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« Les Villes assassines », reportage au Salon du livre de Paris
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=34825Découvrez Au salon du livre de Paris, « Les villes assassines », d’Alfred Alexandre sur Culturebox !
Prenez connaissance de l’entretien intégral avec l’écrivain, sur Papalagui, 28/03/11.
Voir également la critique du roman, sur Papalagui du 27/02/11 : « Les villes assassines, le nouveau dress-code de l’île-prison »
Jubilations guadeloupéennes, en Haïti, en Galicie
Quand Ernest Pépin écrit Le soleil pleurait (éditions Vents d’ailleurs), c’est en hommage à Aimé Césaire qui est l’auteur parmi ses quatre pièces de théâtre de Et les chiens se taisaient (1948). Mais les écritures n’ont rien à voir. Chez Ernest Pépin la tragédie est jubilatoire : son titre ne laisse pas présager de l’euphorie d’un style emporté. Emporté par un vocabulaire en éruption, où les parlers sont en ébullition, en émulation dans une grande jacasserie, emporté par des listes de mots qui n’épuisent jamais son imaginaire langagier, par un créole ou un français « des grandes circonstances » à la hauteur de l’enjeu et d’un thème dramatique : en Haïti, le kidnapping de la jeune mulâtresse Régina, fille de Marie-Soleil.
Le lecteur ne sait s’il doit admirer cette effusion… Ernest Pépin tisse son récit comme un pitt à paroles où fuse « une guerre des mots » permanente. L’un des personnages est nommé « Dictionnaire ». Un autre qui répond du nom de « Foufoune la Gragée » collectionne les expressions. Tantôt « le créole sonne sec et rapide », tantôt les « mots tombent comme des cendres mortes ». Et quand un président prend le pouvoir (un Aristide), il déclenche « une avalasse de mots emportant sur son passage la crasse des jours impurs. »
« Je suis un écriveur-raconteur » dit l’auteur-narrateur, qui s’en va enquêter dans le pays d’origine de Marie-Soleil, un pays nommé Paulette (qui existe bel et bien au Nord d’Haïti, entre Cap-Haïtien et Fort-Liberté) :
« Depuis le temps que je vivais en Haïti, j’avais appris à lancer des bouts de mots, à recueillir des miettes, à écouter sans avoir l’air, à parler sans parler. Je savais néanmoins que surprendre dans un pays habitué au réel merveilleux est chose fort improbable. J’allais essayer tout de même avec cet inconvénient majeur : aux yeux des habitants de Paulette, je n’étais qu’un raconteur. Autant dire un inutile ! ».
Ernest Pépin n’a pas écrit un livre inutile, mais un traité de truculence, une belle histoire pour la bourlingue façon conte moderne au pays où les malheurs n’auront jamais prise sur la faconde et le soleil.
À lire la critique du roman d’Ernest Pépin, par Dominique Batraville dans Le Nouvelliste : « Cette chronique d’une ville assassine comptera parmi les plus beaux écrits sur Port-au-Prince. »
Avec Max Rippon, le merveilleux s’ajoute aussi à la tristesse et se niche tout entier dans son titre : Morriña (éditions Jasor), mot galicien (province autonome d’Espagne) pour dire la mélancolie comme leur voisins portugais disent la saudade portugaise. Pour un séjour à Bordeaux qui l’invitait peu avant le Salon du livre de Paris, l’écrivain natif de Marie-Galante, a réuni une brassée de poèmes dans des langues diverses. Une manière de créolisation, comme il nous l’a confié.
Tous deux se rejoignent dans la filiation à Césaire et Glissant. Et tous deux aspirent à une renaissance.

Voyage à dos de cerisier (René Depestre)
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=33649Invité d’honneur du Printemps des poètes, avec Michel Butor, André Velter et Kenneth White, l’écrivain René Depestre nous a reçu chez lui dans les Corbières (Sud de la France) avec un poème inédit qu’il a écrit pour cette édition spéciale. Une soirée événement aura lieu au musée du quai Branly, le dimanche 13 mars en l’honneur de ces quatre poètes.
Découvrez Printemps des poètes : un inédit de René Depestre sur Culturebox !
« Nous sommes fatigués »
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de Thony Belizaire (Port-au-Prince)
Édouard Glissant, une lecture de Pays rêvé, pays réel par Liss, blogueuse

Liss dans la vallée , nom du blog d’une lectrice qui découvre Édouard Glissant, en commençant par Pays rêvé, pays réel, un recueil qui réunit dans la collection de poche de Gallimard Fastes et Les Grands Chaos, une entrée en lecture qui une des meilleures possibles.
