Haïti chérie, un film poignant, toujours à l’affiche

En sortie nationale le 28 mai dernier dans une dizaine de salles françaises, Haïti chérie est toujours à l’affiche, dans deux salles parisiennes d’art et d’essai. Et c’est heureux… L’été, on peut voir de bons films.

La force du film de Claudio del Punta, Haïti chérie, tient dans cet entre-deux : entre la fiction et le documentaire. Haïti chérie est une fiction de 99 minutes, tournée avec des comédiens qui n’en sont pas, qui jouent leur propre rôle, des coupeurs de cannes haïtiens en République dominicaine. Eux-mêmes sont entre-deux : d’origine haïtienne, venus travaillés de l’autre-côté de la frontière et depuis entre deux nationalités, haïtienne (qu’ils n’ont plus) et dominicaine (qu’on leur a refuse). Ils n’ont aucune citoyenneté. Ils sont victimes de sarcasme, de xénophobie et de racisme par leurs gardiens, les policiers et l’Etat.  » Un esclavage d’Etat ? « , pourrait-on se demander.

Cet entre-deux, entre fiction et documentaire, tient tout le film. Le film est tendu dans une tristesse absolue, sans espoir. Mais jamais le spectateur n’oublie qu’il a devant lui des comédiens qui jouent leur vie. Le film commence par la mort d’un enfant, ses obsèques sont volées à ses jeunes parents. Le film raconte la vie de ce jeune couple et son départ pour la frontière haïtienne, mais on est loin d’un Cahier du retour au pays natal. On est dans la désepérance radicale, sans issue.

Dans un des cinq cents bateys de la République dominicaine – un batey désigne en créole une plantation de cannes à sucre -, Claudio del Punta a filmé sans autorisation, ce qui pour le tournage d’un film n’est pas l’idéal. Le réalisateur s’est endetté pour tourner ce film. Il a déjà été récompensé de deux prix.

Haïti comme la République dominiquaine connaissent cette situation d’exploitation, comme le détaille c’est article de l’agence :  Alterpresse, H/RD une étreinte mortelle…

Algérie : 8 morts et 19 blessés dans un attentat près de Boumerdès

Un attentat kamikaze a ciblé, dans la nuit de samedi à dimanche, aux environs de 22h, la gendarmerie de Zemouri el-Bahri, dans la wilaya de Boumerdes à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, faisant 8 morts et 19 blessés.Le kamikaze était à bord d’un fourgon bourré d’explosifs, qu’il a précipité sur la brigade de gendarmerie. Selon un bilan fourni par le ministère de l’intérieur, 9 blessés étaient encore à l’hôpital ce matin. Plusieurs habitations ont été endommagées par l’explosion. (Source El Watan). 

Darwich (1941-2008) : terre étroite, langue universelle


Le poète palestinien Mahmoud Darwich, né il y a 67 ans en Galilée, est décédé au Texas à la suite d’une opération du coeur à l’âge de 67 ans.

Cette anthologie personnelle au titre magnifique comporte une préface de Darwich lui-même avec pour titre connexe  » Le lieu de l’universel « . Ce lieu c’est la poésie et la langue arabe…

Extrait de la préface :

 » Je suis celui que l’on désigne comme ‘ le poète de la Palestine ‘, et l’on requiert de moi de fixer mon lieu dans la langue, de protéger ma réalité du mythe et de maîtriser l’une et l’autre, pour être tout à la fois partie de l’Histoire et témoin de ce qu’elle m’a fait subir. C’est pourquoi mon droit à un lendemain requiert révolte contre le présent et défense de la légitimité de mon existence dans le passé. Mon poème se retrouve ainsi changé en preuve d’existence ou de néant. « 

La terre nous est étroite, poème écrit en 1986, qui donne son titre à l’anthologie :

La terre nous est étroite. Elle nous accule dans le dernier défilé et nous nous dévêtons de nos membres pour passer.

Et la terre nous pressure. Que ne sommes-nous son blé, pour mourir et ressusciter. Que n’est-elle notre mère

Pour compatir avec nous. Que ne sommes-nous les images des rochers que notre rêve portera,

Miroirs. Nous avons vu les visages de ceux que le dernier parmi nous tuera dans la dernière défense de l’âme.

Nous avons pleuré la fête delerus enfants et nous avons vu les visages de ceux qui précipiteront nos enfants

Par les fenêtres de cet espace dernier, miroirs polis par notre étoile.

Où irons-nous, après l’ultime frontière ? Où partent les oiseaux, après le dernier

Ciel ? Où s’endorment les plantes, après le dernier vent ? Nous écrirons nos noms avec la vapeur

Carmine, nous trancherons la main au chant afin que notre chair le complète.

