Armes miraculeuses

Le Parisien de dimanche titre en Une :  » Météo : on veut du soleil « .

Dans le film Il va pleuvoir sur Conakry (sur les écrans le 30 avril), une prière collective provoque la pluie après une longue période de sécheresse. En coulisse, les politiciens, qui avaient connaissance des prévisions météo, ont exploité la crédulité des religieux comme de la population.

A Paris, voici les solutions suggérées par le journal et ses lecteurs pour lutter contre le manque de soleil et un moral en berne : les U.V. des cabines de bronzage, les crèmes autobronzantes, les vitamines et les compléments alimentaires.

Crédulité dans un cas, placebo dans l’autre, un poème de Césaire, chacun ses Armes miraculeuses.

Tête maorie : Rouen persiste et va signer une proposition de loi

Mercredi la justice a annulé une décision de la ville de Rouen de restituer la tête d’un guerrier maori à la Nouvelle-Zélande (au motif de non consultation de la commission chargée d’examiner les demandes de déclassement de « pièces » des collections publiques nationales).
Jeudi, un communiqué de la ville nous apprend que Rouen soutiendra une proposition de loi autorisant la restitution des restes humains maoris.

Photo de Mme Catherine MORIN-DESAILLY, sénatrice de la Seine-Maritime (Haute-Normandie) 

La proposition de loi doit être préparée par la sénatrice Catherine Morin-Desailly (Modem), adjointe chargée de la Culture, « La ville de Rouen  maintient son objectif (…) de confier à la
Nouvelle-Zélande cette tête humaine afin qu’elle y soit inhumée de façon digne
et respectueuse », a commenté le maire, Pierre Albertini (DVD), précise l’AFP.

Double peine : la tête maorie est française

Le tribunal administratif de Rouen a annulé une délibération du conseil municipal de cette ville prise en octobre [Papalagui, 28/10/07] et restituant à la Nouvelle-Zélande une tête de guerrier maori figurant dans les collections de son muséum. C’est une dépêche de l’AFP qui nous l’apprend.

Dans un arrêt en date du 27 décembre, le tribunal a annulé la décision en estimant que la ville aurait dû au préalable consulter la commission scientifique chargée d’examiner les demandes de sortie de « pièces » des collections publiques nationales.

Lors du déclenchement de l’affaire, nous évoquions la balance entre trophée (de guerre hier, culturel aujourd’hui) et patrimoine (français, universel, néo-zélandais, maori). Pour la ministre de la culture française, la tête relève des « objets sociaux », alors que pour le maire de Rouen elle est un « reste humain ».

Avec cet épilogue judiciaire (pour l’heure, rien ne dit si le maire de Rouen fera ou non appel de la décision et si la Nouvelle-Zélande poussera le zèle pour la restitution), on pourrait penser à une double peine : la tête maorie, symbole d’un rapt symbolique pendant la colonisation du Pacifique, est doublement punie, comme emprisonnée dans une Europe conquérante et comme non restituée, alors que plusieurs villes à travers le monde notamment Genève, Bâle, Manchester,
Londres, Glasgow, Edimbourg, Copenhague et Brème ont déjà répondu positivement à la demande néo-zélandaise.

Tatie Danielle

Dans une pharmacie, une dame à l’âge canonique se confie à voix haute au maître de l’officine :  » Je suis malade et j’ai des pique-assiette pour le réveillon, c’est un comble ! Moi-même, j’ai du mal à me faire à manger, je vais au restaurant…  »

 » Internet, culture nationale « … il y a dix ans déjà

Classant, triant, jetant, gardant, relisant d’anciens carnets de notes, cet opuscule où est écrit une citation avec sa source (JDD, 13/09/98) :  » Internet est aujourd’hui notre culture nationale. « , attribuée à Hugh Sidey, chroniqueur de Time magazine, à propos de la diffusion du rapport Starr sur le Web.

