En Afrique, une moto de rêve…

J’ai fais un rêve, car Pinocchio aussi était de bois…

Je l’ai réalisé…

J’en suis fier…

Je suis allé lire Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, roman de Robert Pirsig, dont le manuscrit a subi 121 refus d’éditeurs (ce qui m’encouragea à poursuivre), où j’ai puisé cette philosophie de vie (traduction de M. Proulx) :


« Le piège suivant qui vient à l’esprit est l’ennui. Il se trouve à l’opposé de l’anxiété et accompagne généralement les problèmes d’égo. L’ennui signifie que vous avez quitté la voie de la Qualité, vous ne voyez plus les choses avec un esprit neuf, vous avez perdu votre « esprit du débutant » et votre moto est en grand danger. L’ennui veut dire que votre provision de détermination est basse et qu’il faut en faire le plein avant toute chose.

Quand vous vous ennuyez, arrêtez ! Allez au spectacle. Allumez la télé. Prenez la journée. Faites n’importe quoi, mais ne travaillez pas sur la bécane. Si vous n’arrêtez pas, la prochaine chose qui se produira, c’est la Grosse Connerie, et c’est alors que tout l’ennui et la Grosse Connerie se combinent en un seul de ces coups du sort des dimanches qui vous vident de toute votre détermination, et vous stoppent vraiment. »

Je me suis additionné et abonné à « l’Afrique est magique », où je trône à côté des meilleurs :

Il n’est pas dit que sur la route, je ne rencontre pas Jack Kerouac

 

 

 

 

Merci à Eddy B.

l’île, l’anomalie et la création

Pratique d’astronomie par les Néerlandais à Dejima (tableau japonais, XVIIIe-XIXe siècles. Source : Wikipédia.

« Je voyageais dans la région de Nagazaki et je me suis égaré. Je recherchais désespérément un endroit pour déjeuner, mais au lieu de tomber sur Chinatown j’ai atterri sur cette île [l’île de Dejima]. Avec ses maisons coloniales blanches, alors qu’autour tout a été reconstruit après la guerre,  j’ai compris que cet endroit était une anomalie et l’anomalie est toujours un très riche matériau romanesque. »
David Mitchell interviewé par Elisabeth Philippe pour Les Inrockuptibles (18/01/12) à propos de son roman Les Mille Automnes de Jacob de Zoet (L’Olivier), traduit de l’anglais par Manuel Berri.

Perturbations et bifurcations

Lu dans la note d’intention sur l’atelier d’écriture de Marie-Célie Agnant à La boutique d’écriture de Montpellier, le 12 janvier, 20h, sous le titre Perturbations : « Parfois quand on écrit, quelque chose surgit et l’écriture bifurque. Il faut alors la suivre là où l’on ne pensait pas aller. » Et pour la séance du 19, toujours à 20h (Emmène moi) : « Tu parles et nous marchons. Je parle et nous marchons encore. Récit. »

 

Passagers des vents (Haïti) : témoignage de Yanick Lahens

Troisième contribution d’une série haïtienne publiée sur la semaine, pour envisager 2012 sous les meilleurs auspices…

Les Passagers des vents est une résidence artistique et littéraire à Port-Salut (Sud d’Haïti), dont nous avons relaté les ambitions dans un documentaire, Haïti, pays réel, pays rêvé, et dans Papalagui. Nous publions ici le témoignage de Yanick Lahens, qui a fait partie de la première édition de cette résidence en avril 2011. Elle est l’auteur de La Couleur de l’aube (éd. Sabine Wespieser, 2008, Prix RFO du livre 2009 et de Failles, en 2010, idem).

Je fus une cobaye comblée

Les mots sont venus dans la nuit.

Port-Salut c’est une promesse faite à James et c’est aussi un engagement à écrire un mot fétiche pour les Assises du Roman à Lyon.

Moi qui suis souvent par monts et par vaux, me nourrissant goulûment du dehors. Moi qui n’ai jamais su créer ce temps suspendu rien que pour l’écriture (je ne suis pas douée pour les tours d’ivoire), cette proposition de James me semblait un cadeau tombé du ciel. Un cadeau entre sable et ciel, sur le plateau d’émail bleu de la mer de Port-Salut. Je savais aussi que la cobaye que je serais, n’aurait pas d’autre choix que d’accoucher ce mot fétiche.

Dernière promenade les pieds dans la dentelle noire des algues sur le sable, le long d’une mer qui a blanchi tout à coup. Les vagues arrivent épaisses, houleuses, à fleur des yeux. Sarabande folle. Grande fête à laquelle je ne semble plus conviée. Tant pis. La mer, je l’aime quand même. Dans sa distance. Dans son extravagance.

Plus tard dans le hamac, je berce le meilleur de ma solitude. Tranquille. Je ferme les yeux à la beauté offerte. Comme ça. Sans rien demander en retour. Les rumeurs du monde m’arrivent feutrées. Ritournelle lointaine. Et c’est très bien. J’écarte toute chose. J’éteins toute pensée. C’est l’heure où je marchande avec mes anges et mes démons.

