Le Printemps des poètes célèbre l’enfance

Avec le Printemps des poètes qui commence ce 5 mars pour une 14e édition jusqu’au 18 mars, c’est l’enfance qui nous donne rendez-vous avec des nouveautés d’édition qui font chaud au cœur.

On retrouve avec plaisir Bruno Doucey (et de nombreux poètes d’outre-mer), Alain Serres, Célia Galice comme anthologistes patentés…  pour autant de bouquets… pas forcément heureux, car ces enfances ont toutes les couleurs de l’âme.

« On dit souvent des poètes qu’ils sont de grands enfants. C’est un avantage : puisqu’ils n’en sont pas sortis, ils ne retomberont jamais en enfance. Bien sûr, ils vieillissent, comme tout le monde, mais en eux
« demeure l’enfant
comme la mer soupire
sur le sable du temps », écrit dans sa préface l’éditeur de l’anthologie Enfances, regards de poètes, Bruno Doucey.
Autour de lui, Jean L’Anselme :
« Dans un pays très pauvre,
je m’étonnais de la santé rayonnante
des visages des enfants.
Oui, m’a-t-on répondu, les autres sont morts.»

Thierry Cazals :
« L’enfant pense à son futur métier
Sera-t-il pêcheur
Ou cerisier en fleurs ? »

Marc Alyn, L’enfant poète :
« «Je pomme dans les tombes»
jubile l’enfant ébloui. »

Frédéric Jacques Temple :
« seul j’ai vieilli
mais demeure l’enfant
comme la mer soupire
sur le sable du temps »

Paul Thierrin : «Un midi, le vent, souvenez-vous, enfants, le vent nous empoigna par le derrière et nous étions trois montgolfières au-dessus de la ville.»

Ernest Pépin :
«Je sifflotais le monde
Les lucioles festoyaient dans mes mains
C’était cela l’enfance
Quand je prenais la vie pour un conte plus vrai
Que le chuchotement des étoiles.»

Aux côtés de Bruno Doucey, saluons également le travail d’Alain Serres avec Chaque enfant est un poème :

et Pourquoi ma grand-mère tricote des histoires ? chez Bayard, une anthologie de poèmes choisis par Célia Galice et Emmanuelle Leroyer :

L’énorme spirale de vent, le grand vortex

L’énorme spirale de vent, le grand vortex
décapite les îles du Grand Océan
et entraîne avec lui tous les soupirs de mer…
Les langueurs de nacre mauve et d’embruns soufrés
puisées à la surface plane du néant
se coagulent en solfatares puissants
qui cinglent et secouent, toutes voiles dehors
*
cela vient
des confins,
du large nulle part
où des îlots ignorés, à peu près sans nom
tourbillonnent soudain sur le vide des flots
puis cela déferle en un immense arc bandé
chevelure blanche de sorcière en furie,
colossale gifle sur les fragiles sols
qui semble encore plus
vouloir éparpiller
*
le cyclone
force et faiblesse de ces terres !
Patricia Laranco, Littérature mauricienne

[ANTANANARIVO, Madagascar (AP) — Le cyclone Giovanna a fait 16 morts et 65 blessés à Madagascar, a-t-on appris mercredi auprès des autorités.

Six personnes ont notamment été tuées dans l’effondrement d’un bâtiment à Alaotra Mangoro (est), selon Richard Ramandeamanana, un responsable gouvernemental dans cette région.

Le cyclone Giovanna a touché terre vers 1h du matin mardi 14 février à Brickaville, située à 250 km à l’est d’Antananarivo, s’accompagnant de fortes pluies et de vents violents. Certains quartiers à Antananarivo et ailleurs ont été inondés. Le gros de la tempête était passé mardi après-midi. AP]

À venir : Anthony Phelps, Nomade je fus de très vieille mémoire

Attendu avec impatience lors d’Étonnants voyageurs (Haïti, 1er-4 février 2012), Anthony Phelps viendra avec une nouveauté, l’anthologie de son œuvre poétique publiée par les éditions Bruno Doucey dans leur collections Tissages sous le titre de Nomade je fus de très vieille mémoire (à paraître en France le 9 février 2012). Un volume de 240 pages.

