Ouessant délie les langues

Existe-il une île où l’on récompense les littératures en langue française, langue malgache, langue shetlandic des îles Shetlands, et langues kanak fwaî et pijé de Hienghène ?

Beau temps sur l’archipel des livres… et sur les langues… Ouessant à la mi-journée vient d’annoncer sous le soleil le palmarès des prix du livre insulaire 2007… Un palmarès très polyglotte… à l’heure où l’on nous confirme la création d’une résidence d’auteurs sise dans le phare du Créac’h et la naissance d’une revue L’Archipel des lettres…

 Grand Prix des îles du Ponant : Jean-Yves Quellec, Passe de la Chimère, Un moine à l’île de Quéménès, Publications de Saint-André, Cahier de Clerlande n°11, 2006 . Inspiré par Saint-John Perse, Quellec cite Amers : « La Mer mouvante et qui chemine au glissement de ses grands muscles errants, la Mer gluante au glissement de plèvre, et toute à son afflux de mer, s’en vint à nous sur ses anneaux de python noir … »

 

Mention spéciale : Jean-Joseph Rabearivelo, Presque-Songes / Sari-Nofy,  co-édition Sépia (France), Tsipika (Madagascar), 2006. Recueil de poèmes bilingue. 

Prix Fiction : Hugo Hamilton, Le marin de Dublin, Phébus, 2007 

  Prix Beaux livres : Jean-Pierre Alaux, Voyage au bout des phares, photographies de Philippe Candelon, illustrations de Jean-Michel Charpentier, Elytis, 2006 

Prix Sciences : Alain Gauthier, Des roches, des paysages et des hommes, Géologie de la Corse, Albiana, 2006    Prix Essai : Yves-Béalo Gony, Thewe men jila : la monnaie kanak en Nouvelle-Calédonie, Expressions-Province Nord, Nouméa, 2006 

Prix Poésie : Christine De Luca, Mondes parallèles, poèmes traduits de l’anglais et du shetlandic par Jean-Paul Blot, Fédérop, 2007.

Haïti, Cap-Vert, Samoa : le podium de la fuite des cerveaux

PMA ayant eu les plus forts taux d´émigration en 2000  (Pourcentage d´émigrants qualifiés par rapport au nombre de personnes ayant reçu une formation universitaire dans le pays d´origine)

Selon le Rapport CNUCED 2007 sur les pays les moins avancés, qui a pour thème le savoir, l´apprentissage technologique et l´innovation au service du développement , cinq PMA (Haïti, Cap-Vert, Samoa, Gambie et Somalie) ont perdu ces dernières années plus de la moitié de leurs spécialistes de formation universitaire qui sont partis pour des pays industrialisés à la recherche de meilleures conditions de travail et de vie. Dans sept autres PMA, plus du tiers du personnel qualifié a quitté le pays.

Le graphique montre les PMA ayant eu les plus forts taux d’émigration en 2000 (Pourcentage d´émigrants qualifiés par rapport au nombre de personnes ayant reçu une formation universitaire dans le pays d´origine. Ainsi dans le cas d’Haïti, plus de 80% des universitaires sont partis).

http://www.unctad.org/Templates/Webflyer.asp?docID=8580&intItemID=1397&lang=2 

Haïti, Cap-Vert, Samoa, trois îles, trois continents…

L’art virtuose de la Nouvelle-Irlande

New Ireland Province, Papua New Guinea

Le musée du Quai-Branly, sis au pied de la tour Eiffel à Paris, a un petit frère dans le Pacifique Sud. Un petit frère en pleine nature, là où des hommes créent des objets éphémères pour un rituel. Ces objets seront détruits, brûlés, aussitôt la cérémonie achevée. Ces objets ne racontent pas une histoire nous disent les habitants du lieux, villageois-créateurs, artistes du quotidien. Ils sont un oiseau, un poisson. Ces objets sont des merveilles d’art, lacis de formes entremêlées, troncs évidés recelant un ensemble de pièces finement ciselées. 

