« Faire sortir de Centre Tjibaou de ses murs » (Emmanuel Tjibaou)

Deuxième fils de Jean-Marie Tjibaou, Emmanuel Tjibaou a pris la tête du centre culturel qui porte son nom il y a un mois. Extrait de l’interview des Nouvelles calédoniennes.

« Aujourd’hui, on se prépare en vue du transfert de l’établissement au pays. Nous voulons développer le volet actions de proximité. Il faut faire sortir le centre de ses murs, aller dans les quartiers. Les 2 000 ans qui nous ont permis de forger notre identité, ce sont les mêmes que pour l’Occident. Mais l’Occident a formulé ses propres réponses qui correspondent à un environnement urbain. Nous, nous avons produit nos références avec celles de la tradition orale. C’est légitime de chercher à trouver ses marques mais le problème c’est que chez nous, les lignes bougent. Ce qui fait qu’on est mal à l’aise dans le monde occidental et mal en tribu. C’est pour ça qu’il faut proposer des perspectives en se demandant quel projet de société on veut construire ? Le centre ne peut offrir que des outils et des moyens. La responsabilité est à la charge de chacun en parlant sa langue, en disant ses contes, ses chants, ses danses… »

L’émerveillement Dennis Nona à Rochefort

Prodigieuse, l’exposition d’estampes et de sculptures de l’artiste des îles du Détroit de Torres Dennis Nona qui présente ses œuvres à Rochefort (Charente-Maritime) au musée Hèbre de Saint-Clément (3 juin-30 septembre 2011), après l’ambassade d’Australie à Paris.

Un bronze monumental accueille le visiteur. Un crocodile de 3,60 m de long, chevauché par un homme hybride couché sur le dos. Ubirikubiri of the Awailau Kasa est son nom. Un couple de raies debout, Gubuka, l’une en aluminium, l’autre en bronze, plaque de nacre sur le poitrail, exécutent une danse amoureuse.

Deux autres techniques sont utilisées. L’une à l’eau-forte, l’autre en linographie sont utilisées.

Ce qui domine dans les 64 œuvres exposées : la richesse de l’imaginaire fondé sur les légendes transmises par le peuple de l’île de Badu où est né il y a 38 ans Dennis Nona. Empreintes de la nature et du cosmos. Animaux terrestres et marins, dugongs, tortues, etc.

Animaux et formes inventés, comme ce chien-dugong, nommé Umar Ar Dhangalau Kuik, le dessin d’un masque de danse inédit : « Il est très important pour notre époque non seulement de s’inspirer des récits anciens, mais aussi d’inventer de nouvelles histoires pour notre génération et les suivantes. »

Ce qui est notable : l’alliance de la mémoire d’un peuple et des techniques d’expressions modernes pour créer un bestiaire souvent monumental, toujours soucieux de mille détails.

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Découvrez Dennis Nona expose l’imaginaire mélanésien du Détroit des îles Torres sur Culturebox !

Poésie à Tahiti, en hommage à Jean-Marc Pambrun, avec Césaire et Char

 

 

 

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Présentation de la soirée par Riccardo Pineri :

Dans les jardins du Musée de Tahiti et des îles à Punaauia, aura lieu la Nuit de la poésie le vendredi 13 mai de 16 h à 22H. Cette manifestation se veut d’abord un hommage à la mémoire de Jean-Marc Pambrun, le directeur du Musée de Tahiti et des îles récemment disparu.

Les amis du poète et de l’écrivain, du dramaturge qui a participé depuis les années 70 au renouveau de la création culturelle tahitienne, ont décidé de convier une vingtaine de poètes et de lecteurs de poésie à cet hommage collectif où seront lus des textes en tahitien, en allemand, en italien, en anglais et leur traduction en français. Des jeunes musiciens du Conservatoire de Papeete accompagneront ces lectures où Leopardi, Hölderlin et Rilke, la parole matinale de Sappho et la jeune poésie tahitienne, la vigoureuse poésie d’Aimé Césaire et la « parole en archipel « de René Char,  feront entendre la polyphonie des langues dans la nuit polynésienne pour montrer comment  la poésie traverse les identités culturelles et fait signe vers un espace commun du sens de l’humain.

