
A voir à Apt (Vaucluse), du 4 février au 13 juin.

A voir à Apt (Vaucluse), du 4 février au 13 juin.
Philippe Bordas aime les utopies africaines. Il les rend bien. Il leur donne du sens. Il nous fait témoins de son emportement de grand mythographe pour des êtres d’exception, des anonymes grandioses, commes les chasseurs du Mali ou les boxeurs, lutteurs de l’Afrique à poings nus, et pour un encyclopédiste Frédéric Bruly Bouabré, trois figures de l’Afrique héroïque, exposées à la Maison européenne de la photographie (MEP), à Paris.
Il nous dit pendant l’exposition : « L’Afrique m’a tellement apporté de choses positives, je ne veux pas m’inscrire dans l’Afrique du désastre ».
S’il existe de grandes gestes épiques, il existe encore de nos jours des gestes frappadingues, portées par une certaine incandescence, un génie de l’Autre, considéré dans ce qu’il nous apporte, à nous, simples béotiens de l’aventure.
Écrit à l’entrée de l’exposition :
« La recrudescence des guerres civiles, l’emprise de la famine et le ravage du Sida ont transformé l’Afrique en réservoir d’images infernales où l’Occident, au modèle de Dante, catégorise et désigne le mal pour le conjurer. »

Et concernant l’objet de ce livre, L’invention de l’écriture (Fayard), dont on déconseillera de passer à côté, l’expo présente le complément, c’est-à-dire les photos d’un maître en écriture, détenteur d’une sapiens pour son peuple, en un beau renversement, que les légendes des photos magnifient.
« Les encyclopédistes du siècle des Lumières partaient du donné occidental et diffusaient l’universel français vers le monde entier. Bruly Bouabré opère le parcours inverse. Il récapitule les traditions africaines comme les savoirs relevés dans les livres des Blancs et les réunit dans la forêt natale de son pays bété. Un geste poétique et politique. »
Raconté par Philippe Bordas dans sa langue incandescente, c’est ainsi :
« Un enfant pauvre de la forêt primaire de Daloa, au coeur de la Côte d’Ivoire, fuit le travail forcé imposé par les colons.
Il s’inscrit en fraude dans l’école des Blancs, en autodidacte brillant, et tombe sous le charme des écrivains et poètes d’Occident.
Sur ce continent noir privé d’alphabet et soumis à l’oralité, Frédéric Bruly Bouabré est touché par une révélation divine. Mission lui est confiée d’inventer une écriture authentique d’Afrique et sauver sa culture de l’oubli.
Bruly Bouabré invente une écriture noire, en s’inspirant du dessin des pierres volcaniques sacrées de sa région natale.
Il invente des pictogrammes et développe un système syllabique cohérent salué dès sa création par le savant Théodore Monod.
Bruly Bouabré construit une oeuvre encyclopédique prodigieuse, mêlant contes, légendes et dessins, qu’il consigne sur des cahiers d’écolier ou sur le dos de petits cartons dérisoires, au format d’un jeu de tarot, qui ne sont rien de plus que les supports d’emballage des fausses mèches (de marque Darling) récupérées dans les poubelles des coiffeuses d’Abidjan.
Bruly Bouabré est aujourd’hui le plus grand artiste africain vivant. Ses oeuvres sont exposées dans le monde entier.
L’oeuvre de Bruly Bouabré est un art poétique, le manifeste des déshérités dont la seule politique est le génie verbal et la frappe des noms. »