« Qu’il était beau, Edouard ! Avez-vous remarqué cette habitude de fermer longuement les yeux lorsqu’il répond aux questions, comme pour se retirer dans son pays intérieur ? Une habitude qui lui est restée ! C’était un vrai poète, qui donnait l’impression d’être ailleurs tout en étant présent. L’ailleurs et le présent. Une dualité que traduit le titre de son recueil Pays rêvé, pays réel.
« Du plus serré du souterrain s’est assemblée l’écumeNous nous tenons en la folie éparpillée d’éternité » (Fastes, p.86)
Ce qui m’a frappé dans les poésies d’Edouard Glissant, c’est la prédominance de l’élément aquatique : la mer, l’océan, que l’émission a également mis en valeur : « écume », « aviron », « barques », « océan », « navigue »… le champ lexical de la mer est important. Le mot « mer » lui-même est repris un certain nombre de fois. On dirait qu’il est constitutif de l’identité de l’auteur. Il l’est ! Quand on remonte à la source du peuple antillais, on remonte à l’esclavage, à la traversée des mers, traversée des peuples :
« Nous mesurons dans la vague la trace de leurs orteils » (Pays rêvé, pays réel, p.15)
La mer, voici la mer ferreuse qu’enlaçaientTant d’entassements écroulésTant de mots rauques à plein bord (p. 64)
Et lui, Edouard, c’est le poète
dont la parole a délacéle souffrir du pays d’antanDe la ravine délitée du pays-ci (p.44)
Édouard Glissant, Aimé Césaire (Hanétha Vété-Congolo)
« Contrairement à ce que tient le verbe courant, la pensée de Glissant se démontre dans la continuité logique de la pensée de Césaire. Ce que Césaire a prôné est, non pas que la souche unique de l’identité est de l’Afrique puisque comme Senghor, il a honoré sa francité, l’a acceptée et pratiquée sans retenue mais plutôt que, l’une des souches importantes étant systématiquement démise, sauvagement exclue, elle devait elle aussi être reconnue et mise à sa place juste de contributrice. C’est déjà là, le discours inclusif que Glissant nomme en ses termes, « Créolisation », « identité-rhizome », « identité-relation », « diversalité » ou « pensée du métissage ». » (Hanétha Vété-Congolo, Brunswick, Maine, USA, Potomitan)
Le Mexique, une littérature au-delà des contingences (suite)
Les députés mexicains, tous partis confondus, ont demandé le maintien de l’Année du Mexique en France, à l’issue d’une discussion sur l’affaire Florence Cassez, la Française condamnée à soixante ans de prison pour enlèvements.
« Nous exhortons les gouvernements du Mexique et de France à examiner la possibilité de préserver la réalisation des activités programmées pour l’Année du Mexique en France », a dit la députée Maria de Jesus Aguirre, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, opposition), en faisant état d’un accord entre tous les partis. (source : Le Monde)
Carlos Fuentes, écrivain : « Les relations culturelles » entre deux pays « sont une chose », les « relations politiques, judiciaires et diplomatiques en sont une autre » déclare t-il. L’auteur se rendra aux évènements auxquels il est invité, bien qu’il soit en profond désaccord avec la politisation de l’évènement, déclarant souhaiter contribuer à faire perdurer « ce programme enraciné dans la grande amitié franco-mexicaine ». (source : El Universal.mx)
Voir le documentaire Écrivains mexicains (13′)
Édouard Glissant, la somptuosité d’une écriture (Joël Des Rosiers)
Nul n’a jamais vu se déplacer avec autant d’émotion que moi, ce Golem lourd et vacillant sur ses pieds de glaise, rôdant parmi les étals de livres d’un marché de poésie, pour commettre quelque inaltérable dédicace « par les feux, par les fers, par l’argile immortelle » dans la gloire et l’extase d’une écriture qui aurait enfin triomphé des îles, rouées de sucre. Diable, Édouard Glissant aurait-il donc disparu en laissant de dignes héritiers s’autoriser toutes les méprises? Mais nous avons beau affirmer que sa mort, à la douleur exquise, est une crise de la relation, déjà elle s’apparente à l’accointance solidaire et antagoniste qui n’est pas sans évoquer celle du maître et de l’esclave. Car quiconque esclave signe une œuvre de grande importance est bien plus noble que maître.