Dans la soirée, Mackenzy, Christian, Marvin, James et moi nous refaisons Haiti, le monde et la littérature autour des écrevisses, ciriques, poisons, bananes pesées et riz arrosés de rhums sour et de rires. Marvin évoque Billie Holiday. Je lui indique Jeanne Lee. L’amitié à une douce couleur bleu nuit.

Le mot fétiche viendra dans ma chambre avec le vent qui frotte doucement contre les murs. Je sais à ce moment là que je ferai la part belle aux silences.

Que « j’écris pour trouver la langue du silence. Cette langue inépuisable, imprévisible et puissante capable d’accueillir indifféremment mes anges et mes démons. Souvent les premiers se glissent à pas feutrés et s’installent du côte gauche, celui du cœur avec l’assurance de ceux qui auront le dernier mot. Les seconds prennent quelquefois possession de tout le reste, me touchent le ventre, me défont les cheveux, me tirent jambes et bras dans tous les sens avec dans la bouche des mots tranchants comme des lames ou des mots-miel si doux, si doux que j’en oublierais mon nom.

J’aime les silences d’après-midi, anges et démons à égalité de séduction et de désir. Dans le grand tohu-bohu du jour ils se mettent à couvert, attendant les silences du crépuscule, trempés de mauve et d’orange pour faire place nette pour les grandes sarabandes de nuit.

J’aime les silences de nuit quand mes démons pensent avoir le beau rôle, dépassent les bornes et menacent de tout prendre, les cheveux, le ventre, les jambes, les bras et même le cœur. C’est l’heure où mes anges se taisent et me regardent faire, bien calée sur mes vertiges.

J’aime les silences ouatés du “devant-jour” entre sommeil et éveil, les silences “nan dòmi”, quand les dieux dansent derrière mes paupières et que les anges leur indiquent l’endroit du cœur.

Et puis il y a les grands silences blancs. Blancs de tout. Blancs de rien.

Il m’arrive d’habiter mes silences comme une seconde peau et de chercher encore cette langue maternelle. »
J’ai aimé écrire ces mots à Port-Salut avec cette voix nue dans la nuit. Livrée à la brûlure du silence.

Ernest Pépin, poème en hommage aux Passagers des vents (Haïti)

 

Deuxième contribution d’une série haïtienne publiée sur la semaine, pour envisager 2012 sous les meilleurs auspices…

Les Passagers des vents est une résidence artistique et littéraire à Port-Salut (Sud d’Haïti), dont nous avons relaté les ambitions dans un documentaire, Haïti, pays réel, pays rêvé, et dans Papalagui. Le texte qui vient est un hommage d’Ernest Pépin (Guadeloupe) à James Noël (Haïti), instigateur de la résidence.

Passagers des vents

Et de toute géographie souterraine

Nous glanons d’immenses voyances

Et honorons la vertu des sables aériens

Il n’est griffures qui vaillent ni gommiers ni mémoires

Seules les boues ont gardé nos empreintes

Nous parlons le magma et la turbulence folle

De ces courants d’hommes

Au grand charroi des îles

N’était-ce l’amandier et son parasol de rêves

Ou l’oiseau foudroyé de vivre son voyage

Notre voix va au vent tremblant

Des fougères sacrées

Tant de boucans nous guettent aux haltes

Tant de langues se perdent aux feuillages

Mais sur la jetée des vents d’ailleurs

Et d’ici

Nous hâlons le coutelas des tempêtes

Le lieu est mémoire

Comme gouffre de lumière

Où nous naviguons à hisser nos élans

Chavire grand ciel

Les étoiles nous sont rumeurs de prophètes

Par tous vents nos jardins s’émerveillent

Là-haut l’île suspend sa crinière

Voyageur des vents souffle les mots

Acquitte-toi des frontières

Ô vents des mots

Lavez l’écorce et le champignon des songes

Là-bas m’attend une auberge marine

Salaison de mots

Et conteurs en veille

Et paroles d’embruns

Et compère Soleil

Ceux qui s’en viennent sont de connivence

Plumes que laissent les voyageurs des vents

Aux pirates et aux dieux

Ernest Pépin

Faugas/ Lamentin, le 30 décembre 2011, publié sur sa page FB.

Les Passagers des vents (Haïti), Actes II & III

Premier papier d’une série sur la semaine, pour envisager 2012 sous les meilleurs auspices… A tous bonne année !

Des écrivains haïtiens, autour du poète James Noël, ont créé une résidence artistique et littéraire dans le Sud du pays, à Port-Salut. Première résidence du genre, Port-Salut – la bien nommée – pourrait devenir un pôle de décentralisation culturelle et une utopie.

Après une première résidence en avril, la seconde a ouvert ses portes au début du mois de décembre.

La deuxième résidence artistique et littéraire, « Les Passagers des vents », accueillait du 2 au 22 décembre Pia Petersen (Danemark), Tamara Suffren (Haïti), Wilfried N’Sondé (Congo-France) et un récidiviste : Mackenzy Orcel (Haïti).

La prochaine résidence se tiendra en janvier et accueillera Yahia Belaskri, Francesco Gattoni, Julien Delmaire, Georges Castera et Paolo Woods (autre récidiviste).

Voici le documentaire (12′) Haïti, pays réel, pays rêvé inspiré de l’ouverture de la résidence en avril 2011.