Le 20 décembre… 1848

« La Fête Kaf ou Caf’ – fête des Cafres – fête du 20 desamb, fête du 20 décembre 1848, fête de la liberté… est célébrée à La Réunion presque comme une fête nationale. A cette occasion, les Cafres (les Noirs descendants d’anciens esclaves), les Malgaches, les Comoriens, les Indiens, mais aussi les yabs (les petits blancs des Hauts), ainsi que les zoreils (les métropolitains) se retrouvent le temps d’une journée pour commémorer à l’unisson l’abolition de l’esclavage. »

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À l’île Maurice, Tintin et Kapitenn Mirenn reprennent du service

Après un premier album des aventures de Tintin en créole mauricien (Le Secret de la Licorne, Papalagui, 31/08/09), Shenaz Patel récidive en traduisant Le Trésor de Rackham le Rouge, toujours chez l’éditeur réunionnais Epsilon éditions.

On retrouve avec plaisir la plume de l’auteur du Silence des Chagos (L’Olivier, 2005) et de Paradis blues (Théâtre, 2009) donner vie et répliques et jurons au Kapitenn Mirenn (Haddock alias Sounouk à La Réunion devient donc Murène à Maurice), alors que les Dupondt sont baptisés Zimo et Zimaz.

Rakam Ti-Rouz, devient le 17e titre en créole (réunionnais ou mauricien) de l’éditeur Éric Robin à La Réunion.

À lire, Papalagui, 30/10/11 : Tintin en créoles, des traductions pleines de trouvailles.

Lyonel Trouillot, Grand Prix du roman Métis 2011

Selon une indiscrétion avérée, Lyonel Trouillot, à défaut de prix Goncourt, pourra se consoler avec le Grand prix du roman Métis 2011 qui sera décerné à La Réunion début décembre pour son roman La Belle amour humaine (Actes Sud).

Le Grand Prix du Roman Métis avait récompensé en 2010, lors de sa première édition, Maryse Condé pour En attendant la montée des eaux et avait décerné une mention spéciale à Une année chez les Français de Fouad Laroui.

Avec Lyonel Trouillot, voici les finalistes 2011 :

Marine Bramly, Mon petit bunker, éditions Jean-Claude Lattès, 2011
Delphine Coulin, Samba pour la France, éditions du Seuil, 2011
Rose Nollevaux, Petite reine de Saba, Memory Press, 2011
Catherine Pinaly, Sur Feuille de Songe…, L’Harmattan, 2011
Marc Trillard, Les Mamiwatas, Actes Sud, 2011
Marvin Victor, Corps mêlés, Gallimard, 2011.

Tintin en créoles, des traductions pleines de trouvailles

 

Avec la sortie concomitante de Tintin en créole aux Antilles et à la Réunion, s’affirme la force d’entraînement du blockbuster de Steven Spielberg.

Caraïbéditions comme Epsilon éditions publient deux coffrets composés chacun des deux titres qui ont inspiré le cinéaste américain Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge. L’occasion d’entretiens croisés avec leurs traducteurs dans deux créoles différents. En exclusivité pour Papalagui.

[Robert Gauvin (retraité, ancien professeur d’allemand) est le traducteur en créole réunionnais du Secret de la Licorne, pour qui « traduire Tintin en créole c’est assez facile, le créole a été inventé il y a trois siècles, et il correspond bien au style imagé, direct et vivant de Tintin ».

André Payet (aidé de Nicolas Séry) est le traducteur en créole réunionnais du Trésor de Rackham le Rouge
.

Robert Chilin est le traducteur en créole antillais des deux albums, Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Racham le Rouge.

À ces Tintin créoles s’ajoutent ceux de l’écrivaine Shenaz Patel pour le créole mauricien, traductrice du Secret de la Licorne (Papalagui, 31/08/09), Guy Ramos pour le créole capverdien, traducteur d’un Coke en stock, selon le site Objectif Tintin, et d’une version en papiamento ou créole des Antilles néerlandaises de L’Affaire tournesol, dont voici la couverture :

1. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à traduire ?


Robert Gauvin : Le plus difficile a été réalisé lors des premières traductions des albums de Tintin, Les Bijoux de la Castafiore et Le Crabe aux pinces d’or. J’ai traduit et coordonné la traduction du Secret de la Licorne, pour lequel nous connaissions ces difficultés : pour les expressions vigoureuses du capitaine Haddock, on a cherché des expressions qui sonnent haut et fort.
Dans les gros mots, la sonorité est le plus important, comme « mille milliards de mille sabords » [le « sabord » est une ouverture sur le flanc du navire pour laisser passer le fût d’un canon.] On a cherché des termes équivalents aujourd’hui. On a pensé au « crapaud de mer » (un poisson dangereux) ou à « mille millions de requins chagrins« . (Voir notice Wikipédia Vocabulaire du capitaine Haddock).