Jean-Marc Pambrun a partagé les chemins aventureux des jeunes intellectuels de son époque et a mis son talent au service du renouveau de la société polynésienne postcoloniale. Ses engagements politiques ont été  accompagnés, surtout dans les dernières années, par des interrogations sur le  statut de l’intellectuel, sur la création artistique en tant que le lieu où s’élabore et s’éprouve le destin de l’histoire. En ce sens, Jean-Marc Pambrun n’a cessé à la fin de sa vie de prendre ses distances par rapport au militant politique, de revendiquer le statut de celui que Salman Rushdie appelle « l’homme traduit », travaillant à la lisière des cultures, dans la dimension dialogique plutôt que dans la certitude de la fermeture sur soi des mondes.

couverture de l'édition de 2009 du livre de Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun, Les parfums du silence

Jean-Marc Pambrun avait participé pendant quelques années au Salon du livre d’Ouessant et  son livre Les parfums du silence avait été récompensé en 2004 par le « Prix de la fiction ». Ce détour par Ouessant avait été bénéfique, puisqu’il avait remis en cause les positions culturalistes arrêtées, la tendance partagée avec d’autres intellectuels tahitiens de la défense des traditions, nourrie  par le ressentiment  envers la culture occidentale. Le partage d’expérience avec les écrivains antillais, haïtiens ou des rivages de la Méditerranée avaient  approfondi chez Pambrun l’interrogation sur soi, relancé la recherche du sens de l’écriture et du témoignage.

La Nuit de la poésie veut être à la fois un témoignage mémoriel par rapport à l’ami disparu et une confiance renouvelée dans la vie  qu’implique tout acte poétique.

Et si mes mots ressemblent à la vie (Frédéric Ohlen)

Et si mes mots ressemblent à la vie,
S’ils ont à voir avec la Justice,
S’ils ont à voir avec le bonheur,
S’ils savent semer et sourire,
Tel un navire qui sait réunir les rives,
Alors seulement, j’aurais réussi.

selon les mots de remerciement de Frédéric Ohlen le 19 août 2010 à Nouméa, à l’occasion de sa remise des insignes de chevalier des Arts et des Lettres.

Frédéric Ohlen figure en bonne place dans Outremer, trois océans en poésie (éditions Bruno Doucey) :

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=33835Découvrez L’anthologie « Outre-Mer, trois océans en poésie » à l’honneur du Printemps des poètes sur Culturebox !

La mort de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, intellectuel polynésien

L’anthropologue, écrivain et artiste polynésien Jean-Marc Pambrun est mort le 12 février à Paris à l’âge de 57 ans. Son nom marquait sa double ascendance, père originaire de l’île de Ra’iatea (Polynésie française), mère d’ascendance ariégeoise et bretonne.

« Jean-Marc Pambrun était un intellectuel engagé, ardent défenseur de la culture. Sa dépouille sera rapatriée dans les jours qui viennent sur le fenua » (Les Nouvelles de Tahiti).

“Je crois que l’on ne se rend pas compte encore que l’on vient de perdre un des rares intellectuels polynésiens”, confie Heremoana Maamaatuaiahutapu, directeur de la Maison de la culture de Tahiti (La Dépêche de Tahiti).

Réaction de Gaston Tong Sang, président de la Polynésie française :

« Exerçant jusqu’à son décès les fonctions de directeur du Musée de Tahiti et ses îles, Jean-Marc Pambrun, était un homme d’idée et de réflexion, totalement investi dans l’action au service d’une cause, le développement culturel et artistique de son Pays. Ethnologue, écrivain et artiste, féru de culture polynésienne, il n’en était pas moins passionné par l’art contemporain qu’il affectionnait tout particulièrement. A n’en point douter, Jean-Marc laisse un grand vide dans le paysage polynésien et marquera à jamais l’histoire et la culture de notre Pays.

Son portrait par Vaite Urarii le site littéraire Île en île :

« Personnalité dérangeante autant par ses actes que par ses écrits, (…) il a porté la contestation dans de nombreux domaines de l’activité polynésienne : culture, recherche, enseignement, environnement, syndicalisme, journalisme… , Autant de facettes qui font de cet humaniste et intellectuel engagé, un auteur à part et créatif qui écrit dans les genres les plus divers : pamphlétaire, conteur, poète, essayiste, dramaturge, auteur de nouvelles. Par son éclectisme déroutant, il reste pour le moment un auteur inclassable. »

« Sans doute son engagement social a-t-il quelque peu ralenti une carrière d’auteur qu’on aurait voulu plus abondante. », écrivait Jean-Loup Ra’iatea Pambrun en 2002 dans la revue Litterama’ohi.

L’hommage de Julien Gué dans Suite 101 :

« S’il a effectué l’essentiel de son parcours professionnel dans le monde de la culture, y occupant d’importantes fonctions, ses fortes convictions et sa personnalité entière lui ont valu un parcours chaotique dû, pour l’essentiel, à son refus des compromissions et du silence.

Ainsi, au fil des années, il a alterné les périodes de disgrâce avec des fonctions majeures : directeur du département des traditions du Centre Polynésien des Sciences Humaines, chef du service de la culture de la commune de Faa’a, directeur de la maison de la culture de Papeete, conseiller auprès du gouvernement local à deux reprises, pour finir par être nommé, en août 2005, directeur du Musée de Tahiti et des Îles, Te Fare Manaha.

