Le prix Médicis 2010 a été attribué à Maylis de Kerangal pour son roman Naissance d’un pont (Verticales). Le Médicis étranger revient à David Vann pour Sukkwan Island (Gallmeister). Le Médicis essai a été attribué à Michel Pastoureau pour Les couleurs de nos souvenirs (Seuil).
Renaudot 2010, les finalistes
En attendant la dernière réunion du jury, le 8 novembre, voici les finalistes du Renaudot 2010 :
Six romans :
- Amours et aventures de Sindbad le marin, Salim Bachi (Gallimard)
- Apocalypse bébé, Virginie Despentes (Grasset)
- Dolce Vita 1959-1979, Simonetta Greggio (Stock)
- La carte et le territoire, Michel Houellebecq (Flammarion)
- L’homme qui arrêta d’écrire, Marc-Edouard Nabe (autoédité)
- Une soirée au Caire, Robert Solé (Seuil)
Quatre essais :
- L’affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui (Gallimard)
- Pourquoi lire ?, Charles Dantzig (Grasset)
- L’odyssée Cendrars, Patrice Delbourg (Ecriture)
- Le crépuscule d’une idole : l’affabulation freudienne, Michel Onfray (Grasset)
Deux livres de poche :
- Bella ciao, Eric Holder (Points)
- L’origine de la violence, Fabrice Humbert (Le livre de poche)
Le prix Femina 2010 à Patrick Lapeyre
Patrick Lapeyre remporte le prix Femina pour « La vie est brève et le désir sans fin » (P.O.L.), choisi au 6ème tour de scutin par 7 voix contre 6 à Claude Arnaud pour « Qu’as-tu fait de tes frères ? » (Grasset).
Le Femina étranger a été attribué à la Finlandaise Sofi Oksanen pour son roman « Purge » (Stock) et le Femina essais a été décerné à Jean-Didier Vincent pour « Elysée Reclus » (Fayard).
Kourouma par Djian
Eric Faye, Nagazaki, Grand Prix du roman de l’Académie française 2010
En rentrant de l’Institut du Tout-Monde qui recevait Michaël Ferrier pour son excellent roman Sympathie pour le Fantôme (Gallimard) et qui dresse l’orbe romanesque de la ville de Tokyo et le vibrato de personnages oubliés de l’histoire de France, originaires d’archipels ultrapériphériques, j’apprends que le Japon a résonné jusque sous la Coupole puisque l’Académie française, dans sa séance du jeudi 28 octobre 2010, a décerné son Grand Prix du Roman, d’un montant de 7 500 euros, à Éric Faye pour son superbe Nagasaki (Stock).
Éric Faye a obtenu, au troisième tour de scrutin, 9 voix contre 6 voix à Mme Maylis de Kérangal (Naissance d’un pont, Verticales).
Ainsi donc, le Japon est dans un cas lieu de décentrement d’un récit national (comment parler de l’histoire de France sans succomber aux clichés est l’obsession du narrateur de Sympathie), dans l’autre cas lieu d’un conte moral sur la solitude dans la ville… mais finalement d’un décentrement par rapport à soi.
Pays magnifique qui sait être chez Ferrier l’écho d’un monde pluriel ; chez Faye, lieu fantastique ou poétique. Mais leur deux visions de l’avenir semblent s’opposer, l’un respire le monde, l’autre en est étouffé.
Michaël Ferrer donne envie de revoir Rashōmon d’Akira Kurosawa, film qui l’a inspiré et qui raconte un crime selon quatre points de vue différents. Mais pas seulement : les innombrables questions que pose son livre remuent la nuit qui suit.
Eric Faye renvoie à Perec écrivant : « J’ai plusieurs fois essayé de penser à un appartement dans lequel il y aurait une pièce inutile, absolument et délibérément inutile. » Mais pas seulement : il laisse sonné.
Son glissement progressif, du faits-divers, qui l’a inspiré au mystère, Eric Faye le décrit très bien dans cette interview à Télérama :
« Eric Faye avoue avoir ressenti « un état de rêverie propice à l’écriture, un court-circuit, ce petit signe que tout écrivain recherche. J’étais fasciné par ce fait divers qui ose ce que la fiction ou les auteurs n’osent pas. Sans cet article, je n’aurais jamais eu le culot d’imaginer une telle histoire. »
Il lui faudra une année pour trouver une forme littéraire, dériver du réel à l’imaginaire, donner un corps, des habitudes à son personnage, le faire vivre dans une autre ville, Nagasaki, couler en lui sa sensibilité, ses « obsessions personnelles » : « l’effacement, le temps, les ratages, la solitude… ».
