Le Drehu dans le texte et le son

La Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou édite un livre d’initiation au Drehu, langue de Lifou (îles Loyauté, Nouvelle-Calédonie), l’une des vingt-huit langues kanak de l’archipel, et qui compte le plus grand nombre de locuteurs avec 12 000 personnes.

A la fois guide de conversation et recueil d’expressions idiomatiques, de proverbes et de chants, de mythes et de poésies, cet ouvrage bilingue est accompagné d’un CD pour faire entendre la langue. C’est le second ouvrage de cet éditeur pour le Pacifique francophone, après une méthode d’auto-apprentissage du Tahitien, Ia Ora Na, ouvrage cependant plus ambitieux que ce Drehu.

Le « quart-monde » de la littérature aborigène (Vernay)

« En pleine émergence dans les années 1960, la littérature aborigène se distingue par des préoccupations qui lui sont propres. Alors que la mouvance générale de la littérature australienne reflétait encore un certain lien à l’Angleterre, les auteurs aborigènes cultivaient, selon la formule de Jean-Marc Moura, une « esthétique de la résistance » par la mise en valeur du concept d’aboriginalité, écrit Jean-François Vernay sur son blog, Australiana.
La littérature aborigène est une littérature du « quart-monde », pour reprendre le mot de Colin Johnson. En d’autres termes, c’est une littérature d’une minorité indigène submergée et gouvernée par une majorité environnante et dominante. »

JFV nous propose une conférence « avec powerpoint » sur le roman aborigène le 5 janvier 2010, à Paris, Maison de la Nouvelle-Calédonie.

Parvient-on à enseigner en langues kanak ?

Langues kanak et Accord de Nouméa, 1999-2009 : Quel bilan ? Quelles perspectives ?
Au Centre culturel Tjibaou, conférence de Véronique Fillol et Jacques Vernaudon, Enseignants-chercheurs à l’Université de Nouvelle-Calédonie
ce jeudi 12 novembre 2009 à 18h15
L’accord de Nouméa dispose que « les langues kanak sont, avec le français, des langues d’enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie », engageant la collectivité dans une politique ambitieuse en direction d’un patrimoine linguistique remarquable, fragilisé par la colonisation et la mondialisation.
En 1999, une filière de Langues et cultures régionales ouvrait à l’université, les programmes calédoniens votés en 2005 prévoient l’enseignement des langues kanak à l’école primaire, l’Académie des langues kanak est créée en 2007…
Au-delà de cette progressive reconnaissance institutionnelle, qu’en est-il de la place effective de ces langues dans les familles et à l’école ? L’objectif de double valorisation des langues kanak et du français, contenu implicitement dans l’accord de Nouméa, trouve-t-il un écho favorable dans la société calédonienne contemporaine ? Parvient-on à enseigner en langues kanak ?
Il s’agira principalement dans cette conférence de faire le point sur les ressources et les contraintes de l’introduction des langues kanak à l’école et de rappeler dans le même temps les finalités de leur enseignement.
Cette réflexion sera étayée par les dernières connaissances scientifiques sur le développement langagier, cognitif et socioaffectif des enfants bilingues. Si l’accord de Nouméa a été un puissant levier de promotion des langues kanak à l’école, il importe, pour emporter l’adhésion de l’ensemble des partenaires, de placer cette question sur un terrain résolument pédagogique.
Source : Communiqué de Presse

Le roman  » Tuimata » traduit pour la première fois en français

 

Après « le » Karl Von den Steinen, Les Marquisiens et leur art, livre de référence sur les tatouages marquisiens, traduite en français et publié par les éditions le Motu, une autre traduction tardive vient enrichir le patrimoine et la mémoire polynésienne : le roman  » Tuimata » est lui aussi traduit pour la première fois en français, 65 ans après sa première édition en norvégien par son auteur Bjarne Kroepelien ! Tahitpresse (11/10/09) évoque la souscription de cet ouvrage publié par les éditions Haere Po.

 » Peu avant la fin de la Première Guerre mondiale, un jeune Norvégien de 28 ans, Bjarne Kroepelien, découvrait Tahiti… et Tuimata. Ce négociant en vin, qui deviendra plus tard un grand collectionneur des premiers imprimés tahitiens et des publications relatives à la Polynésie, relate ce voyage dans un roman largement autobiographique.

Ce récit d’un séjour à Tahiti – qui est aussi celui d’une rencontre, entre le jeune Norvégien et la Tahitienne Tuimata – date de la fin de la Guerre de 14-18 et a été publié en… 1944 en Norvège et en 1946 au Danemark. Il n’avait jamais été traduit en français. Il a été traduit par Joëlle Petersen à la demande de Johan Frederik Kropepelien, le fils de Bjarne, qui en a d’ailleurs écrit la préface et édité parles éditions Haere Po.

