La pythie du grec ancien est morte

Elle incarnait le combat pour l’enseignement du grec ancien. Son parcours exceptionnel en faisait une autorité morale inconstestée sur le sujet : concours général, agrégation, Sorbonne, Collège de France, Académie des inscriptions et belles-lettres, Académie française enfin.

L’académicienne Jacqueline de Romilly, spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, est morte  samedi à l’âge de 97 ans. Elle était née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir) d’un père professeur de philosophie et d’une mère romancière.

Jacqueline de Romilly incarnait l’enseignement des études grecques classiques en France ainsi qu’une conception exigeante et humaniste de la culture, a écrit, en plus de 60 ans, de très nombreux ouvrages, rappelle Le Monde. En 1988, elle était devenue la deuxième femme élue à l’Académie française, après Marguerite Yourcenar. Elle en était la doyenne  depuis la mort de Claude Lévi-Strauss en 2009.

Elle avait fondé en 1992 une association pour la sauvegarde des enseignements littéraires (SEL).

Voir un double CD d’entretiens avec Pascale Lismonde :

Vivement le 15 juillet !

Dans Libération du 13 juillet : Le ministre de l’Indigénisation du Zimbabwe, Paul Mangwana, a menacé hier de retirer leur permis d’exploitation aux firmes opposées à un projet de loi visant à assurer que la majorité des parts des sociétés cotées en Bourse soient entre les mains de Zimbabwéens noirs.

Dans Libération du 14 juillet : Au Congo, les pygmées sont parqués au zoo. Invités au Festival panafricain de musique de Brazzaville (Fespam) un groupe de vingt pygmées a été logé. dans le zoo de la capitale congolaise, «sous le regard des curieux qui viennent les contempler et les filmer», selon l’Observatoire congolais des droits de l’homme. «Ils dorment sous une tente, sur des matelas à même le sol.» Toutes les autres délégations du festival sont logées dans des hôtels. Les pygmées d’Afrique centrale sont souvent considérés comme des «sous-hommes» par les autres habitants de la région. Réunis mi-avril, au Congo, ils avaient dénoncé le «génocide culturel» dont ils s’estiment victimes. (AFP)

Sur le site du Fespam, on lit ce dimanche 15 juillet : « Après une semaine de fête, la cinquième édition du Festival Panafricain de Musique s’est achevée ce samedi 16 juillet (sic) au stade Eboué de Brazzaville. »

Vivement le 15 juillet !

Pas de quartier pour le 14-juillet

Au festival d’Avignon, la compagnie du Voile déchiré réunit à la Chapelle du Verbe incarné (c’est complet à chaque représentation), une douzaine de danseurs hip-hop de talent. Pas de quartier est le nom de leur spectacle déjà présenté sur d’autres scènes, mais dont l’impact est ici assuré.

Avec un air de famille d’Indigènes, le film de Rachid Bouchareb, Pas de quartier retrace la filiation tirailleurs, immigrés, banlieue. « Un message positif de la banlieue à la nation », nous dit le metteur en scène Eric Checco.

Façon de considérer en ce 14 juillet qu’il y a une autre façon de célébrer la fête nationale, une fête arc-en-ciel, façon hip-hop, breakers, slameurs, beat-boxers…

De danser urbain très sain pas chagrin, ça craint !

Etonnants voyageurs pour « déjouer les attendus »

 Qu’est-ce qui est le plus étonnant à Etonnants voyageurs, réuni à Saint-Malo ce week-end de la Pentecôte ?

la première tempête en dix-huit ans et la ténacité des visiteurs venus s’aérer l’esprit ; Une tempete

une superbe exposition Enki Bilal, en phase avec la tempête sur Saint-Malo

Jean-Claude Carrière, hôte d’honneur des documentaires de la SCAM, citant un auteur oublié : « Une histoire imaginée, on lui demande d’être réelle; une histoire réelle, on lui demande de ressembler à une histoire imaginée. » ;

une soirée Etoiles de la SCAM aux trente réalisateurs récompensés d’un prix de 4 000 euros (soit un joli total de 120 000 euros de prix !) ; soirée assez ringarde dans l’imitation forcenée des « Césars » et autres « Molières »…

une récompense méritée pour l’ami Gilles Dagneau, réalisateur de Tjibaou, le pardon, écrit avec Walles Kotra.

