Un extrait des épreuves d’imprimerie des Fleurs du mal (Charles Baudelaire), p. 84, telles qu’elles sont consultables sur le site Gallica de la BNF :
Mois / février 2012
Écrire moins bien que Léon Tolstoï me semblait une perte de temps (Isaac Babel)

« Dès mon jeune âge, j’avais consacré toutes les forces de mon être à composer des nouvelles, des pièces, des milliers d’histoires. Elles reposaient sur mon cœur comme des crapauds sur une pierre. Possédé par un orgueil diabolique, je ne voulais pas les écrire prématurément. Écrire moins bien que Léon Tolstoï me semblait une perte de temps. Mes histoires étaient destinées à survivre à l’oubli. Une pensée intrépide, une passion dévorante ne valent la peine qu’elles nous ont coûtée que si elles sont revêtues de beaux habits. Comment les confectionner ces habits.
L’homme qu’une pensée a pris au lasso, qui file doux sous son regard de serpent, trouve difficile d’user sa salive à prononcer des mots d’amour insignifiants et creux. Il a honte de pleurer de chagrin. Il n’est pas assez intelligent pour rire de bonheur. Le rêveur que j’étais ne possédait pas l’art absurde d’être heureux. »
Extrait de la première nouvelle éponyme du recueil d’Isaac Babel, Mes premiers honoraires, traduit du russe par Adèle Bloch (Gallimard, Folio). Hautement recommandé !
Sur la planche, en déséquilibre jusqu’à la fin