Reçu de Jacques Bayle, ce texte de l’écrivain Jean-Claude Fignolé, maire de la commune des Abricots, située à l’extrême pointe de la presqu’île du Sud d’Haïti,
C’est un appel de détresse que je lance. Ma commune s’impose d’accueillir près de 8 000 rescapés du séisme dont certains ne sont pas originaires de la région. Vendredi, pour l’ensemble du département, les services de la protection civile en avaient déjà enregistré 80 750. Plusieurs orphelins, égarés, hébétés, venus d’un ailleurs dont ils ne se rappellent pas le nom hantent les campagnes. Il a fallu les prendre en charge, sans assistance sinon grâce a la générosité de quelques amis haïtiens, antillais, français, belges et la générosité de quelques familles paysannes auxquelles la mairie a donné par enfant une ration d’un demi kilo de riz et une boite de lait. Geste dérisoire qui ne suffit pas a pallier un certain inconfort … moral ni à me donner bonne conscience comme représentant d’une … autorité pratiquement faillie. J’ai découvert dans le yeux hagards de ces enfants affamés, qui avaient attendu sur les quais de Port-au-Prince plus de huit jours avant d’être évacués vers leurs lieux présumés d’origine ce que peut être l’indignité d’un pouvoir central qui de plus en plus s’absente de ses territoires de responsabilité.
Je m’attendais à des difficultés d’approvisionnement à court terme. Force est de constater que la précarité s’installe en termes d’immédiateté. Au marché du lundi, les produits vivriers ont disparu des étales aux premières heures. Un effet de rareté ? Face à l’abondance des récoltes, la mairie avait envisagé l’épuisement des réserves à fin février. Une erreur d’appréciation du volume des arrivants. À voir le flux, une espèce de conglomérat humain, on ne peut plus parler de nombre mais de volume. Et de la pression, de la menace que cela représente. Les produits de première nécessité manquent déjà. Notamment le sucre. Hier soir une âme généreuse m’a offert une tasse de thé « braque » avec du jus de canne à sucre. On se console du goût âcre en prétextant que le jus de canne est un … fortifiant.
À la précarité s’ajoute l’angoisse. Le pouvoir central est désespérément indifférent à la misère physique et morale de cette population qui, revenue en ses lieux d’ancrage, s’en trouve pourtant déracinée. La terre continue de trembler sous ses pieds et plus que jamais lui donne le sentiment de sa vulnérabilité. De sa fragilité. Perdue, seule, abandonnée. Elle n’a plus de repère sinon les édiles à qui elle demande de faire un miracle : la prendre en charge. Avec quoi ? Le gouvernement n’assiste pas. L’aide internationale, on en parle mais personne ici ne sait ce que c’est. Une seule question sur toutes les lèvres. Survivra-t-on ?
Jean-Claude Fignolé, maire de la commune des Abricots
le 2 février 2010
Tout mo vini two kout …
Tout poézi pwan kouri !
Tout mélodi pèd son yo.
Ayen, Ayen pou eksprimé
La soufrans jodi…
Es bondié viré do?
Pou ki sa zot péyé?
Lè soley ka chofé,
I pa lévé pou brilé’w.
Lè lan mè vin mové,
I pa lévé pou chayé’w.
Lè zéklè ka pété,
I pa vini pou foudwayé’w.
Lè la tè ka tranblé,
I ka tranblé tranblé’y.
Haïti pwan kouraj !
Le mond ka di zot
Pwan lanmen nou fwè nou.
Nou chak la tou piti
Mé ansanm, gadé gwandè nou!
Nou chak la ni dé lanmen,
Mé ansanm gadé lanmen nou ni !
Ou pa rété zyé pou la pléré,
Mi zyé nou ka pléré baw.
Tchè’w ka débodé la penn
Mi tchè nou ka senyen ba’w!
source : Vents d’ailleurs.
Je salue en toi Haïti
Cette foi plus vaste que la vie
Ou l’Histoire vengeresse
Qui vient et va sans cesse
Sans vous prendre jamais la jeunesse et la joie…
extrait d’un poème de Frédéric Ohlen sur Cultures Sud, et autres poèmes de Nicolas Kurtovitch et Denis Pourawa.
C’était ça, Thurgeau? Une plaisanterie! L’ancienne maison a vacillé, puis est tombée de toutes ses colonnes et de son grand balcon, comme quelqu’un ayant l’air de demander pardon au temps. C’est ce qui s’appelle un séisme, un vrai! Il a parcouru la ville et une bonne part du pays. Il a mangé plein de gens. Mangé! Littéralement! C’est-à-dire: Moulu! Avalé! Ceux qu’il a laissés dehors, les autres morts, sont alignés sur les trottoirs, certains à découvert, dautres enveloppés dans des draps ou du plastic blanc. Les églises aussi sont agenouillées…
La suite du texte de Syto Cavé, dramaturge, sur HaïtiNetRadio.com sur Facebook.
« La destruction partielle de Port-au-Prince laisse plus d’un million de sans-abris. La mairie de Port-au-Prince demande aux rescapés de regagner leur province d’origine pour des raisons de sécurité et de santé publique. La commune des Abricot a un besoin urgent d’aide pour accueillir, nourrir, loger et accompagner psychologiquement les rescapés pour atténuer, sinon réduire, les traumatismes. Des milliers de personnes arrivent, 10 000 à 20 000 sont attendues. »
La suite par Gilles Coleu sur le site des éditions Vents d’ailleurs qui relaie l’appel à l’aide d’une association guadeloupéenne, Solidarité et développement Caraïbe, à Gourbeyre.
La cité des Abricots, à l’Ouest d’Haïti a pour maire l’écrivain Jean-Claude Fignolé, dont un autre appel pour les enfants avait déjà été lancé ici, le 19/01/10.
Un texte d’un Collectif d’auteurs héïtiens-québécois, dont plusieurs universitaires, publié par Le Devoir (Canada) relève « l’occasion exceptionnelle de réunir Haïtiens de l’intérieur et Haïtiens de la diaspora dans une même communauté nationale, par une citoyenneté de rang égal. La diaspora, réserve d’Haïti, doit être prise en compte pour la définition de la politique de reconstruction et la mise en oeuvre de cette politique. »
Sur la diaspora, voir le planisphère de Georges Anglade sur Île en île.


Lecteurs vous pouvez aussi participer à la reconstruction d’Haïti. Comment faire ? En lisant, répond l’association Monique Calixte avec la librairie Les Oiseaux rares.
Que lire ? vous demandez-vous, lecteurs solidaires d’Haïti. Une forme de réponse est donnée à la librairie Les Oiseaux rares avec l’opération Haïti, lectures d’avenir, cinq jours de lectures, à partir de ce 30 janvier, 1 rue Vulpian Paris 13e.
Détails des textes lus ici.