Edwidge Danticat, entretien Île en île, en anglais, créole, français

http://www.dailymotion.com/swf/video/xgd7h9?width=&theme=none&foreground=%23F7FFFD&highlight=%23FFC300&background=%23171D1B&start=&animatedTitle=&iframe=0&additionalInfos=0&autoPlay=0&hideInfos=0Edwidge Danticat, 5 Questions pour Île en île
envoyé par ileenile. – Films courts et animations.À visionner, écouter, lire l’entretien accordé par Edwidge Danticat au site Île en Île que vient de mettre en ligne Thomas Spear.

Voir des extraits de son dernier livre Create dangerously en version numérique.

Des voyageurs chinois

Des voyageurs chinois

traversent une Antiquité,

de Delphes à Cuzco.

Glissant sur une coloquinte

tatouée d’arabesques,

ils s’interrogent :

Où va ce vaste monde ?

Quel est son cycle ?

Marco Polo n’a pas encore été inventé

Il n’a pas vu l’orbe

Il l’imaginera

Dans sa trace anticipée

En sa mouvante inquiétude

Limaçon nomade

Homme hémisphère

Explorateur de langues,

Vraies découvertes

D’accents et de parlers

aborigènes, exotiques,

Mondes sonores et grenus

de Tasmanies et de Polynésies,

Tapis de sons habiles

Balbuls et babils volubiles

Voix fractales de l’humain

qui ambule en son errance passagère.

Goudougoudou, vuvuzela, los 33 et… la crise

Quel est le mot de l’année 2010 ?
Le quotidien Le Monde demande à ses lecteurs de voter entre :
rétrocommission, rilance, Eyjafjöll, WikiLeaks, niqab, sexe par surprise, flotille, fadette.
Le site bibliobs du Nouvel Observateur, sous la haute autorité d’Alain Rey, demande lui aussi de choisir dans une liste où chaque mot a été sélectionné par un écrivain :
Bettencourt, bureau, crise, dette, fellation, gérer, identité, invisible, maître d’hôtel, nettoyage ethnique, outrance, voilà, zélateur, zinzolin.

Pour le site Bondyblog, le mot de l’année est banques, ce qui rejoint le mot de l’année des internautes chinois qui ont choisi inflation.
Dans la famille « la crise-c’est-le-mot-fétiche-de-l’actu »… austérité a été distingué comme mot de l’année par l’éditeur américain de dictionnaires Merriam-Webster, car ce mot a été recherché plus de 250 000 fois dans le dictionnaire en ligne. Le mot dette avait déjà été désigné par les amateurs de bons mots réunis en mai à La-Charité-sur-Loire pour le Festival du mot.

Aux Etats-Unis, le mot de l’année est un néologisme forgé par Sarah Palin, ex-candidate à la vice-présidence, le mot réfudier, forgé de réfuter et répudier, trouvaille qui se réfère au projet controversé de mosquée près du site de Ground zero.

Au Japon, alors que l’on attend le traditionnel mot de l’année, Japonation décrit la mentalité de l’année selon les 60 mots qui ont marqué l’année au Japon.

The Big Society (la grande société) est le mot de l’année selon les lexico-mots d’Oxford, un « concept politique créé par les Conservateurs visant à laisser une plus grande responsibilité aux communautés locales et volontaires ». Un mot choisi parmi 13, dont vuvuzela, cité également par Japonation et los 33 une expression spanglish (très utilisée par les médias britanniques) désignant les célèbres mineurs chiliens restés plus de deux mois coincés à 700 mètres sous terre au fond d’une mine d’or et de cuivre à San José, à 800 km au nord de Santiago, dans le désert de l’Atacama.

En Haïti, c’est bien sûr le goudougoudou, le mot de tous les maux.

 

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=30040Découvrez Le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey sur Culturebox !

Évelyne Trouillot : « De mon village au nom frondeur j’arpente le monde »


 

Le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde réuni en Guadeloupe récompense Evelyne Trouillot pour La mémoire aux abois, édité par Hoëbeke. Une mention spéciale a été décernée à Gerty Dambury pour l’ensemble de son oeuvre.

Réuni au Gosier, le 17 décembre 2010, le jury a salué dans le roman lauréat « l’originalité avec laquelle sont convoqués les tremblements de l’Histoire et des histoires dont les soubresauts n’ont pas fini se secouer nos imaginaires caribéens (…), une littérature dans laquelle les écrivaines se distinguent de plus en plus et qui offrent des perspectives inattendues, imprévisibles, (…) un roman vivant qui libère une esthétique fragmentée et indirecte, à la limite de l’Inextricable. ».

Dans ses attendus littéraires, « le jury du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde réuni en Guadeloupe cette année tient à reconnaître les publications des écrivains haïtiens qui témoignent de la vivacité de ce peuple face à l’Inimaginable qui a eu lieu le 12 janvier 2010.

« Haitï kembé là ! » de Rodney Saint-Eloi autant que « Tout bouge autour de moi » de Dany Laferrière, « Failles » de Yanick Lahens et « Create dangerously » d’Edwige Danticat sont des livres animés par l’Urgence. Ils nous parlent du séisme qui a ravagé leur pays et des autres séismes politiques, sociaux et économiques qui ont eu des conséquences cauchemardesques pour Haïti.

Sans aucun misérabilisme, ces textes nous redonnent espoir et font tomber les préjugés qui existent encore trop souvent dans la conscience collective.

Dany Laferrière nous le rappelle : « Il ne faut pas pleurer sur Haïti ». Rodney Saint-Eloi, finaliste cette année, nous le dit encore :

« Pour moi, l’espoir, c’est un métier…, il faut que les gens mettent dans leur tête le mot espoir. C’est pourquoi la littérature est importante : elle met en tête l’imaginaire du pays ».