À noter dans l’œuvre poétique de cet auteur vivant à Montréal : Mon pays que voici. (P.J. Oswald, 1968, réédition Mémoire d’encrier, 2007) ; Une phrase lente de violoncelle (Éditions du Noroît, 2005) et Une plage intemporelle (Éditions du Noroît, 2011).

Lire une notice complète sur Île en île.

Le mot du jour : cluster (Syto Cavé / Alain Blondel)

Alain BLONDEL (Né en 1950)  Cluster Huile sur toile. Signée, datée «2010» et titrée au dos. 100 x 51 cmAlain Blondel, Cluster, huile sur toile. Signée, datée « 2010 » et titrée au dos. 100 x 51 cm

Cluster, le mot du jour, « grappe, groupe, ensemble », disons « agrégat » en français, titre d’une série de toiles d’Alain Blondel, qui aime aussi travailler dans l’écho amical du poète et dramaturge haïtien Syto Cavé, rencontrés tout deux aujourd’hui dans l’atelier du peintre, à Paris. Ces deux-là constituent un beau cluster d’amitiés et de créations, Syto aimant les villes où l’ont s’attache, Alain aimant la proximité de l’ailleurs.

Le poète venait d’émouvoir les quelques trop rares spectateurs du Dansoir, à Paris toujours, où il avait lu l’avant-veille, un extrait d’une belle poésie du mot du macadam et de la belle amour (forcément humaine, hein Lyonel ?), poésie-qui-ne-s’auto-célèbre-en-rien, extraite d’un livre récent, publié par Roger Tavernier chez Zellige, Une rose rouge entre les doigts :

« L’Artibonite est un fleuve… L’Artibonite est une chanson à mort… Il est fleuves comme des villes auxquels un chant redonne une âme : Paris, Syracuse, Port-Salut. »


Les mots de Syto sont comme une Artibonite d’aphorismes que dynamite un phrasé de rocs et de pluies. Son dernier recueil (Une rose rouge…) est bien dans l’esprit « cluster », un agrégat de textes anciens ou récents, un phrasé rocailleux mais plein d’amour, plein de couleur : « Le ciel était tout bleu et ma mangue houlait rouge. Elle faisait flot de lune et roulis d’un grand air, et me venait au cœur, et me prenait au nez, ronde et brune, dansait rouge sur la dune, et me tapait aux yeux, et me brûlait le corps jusqu’à me faire sauter ! Le ciel était tout bleu, mais le sol se fit rouge. Je me suis cassé les os, à cause de la lune, à cause d’un mango, à cause des mamelles de Madame Lopez. » (Voisin-voisine, Une rose rouge… p. 49)

Le mot d’un jour prochain, qui sait : houler.

Le loufiat indolent trône

Dans la nouvelle édition d’Au fil de l’eau suivi de Haïkais (Les premiers haïku français, 1905-1922), Éric Dussert [grand fourbisseur de marges littéraires, selon la MEL, lire sur FB aussi] nous gratifie de quelques exemples pour faire nos haïku nous-mêmes, empruntés à Émile Gribouri, Haïkaï du zinc, Ed. Fornax, 2004,

en 5, 7, 5 syllabes :

Au soir de sueur

Voir les vies depuis le bar

M’instruit tout à coup

ou en 7, 5, 5 syllabes :

Le loufiat indolent trône

Sert les bières nouvelles

Se tamponne du reste

ou en 5, 5, 7 syllabes :

Au café je lis

Je suis faible, vieux

client dont le verre bourgeonne

Le Nobel de littérature au poète suédois Tomas Tranströmer

Le comité Nobel a récompensé le poète suédois le plus connu et le plus traduit de sa génération. Tomas Tranströmer, né en 1931 à Stockholm, a été récompensé « car, par des images denses, limpides, il nous donne un nouvel accès au réel », selon l’Académie suédoise. Il a publié une quinzaine de recueils en 50 ans. Il est publié en France au Castor astral et chez Gallimard.