Dans Les Bijoux de la Castafiore, quand le capitaine Haddock se fait pincer par un perroquet, on a traduit par « mille millions de papangs rapiangs » [« papang » = oiseau de proie ; « rapiang » = avare].

Robert Chilin : Comme on n’utilise plus « sabords » dans la marine aujourd’hui, j’ai cherché un terme courant. J’ai trouvé « boîte à crabes », crabier. D’où l’expression «mille boîtes à crabes» (bwét a krab).

Robert Gauvin : Autre exemple : « doryphore » traduit par « chikungunya ». Et on a fait entrer Sitarane dans le vocabulaire de Tintin [célèbre criminel du début du XXe siècle].
On a créolisé le vocabulaire pour assurer une complicité entre le lecteur et le texte.
Autre difficulté : les noms des personnages, comme le capitaine Haddock, devenu « Sounouk » [brochet au goût de morue, « snoek » en néerlandais] qui présente le double avantage du sens (un poisson familier qui entre dans la composition du rougail sounouk, et de la sonorité avec sa terminaison en « k »).

André Payet : Le plus difficile a été de rendre en créole réunionnais l’humour et les jeux de mots des expressions françaises. Exemples :
En français : … Où je sens remonter en moi les instincts belliqueux de mon aïeul !…
En créole réunionnais : … Ousa mi san lo sang sho mon layèl i arbouiy dann mon vène.
En français : Il trouvera à qui parler
En créole réunionnais : Li va trouvé ki koté brinjèl i sharge (brinjèl : aubergine)
En français : Faire contre mauvaise fortune bon cœur
En créole réunionnais : Alon manj nout maniok amér

Robert Chilin : Ce qui est difficile à rendre sont les tournures de langue. Le créole n’a pas tous les outils du français.

2. De quelles trouvailles êtes-vous le plus heureux ?


Robert Gauvin : Les Dupont et Dupond sont devenus Voirau et Voireau, les patronymes Hoarau et Hoareau étant très répandus à La Réunion. On le prononce Warau dans certains régions de l’île. Je suis très heureux de cette trouvaille (détails sur Papalagui, 28/10/11).
On s’est inspiré aussi des trouvailles dans d’autres langues. En Allemand : Schulze et Schultze ; en anglais Thomson et Thompson ; en espagnol : Hernández et Fernández ; en néerlandais : Jansen et Janssen. (la notice Wikipédia au demeurant intéressante « Liste des noms de Tintin en langues étrangères » oublie les créoles.)

André Payet : Je prends toujours du plaisir à chercher dans notre créole les expressions du capitaine Haddock (kapitène Sounouk). Exemple :
En français : Cornichons ! Marin d’eau douce ! Ectoplasme ! Bachi-Bouzouks !
En créole réunionnais : Bilinbi ! Matlo d’rivièr ! Kordon moresse ! Nervisse !

3. Avez-vous adopté une norme particulière pour cette traduction ?


Robert Gauvin : La norme est en train de se créer. Mon frère, l’écrivain Alex Gauvin y travaille au sein de L’Office de la langue créole (Lire son article dans Le Monde diplomatique, « Le créole, l’hiver et la dinde aux marrons »).

André Payet : Oui, comme pour Tintin au Tibet ou Le vol 714 pour Sydney, la base de l’écriture, mise au point en 1977 par un groupe de créolophones réunionnais, est phonologique, avec les graphèmes du français. Mais nous avons rendu la lecture plus facile à un lectorat habitué à lire le français : adoption des ss entre voyelles ; du e muet en finale non prononcé an « kréol », comme dans l’exemple « tèt tout rod pous pas » (selon l’écriture 77), écriture adoptée : « tète toute rode pousse passe » ; de rares emprunts au français).

Robert Chilin : Ce qui prime c’est la beauté de la langue. Un créole qui satisfasse tout le monde. On a voulu un créole dont on ne puisse pas identifié l’origine, un pan-créole [créole internationale] avec la graphie du GEREC, le plus courant dans la Caraïbe. Quand je l’ai fait lire à Hector Poulet, l’un de grands spécialistes du créole, il m’a dit : « C’est un traducteur guadeloupéen qui a vécu à la Martinique.»

4. Quel est le lecteur que vous imaginez pour votre Tintin en créole ?


Robert Gauvin : Aux lecteurs de 7 à 77 ans, Créoles, créolophones dont les militants [de la langue], les touristes francophones. Le créole est la langue maternelle de neuf Réunionnais sur dix. Mais sur 800 000 habitants, on compte 120 000 illettrés. Ceux qui lisent Tintin en créole voient bien souvent le créole écrit pour la première fois. L’idéal serait de le mettre entre les mains de tous les Réunionnais, en particulier de ceux qui n’ont pas bénéficié d’un accès à l’éducation. Dans les classes bilingues, c’est très profitable car les élèves voient la différence entre les deux langues, alors que le créole est à base française.