Ici, nous mourrons. Ici, dans le dernier défilé. Ici ou ici, et un olivier montera de

Notre sang.

Lors du Festival  » Les Suds à Arles « , le 14 juillet dernier, Mahmoud Darwich rappelait qu’il voulait être lu comme un  » poète « , non comme une  » cause « . Ici, Darwich, le deuxième en partant de la gauche est entouré de Wissam Joubran et Didier Sambre et Samir Joubran.

A noter : Mahmoud Darwich, la terre comme langue est un documentaire de la série Un siècle d’écrivains, réalisé en 1997 par Suzanne Bitton et Elias Sanbar.

Bah ! le 8…

En Chine, nous apprennent les gazettes du jour J, le 8 est un chiffre porte-bonheur.

Rien n’est dit pour les fétichistes du 7, dont je suis.

Ont-ils un coup d’avance ? Sont-ils en décalage ?

Le chiffre 8, prononcé [Pa] ou [Ba], synonyme de prospérité, incite les couples à ce marier un jour en 8. Surtout un 8/08/2008 ! Quand on peut, on s’achète un numéro de téléphone en 8 ou une immatriculation avec plusieurs 8. Pourtant, les routes chinoises sont parmi les plus meurtrières au monde.

Malheureusement pour lui, Lao Ding n’a pas 88 ans. Il en a 60. Il est licencié de l’usine Etoile rouge paur cause de faillite. A la veille de l’hiver, il tombe sur un vieil autobus, abandonné entre cimetière et forêt. S’apercevant du jeu des amoureux sérieux ou occasionnels, il passe cette annonce :

 » Petite chambre de repos en forêt, lieu tranquille et sûr, 10 yuans l’heure, 2 bouteilles de soda gratuites. »

Plus tard, avec un couple de clients,  » il savait que la chose la plus effrayante s’était produite, il venait de prendre en pleine figure le mauvais sort, tel un sceau de merde puante. « 

Faut dire que l’on est page 86 de ce court roman de Mo Yan, Le maître a de plus en plus d’humour (Seuil). Page 86, c’est deux pages trop tôt, deux pages avant la page 88 de ce livre à la lecture très recommandée, qui en comporte seulement 108.

A suivre : Junot Díaz

 » L’île d’Hispaniola, à la fois dominicaine et haïtienne, est le pivot autour duquel le vieux monde a balancé dans le nouveau. Le point de transformation. Le « ground zero » du Nouveau Monde. « , propos de Juno Díaz, 40 ans, Américain d’origine dominicaine, auteur de Los Boys (Drown en V.O.) paru chez 10/18 en 2000 et tout dernier Prix Pulitzer 2008, la plus haute distinction littéraire décernée outre-Atlantique pour son roman The Brief Wondrous Life of Oscar Wao, [La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao] à paraître en traduction française chez Plon en 2009 (cité dans le portrait signé Lila Azam Zanganeh, Le Monde, 8/08/08).

Los Boys, le livre est épuisé. Lire extrait + critique sur le site de L’Œil électrique.

La môme Xiao, film majeur sur mineure à moins de cent euros

La semaine de l’ouverture des Jeux Olympiques, douze salles de cinéma françaises affichent La môme Xiao, le premier long métrage de Tao Peng. La môme Xiao raconte l’histoire d’un couple qui achète 1 000 yuans (94 euros) une fillette de onze ans, incapable de marcher, pour la faire mendier, et ainsi gagner sa vie.

Sur fond bruyant de petit tracteur taxi, le couple arrive dans une campagne chinoise reculée. Reçu par un oncle, caïd du business du trafic d’enfants, l’homme et la femme sont économes de mots. Atmosphère miteuse, caméra subjective qui filme en suivant au plus près les dos porteurs de la môme Xiao, rebaptisée  » Petit Papillon « . Transportée à pas lents, exhibée aux carrefours, elle rapportera quelques billets. Econome d’action, Tao Peng, qui est aussi le scénariste et le monteur du film, nous présente la pauvreté et les crimes qu’elle engendre : trafics d’enfants mendiants, trafics d’organes. Ce  » docu-drama « , entre fiction et documentaire, visages fermés filmés en gros plans, absences de longs dialogues, silences pesants, nous révèlent des corps dans leur lourdeur, la résignation de la môme, la charité, la pesanteur d’une pauvreté qui fait d’humbles paysans de grands criminels. Film poignant sur une forme d’esclavage contemporain, La môme Xiao se termine par le bruit ininterrompu du trafic routier et le regard mutique de la très remarquable Hong Qifa, interprète majuscule en mode mineur.

En complément, on se reportera aux articles élogieux de la presse française et au dossier de presse de Zootrope films, où le réalisateur dit paradoxalement tout son espoir…