Son style introspectif, décrit par le magazine Publishers Weekly comme « mystique, versatile et triste », détonne avec la vie même du poète engagé dans un combat pour un monde meilleur, et pas seulement au travers de poèmes. (Le Figaro)

Dans La Grande Énigme, cet haïku, traduit par Jacques Outin :

Sur une saillie rocheuse
on voit la fissure du mur des trolls.
Le rêve, un iceberg.

Liens :


Une anthologie de poésie, Grand prix du livre insulaire d’Ouessant

À Ouessant, l’anthologie de poésie Outremer, trois océans en poésie, aux éditions Bruno Doucey a remporté le Grand prix du livre insulaire.

 

Présentation du livre lors de sa sortie, lors du Printemps des poètes :
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=33835

Découvrez L’anthologie « Outre-Mer, trois océans en poésie » à l’honneur du Printemps des poètes sur Culturebox !

Sur le Salon du livre insulaire (20 au 24 août) et autres friandises littéraires en terre bretonne, lire l’excellent Iles et Rias de Bretagne infos.

Voici l’ensemble du palmarès 2011 (Jean Métellus, président du jury) :

Grand prix du livre des îles du Ponant 2011
Christian Poslaniec et Bruno Doucey
Outremer, Trois océans en poésie
Éditions Bruno Doucey

Prix Beaux-livres
Matthieu Dorval et Chloé Batissou
Land’s end -Terres d’infini .2
Françoise Livinec Éditions

Prix essai, deux lauréats :
Mimerose P. Beaubrun
Nam Domi, le récit d’une initiation vodou
Editions Vents d’ailleurs
et
Louis Cozan
Un feu sur la mer, Mémoires d’un gardien de phare
Editions Les oiseaux en papier

Prix sciences, deux lauréats :
Christophe Serra Mallol
Nourriture, abondance et identité, Une socio-anthropologie de l’alimentation à Tahiti
Editions Au vent des îles
et
Teiki Huukena
Te Patutiki, Dictionnaire du tatouage polynésien des îles Marquises – Tome 1
Tiki Édition

Prix poésie
Jean-Luc Raharimanana
Les cauchemars du gecko
Editions Vents d’ailleurs

Prix Études littéraires
Jean-Michel Racault
Robinson & compagnie, Aspect de l’insularité politique de Thomas More à Michel Tournier
Éditions Petra

Mentions spéciales
Fred Theys
Les zazous…  1. L’initiation
Éditions Orphie
et
Elisabeth O’Sullivan, traduit de l’anglais (Irlande) par Hervé Jaouen
Lettres de la Grande Blasket
Édition-dialogues.fr

Prix polar
Raphaël Confiant
Citoyens au-dessus de tout soupçon
Caraïbéditions

Prix Littérature Jeunesse
1. Prix album
Laurence Coulombier et Modeste Madoré
Maki Catta
Éditions Océan

2. Prix roman
Corinne Champougny
Un cadavre dans les douves
Éditions du Petit pavé

 

Mes condoléances au pays nengoné (Denis Pourawa)

Après une flambée de violence sur l’île de Maré (Nouvelle-Calédonie), samedi 6 août, qui a opposé les chefferies kanak, sur fond de conflit sur le prix des billets de la compagnie domestique Aircal, en déficit chronique, et qui a causé la mort de quatre personnes et blessé une trentaine, le poète Denis Pourawa a écrit le texte suivant, qu’il nous a autorisé à publier sur Papalagui :

aoukolo Wénic mon frère :

le sang coule au paradis

coule mes larmes

mes larmes de frère

ce jour

le soleil qui s’est levé ce matin en kanaky

de quel feu a t’il chevauché les vagues de la mer

pour venir prendre la vie des enfants de notre paradis

prendre nos frères

le sang coule

kanaky

regarde tes mains

mon sang coule

et coule nos larmes

invisibles

mes condoléances au pays nengoné.