Avec l’un, on invente des collages. Allez visiter sa caverne d’Ali Baba, Collasophie et poétrie.

Avec l’autre, on invente des mots-valises. Alain Créange nous apprend à les inventer.
Avec les deux, l’imaginaire vous colle aux mots.
Avec l’un, on invente des collages. Allez visiter sa caverne d’Ali Baba, Collasophie et poétrie.

Avec l’autre, on invente des mots-valises. Alain Créange nous apprend à les inventer.
Avec les deux, l’imaginaire vous colle aux mots.
Dans le Nord, on l’aime quand il finit, alors que les pays tropicaux l’attendent avec impatience, cette saison des pluies, de juin à octobre. Joli paradoxe que ce mot d’hivernage.

Sur Laurence Gavron, lire le portrait dans Libération du 20/03/10.
Colporter le mot du jour « makrel » à la créole, « maquerelle » à la française. Avec une belle nuance entre « commère » et « entremetteuse »…
A La Réunion, pour désigner un « ennui », une « fessée », ou comme dans l’explication détaillée dans ce journal de l’île de la Réunion, une « bagarre », on utilise « baisement dans la cour Patel ». Cela n’a rien a voir avec le sens religieux admis (« baisement de l’anneau pontifical », par exemple). Qu’on en juge…
« Le G.R.A.H.TER (Groupe de Recherches sur l’Archéologie et l’Histoire de la TErre Réunionnaise) a publié en avril 2002, le livre du docteur Amode Ismaël Daoudjee “Les Indo-Musulmans Gujaratis”. Je suis frappé par l’itinéraire de Hadjee Amode Patel.
Employé de commerce à Saint-Louis de 1931 à 1936, puis fabriquant de limonade… il fut comptable et tenait les livres des commerçants “z’arabes” en gujarati. Amode Mamode Patel traduisait leurs écritures en français.
C’est en 1939 qu’il s’associe avec son oncle Sulliman Patel pour créer une entreprise de transports en commun… Et le fameux car « courant d’air » est né. Ils ont la ligne Saint-Louis / Cilaos. Actuellement, nous disons que c’est une route dangereuse. L’imaginons-nous en 1939 ? Et pourtant, il fallait travailler. Cilaos fut ainsi désenclavé.
La pénurie d’essence pendant la guerre va lui permettre de mettre au point un carburant à base de 90% d’alcool et de 10% d’essence. De même pour le moteur, il utilise l’huile de bancoul fabriquée localement. Hadjee Amode Patel était un précurseur d’une grande ingéniosité. C’est par la souffrance, dans la douleur que la création s’est faite. La guerre a été cet élément-là.
Pour résoudre le problème d’énergie, 60 après, l’idée revient d’actualité, par le bio-carburant.
Hadjee Amode Patel développera l’entreprise de transports. En 1950, cette entreprise sera le premier transporteur de voyageurs avec près de 20 cars « courant d’air » et des lignes régulières jalonnant l’île. Le garage de l’entreprise se situait dans la cour de la médersa, et parfois, des bagarres éclataient entre les voyageurs qui attendaient leurs cars, d’où le terme devenu familier de « baisement dans la cour Patel ». »
source : Témoignages, journal du Parti communiste réunionnais, 4/09/07.
Michel Admette en a fait une chanson :


le mot est père des saints
le mot est mère des saints
avec le mot couresse on peut traverser un fleuve
peuplé de caïmans
il m’arrive de dessiner un mot sur le sol
avec un mot frais on peut traverser le désert
d’une journée
il y a des mots bâtons-de-nage pour écarter les squales
il y a des mots iguanes
il y a des mots subtils ce sont des mots phasmes
il y a des mots d’ombre avec des réveils en colère
d’étincelles
il y a des mots Shango
il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin
Aimé Césaire, Moi, laminaire…
L’abacost, abréviation de « à bas le costume », est une doctrine vestimentaire qui fut en vigueur au Zaïre entre 1972 et 1990. Afin d’affranchir la population de la culture coloniale, elle interdisait le port du costume et de la cravate, au profit d’un veston d’homme, lui-même appelé « abacost ».
Dans les faits, l’abacost devint le symbole vestimentaire de la nomenklatura au pouvoir; son obligation disparut avec le retour du multipartisme. Dans la foulée, la cravate aussi était considérée comme une marque de mundele ndombe, qui signifie le « blanc noir. » (source : Wikipédia).
Par souci « d’authenticité », la République démocratique du Congo s’est appelée Zaïre de 1971 à 1997, date du renversement de Joseph-Désiré Mobutu par Laurent-Désiré Kabila.
Dans le dress code congolais, il existe le mode le plus connu, la SAPE, pour Société des ambianceurs et des personnes élégantes, avec ses marques de haute couture où le fric le dispute au chic, qui devance largement le « Out of Africa » et ses dégardés de terre ocre façon terre africain, ou encore le « heidi » en boubou pour se fondre dans le paysage…
Qu’est-ce qu’un tankiste ?
1. Un conducteur de tank ;
2. Un poète ;
3. Une anagramme.
Les réponses 1 et 3 sont évidentes : l’anagramme étant celle de Site Kant.
La réponse 2 l’est moins. Et pourtant : un tankiste est aussi un poète, amateur de… tanka, qui est en japonais un « poème court » composé d’un tercet (groupe de trois vers) et d’un distique (groupe de deux vers), qui connut son apogée dans la période Heian (794-1192).
Le tanka donna par la suite le célèbre haïku (le seul tercet du tanka en 17 pieds de trois vers selon la forme 5-7-5), dont l’un de Bashô est cité dans un Papalagui précédent :
Vieille mare –
Une grenouille plonge
Bruit de l’eau.
Il est admis qu’un poème traduit ne respecte pas exactement la forme 5-7-5, du fait de la traduction même.
Le haïku est donc le poème de la brièveté de la brièveté, fils de tanka, le « poème court ».
Un tankiste aime la brièveté,
qu’il soit conducteur de tank ou poète.
Nuance :
l’un convoite la mort, l’autre vise la beauté.
Quant à Kant…