Pour mémoire : le 11 septembre 1998, le Congrès américain avait publié sur son site Internet le rapport du procureur Kenneth Starr. Ce jour-là, pris d’assaut, le serveur du Congrès tomba plusieurs fois en panne, tant l’Amérique dite puritaine avait soif de tout connaître du « Monicagate ». On dit à son endroit :  » le rapport qui affole l’Amérique « . (Kenneth Starr détaillait les relations entre Monica Lewinsky, stagiaire à la Maison-Blanche, et Bill Clinton, 42e président des Etats-Unis, et analysait les onze motifs d’une procédure de destitution, qui échouera de peu).

L’ennui, le banal, la bêtise et le vulgaire

L’ennui aux XIXe et XXe siècles sera le thème d’un colloque international à l’université Paris 1 Sorbonne les 29, 30 novembre et 1er décembre. Le Centre de recherches en histoire du XIXe siècle propose, entre autres, des questions alléchantes : Entre ennui et fatigue : la nostalgie pendant la colonisation de l’Algérie 1830-1851 ; L’ennui à l’atelier et à l’usine : Discours ouvriers sur « ces jours [qui] passent, immenses » ; L’ennui dans les gares ; L’ennui dans les grands ensembles ; Le coaching en entreprise. Une professionnalisation des stratégies d’évitement de l’ennui ; etc.

Le banal ou plutôt Le culte du banal est le titre d’un livre de François Jost. Sous-titré : De Duchamp à la télé-réalité, il est publié par les éditions du CNRS, qui nous écrivent en forme de résumé :

 » La télé-réalité est-elle devenue la réalité ? Et les ultimes avatars de l’art contemporain le degré zéro de la banalité ? Ou plutôt, entre l’un et l’autre, n’y a-t-il pas eu toujours ambiguïté ? Duchamp, Warhol ou Perec, icones de la modernité, n’ont-ils pas été les chantres de l’ordinaire, du quotidien, du banal ? Et n’est-ce pas Barthes en son temps qui a mis à mort la notion d’auteur ? Comment le culte du banal qui fut, jadis, à la pointe du combat contre l’institution s’est-il dilué dans nos petits écrans ? « 

Autre éditeur à s’intéresser à l’envers du décor, Stock publie deux essais dont les auteurs sont réunis le 27 novembre à la Villa Gillet autour de l’affirmation sans ambages :  » Bêtise et vulgarité : symptômes du monde moderne « .

Belinda Cannone écrit La bêtise s’améliore et son éditeur :  » Nous avons tous constaté que bien des gens dont nous respectons l’intelligence s’en servent… bêtement. Camus ne disait-il pas qu’il y a deux sortes d’intelligences, l’intelligence intelligente et l’intelligence bête ? Cette dernière produit une pensée uniformisée dont nous voyons les traces partout. Mais il n’est pas si facile de décrire ce phénomène de conformisme dans sa version actuelle.  »

Limite vulgaire est le titre du livre écrit par Hélène Sirven et Philippe Trétiak, présenté ainsi par leur éditeur :

 » Le spectre de la vulgarité hante le monde. Chaque jour elle étend son pouvoir. Virus moderne, elle contamine et se répand. Médias, sexe, politique, comportements sociaux, art, pub et mode… Tout semble céder à la provocation, à l’outrance, à la confusion, au trash. Plus c’est laid, plus c’est direct, plus c’est violent, plus ça marche. Mieux, ça court. Est-il un jour où l’on ne se répugne pas soi-même d’être de ce monde-là ? Sommes-nous tous condamnés à la vulgarité ?

Philippe Trétiack est grand reporter au magazine Elle et écrivain.

Hélène Sirven est maître de conférences à l’université Paris-I, spécialiste en anthropologie exotique et contemporaine.

L’ennui, le banal, la bêtise, le vulgaire, vus par des universitaires, c’est passionnant ! comme si les déclinologues en économie (Nicolas Baverez, Le France qui tombe, Perrin, 2004) avaient fait des émules.

Même plus peur !

Les enfants de Mayotte venus à la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand avaient trois  peurs :

1. Peur de tomber de la Tour Eiffel.

2. Peur des M’zougou (les Blancs);

3. Peur d’être pris pour des Anjouanais.

Après avoir vu la neige, ils n’ont plus peur de rien. Ils continuent d’écrire un carnet de voyage dont nous reparlerons.

