Choisi par la romancière Amélie Nothomb, organisatrice avec France-Inter d’un concours, ce haïku d’Araceli Sanchez :
La trace d’argent
Déposée par l’escargot
Mérite une lecture.
Choisi par la romancière Amélie Nothomb, organisatrice avec France-Inter d’un concours, ce haïku d’Araceli Sanchez :
La trace d’argent
Déposée par l’escargot
Mérite une lecture.
À défaut du Nobel qu’il méritait mais qui n’existait pas encore, Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste à Hong-Kong en 1894, aura eu par procuration le premier prix de la rentrée littéraire 2012, le prix du roman Fnac. Ce qui n’est pas rien, pas seulement en raison des ventes à venir, mais aussi parce que le jury a du flair : les cinq derniers lauréats ont tous remporté un des grands prix de la saison. Peste et choléra (Le Seuil) a été choisi parmi trente titres par un jury de 800 lecteurs (400 libraires de l’enseigne et 400 clients adhérents) qui les ont lus sur épreuves pendant l’été.
Avec Peste et choléra, Patrick Deville signe un bel et bon livre plein d’empathie pour son sujet, un chercheur atypique « de la bande à Pasteur », à la curiosité insatiable, jamais à cour d’idées, microbiologiste, explorateur, traducteur, médecin des pauvres au Vietnam, fuyant les honneurs comme la peste… « mais les acceptant quand ils arrivaient, comme moi avec ce prix Fnac, qui m’aidera certainement », a plaisanté le lauréat au théâtre Marigny, le 28 août.
Ce qu’il y a de bien avec Deville, c’est qu’il est chevauché par son sujet comme un initié du vaudou est chevauché par son esprit. L’esprit c’est Yersin. L’initié c’est Deville. Et nous pauvres lecteurs, on est emporté dans l’effervescence et l’ivresse d’une chevauchée, d’une destinée magnifique, celle d’un spécialiste des microbes, dont la découverte puis le vaccin ont sauvé des vies (« Comme nous Yersin cherche le bonheur sauf que lui le trouve »).
Pour raconter cette « Vie de saint », Deville s’est tant documenté sur son sujet qu’à l’Institut Pasteur les archivistes ne tarissent pas d’éloges sur son travail (rendez-vous le 12 septembre). Surtout le biographe apparaît dans le roman à plusieurs reprises sous la déclinaison de « fantôme de l’avenir ». On a tant usé du poncif « fantôme du passé », qu’à l’inverse le surnom que se donne Deville sirotant un verre, fumant des Malborogh light avec son sujet d’étude, on s’y laisse prendre… et que ces anachronismes à l’humour en volutes nous enchantent.
Pour la biographie même de Yersin, il suffit d’aligner une liste longue comme une vie de curiosités, pendant 80 ans (1863-1943). Il ne sait jamais contenté de ce que « la bande à Pasteur » voulait pour lui : l’enseignement ou la traque d’une bactérie sur tel spot démographiquement énorme de la planète. Quoique… et si Yersin était l’objet d’une manipulation inconsciente de « la bande à Pasteur », connue pour ses cohortes d’envoyés spéciaux à travers le monde ? Et ceci alors que ce siècle voyou qui enfanta tant de barbarités voyait s’opposer les grandes puissances par microbiologistes interposés. D’abord les Allemands contre les Français, Koch et la tuberculose contre Pasteur et la rage. Puis cette scène qu’on verrait bien dans un blockbuster genre Les Aventuriers de l’Arche perdue quand un Japonais et un Français (notre Yersin) se disputent à Hong-Kong les pestiférés pour débusquer ce foutu bacille. Que Yesrin va isoler en trois coups de cuillers à pot. Puis il repart, celui qui aimait écrire, seule contribution aux Parnassiens et à l’époque finissante des alexandrins : « Ce n’est pas une vie que de ne pas bouger ».
Nul n’est prophète en son pays. Sauf que son pays à Yersin c’est le monde + le Vietnam, l’Indochine de l’époque, où il a sa tombe, et pas que… puisque des rues, des musées portent son nom.
Peste et choléra est aussi pour Deville-le-chevauché l’occasion de nous offrir le déroulement d’un monde, de tisser des vies et des époques comme si on les vivait toutes. « Le monde d’hier » dirait Zweig, celui du passé où la modernité triomphait des microbes. Yersin importe la première voiture au Vietnam. Celui du nouveau siècle à marche forcée où les Empires vont mourir comme des microbes (p. 117 : « Sa mission à Madagascar est davantage politique que scientifique et Yersin n’est pas dupe. C’est la grande histoire de la colonisation. C’est l’image de la France qu’on l’envoie répandre, comme on enverra Lyautey la répandre au Maroc. »)
Un roman où l’on croise Rimbaud, dont la destinée est habilement mise en perspective avec celle de Yersin. Céline, un temps apprenti dans « la bande à Pasteur ». Deville bouillonne de toutes ces vies, sans jamais les brouillonner.
