Ménage à 4×4 « .

En documents, une révélation, imposée par les deux journalistes, Anne Pitoiset et Claudine Wéry, une biographie enquête, Mystère Dang, publiée par Le Rayon vert (1000 ex.). Nous y reviendrons en détail.

Vient ensuite, ce qui ne surprendra pas les amateurs de biodiversité, l’étude du botaniste Bernard Suprin : Les Plantes du littoral, aux éditions Photosynthèse (600 ex.) ;

puis l’ouvrage du regretté Luc Chevalier, historien disparu en 2008 : Ville du Mont-Dore, Terre de couleurs et couleurs de terre ;

Enfin, Le mystère Lapérouse, catalogue de l’exposition, Musée de la marine ; et l’essai d’Alain Picard, Ouvéa : quelle vérité ?, aux éditions Little big man.

En poésie :

Paul Wamo, J’aime les mots, livre-CD, Grain de sable/L’Herbier de feu

Et un seul roman :

Bernard de la Vega, Pour qu’un ciel flamboie, Grain de sable.

 

Enquête à Nouméa : Antoine Le Tenneur, de Télé NC, selon les chiffres déclarés par les librairies de Nouméa.

Distribution des livres : Pacific Book’in.

Hebdromadaires ? dites-vous…

Ma mère me disait :  » Tu ne seras jamais sérieux.  » J’ai dit :  » Non, jamais.  » Elle disait :  » C’est grave.  » Et elle avait raison. Quand les boueux sont en grève, c’est les orduriers qui protestent. Jamais on n’a pu répondre aux questions des enfants. Pour m’amuser, je pose encore des questions enfantines. La petite guérite ronde, aux carrefours, où un flic dirige (c’est une façon de parler) la circulation, on l’appelle  » cocotte-minute  » parce qu’il y a un poulet dedans et qu’il siffle tout le temps. (Jacques Prévert)

L’exposition Jacques Prévert, Paris la Belle, à l’Hôtel de Ville de Paris est gratuite, ouverte jusqu’au 28 février 2009, mais fermée les dimanches et les jours fériés. Dans ces conditions, les dimanches et les jours fériés, lisons Prévert, version Hebdromadaires, ou non.

Jacques Prévert : Pater noster (Paroles)

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

 Voir aussi A l’enterrement d’une feuille morte ici

De haute parlure, tels les coupeurs de route

Un bandit de grands chemins, de haute parlure,

tels les coupeurs de route… cet érudit nous dit :

« Les langues vivent de truchements habiles,

d’emprunts savants, sauvages ou subtils.

Les passe-frontière trépassent de lourds silences

ou traversent le Somaliland, le Balouchistan,

loin des Disneylands.

Quand poète outrepasse, remuent des accents.

Des citoyens aux armes miraculeuses,

Canons rimés à bout touchant,

lâchent des effusions de paroles profuses et propulsives. »

Le bandit banni louvoie devant l’octroi,

fuit les transes du nationalisme confit,

les quant-à-soi et les biffures de métissures.

Le coupeur chevauche de fières cavales d’oralitures.

Bifurcation ? pile ou face ?

Atterrissages, amerrissages, alunissages. Décalages ?

À l’horizon, des joutes de silex jettent des pointillés d’éclats.

Armure de paon, effet papillon,

papilles en attente, insuperposables à des guingois de limules,

reflets liquides de lentilles de phare.

Fleurissent des lentisques bringuebalants.

Au loin… îles… ailes…

Sans limite connue.