André Payet : Il est destiné à tout public, bien sûr aux amoureux du « créole », mais aussi aux lecteurs au sein des médiathèques, aux touristes intéressés par la culture, aux fans de Tintin…

5. Qu’est-ce qu’apporte d’essentiel, selon vous, une traduction en créole d’une classique de la littérature, de la BD en particulier ?

Robert Gauvin : On rend service à la langue créole. C’est une revalorisation et une marque de dignité. Personnellement, pour moi dont le français n’est pas la langue maternelle, cela a été l’occasion de retravailler ma langue créole, d’affiner notre outil. Enfin, pour le lecteur, il redécouvre sa langue, dans la complicité entre auteur, traducteur et texte.

André Payet : C’est la découverte d’un même univers dans une autre langue avec ses jeux de mots, son imaginaire ; la reconnaissance du « kréol » comme langue écrite ; l’ouverture sur les richesses d’une culture universelle.

Robert Chilin : Je pense à la volonté de Frédéric Mitterrand, ministre de la culture, qui souhaitait «faire traduire des classiques français en langues créoles» (lire son discours le 12/01/11 pour le lancement de « 2011, Année des Outre-mers »). Je serai en Guyane pour les États généraux du multilinguisme dans les outre-mer, à Cayenne, en décembre prochain. Pour reconnaître dans les thèses universitaires que la langue créole à droit de cité, il faut des outils pour l’étudier. De telles traductions de Tintin contribuent à donner des  outils aux étudiants.

6. Que pensez-vous de l’existence concomitante des Tintin en créole antillais ?

Robert Gauvin : C’est excellent que Tintin soit traduit dans les différentes langues créoles.

André Payet : Je suis de ceux qui aimeraient voir Tintin traduit dans tous les créoles (créoles de la Caraïbe, créoles de l’Océan Indien…)

Robert Chilin : Il y a une bonne synergie, une dynamique sur les langues régionales. Je me bats pour toutes les langues. Et les gens sont très fiers. Je l’ai vu pour Le Bistro du coin, un film doublé en six langues régionales dont le créole.
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Aux Antilles, pour des parents d’origine modeste, le créole était considéré comme la langue de l’échec. Aujourd’hui la langue a acquis ses lettres de noblesse. Je l’ai remarqué à la sortie de ma version en créole guadeloupéen du Petit Prince : les non-créolophones l’achetaient plus volontiers pour s’approprier la langue, comme un apprentissage scolaire.

À noter : Le Crabe aux pinces d’or en créole réunionnais est suivi d’un lexique français/créole.

Voir aussi le forum Babel et son groupe « Tintin et les langues ».

Consulter le site d’un collectionneur où Tintin parle 96 langues !

dont le monégasque, selon ce reportage :
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30262

Découvrez Tintin parle Monégasque ! sur Culturebox !

Albums Tintin en différentes langues en vente sur le site des éditions Casterman.

Par ailleurs, consulter le site du Collectif pour le créole au bac dans l’Hexagone.

Grand Prix du Roman Métis 2011 (sélection)

Le Grand Prix du Roman Métis 2011 sera décerné au cours de la première semaine de décembre à l’ancien Hôtel de Ville de Saint-Denis-de-la-Réunion.
Pour sa deuxième édition, sept romans ont été sélectionnés par le jury présidé par Mohammed Aïssaoui.

La Ville de Saint-Denis et La Réunion des Livres ont le plaisir de vous annoncer cette sélection :

Mon petit bunker de Marine Bramly, JC Lattès, 2011

Samba pour la France de Delphine Coulin, Editions du Seuil, 2011

Petite reine de Saba de Rose Nollevaux, Memory Press, 2011

Sur feuille de songe… de Catherine Pinaly, L’Harmattan, 2011

Les Mamiwatas de Marc Trillard Actes Sud, 2011

La belle amour humaine de Lyonel Trouillot, Actes Sud, 2011

Corps mêlés de Marvin Victor, Gallimard, 2011

Le Grand Prix du Roman Métis est né 2010 à L’Ile de la Réunion. Initié par la Ville de Saint-Denis et La Réunion des Livres, il a couronné l’an passé En attendant la montée des eaux de Maryse Condé et Une année chez les français de Fouad Laroui, qui a reçu la mention spéciale.

La Réunion : 183 livres vendus à Saint-Malo

Avec 183 livres vendus, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année 2010, l’association des professionnels du livre de La Réunion, La Réunion des livres, dresse un « bilan extrêmement positif » du 22e festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo (9 au 13 juin 2011).

Dans un communiqué, l’association résume ainsi son bilan : « Trois maisons d’édition réunionnaises étaient présentes : Epsilon éditions, Océan éditions et Orphie, huit auteurs et illustrateurs, 765 titres présentés, 183 livres vendus, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année 2010. »

La Réunion des livres est une association interprofessionnelle des métiers du livre à La Réunion qui a été créée en 2007. Elle regroupe des auteurs, des éditeurs, des libraires, des bibliothécaires, des documentalistes et des enseignants dans « l’objectif de faire la promotion du livre et de la lecture pour tous les publics à La Réunion ».