 René Depestre, absent, mais récompensé par un prix de poésie pour ses oeuvres poétiques complètes ; 

l’engouement pour les cafés littéraires ;

des paroles glanées, captées, envolées, des bouts d’histoires, des bribes de pensée, dans les différents lieux d’un festival devenu gargantuesque ;

les copains des copains ;

Jacques Godbout la dispute entre Québécois, autour de littérature-monde (Jacques Godbout et Dany Laferrière). Avec une trentaine d’auteurs, ils cosignent avec notamment Glissant, Condé, Sansal, Rouaud, Mabanckou, Devi, Victor, Trouillot, etc., Pour une littérature-monde ;

le vertige d’une histoire dans un livre, un personnage au nom à peine entendu, l’éclat de rire, salle Maupertuis, à l’anedocte d’Abourahman Waberi racontant qu’il faut « déjouer les attendus », racontant donc l’introduction volontaire dans un de ses manuscrits, non de « chape de plomb », mais de « plomb de chape » (sic), expression qui est passée comme une lettre à la poste, du manuscrit au livre, de l’auteur à l’éditeur, de l’éditeur au libraire ; jusqu’à ce qu’une traductrice pour l’édition allemande lui téléphone pour s’en étonner…

 Cet Abdou est trop fort, « déjouer les attendus », n’est-ce pas, à la contrepêtrie près, « ajouter détente » au flot incoercible d’une production littéraire marketée ?

Etonnants ces écrivains voyageurs.

Sami Tchak à l’heure, Ananda Devi, la passe de trois

Il y a en deux qui ne seront pas chocolat… Le salon du livre de Genève, dont l’espace Afrique avait de quoi rendre jaloux  tout libraire digne de ce nom, a récompensé Sami Tchak du Prix Ahmadou Kourouma pour Le Paradis des chiots et Ananda Devi du prix TSR (Télévision Suisse Romande) pour Eve de ses décombres. Ce roman en est à son troisième prix après le prix des Cinq Continents de la francophonie et le prix RFO du livre.

Serait-ce l’effet Jean Ziegler, homme politique suisse, auteur de Main basse sur l’Afrique et plus récemment de l’Empire de la honte ?

Mais les gazettes locales ne disent rien de ce que Sami Tchak va faire de son prix de 5000 francs suisses. Même pas de quoi acheter une montre suisse, hélas… La littérature c’est pas du luxe.

2007, le temps du rêve ?

Le nouvel an serait le temps des résolutions, invariablement, pléonastiquement qualifiées de « bonnes ».

Et si c’était le temps du rêve ?

  1. Nager avec un dauphin;
  2. S’hélicopter plus souvent;
  3. Etre upside down; 
  4. Lire un livre par jour;
  5. Les Subsahariens franchissent Gibraltar;
  6. Que l’année soit véritablement polaire;
  7. Une équipe mahoraise gagne la coupe de France de football;
  8. Les Samoans passent le 1er tour de la coupe du monde de rugby;
  9. Le haka est enseigné dans les écoles du 9-3 et des quartiers nord de Marseille;
  10. L’écrivain Alan Duff continue d’alphabétiser les petits Maoris;
  11. Les cent mille manuscrits de Tombouctou sont accessibles;
  12. Samarcande redevient un lieu de rencontre;
  13. Le musée archéologique de Bagdad fait des nocturnes le mardi;
  14. La banlieue est un opéra;
  15. Les ultrapériphériques investissent les centres;
  16. Chacun a son trophée;
  17. Les trois cent mille objets du musée du Quai-Branly s’inscrivent sur les listes électorales;
  18. Don Quichotte gagne l’élection présidentielle;
  19. Un toit pour toi;
  20. Les Aborigènes restaurent le temps du rêve;
  21. Nos enfants s’appellent Ingrid, Guy-André, Jaime ;

Mais que Zazie ne prenne toujours pas le métro.

Bonne année 2007 !

« La littérature peut sauver le monde. »

Après le Femina, Lignes de faille de Nancy Huston (Actes Sud) vient d’être récompensé par le prix Roman France Télévisions 2006. Autour des journalistes littéraires, étaient réunis vingt-cinq téléspectateurs jurés, choisis sur lettre de motivation. Chacun s’est exprimé à tour de rôle avant de voter. Relevées sur le carnet de notes d’un participant, quelques paroles sur la littérature:

  • « Je ne suis pas un spécialiste de littérature, je suis un lecteur. »
  • « Roman et mensonge sont synonymes. »
  • « L’étranger est au coeur de chacun. »
  • « L’Amant en culottes courtes [Alain Fleischer],c’est la version proustienne de ‘A nous les petites anglaises’. »
  • « Le livre est la référence culturelle absolue. » 
  • « La littérature peut sauver le monde. »