Imaginez une île d’à peine 500 km de long, répondant au nom qui fleur bon les explorations d’antan, la Nouvelle-Irlande, un nom toujours utilisé par les Papous et les Mélanésiens pour désigner l’une de leurs provinces administratives. Une Nouvelle-Irlande encadrée, au nord, par la Nouvelle-Hanovre, au sud par la Nouvelle-Bretagne. Plus au sud encore, un pays d’outre-mer français, la Nouvelle-Calédonie… Plus loin encore, la Nouvelle-Zélande. Bref, nos ancêtres, loin de leur patrie, voyaient l’Europe en mirage, en miroir, une Europe décalquée…

Par la suite, ils apprirent que le Pacifique Sud est un épicentre du monde pour la diversité florale et un vaste continent-archipel où s’est développée une palanquée de langues. Rien que pour la Papouasie Nouvelle-Guinée, le Summer Institute of Linguistics (SIL) a répertorié 826 langues !  Environ 80 % des langues comptent moins de 5000 locuteurs, et un tiers d’entre elles moins de 500. Ainsi, plusieurs de ces langues sont d’ores et déjà reconnues comme moribondes ou éteintes.

Cette richesse linguistique n’a d’égale que la luxuriance artistique…

A en juger par l’exposition Nouvelle-Irlande, les arts du Pacifique Sud (jusqu’au 8 juillet), cette île pratique la déflagration esthétique comme d’autres la conversation de bistrot, un art de vivre au quotidien… Philippe Peltier, l’un des commissaires de l’exposition Nouvelle-Irlande, les arts du Pacifique Sud, par ailleurs, responsable de l’unité patrimoniale du musée du Quai-Branly, insiste pour classifier ces objets en dix-huit traditions artistiques différentes, les présenter du Sud au Nord de l’île comme autant de jalons manifeste d’une culture éblouissante.

La présentation des 130 objets réunis par Philippe Peltier récapitule une visite de l’île, du Sud au Nord. Le visiteur est cueilli par des petits ou grands objets, tel ce simili-visage minuscule aux yeux-opercules, pas trop spectaculaire, mais très mystérieux. S’ensuivent divers masques, casques, tissus, parures. Mais rien de totalement saisissant. Du Sud au Nord donc, sont présentés des objets liés aux rites de récolte, Malagan mask

au Centre, des masques Tubuan liés au contôle social

Un petit film très ethno nous emmène dans un village où les habitants semblent s’effrayer de l’arrivée d’une dizaine de tubuans, immenses masques recouvrant le corps tout entier de jeunes gens qui vont être initiés. Enfumés, sautillants, un chien coupe leur route, comme si tout cela semblait naturel, commun. La vie de tous les jours en somme. Le visiteur de l’exposition a le curieux sentiment de traverser un cimetière animé. Car, comme les langues, ces rites et ses parures, ne sont-ils pas mortels, condamnés à disparaître -inexorablement- depuis les premiers contacts avec les explorateurs ?

Mais bientôt viennent les Malagan, plus au Nord donc, ces célèbres Malagan liéés aux rites de deuil et au passage d’une génération à l’autre.Une pièce bien éclairée, à cent lieues, cent lux, des collections permanentes où s’esquintent les yeux…Dans cet espace bien aéré, les objets respirent. Le visiteur est saisi par des statues taillées et ciselées d’une pièce, comme des immenses troncs qui portent comme des écrins des poissons vivants à demi dénudés, arête centrale visible, ou des têtes d’hommes, masques doubles d’âmes errantes. Des cartels expliquent succinctement que telle pirogue centrale portant sa huitaine d’hommes est une embarcation pour l’au-delà, et non pas une pirogue. Dans un film « Malagan » (CNRS) réalisé par Jean-Philippe Beaulieu et Jadzia Donatowicz, un homme dit vouloir « activer » ses statues…Chacun de ses objets semble raconter une histoire. On n’est plus dans le cimetière vivant de la première salle, mais dans un rêve éveillé. L’Europe en son miroir contemple son alter ego. Le visiteur salue ces artistes magiciens. (voir sur le site http://www.artscape.fr/2007/04/19/virtuosite-des-sculptures-malagan/). 

Un vrai et véritable écrivain vivant venu du Vanuatu à la verve vivace est visiblement valable.

