L’énorme spirale de vent, le grand vortex

L’énorme spirale de vent, le grand vortex
décapite les îles du Grand Océan
et entraîne avec lui tous les soupirs de mer…
Les langueurs de nacre mauve et d’embruns soufrés
puisées à la surface plane du néant
se coagulent en solfatares puissants
qui cinglent et secouent, toutes voiles dehors
*
cela vient
des confins,
du large nulle part
où des îlots ignorés, à peu près sans nom
tourbillonnent soudain sur le vide des flots
puis cela déferle en un immense arc bandé
chevelure blanche de sorcière en furie,
colossale gifle sur les fragiles sols
qui semble encore plus
vouloir éparpiller
*
le cyclone
force et faiblesse de ces terres !
Patricia Laranco, Littérature mauricienne

[ANTANANARIVO, Madagascar (AP) — Le cyclone Giovanna a fait 16 morts et 65 blessés à Madagascar, a-t-on appris mercredi auprès des autorités.

Six personnes ont notamment été tuées dans l’effondrement d’un bâtiment à Alaotra Mangoro (est), selon Richard Ramandeamanana, un responsable gouvernemental dans cette région.

Le cyclone Giovanna a touché terre vers 1h du matin mardi 14 février à Brickaville, située à 250 km à l’est d’Antananarivo, s’accompagnant de fortes pluies et de vents violents. Certains quartiers à Antananarivo et ailleurs ont été inondés. Le gros de la tempête était passé mardi après-midi. AP]

Les Chants de Mandrin, rêves de contrebandiers au XVIIIe siècle

C’est par un déserteur blessé qui dévale une colline de la campagne française à la mitan du XVIIIe siècle que commence Les Chants de Mandrin (Prix Jean Vigo 2011), en salle depuis le 25 janvier 2012. Poursuivi par les dragons du roi, celui qui répond au nom de « Courre-toujours » sera sauvé par Bélissard, chef de contrebande (interprété par Rabah Ameur-Zaïmeche, scénariste, réalisateur et producteur) qui se réclame de Louis Mandrin, célèbre brigand de l’Ancien Régime, condamné au supplice de la roue à Valence dans la Drôme en 1755.

Tels des Robins des bois, la forêt héberge ces hors-la-loi qui vendent aux villageois lors d’un « marché libre » étoffes, broderies, livres et chapeaux. Parmi les livres, Les Mille et une nuits «dans une version non expurgée», précise le colporteur Jean Sératin (Christian Milia-Darmezin, au registre étendu), des extraits de livres interdits, ou Les Chants de Mandrin, poèmes en mode burlesque « prémisses de la République », ce qui lui vaudront autodafé.

Parmi leurs soutiens : l’imprimeur Jean-Luc Cynan (Jean-Luc Nancy, philosophe superbe de bonhommie qui demande à Bélissard s’il rêve beaucoup…), un marquis (Jacques Nolot, grande subtilité, grand étonnement du personnage), des femmes qui manient clairon et rient à gorge déployée.

C’est un film qui sent bon la rébellion (la Confédération paysanne figure au générique), l’insoumission de terroir, qui fait feu sur les soldats du roi, comme on joue aux gendarmes  et aux voleurs, joyeusement et naïvement, « pour la beauté de nos rêves », lance Bélissard en tirant sur les forces de l’ordre royal.
Mais pas seulement. Les personnages sont filmés au plus près d’une vie sans trop de paroles, en préfiguration d’autres résistances peut-être, comme les maquis du Vercors en 1943 par exemple.

Une sensualité à fleur d’image… une presse à fabriquer le papier pour les poèmes de Mandrin, cette pâte pétrie généreusement d’une main suave, la gorge profonde d’une belle éclairée d’une lumière douce et picturale qui révèle tout un grain d’émotions, le toucher des étoffes reçues par les belles, etc.

Cette alliance d’un message politique où prédomine la fierté d’être soi (liberté, égalité, fraternité, slogan républicain que portent tacitement les contrebandiers) et l’atmosphère presque bucolique d’une bande non pas de sauvages, mais d’hommes au grand cœur, fait la force du film. Une grande poésie qui n’est pas effacée par l’apprêté de quelques dialogues.
Le final chanté a la force enthousiaste du Déserteur de Vian, plans fixes sur le marquis qui entonne la Complainte de Mandrin :
«Monté sur la potence
 / Je regardai la France / 
Je vis mes compagnons / 
A l’ombre d’un, vous m’entendez, / 
Je vis mes compagnons / 
A l’ombre d’un buisson.
Compagnons de misère
 / Allez dire à ma mère / 
Qu’elle ne m’reverra plus / 
J’ suis un enfant, vous m’entendez, / 
Qu’elle ne m’reverra plus / 
J’suis un enfant perdu.»

« C’est une façon de m’emparer de l’identité française, qui est aussi la mienne. Mandrin appartient à tout le monde, c’est plus un guerrier intrépide, un homme des bois. », reconnait Rabah Ameur-Zaïmeche dans un tchat à Libération.

L’occasion de consulter le site très complet Mandrin, héros ou bandit ?