À Tanger le jour, Badia (Soufia Issami) est employée à étêter les crevettes. L’image est saturée de blanc : blouse et masques blancs des employées, apparence d’une clinique de conservation, plan large en plongée d’un atelier de « petites mains » ultra-rapides, sauf Badia, tourmentée, source d’agaceries des collègues.
À Tanger la nuit, Badia est voleuse, arnaqueuse du sexe avec sa copine, de travail et de ratissage nocturne, Imane (Mouna Bahmad). Elles font les poches des pigeons moins fauchés qu’elles.
Badia est filmée en plan serré, même quand elle se lave aux herbes, gros plans du visage, de la main qui savonne, savonne, des genoux, obsession de propreté, de chasser l’odeur des crevettes, qui s’incruste jusqu’à l’os.
Image saturée du corps de Badia, de son visage jamais souriant, au contraire des deux autres filles, Nawal (Nouzha Akel) et Asma (Sara Betoui), deux filles-textiles, épanouies, qui dansent quand Badia est triste.
Rivalité sur fond de lutte de classes, entre les textiles et les crevettes.
Les textiles vivent en zone franche, désirée comme un Graal, une frontière inaccessible pour les crevettes.
La psychologie de Badia est décortiquée par le menu, crevette entre les mains de la cinéaste marocaine Leïla Kilani, qui signe avec culot son premier long métrage, exposé jusqu’à la saturation. Images sombres, quelquefois bougées elles-aussi, nuit omniprésente. Parabole sur la destinée des filles de Tanger, ville frontière qui n’a plus rien de mythique.
Vies brûlées dans l’urgence de vivre, plutôt l’urgence de bouger pour bouger, le jour en cadences infernales, la nuit en passe-frontières.
Sur la planche… la voix off de Badia sature dès le début du film d’une violence de mots où le « je » est au rythme de l’image, catatonique :
« Je ne vole pas : je me rembourse ;
je ne cambriole pas : je récupère ;
je ne trafique pas : je commerce ;
je ne me prostitue pas : je m’invite ;
je ne mens pas : je suis déjà ce que je serai ;
je suis juste en avance sur la vérité : la mienne. »
Je suis venu vous dire… Gainsbourg par Gainsbourg
Gainsbourg a la parole de bout en bout du film de Pierre-Henri Salfati, film de bout à bout d’archives savamment couturées, voix off de l’artiste, mot à mot, pas à pas, un Gainsbourg par Gainsbourg. Film qui fume en toute liberté, volutes, cigarettes et mégots, gueule cassée ou superbe de charme comme le dit Edith Piaf, en concert, studio, entre soi, bout à bout de moments de tendresse énorme.
Gainsbourg vécut sa vie par les deux bouts, « il faut vivre chaque jour dangereusement », voix chuchotée souvent, nicotinée toujours, cassée à la fin. Jane Birkin délicieusement suavement éperdument gourmande de cet « aquoboniste », équilibriste, illusionniste.
Gainsbourg, né Lucien Ginsburg le 2 avril 1928 à Paris et mort le 2 mars 1991, « le showman et l’homme intègre », lucide pour ne pas (trop) pleurer : « je porte un masque que je ne peux enlever ».
Fêlures de naissance, nostalgie pour ce provocateur, « doublement nègre : juif et russe », matière humaine inépuisable : « Je ne veux pas qu’on m’aime mais je veux quand même », comme repris dans la bande annonce :
http://www.mk2.com/sites/all/modules/MK2_flash/swf/main.swf?nocache=1329516870&dataURL=http://www.mk2.com/xml/video/440120&viewType=video&autostart=false&prerollVASTURL=&facebook=true
Les critiques sont partagés :
Libération : (Gilles Renault) « Pesamment sous-titré Gainsbourg par Ginzburg, le docu introspectif s’efface derrière son sujet qui, en voix off déglinguée par tous les excès que l’on sait, refait le parcours à la première personne. »
Les Inrockuptibles (Serge Kaganski) : « Intelligent et sensible, le film de Salfati est à la hauteur d’un artiste, peintre raté devenu génial auteur-compositeur-interprète, dont les lumières continuent de rayonner plus de vingt ans après sa disparition. »
Les accents de Zebda par Vincent Albinet
À visionner sans s’arrêter, sans arrangement, car « partout on est chez nous », le retour de Zebda en 26 minutes, après huit ans d’absence, lancement d’une tournée en France qui se terminera par un Zénith à Paris, le 12 octobre 2012 :
Le 8 mars, à l’Odéon, un rendez-vous de la pensée post-coloniale
L’énorme spirale de vent, le grand vortex
L’énorme spirale de vent, le grand vortex
décapite les îles du Grand Océan
et entraîne avec lui tous les soupirs de mer…
Les langueurs de nacre mauve et d’embruns soufrés
puisées à la surface plane du néant
se coagulent en solfatares puissants
qui cinglent et secouent, toutes voiles dehors
*
cela vient
des confins,
du large nulle part
où des îlots ignorés, à peu près sans nom
tourbillonnent soudain sur le vide des flots
puis cela déferle en un immense arc bandé
chevelure blanche de sorcière en furie,
colossale gifle sur les fragiles sols
qui semble encore plus
vouloir éparpiller
*
le cyclone
force et faiblesse de ces terres !
Patricia Laranco, Littérature mauricienne
[ANTANANARIVO, Madagascar (AP) — Le cyclone Giovanna a fait 16 morts et 65 blessés à Madagascar, a-t-on appris mercredi auprès des autorités.
Six personnes ont notamment été tuées dans l’effondrement d’un bâtiment à Alaotra Mangoro (est), selon Richard Ramandeamanana, un responsable gouvernemental dans cette région.
Le cyclone Giovanna a touché terre vers 1h du matin mardi 14 février à Brickaville, située à 250 km à l’est d’Antananarivo, s’accompagnant de fortes pluies et de vents violents. Certains quartiers à Antananarivo et ailleurs ont été inondés. Le gros de la tempête était passé mardi après-midi. AP]
James Noël sur FIP
Fip présentait le 16 février à 20h30, Kana sutra de James Noël dans son rendez-vous hebdomadaire : Fip livre ses musiques.
Jacmel et son président carnaval

Lu dans la presse haïtienne (HPN) :
Soutenu par le sénateur Zenny qui jure que M. Martelly est un Haïtien, le président a déclaré : « Même si je suis un Chinois, le peuple m’aime parce que je travaille pour lui ».
Jacmel, carnaval