 

Il s’appelle Marcel Melthérorong. Mais son nom d’assonances ne dit pas tout. Ni Google qui ne le réfère que vingt-neuf fois en ce 3 avril. Pas plus. Autant dire inconnu. C’est pourtant l’une des rencontres les plus chaleureuses que l’on ait pu faire au dernier salon du livre de Paris. Ses 185 000 visiteurs sont rentrés chez eux, et Marcel aussi, entre Port-Vila, la capitale et Malakula, son île, parmi la centaine que compte l’archipel.

Son premier roman, mince comme une nouvelle, porte le nom de Tôghán, anti-héros, détenu au Camp-est, unique prison de Nouméa (pourquoi y en aurait-il plusieurs, voir Thierry Lévy, Nos têtes sont plus dures que les murs des prisons (Grasset, février 2006). Et bien, Tôghán prendra conscience au cours de son année de détention qu’il serait mieux au Vanuatu, pays dont il est originaire, qu’en Nouvelle-Calédonie.

Tôghán n’est pas Cahier d’un retour au pays natal, plutôt une prise de conscience que le lien et la transmission donnent du sens à une vie. Tôghán est édité par l’Alliance française de Port-Vila. 

– Pourquoi écrivez-vous Marcel Melthérorong ?

– On est un pays de contes, de légendes où tout le savoir traditionnel a été passé oralement, ou s’est diffusé oralement aussi. L’écrit ça peut être aussi un outil de résistance pour nos traditions dans le temps, parce que l’écrit est intemporel alors que la parole n’a qu’une seule vie.

– L’oral aussi est un savoir…

– De plus en plus l’école occidentale éduque les enfants dans la direction de l’écrit, et beaucoup dans le visuel, les films, la télé. On découvre une génération qui ne se désintéresse pas volontairement de l’écrit, mais cette génération n’a pas le contact avec l’oral parce qu’il y a l’écrit qui s’est mis en travers de l’ancienne génération et de la génération de maintenant. Les enfants se tournent davantage vers ce qu’ils voient. L’écriture n’est pas encore assimilée. L’enfant ne vas pas choisir un livre s’il peut choisir un DVD. 

– Vous lisez beaucoup ?

– Pas beaucoup. Je suis musicien et conteur, conteur sur sable. Avec le conte, il y a une forme d’éducation qui se fait, une éducation traditionnelle. Mais ce sont des contes que l’on invente pas. Ils ont été faits par des vieux. On est partis vers les vieux demander l’autorisation pour utiliser leurs contes, leurs dessins pour utiliser leur musique avec les enfants. On doit toujours dire qui a fait le dessin, qui a créé l’histoire, et de quelle île il vient, de quel village il est et ce travail là ça permet à l’enfant de se situer, de s’identifier.

– Qui est Tôghán ?

– « Tôghán », ça veut dire « grand-frère »… C’est un peu moi, c’est un peu la Nouvelle-Calédonie, c’est un peu le Vanuatu, c’est un peu le quartier, la tribu, c’est un peu toutes les communautés de l’Océanie. Tôghán c’est pour tous les lecteurs du Vanuatu et d’ailleurs, parce que je pense que les problèmes sont pareils un peu partout, les problèmes d’intégration dans une terre étrangère. En Nouvelle-Calédonie c’est fort, au Vanuatu pas trop encore. Le Vanuatu c’est un archipel, c’est deux cents langues différentes, deux cents différentes cultures, différentes coutumes aussi. On n’a pas trop cette sensation d’étranger.

Par exemple, je suis de Malakula. Si je vais à Efaté, ils ne vont pas me considérer comme un étranger. On a gardé cette coutume là, l’étranger c’est l’autre, c’est celui qu’on reçoit, c’est celui que jamais personne va toucher. C’est interdit de le frapper, c’est la tradition, c’est le « custom ». 

