La rosée s’égoutte pour un peu l’on voudrait rincer le monde flottant
Bashô (1644-1694)
Ukiyo (le monde flottant) est un mot d’origine bouddhique qui désigne initialement le monde présent, c’est-à-dire un monde illusoire, empli de peines et de souffrances selon la pensée bouddhique. C’est proche du دُنْيا [dunyā, mot d’origine persane], l’ici-bas, de l’islam. Mais au début de l’époque d’Edo, dans le Japon du 17e siècle, ukiyo prend un sens hédoniste en une célébration de la vie urbaine contemporaine. Dans sa préface au Dit du monde flottant (Ukiyo-monogarari, 1661), le moine romancier Asai Ryōi définit ainsi ukiyo, le monde flottant : « Vivre seulement pour l’instant, contempler la lune, la neige, les cerisiers en fleurs et les feuilles d’automne, aimer le vin, les femmes et les chansons, se laisser porter par le courant de la vie comme la gourde flotte au fil de l’eau ».
Trois mille haïkus épluchés des kakis deux seulement
Shiki (1867-1902), auteur de 25 000 haïkus (oui !) a transformé le hokku traditionnel en haïku. C’est de lui que vient le mot haïku. Jusqu’à Shiki, ”hokku” désignait les trois vers d’ouverture d’un poème. Devenus autonomes, les 17 premières syllabes ont été baptisées ”haïku” par Shiki. À noter que le haïku du jour ne respecte pas la métrique traditionnelle. C’est un haïku de week-end, week-end que je te souhaite, ami, amie, lecteur, lectrice, relâché. 🦋
Aujourd’hui, centenaire de la naissance du jazz poet, Jack Kerouac, né le 12 mars 1922 à Lowell (Massachusetts), mort à l’âge de 47 ans, le 21 octobre 1969 à St. Petersburg (Floride).
Mad wrote curtains
of
poetry on fire
[October 28, 1954]
Jack Kerouac, Le livre des haïku, édition bilingue, La Table ronde, réédité pour ce centenaire, le 24/03.
Nombreuses émissions à écouter sur France-Culture. Dans Sans oser le demander, Mathieu Garrigou-Lagrange a réuni Josée Kamoun, traductrice et Damien Aube, critique littéraire et d’art à Transfuge, mensuel qui consacre son numéro de mars au jazz poet.
A noter aussi la nouvelle édition de Poèmes dispersés, de Jack Kerouac, traduction Philippe Mikriamos, éditions Seghers.
Ce recueil publié pour la première fois chez Seghers en 1976 entend offrir « une vision complète de son œuvre poétique ».
» Cette jolie ville blanche
De l’autre côté du pays
Ne me sera plus
Disponible
J’ai vu le firmament bouger
Ai dit » C’est la fin «
Parce que j’étais fatigué
De tous ces présages
Et dès que vous aurez besoin
de moi
Appelez
Je serai à l’autre
bout
Attendant
contre le mur final «
Extrait de » San Francisco Blues «
« Même si l’auteur de Sur la route n’est pas toujours célébré pour sa poésie, à l’inverse de son complice Allen Ginsberg, celle-ci représente une part essentielle de son œuvre.
Pendant de son écriture romanesque, la poésie de Kerouac met en avant les aspects les plus caractéristiques de son écriture : là, plus encore peut-être que partout ailleurs, il cherche à se libérer de tous les carcans, faisant confiance à la spontanéité de sa plume, multipliant les libres associations, les mots-valise, les onomatopées, la recherche du rythme et de la sonorité pure… tout en créant de superbes métaphores.
» On écrit tout ce qui vous vient à l’esprit comme ça vous vient, dit Kerouac, la poésie retourne à son origine, à l’enfant barde, véritablement orale… «
Ce recueil, publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1971, sous le titre Scattered Poems réunit des textes écrits dans les années 50 et 60 et qui avaient paru dans des publications éphémères et underground.
Drôles, grossiers, émouvants, désordonnés, bruts, énigmatiques, ludiques, à fleur de peau, ils s’attaquent vigoureusement à l’american way of life et explorent les failles et les traces de folie causées par l’absurdité et la violence de la vie dans la société capitaliste. Ils parlent aussi de liberté, de beauté et d’évasion.
Ils sont une formidable porte d’accès l’univers poétique de Kerouac. »
Haïjins japonaises, Anthologie, Traduction, choix et préface par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku, édition bilingue japonais français, La Table ronde 2008, Points, 2010, p. 67