Eric Faye laisse s’épaissir le mystère sans chercher à le comprendre. Il se refuse toute enquête, va d’une voix à l’autre, change de perspective, confie au lecteur le soin de se couler dans cette étrangeté… bien réelle. « Je n’apporte aucune résolution, comme peuvent le faire des auteurs de romans policiers. Je réhabilite le mystère. » »
Haïti kenbe la !, un éloge à l’enfance
L’Atelier d’écriture (Île Maurice)
Lancement de L’Atelier d’écriture numéros 15 et 16, revue littéraire, ce 27 octobre, 18h, à l’Institut français de Maurice, Rose Hill. Entrée libre. La revue littéraire prolonge l’atelier d’écriture animé chaque samedi matin, animé par l’écrivain Barlen Pyamootoo: « Dès les premières séances de l’atelier en novembre 2008, j’ai été frappé par la qualité des textes présentés, et j’ai compris qu’une nouvelle génération d’écrivains était à l’œuvre au cœur des êtres et des choses, parfois obscurément, et j’ai voulu, comme éditeur, les accompagner dans leur quête littéraire. Nous avons donc décidé de poursuivre l’atelier, et de créer une revue pour permettre de découvrir chaque mois des textes lumineux, inédits ou méconnus ».
Saint-John Perse, Nobel il y a 50 ans
Saint-John Perse, Prix Nobel de littérature il y a cinquante ans aujourd’hui, rappelle Loïc Céry, fondateur du site Sjperse.org qui commémore avec la revue La nouvelle anabase cet événement le samedi 4 décembre 2010 au grand auditorium de la Bibliothèque nationale de France.
« Il s’agira à la fois de célébrer cette consécration décisive décernée au poète en 1960, mais aussi de profiter de l’occasion pour encourager une nouvelle diffusion de son œuvre. Le Prix Nobel avait en son temps permis le rayonnement international d’une poésie que l’on dit exigeante. Pour autant, lit-on encore Saint-John Perse aujourd’hui, même en considérant la désaffection généralisée pour la poésie ? Le nom de ce poète mérite mieux que de figurer en bonne place dans nos manuels scolaires : son message d’énergie et de ferveur est certainement essentiel aux temps de déshérence qui nous enserrent. »
Edouard Glissant au théâtre de l’Odéon
Pour la première fois depuis quatre mois sans apparition publique (pour cause de maladie), Edouard Glissant devrait être présent pour cette soirée consacrée à son anthologie des poètes du Tout-monde, forte bibliothèque de livres aimés et de textes choyés… C’est au Théâtre de l’Odéon, mercredi 3 novembre à 20h.
Lectures en français, anglais, arabe, espagnol par Marianne Basler, Sophie Bourrel, Alex Descas, Behi Djanati-Atai, Greg Germain, Charles Gonzales, Tcheky Karyo, Mike Ladd, Denis Lavant et Sapho, et les auteurs Abdelwahab Meddeb, Pierre Oster et Antoine Raybaud.
Oratorio à partir de poèmes d’Édouard Glissant par Jacques Coursil, accompagné de Yann Joussein aux percussions, Fanny Lasfargues à la contrebasse et Romain Clerc-Renaud au piano et clavier.
Mise en espace de Razerka Ben Sadia-Lavant.
Organisé avec le Fonds de Dotation agnès b. et Galaade Éditions.
Du racisme à la créolisation (André Robèr)
« Mon quartier ? C’est plus compliqué, mon village natal, la Plaine des Palmistes, un village de yab des hauts, de petits blancs racistes ayant subi de plein fouet le colonialisme et le postcolonialisme et tout ce qui en découle. Ce village m’obsède, j’en ai même fait un recueil intitulé, Isi toute domoune lé kréol, toute demoune larive par bato, on est tous fils d’immigrés. Je suis de là, mais j’ai avancé dans le processus de créolisation. Tout le monde ici est créole puisqu’on a vécu tous la même chose. »
Extrait de l’entretien d’André Robèr, peintre, sculpteur, poète et éditeur. Réalisation : Giscard Bouchotte au Port (Île de la Réunion), le 2 octobre 2009, et mis en ligne en vidéo et en retranscription sur le site Ile en île.