 

© Sylvie et Jean-Claude Fulcrand

La preuve que Marcel Melthérorong est un écrivain : un extrait de Tôghán a servi de dictée au lycée français de Port-Vila, dans la catégorie junior… Les seniors ont eu droit à Melville… 

« Lire-Sous-le-Vent » : 600 livres vendus


 Début décembre dernier, s’est déroulé à Raiatea un premier salon du livre : « Lire Sous-le-Vent » (voir note dans ce blog le 23 octobre). Raiatea est la deuxième île de Polynésie française, située à près de 200 km au nord-ouest de Tahiti. L’un des organisateurs, Stéphane Renard, nous informe que «ce petit salon c’est honorablement bien déroulé, nous avons reçu une vingtaine d’auteurs polynésiens de premier plan, moins d’une dizaine de maisons d’édition et librairie, un bon millier de scolaires, et vendu près de 600 ouvrages, ce qui a surpris tout le monde. Pour notre île, c’est un succès. En revanche, concernant la médiation, la transmission, nous avons encore beaucoup d’efforts à faire. Nous remettons ça l’année prochaine… »

Jean-Marie Le Clézio, l’enragé du Pacifique Sud

 Bunlap Village

 

   

Parti à la découverte d’une île à l’écart du monde, l’île de Pentecôte dans l’archipel du Vanuatu (Raga en langue apma), au nord de la Nouvelle-Calédonie, Jean-Marie Gustave Le Clézio en est revenu avec un essai élogieux pour les Mélanésiens et accusateur pour la mondialisation : Raga, Approche du continent invisible (Le Seuil, collection Peuples de l’eau).

A la fois guide touristique, long poème archipèlique, illustration de la poétique de la Relation d’Edouard Glissant (qui dirige la collection), cri de colère contre les aventuriers, lettre d’amour à un peuple mystérieux.

Dans Raga,  Le Clézio :

  • dresse l’éloge d’un peuple d’inventeurs, auteur « de l’un des voyages les plus audacieux de l’histoire humaine ». A savoir la traversée du Pacifique en pirogue;
  • évoque leur « art de la résistance »; 
  • critique « les grands théoriciens des sociétés primitives (…) qui ont oublié « ces histoires d’abus sexuel, de violences conjugales, de jalousies »;
  • est inspiré : « La pirogue court sans effort sur les montagnes mouvantes, et le ciel étoilé gire lentement au-dessus de son mât et de la proue à tête d’oiseau comme un monde parfait, accompli;
  • aime « ce non-lieu, peuplé de sauvages, naguère cannibales ». « Ce qui émane, à Raga, c’est l’impression de mystère à chaque pas. »
  • est inspiré par ce mystère : « S’il reste un secret, c’est à l’intérieur de l’âme qu’il se trouve, dans la longue suite de désirs, de légendes, de masques et de chants qui se mêle au temps et resurgit et court sur la peau des peuples à la manière des épars en été. » [bel usage de ce vieux mot, qui désigne, selon Le Robert, « un éclair de chaleur », autrement dit une fulguration…]
  • s’interroge sur tant de mystère : « Pourquoi les habitants de ces îles (…) ont-ils choisi de s’installer dans les hauts? C’est comme s’ils avaient choisi, au terme de leur incroyable voyage, d’oublier la mer et de devenir des paysans. Après tout, les Bretons ont fait de même, au VIe siècle… 
  • s’afflige : « Que vaut une natte en pandanus dans la socitété industrielle moderne? » 
  • interprète : « La natte est devenue pour [les femmes] une moyen d’accès au pouvoir. »
  • ressasse une impression de gravité : « Le village est pour ainsi dire agrippé à un mur noir sur lequel butent les nuages. »
  • découvre le blackbirding ou esclavage déguisé, traite d’un nouveau genre, commerce de main d’œuvre forcée entre 1850 et 1903 revendue sur les plantations de coton ou de canne à sucre du Queensland australien, aux Fidji ou dans les mines de nickel de Nouvelle-Calédonie. « La pratique du blackbirding a contribué à la désolation de l’archipel des Nouvelles-Hébrides ». Un prélèvement de quelque 100 000 Mélanésiens, qui a laissé une crainte tenace sur ces lieux dits « paradisiaques ». 
  • s’extasie: « A Raga, on est pénétré à chaque instant par le sentiment diffus, inexplicable, de la divinité. » « A Raga, c’est l’île toute entière qui est un musée. »
  • s’émerveille: « Au Vanuatu, les mythes affleurent. Ils ne sont pas séparés du réel. »
  • apprécie : « Le kava n’est pas seulement une boisson pour les Ni-Vanuatu. Comme le coca pour les Indiens des Andes, c’est la plante qui contient l’esprit du lieu, c’est leur langue, leur mémoire commune. C’est sans doute la raison pour laquelles les gouvernements coloniaux l’ont interdite. » 
  • constate: « Aujourd’hui, dans une société où règnent le papier monnaie et l’argent virtuel, les dents de cochon ont gardé pour les Mélanésiens une valeur de mémoire, d’investissement rêvé, un peu à la manière des louis-d’or de nos grands-mères. »
  • observe: « Les mythes anciens, les histoires modernes, se heurtent, s’interpénètrent, formant le tuf de la nouvelle culture mélanésienne, l’âme du continent invisible. »
  • enrage contre les aventuriers, les Gauguin pédophiles. Les seuls véritables aventuriers étant les Mélanésiens. 
  • cite justement Henri Michaux dans Misérable Miracle : « Nous ne sommes pas un siècle à paradis. »