Qu’avions-nous à craindre de la somptuosité d’une écriture qui recèle de nombreux sortilèges dont l’un procède par boucle, l’autre par déambulation, l’autre encore par concaténation sinon la solarisation de notre conscience (on pense au travail photographique de Man Ray)? (…)
Et nous sommes incapables d’exprimer nos grands fonds de détresses ou de répondre à celles des figures humaines qui l’entourent, le rêve de l’homme suffoquant sous un manteau d’éloges et d’encouragements. Du moins, me dis-je, je n’ai pas tout lu et j’ai peut-être mal lu certaines de ses œuvres mais j’ai entendu sa voix vrombir Les Grands Chaos comme si la poésie était en danger, au sein d’un discours d’une sublime sauvagerie. Joël Des Rosiers, Potomitan.
L’œuvre des mers, sélectionné pour deux prix littéraires
http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=32512Découvrez L’intégrale de l’Oeuvre des mers d’Eugène Nicole sur Culturebox !
L’œuvre des mers, d’Eugène Nicole (Saint-Pierre et Miquelon) et Corps mêlés, de Marvin Victor sont sélectionnés pour le 6e prix du livre France-Culture Télérama, qui sera remis lors du Salon du livre de Paris, le 17 mars, et pour le prix Louis Guilloux qui sera attribué le 15 mars.
France Culture et Télérama récompensent, chaque début de printemps, une œuvre littéraire écrite en langue française et publiée en janvier, février ou mars.
Doté de 5 000 euros, le prix sera remis lors de la soirée d’ouverture du Salon du livre de Paris, le jeudi 17 mars à 19 heures, sur le stand de Radio France.
Le jury a présélectionné les dix romans et récits suivants :
Ce qu’aimer veut dire, de Mathieu Lindon (éd. P.O.L.)
Les Liaisons ferroviaires, de Jean-Pierre Martin (éd. Champ Vallon)
Des Femmes disparaissent, de Christian Garcin (éd. Verdier)
L’œuvre des mers, d’Eugène Nicole (éd. de L’Olivier)
Dino Egger, d’Eric Chevillard (éd. de Minuit)
Bande-son, de Bertrand de la Peine (éd. de Minuit)
Tu verras, de Nicolas Fargues (éd. P.O.L.)
Une lointaine Arcadie, de Jean-Marie Chevrier (éd. Albin Michel)
La Lettre de Buenos Aires, d’Hubert Mingarelli (éd. Buchet-Chastel)
Corps mêlés, de Marvin Victor (éd. Gallimard)
Le prix Louis Guilloux, doté de 10 000 euros, récompense l’auteur d’un roman ou récit en langue française s’inscrivant dans la lignée littéraire de l’écrivain breton, privilégiant notamment la “dimension humaine d’une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l’individu au profit d’abstractions idéologiques”.
Son jury, présidé par Yvon Le Men, est majoritairement composé d’écrivains.
21 titres sont en compétition :
Yahia Belaskri, Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut, Vents d’ailleurs
Jeanne Benameur, Les insurrections singulières, Actes Sud
Vincent Borel, Antoine et Isabelle, Sabine Wespieser
Delphine Coulin, Samba pour la France, Le Seuil
Jean-Baptiste Del Amo, Le sel, Gallimard
Jérôme Ferrari, Où j’ai laissé mon âme, Actes Sud
Hervé Jaouen, Les sœurs Gwenan, Presses de la Cité
Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi, Grasset
Maxim Leo, Histoire d’un Allemand de l’Est, Actes Sud
Andreï Makine, Le livre des brèves amours éternelles, Le Seuil
François Marchand, Plan social, Le Cherche Midi
Patrice N’Ganang, Mont plaisant, Philippe Rey
Eugène Nicole, L’œuvre des mers, L’Olivier
Anthony Palou, Fruits & légumes, Albin Michel
Bernard Ruhau, Salut à vous !, Maurice Nadeau
Lionel Salaün, Le retour de Jim Lamar, Liana Levi
Frédéric Valabrègue, Le candidat, P.O.L
Jean Védrines, La belle étoile, Fayard
Gary Victor, Le sang et la mer, Vents d’ailleurs
Marvin Victor, Corps mêlés, Gallimard
Frédéric Werst, Ward, Le Seuil
(source : Livres-Hebdo).