Gary Victor, Prix Casa de las Américas pour « Le Sang et la Mer »

L’écrivain haïtien Gary Victor vient de remporter, à La Havane (Cuba), le prix Casa de las Américas 2012 pour son roman Le Sang et la Mer, édité par Vents d’ailleurs en 2010. Dans la même catégorie, « Littérature caribéenne en français ou en créole », Gisèle Pineau a été récompensée d’une mention spéciale pour Morne Câpresse (Mercure de France, 2008).

« « Le sang et la mer » est un beau roman, assez différent, à la fois par l’histoire, la tendresse et l’espoir qui le traversent, des autres livres de Gary Victor. Ce prix est largement mérité. », commente Emmelie Prophète dans Le Nouvelliste, à Port-au-¨rince (Haïti)

Sur Le Sang et la Mer, voir l’article de Gangoueus sur son blog : « Si Gary Victor est un fantastique peintre de la réalité des quartiers difficiles de cette grande ville qu’est Port-au-Prince, il sait également mettre en scène les états d’âme de ses personnages. Relations complexes dans une fratrie, conflits intérieurs aux personnages, rapports biaisés entre les deux communautés historiques de ce pays, mulâtres et noirs. On a le sentiment d’un schisme définitif et d’un fossé infranchissable entre ces deux groupes. Et quand l’amour qui prend forme est-il sain dans cette île ? La relation amoureuse m’a rappelé les développements de Frantz Fanon sur les couples mixtes d’après guerre. Finalement, c’est sur le mal être de son pays que s’exprime Gary Victor en dépeçant le mythe erroné de ce qu’on a appelé la première nation nègre.  »

Morne Câpresse est présenté ainsi par l’éditeur : « Les plantations étaient amoureusement soignées, ordonnées, tracées au cordeau. Une, deux, trois cocoteraies. Des vergers plantés d’arbres aux branches solides chargées d’oranges, pamplemousses, citrons verts. Et quatre, cinq, six potagers sages. Et aussi, bien alignées, des rangées de pastèques, melons, ananas. Et des fleurs en quantité. Des allées d’hibiscus rouges, des parterres d’alpinias, des étendues de roses-porcelaine, tranquilles, au bordage d’une rivière peuplée par une tribu de grosses roches ébaubies sous le soleil.

Au sommet du Morne Câpresse, dans un véritable jardin d’Eden, vit la mystérieuse Congrégation des Filles de Cham. Dirigée par la sœur Pacôme, la communauté recueille des femmes blessées par la vie : meurtrières, droguées, prostituées… Soumises à une hiérarchie inflexible, des dizaines d’adeptes œuvrent pour panser les plaies de ces filles perdues et faire respecter des rites stricts. C’est en désespoir de cause que Line, à la recherche de sa sœur disparue Mylène, grimpe sur le Morne et s’adresse aux Filles de Cham : mais ses questions gênantes perturbent le bel ordonnancement. Derrière les apparences idylliques, ces femmes cacheraient-elles quelques lourds secrets ? »

Chronique Culture du 27 janvier 2012

Dans la chronique Culture hebdomadaire sur France Ô,  le 27 janvier 2012 :

Race est le titre d’une pièce de théâtre de l’Américain David Mamet, adaptée et mise en scène par Pierre Laville, jouée à la Comédie des Champs Elysées. Un homme riche et blanc va être jugé pour le viol d’une femme noire dans une chambre d’hôtel. La pièce a été écrite avant l’affaire DSK. Elle met en scène quatre personnages,  les deux avocats, un blanc joué par Yvan Attal, un noir joué par Alex Descas, le client blanc Thibault de Montalembert, une avocate assistante noire, Sara Martins.

La pièce évolue du procès du viol au procès du racisme, et les personnages sont rattrapés par les préjugés. Un théâtre terriblement efficace, des acteurs portent un texte pas politiquement correct sur un sujet qui va troubler les personnages et finalement leur échapper.


Pour réfléchir sur les situations de domination raciale et sociale, je vous propose cet essai de Nicole Lapierre, Causes communes, sous-titré Des Juifs et des Noirs (éditions Stock).

Cette directrice de recherche au CNRS a écrit un livre de sociologie historique très documenté non pas sur une prétendue concurrence des mémoires mais sur les relations nouées entre Juifs et Noirs durant le XXe siècle. Causes communes de Nicole Lapierre retrace l’empathie des leaders des deux causes juives et noires pour la liberté et la dignité.

L’une des figures de la BD est l’Américain Art Spiegelman, président du festival de la BD d’Angoulême jusqu’à dimanche. Son livre majeur est Mauss, réédité 25 ans après sa 1ere édition en français, l’un des premiers livres graphique sur l’histoire d’une famille, la sienne, pendant l’Holocauste.

Et un second livre, MetaMauss raconte le processus de création de sa BD et comment sa vie entière a été dévorée par cette aventure d’un livre.

Les victimes sont dessinés en souris, les nazis en chats. Vous savez que dans leurs caricatures les nazis représentaient quelquefois les Juifs comme des rats. Chez Spiegelman la souris renvoie à un personnage emblématique de la culture américaine : Mickey Mouse.

Au festival d’Angoulême, on retrouve Doriane Allain et Stéphanie Depierre avec l’illustrateur Brunö (scénariste Nury) pour la BB Atar Gull, esclave, héros méconnu, qui confirme que la vengeance est un plat qui se mange froid.