Misérable miracle

  • reconnaît dans des statues debout sur le rivage « des loas, des esprits ». A noter l’usage de ce mot « loa », habituellement réserver aux dieux du panthéon vaudou…
  • tonne, à propos des tambours à fentes : « Pendant des siècles, ces êtres ont dansé, ont appelé. Maintenant silencieux. En exil dans les musées, quai Branly à Paris, etc. »
  • conclut : « Géants d’Ambrym et de Raga, pareils aux géants de Rapa Nui, comme si de la Pentecôte à Pâques il n’y avait plus plus qu’un seul chant mélancolique. »
  • dédie son livre à une femme Ni-Vanuatu, celle qui l’a guidé sur « les hauts de Melsissi », Charlotte Wèi Matansuè.

Haka, tatouages et Kiwis

Yeux exhorbités, souffle puissant, posture belliqueuse, un groupe d’hommes (tatoués mais non armés) entonne un chant guerrier et intimidant, défi à un adversaire muet. Comme France 2 avait sous-titré les paroles, on était prévenu. Et pourtant ! Le haka des All Blacks a préfiguré une victoire écrasante sur une équipe de France : 47 à 3.  

Le haka est une danse maorie créée au XIXe siècle. C’est en 1987 seulement que l’équipe néo-zélandaise de rugby l’a fait sienne. Une équipe composée de blancs et de polynésiens. Un beau symbole où deux rituels se suivent, l’un culturel, l’autre sportif. Pour répondre au haka, il faut être Tongien, Samoan ou Fidjien. Ainsi sur ce site, un enregistrement présente deux haka face à face, mais à la fin ce sont toujours les mêmes qui gagnent !  http://media2.koreus.com/00040/200508/haka-all-blacks-vs-tonga.mpg

belles-etrangeres.jpg A partir de ce 13 décembre 2006, onze écrivains kiwis seront invités en France dans le cadre des Belles étrangères pour lire et présenter leurs oeuvres. On ne sait pas si les lectures seront précédées d’un haka. La littérature antipode pourrait cependant nous réserver quelques surprises si l’on en juge par l’excellent documentaire réalisé par Michaël Smith Ecrire au pays du long nuage blanc. 

Ainsi l’auteur de L’Ame des guerriers (Actes Sud), Alan Duff, dénonce l’idéologie d’un enseignement fondé sur la seule tradition au détriment de l’accès au livre dans les classes populaires. Il insiste pour rappeler que ses ancêtres maoris « engraissaient leurs esclaves avant de les manger ».  Geoff Cush, lui, souligne que « tout Maori se doit de montrer une illustration d’un ancêtre cannibale ». Mais d’autres témoignages d’écrivains (Sia Figel ou Albert Wendt, notamment) valent le détour…

Si tant de violence effraie, il nous restera Le Clézio qui, de retour de Mélanésie, publie un récit sur l’île de Pentecôte (Vanuatu), que les tours-operateurs ont rendu célèbre pour son saut du Gaul… « On dit de l’Afrique qu’elle est le continent oublié. L’Océanie c’est le continent invisible. Invisible parce que l’les voyageurs qui s’y sont aventurés la première fois ne l’ont pas aperçue, et parce qu’aujourd’hui elle reste un lieu sans reconnaissance internationale, un passage, une absence en quelque sorte. », écrit Jean-Marie Gustave Le Clézio en préambule de Raga, approche du continent invisible (Le Seuil).