Un haïku, trois traductions

Un haïku de Bashô, trois traductions :

LA SCÈNE :

Dans une crique, des pêcheurs ont disposé des pots où ils prennent les poulpes ; enclos entre les parois de leur prison, ils font « un court rêve » avant d’être dépecés pour servir de nourritures

VERSION 1 :

Comme la pieuvre prise au pot,

Nous rêvons encore un instant 

En regardant la lune d’été.

(traduction de Kuni Matsuo et Emile Steinilber-Oberlin, 1936)

VERSION 2 :

Dans le piège

le poulpe poursuit un songe vain 

lune d’été 

(traduction René Sieffert, Le carnet de la hotte, 1976, cité par Marguerite Yourcenar

http://derives.free.fr/bashoyource.html)

VERSION 3 :

Dans le pot les poulpes

en un rêve éphémère 

lune d’été 

(traduction Vincent Brochard, 2009)

la lune était pleine…

NEUVIÈME JOUR. BEAU TEMPS.

Cette nuit, la lune était pleine. Maître Tasse-de-Thé m’avait donné pour consigne de l’observer.

Je me suis assis dans l’arrière-cour de la Maison Poubelle. Le maître n’est sorti me voir qu’une seule fois pour à peine deux minutes ; puis il est rentré. Qu’est-ce qu’il peut ronfler !

J’y ai passé toute la nuit, mais enfin un haïku m’est venu :

Pas un fardeau

la lune sur les branches

ployées

***

DIXIÈME JOUR. CHAUD, HUMIDE.

Maître Tasse-de-Thé m’a fait part du poème qu’il avait écrit cette nuit là :

Pleine lune

Qui sort

Qui rentre…

Je lui ai confié le mien. Toujours pas de « Oui » sur les lèvres du Maître.

pp. 62-63, Fou de haïkus, David Gérard Lanoue, La Part commune, Rennes, 2008