Au travers de l’histoire de la rencontre de Kroepelien avec quatre jeunes Tahitiennes, Tehina, Tuimata, Vahine et Ahuura, l’auteur y décrit sa nouvelle vie qui se partage (entre 1917 et 1920) entre une maison sur le lagon, à Taunoa (Papeete) et une autre sur les hauteurs de Papenoo. On y découvre, en trente chapitres, tout un pan de l’histoire de Tahiti, au début du XXème siècle. Avec des épisodes étonnants comme cette ascension du Mont Orohena, le plus haut sommet de Tahiti – sans doute gravi pour la première fois – et dont l’expédition Jay retrouvera la trace, dans les années 50, grâce à un message laissé dans une bouteille… Tour de l’île, cinéma Bambou, mais aussi la fameuse grippe espagnole dont mourra Tuimata… sont parmi les innombrables histoires que Kroepelien (1890-1966) a consigné en près de 300 pages.« 

La culture, ce n’est plus seulement le « tout Ma’ohi »

 » Le discours culturel a changé, il n’est plus aussi exclusif qu’avant. La culture, ce n’est plus seulement le « tout Ma’ohi ». On est plus consensuel. La diversité culturelle est mieux admise, mieux respectée aussi. Hiro’a tend à transmettre ce message : nous parlons aussi bien d’arts traditionnels que d’arts modernes ou classiques, car tous ont leur légitimité dans le paysage culturel polynésien. Notre culture, ce n’est pas seulement le chant et la
danse. L’art contemporain n’a jamais été soutenu car pour beaucoup il ne fait pas partie de ‘notre’ culture. Pourquoi serait-il incompatible pour un Polynésien de faire de la peinture ou du hip-hop ? Pourquoi un Japonais ne pourrait-il pas danser le ‘ori ?
C’est la réalité culturelle aujourd’hui. Pour reprendre Jean-Marie Tjibaou, « Le retour à la tradition est un mythe. Aucun peuple ne l’a jamais vécu. La recherche d’identité, le modèle, pour moi, il est devant soi, jamais en arrière. » La culture est en mouvement et elle est devant nous.  »
(extrait de l’éditorial  » Écrire sa culture « de Heremoana Maamaatuaiahutapu, Directeur de la Maison de la culture de Polynésie, à Tahiti, à l’occasion des deux ans de la revue Hiro’a, salué par Papalagui, à sa création.)

Hommes debout, en pays dogon, en pays kanak

Vues les œuvres de François Uzan, mi bronze, mi végétal, dans une belle alliance des contraires, exposées à la Maison de Nouvelle-Calédonie, à Paris, dans la case des  » hommes debout « , sculptures aux regards convergeant vers un centre. Pour les curieux d’art contemporain, comme pour les curieux du Pacifique Sud, on recommande la visite de ce  » consulat culturel « , quartier de l’Opéra : c’est un voyage en raccourci, en concentré, en pays kanak, en pays calédonien, avec sa puissante symbolique.

Ces créations doubles me rappellent la rencontre d’Amahigueré Dolo, à Ségou (Mali), il y a sept ans. Sculpteur dogon, Amahigueré travaille des bois morts, comme le kaïcedra qu’il va chercher de l’autre côté du fleuve Niger. Avant de se mettre à l’œuvre, il laisse faire les termites qui impriment sur le bois leurs parcours canulaires. En langue dogon,  » Amahigueré  » signifie  » Dieu fasse qu’il tienne debout « .

Le Musée du Quai Branly présente le 9 septembre ce livre Voyage à Bandiagara, de Ferdinando Fagnola, récit d’un voyage d’exploration oublié…

Mot des éditeurs (Musée des Confluences, Lyon, Officina Libraria s.r.l., Milan) :

 » Cet ouvrage retrace le récit de deux longs voyages, celui de Louis Desplagnes en 1904-1905 et celui que Ferdinando Fagnola entreprit à plusieurs reprises sur les traces de l’explorateur français entre 1978 et aujourd’hui.
Au début du XXe siècle, Desplagnes fut le premier Européen à explorer minutieusement le Pays Dogon. Son voyage de plus de 2 800 km le mena de Tombouctou aux Falaises de Bandiagara, puis du lac Faguibine à Bandiagara.
Desplagnes en rapporta plus de 500 photographies qui pour la première fois documentaient les danses, les masques, la vie quotidienne et la culture matérielle des Dogon. En 1907, il publiait à Paris un livre intitulé Le Plateau Central Nigérien, rapidement oublié, aussi vite que son auteur, mort prématurément au début de la Première Guerre mondiale.
Au cours de ce voyage légendaire au Pays Dogon, Desplagnes avait rédigé deux journaux (le Carnet de route et le Cahier de notes) et dressé de nombreuses cartes géographiques; c’est en suivant les indications des manuscrits de Desplagnes, qui sont ici publiées pour la première fois, que Ferdinando Fagnola a réussi à reconstituer et à reparcourir l’itinéraire de l’explorateur français, confrontant les lieux, l’architecture et les mœurs avec un décalage de 100 ans.
Le voyage de Desplagnes en 1904-1905, celui de Leo Frobenius entre 1907 et 1909, celui de Michel Leiris en 1931, de Denise Paulme et Deborah Lifchitz en 1935, les nombreux voyages de Marcel Griaule jusqu’en 1954, et ceux de Ferdinando Fagnola, répartis sur 25 ans entre 1984 et 2009, s’entremêlent presque naturellement dans cet ouvrage.
Au-delà du récit d’un voyage d’exploration oublié, cet ouvrage est une vivante introduction à la culture dogon, à l’art, aux rites, à la culture matérielle, mais aussi à la géographie d’un lieu dont le charme a agi sur tous ceux qui se sont intéressés à l’Afrique et à sa culture.
Le livre comporte une contribution de Geneviève Calame-Griaule qui analyse les mots dogon cités dans l’ouvrage de Louis Desplagnes.
Architecte à Turin, Ferdinando Fagnola a été à l’initiative de l’exposition « Africa: capolavori da un continente » qui s’est tenue à la Galleria d’Arte Moderna de Turin en 2003-2004.  »