Son franc parler lui valut d’être limogé à deux reprises par deux ministres de la culture du président Flosse. Pour indocilité… »

Les origines sont au cœur de ses premiers écrits : La Fondation du marae – La légende du Scolopendre de la Mer Sacrée (1998), comme de son dernier texte publié le 9 janvier sur son blog, L’écriturien (notons l’autodérision), et titré Pour une généalogie de l’histoire anthropologique, philosophique et littéraire de la vision européenne de l’origine des Polynésiens, dont il se demandait « Pourquoi tant de disputes à propos de nos origines ? » et sujet d’un ouvrage en préparation, dont il publiait le premier chapitre.

Voir la Bibliothèque insulaire de Jacques Bayle-Ottenheim

 


Essais nucléaires français : 45 morts en 2010, selon l’AVEN

A l’occasion de la célébration du 15ème anniversaire du dernier tir des expérimentations nucléaires françaises, le 27 janvier 1996, l’AVEN dresse un triste bilan de leurs retombées, dans un communiqué signé de son président, Jean-Luc Sans : « Essais nucléaires : 45 morts en 2010, près de 800 nouveaux malades, et aucune indemnisation versée ».
A ce constat enregistré pour l’année 2010 auprès de ses adhérents, l’Association des vétérans des essais nucléiares (AVEN) ajoute les morts de Polynésie et d’Algérie, qu’ils soient d’anciens travailleurs sur site ou population locale.

L’AVEN demande à « À quand un suivi médical indépendant permettant aux vétérans d’accéder au principe de
précaution et d’avoir ainsi l’espoir par un dépistage précoce d’une éventuelle pathologie radioinduite d’anticiper les soins et d’allonger leurs espérances de vie ?
A quand la mise en place de la commission de suivi des conséquences des essais nucléaires inscrite dans le décret d’application de la loi Morin du 5/01/2010 permettant aux vétérans d’accéder à l’évolution de ce texte à minima qui ne tient pas compte du nombre de maladies reconnues radioinduites et réduit les zones de retombées au hasard de découpes arbitraires ?
A quand la décontamination réelle et indépendante et le suivi environnemental des sites d’expérimentations nucléaires permettant aux populations locales une vie sereine ?
45 morts, 800 blessés, combien en faudrait-il encore pour que les vétérans aient une réelle reconnaissance du pays pour service rendu à la nation ?
Tout est promis, rien n’arrive ; sauf la maladie, la souffrance, la déchéance et la mort dans l’oubli. »
Au moment où va s’ouvrir le festival international de la bande dessinée à Angoulême, à lire, la BD « Au nom de la bombe », de Albert Drandov et Franckie Alarcon, chroniquée dans Papalagui, 12/04/10

L’œil en noir et blanc de Jean-François Tremege

Un masque de sable, sur la plage de la tribu de Kurine à Maré (îles Loyauté, Nouvelle-Calédonie, Pacifique Sud), vu par Jean-François Tremege, dont on apprécie grandement le travail complice, comme ces cocotiers traversés par la lumière, même tribu, en 1998. À voir ou à découvrir dans cette galerie retraçant ses trois voyages sur le Caillou : Les sentiers d’une île.

La “Polarnésie” contamine les lecteurs de Papeete (Livres-Hebdo)

Dans un reportage d’Anne-Laure Walter à Papeete, la lettre quotidienne du magazine professionnel Livres-Hebdo relate l’engouement des Polynésiens pour le salon Lire en Polynésie qui « pour sa dixième édition s’est tenu du 14 au 17 octobre sur le thème du polar, (et) prend un tournant en parvenant à fédérer le public, les institutions locales et toute la chaîne du livre.

Cette manifestation, organisée par l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles (AETI) à la Maison de la culture avec un budget de 65 000 euros, a pris pour ses dix ans un virage important, parvenant à sensibiliser tous les acteurs locaux.

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Une appropriation du salon par le public qui s’est notamment faite grâce à la création avec la mairie d’un “Parcours polar” dans la ville suivi par plus de deux cents personnes.

“Nous souhaitons faire la liaison entre le livre et la notion de détente, poursuit Christian Robert. Nous avons un travail important à faire sur ce point en Polynésie car pour la majeure partie de la population, la lecture est associée à l’école.”
 
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Cette mise en avant du roman noir correspond aussi à une tendance éditoriale en Polynésie où tous les éditeurs ont, depuis peu, monté leur collection de polars du Pacifique.

Au Vent des îles, pionnier il y a dix ans avec la collection “Thriller polynésien”, a créé l’an passé la série “Noir pacifique”. Le Motu a publié son premier thriller, Les Mers australes ont inauguré en 2008 la collection “Récif noir”, et Haere Po a lancé pour le salon “Corail noir” avec On rit jaune à Tahiti de Philippe Prudhomme.

Du côté des ventes, les résultats ne sont pas aussi bons que l’an passé, avec néanmoins de bonnes surprises en jeunesse et pour les romans des auteurs présents au salon.  

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