A cette liste, n’oublions le très beau roman Saisons sauvages de Kettly Mars (Mercure de France), qui s’attache comme le roman d’Evelyne Trouillot à la période duvaliériste et à ses conséquences.

Nous l’avions rencontrée à Saint-Malo, en mai dernier, lors du festival Etonnants voyageurs, avec d’autres écrivains haïtiens

http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=27952 http://culturebox.france3.fr/player.swf?video=27952Découvrez Les écrivains haitiens et le séisme du 12 janvier 2010 sur Culturebox !

Voici le très beau texte d’Évelyne Trouillot en réponse à son prix :

« L’homme n’est jamais seul alors que je vous parle et que vous m’écoutez », nous dit le poète haïtien René Philoctète. Nous ne sommes pas seuls et la parole, le langage, la poésie nous unit.

Un prix littéraire de la Caraïbe et du Tout-Monde casse les frontières et les renoue autrement. Bouleverse les stéréotypes et les clichés pour regarder le monde d’une autre perspective en déplaçant les centres et renversant les périphéries pour former de nouveaux centres. Autant de centres que de paroles.

Le centre d’où j’ai choisi d’écrire je le situe à Anse-à-Foleur, curieux petit village au nom frondeur du nord-ouest d’Haïti où la mer monte à l’assaut des images et où le vent s’offre aux caresses des enfants, comme un poème en devenir. Je l’ai choisi au hasard d’une promenade et depuis, il habite mon imaginaire lorsque j’écris quelque soit le lieu où je suis. Lorsque j’écris, je suis seule sans l’être vraiment.

Aujourd’hui, je suis riche d’une multitude de douleurs, car l’année 2010 a pour mon pays multiplié les catastrophes, frappant, heurtant avec des pauses à peine perceptibles. Une année tumultueuse et interminable, et je ne peux prendre la parole sans penser aux compatriotes disparus, aux survivants meurtris dans leurs esprits et dans leurs chairs. Je suis riche de beaucoup de larmes, je suis pleine de colère et de résolution. Et si je parais seule devant vous, ma tête est haute et digne parce que mes pas s’alignent sur d’autres pas.

De mon village au nom frondeur que je garde en moi comme un talisman de beauté, de révolte et de dignité, je suis riche de toute la puissance du monde : du courage des femmes afghanes, des cris des mères en deuil des quartiers démunis de Chicago, des bruits de vague houleuse des jeunes du Cap-Haïtien. De mon village au nom frondeur qui m’habite j’arpente le monde et les êtres.

Recevoir le prix Carbet de la Caraïbe et du Tout Monde c’est placer Anse à Foleur au coeur de la Caraïbe et du monde. C’est une fois de plus déplacer le centre, bousculer les pouvoirs et revenir à l’essentiel, à cet humain qui est en chacun de nous et qui donne à « la plus petite larme d’un peuple valeur d’éternité ».

Aujourd’hui je pense à celles et à ceux qui ont péri pendant la dictature, celle de Duvalier ou d’un autre, qu’importe. Elles creusent toutes les mêmes blessures, enfantent les mêmes horreurs. Je pense à ceux qui y ont opposé leurs poings levés, leurs pleurs, leurs éclats de rire et leurs rêves. Je pense à tous ceux et à toutes celles qui se sont accrochés à la vie et à sa beauté toujours palpitante. C’est en pensant à eux que je reçois ce prix car la plus petite parcelle de bonheur et de dignité mérite d’être partagée. »

La littérature haïtienne contemporaine (compte rendu d’un colloque à Cergy)

Christiane Chaulet Achour nous gratifie d’un compte rendu du colloque organisé par Sylvie Brodziak le mercredi 10 novembre 2010, au pôle FLDS (Francophonies littéraires des Suds) du CRTF, sous le titre : « La littérature haïtienne contemporaine ».Parmi les thèmes abordés, donné dans l’intitulé dans le charme propre à la langue universitaire :

« “Un spectre oublié” : Toussaint Louverture et les enjeux de la représentation transculturelle » ;

« De l’obstacle à la transparence : L’énigme du retour de Dany Laferrière ou la réponse limpide de l’écriture vibrante » ;

« Bicentenaire ou le meurtre pour mémoire de Lyonel Trouillot » ;

« René Depestre, homme banian » ;

« Anthologie de la poésie féminine haïtienne » ;

« Écritures migrantes et transculture : les écrivains haïtiens de la diaspora et la modernité »;

« Prix Littéraires et réception de la littérature haïtienne », etc.

La pythie du grec ancien est morte

Elle incarnait le combat pour l’enseignement du grec ancien. Son parcours exceptionnel en faisait une autorité morale inconstestée sur le sujet : concours général, agrégation, Sorbonne, Collège de France, Académie des inscriptions et belles-lettres, Académie française enfin.

L’académicienne Jacqueline de Romilly, spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, est morte  samedi à l’âge de 97 ans. Elle était née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir) d’un père professeur de philosophie et d’une mère romancière.

Jacqueline de Romilly incarnait l’enseignement des études grecques classiques en France ainsi qu’une conception exigeante et humaniste de la culture, a écrit, en plus de 60 ans, de très nombreux ouvrages, rappelle Le Monde. En 1988, elle était devenue la deuxième femme élue à l’Académie française, après Marguerite Yourcenar. Elle en était la doyenne  depuis la mort de Claude Lévi-Strauss en 2009.

Elle avait fondé en 1992 une association pour la sauvegarde des enseignements littéraires (SEL).

Voir un double CD d’entretiens avec Pascale Lismonde :