Il faut être bien philosophe pour feuilleter le petit livre que vient de publier Points, Haïjins japonaises, Anthologie du rouge aux lèvres, où Dominique Chipot et Makoto Kemmoku ont réuni et traduit des poètesses du haïku, d’où le titre de ce recueil bilingue.
À le picorer, on passera vite sur quelques haïkus vite oubliés, pour s’attarder sur certaines pépites. Dont « les haïkus de la bombe atomique ». Pour n’en citer qu’un, celui de Yasuko Saeki, écrit en 1945 à Hiroshima :
Puisant dans mes mains
l’eau de la rivière, je pousse
des cadavres atomiques.
Le haïku sait donc s’attacher à l’évanescence des choses, même à… l’évanescence éternelle. Il n’est pas jeu anodin, bien loin d’un simple cadavre exquis de lettré.
Et l’on se souvient de cette anedocte : jadis, la pratique du tanka était réservée à la Cour impériale. Toute personne de rang inférieur surprise en train de pratiquer le tanka était condamnée à mort. D’où le succès populaire du haïku, beaucoup moins strict.
Au tankiste, préfèrons le haïkiste.
Lire aussi les nombreuses notes sur le haïku dans Papalagui.

Sur cette toile d’Erró, Viva la Revolución, réalisée à partir d’un collage, l’héroïne au premier plan porte un ceinturon sur la boucle duquel est gravé le mot : « TANK ». Visible agrandie ici et en vrai au Musée national d’Art contemporain, au Centre Pompidou, Erró, 50 ans de collages (17 février-24 mai 2010)

« Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet homme qui – sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à un ami. »
Andrée Chédid, à laquelle le Printemps des poètes rend hommage 8 au 21 mars 2010. Une douzième édition qui a pour thème : « Couleur femme ».
AU CŒUR DU CŒUR, d’Andrée Chedid. Poèmes choisis et préfacés par Matthieu Chedid et Jean-Pierre Siméon, Librio, 96 p., 3 €.
Expliquée par Georges Perec, dans Jeux intéressants, p. 111, voici la solution du jeu présenté hier :
« On appelle les mots de cette série des mots « autologiques », c’est-à-dire des mots qui correspondent à leur définition : le mot « français » est français, le mot « mot » est un mot, le mot « court » est court, etc. L’intrus est donc le mot « adverbe » qui n’est pas un adverbe. Le mot « intrus » pose un problème insoluble que l’on peut rapprocher du paradoxe du logicien anglais Bertrand Russell : si le mot « intrus » n’est pas autologique, il est donc intrus dans la série, mais alors, si le mot « intrus » est intrus, il est donc autologique ; et s’il est autologique, il n’est pas intrus dans la série… Bref, de quoi se casser longtemps la nénette ! »
Hervé Le Tellier nous gratifie quotidiennement (check-list, newsletter du monde.fr) d’un Papier de verre, titre de ses billets, particulièrement gratouillants. Aujourd’hui :
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La pensée profonde du mardi :
non seulement le mot
« verbe » n’est pas un verbe,
mais aucun linguiste ne s’étonne
que le mot « adjectif » soit un substantif.
Son papier de verre du jour me rappelle Georges Perec, dont Le Tellier est l’un des admirateurs à L’Oulipo . L’écrivain des Choses du langage contraint et créatif a tenu pendant un an la rubrique Jeux intéressants du mensuel Ça m’intéresse, que les éditions Zulma ont eu la bonne idée de réunir en 2008.

En août 1981, voici son jeu :
Quel est l’intrus ?
Dans la liste suivante, un mot ne devrait pas logiquement y figurer. Lequel et pourquoi ?
écrit, lisible, polysyllabique, court, singulier, masculin, adverbe, orthographiable, intrus, français, substantif, mot, traduisible, prononçable.
La solution est en rapport avec le Papier de verre d’Hervé Le Tellier.