Carnets d’Auvergne

La Biennale du carnet de voyage a lieu chaque année. « On aimait bien le mot biennale, alors on l’a gardé », nous dit un bénévole. Une parole à l’image de la manifestation organisée à Clermont-Ferrand, capitale de l’Auvergne. C’est bon enfant, on ne se prend pas au sérieux. Entre mode carnettiste et goûts salutaires pour la découverte de nouveaux horizons et surtout, maintenant que la planète mondialisée offre moins de recoins inconnus, pour se réchaffer le coeur et l’âme auprès des autres, lointains semblables/dissemblables.

Le carnet de voyage est d’abord l’herbier du monde, avec cette obsession de collecter puis de coller tous les objets, récits, photos, dessins recueillis dans un pays.

De nombreux carnettistes on un stand et sont à la recherche d’un éditeur. Ils déroulent au visiteur une passion, celle du voyage graphique, scripturaire et photographique. Pour ce chevronné qui a fait l’Inde comme d’autres empruntent la ligne B du RER hors les jours de grève, « c’est un carnet de vie le voyage, une manière de croquer le monde et l’autre en un tour de main » et aussi « une manière de fixer sa mémoire dans chacune des photos. »

Pour telle autre, ambassadrice de l’outremer (sans trait d’union) c’est l’affirmation que « l’outre-mer c’est multiculturel ».

Hors l’ombre portée de Titouan Lamazou dont les carnets nous donnent actuellement une exposition monumentale au musée de l’homme, à Paris, d’autres surprises nous sont heureusement offertes. Comme ce travail publié par les éditions Magellan et cie, L’exporateur, le photographe et le missionnaire. Un travail remarquable de Gwenaëlle Trolez qui utlise les techniques du carnet de voyage pour faire revivre sur un mode non raciste des photos coloniales de l’Afrique du XIXe siècle.

L’Armistice, la Mémoire et les Poilus

L’Armistice du 11 novembre 1918 est plus que jamais l’occasion d’un  » devoir de mémoire « .

A 11h ce jour-là, les Alliés et l’Allemagne signent un armistice qui marque la fin de la Première guerre mondiale (9 millions de morts, dont 1,3 pour la France). L’Allemagne restitue l’Alsace et la Lorraine à la France. Voilà pour l’Histoire. Et la mémoire ?

C’était écrit : plus le temps passe, plus les poilus de la Grande Guerre disparaissent. lls ne sont plus que 2 aujourd’hui : Louis de Cazenave et Lazare Ponticelli, nés respectivement le 16 octobre et le 7 décembre 1897. Alors que le Haut conseil de la mémoire combattante avait décidé d’organiser des obsèques nationales pour la mort du Der des ders, ils ont dit tout deux  » NON « . Non à cette cérémonie. Ils refusent les honneurs. Ils l’ont dit au Monde :  » De la fumisterie ! «  pour Louis de Cazenave, qui vit dans son village de Haute-Loire. Depuis le Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), Lazare Ponticelli est tout aussi catégorique : « Je refuse ces obsèques nationales. Ce n’est pas juste d’attendre le dernier poilu. C’est un affront fait à tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu’ils méritaient. « 

A l’instar des derniers poilus, des historiens pensent aussi qu’il y a trop de commémorations. Il y a une semaine, l’association des Amis du Mémorial d’Alsace-Moselle (AMAM) organisait un colloque sur les « embarras de mémoire »… au mémorial à Schirmeck :
 » La multiplication des journées de commémoration dans la société française est l’illustration d’une mémoire devenue otage des lobbyings au détriment d’une identité collective « , ont estimé des historiens lors de ce colloque.

Selon les historiens, la France aurait la mémoire  » embarrassée « . Les poilus , eux, ont une excellente mémoire. Il ne réclament aucun mémorial. Ils ne sont nullement concernés par le plan Alzheimer 2008-2012, en cours d’élaboration. Pour le Haut conseil de la mémoire combattante, c’est assez embarassant.

A lire : Tardi. tardi.1194784753.jpg

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