Et puis, il y a chez Deville, comme chez Yersin, cette humilité qui font les anti-héros majuscules, quand il écrit p. 91 : « Sept milliards d’hommes peuplent aujourd’hui la planète. Quand c’était moins de deux, au début du vingtième siècle. On peut estimer qu’au total quatre-vingt milliards d’humains vécurent et moururent depuis l’apparition d’homo sapiens. C’est peu. Le calcul est simple : si chacun d’entre nous écrivait ne serait-ce que dix Vies au cours de la sienne aucune ne serait oubliée. Aucune ne serait effacée. Chacune atteindrait à la postérité, et ce serait justice. »
Avec Deville, la biographie prend perpète.
Liste des lauréats précédents du prix du roman Fnac.
La presse et Yersinia pestis :
Ce qu’en pense Bernard Pivot, juré Goncourt (JDD) : « Il serait piquant, et même assez cocasse, que, près de soixante-dix ans après sa mort, par le truchement d’une magnifique biographie, Peste et Choléra, signée Patrick Deville, il [Yersin] soit couronné d’un grand prix littéraire de fin d’année… »
Pierre Assouline, juré Goncourt (La République des livres) : « Le romancier fait le portrait d’un rêve là où le biographe aurait fait le portrait d’un homme. »
Jean-Baptiste Harang (Le Magazine littéraire) : « C’est peut-être là, aiguillonné par l’anachronisme d’une cigarette américaine, que Deville a compris qu’il n’était pas en retard de quelques décennies mais qu’il était l’exact contemporain de ce qu’il raconte, «le fantôme du futur ». »
Alain Nicolas (L’Humanité) : « « On pourrait écrite une Vie de Yersin comme une Vie de saint. » C’est qu’il n’a pas vécu une « vie de roman », mais une vie d’où peut naître le romanesque, pour peu que l’écriture passe sur le réel. »
Emmanuel Hecht (L’Express) : « Patrick Deville domine son sujet. De la topographie de la côte d’Annam aux archives de l’Institut Pasteur, aucun détail ne semble lui échapper. Sûr de ses faits, il s’autorise quelques facéties de style nimbées d’humour. Il faut y voir l’ultime élégance d’un dandy qui, l’air de rien, façonne une œuvre. »
Raphaëlle Leyris (Le Monde) a interrogé Deville sur sa méthode par chasse aux papillons : « Patrick Deville pense que « le livre ne plairait pas à Yersin, qui n’aimait pas être sur le devant de la scène ». Mais il est heureux de « s’être mis au service d’un type à qui on ne peut rien reprocher – il n’était ni raciste ni colonialiste, il oeuvrait pour le bien… » Le prochain livre de Patrick Deville devrait l’emmener au Mexique, où il effectue un séjour annuel « depuis cinq ou six ans ». Il est temps d’épingler les papillons qu’il y a pris dans ses filets. »
Igor Capel (Le Canard enchaîné) : « Grand voyageur lui-même, Deville s’était déjà lancé, dans « Kampuchéa », à la poursuite des premiers explorateurs de ce coin d’Asie dont la IIIe République allait faire un empire (…) De nouveau, la réussite est totale. »
Guy Duplat (La Libre Belgique) : « Deville est un grand écrivain voyageur, comme Conrad, Kipling, Jean Rolin aujourd’hui. Il voyage dans l’espace, lentement, scrutant les microdétails qui font sens, rencontrant au fil des jours des hommes et des femmes qui racontent ces pays. Il arpente aussi le temps, revenant régulièrement sur l’histoire mouvementée de la région sous les coups des colonisations occidentales, et comment l’Histoire a façonné les paysages et les habitants. »
Xavier Thomann (BbliObs.com) : « Après avoir fait son travail d’explorateur pendant trois ans, il s’est enfermé dans une chambre d’hôtel pour écrire son livre en deux mois, travaillant jour et nuit. Mais il n’est pas pour autant un historien, précise-t-il, «Peste & Choléra» est bien un roman, un roman sur lequel plane l’ombre de Rimbaud. Et Deville de conclure: «Le rêve du second Rimbaud, c’était de devenir Yersin.» »
Caroline Broué (France-Culture): « Tout l’art de Patrick Deville se retrouve dans ce roman qui relate l’histoire méconnue d’un personnage d’exception, le bactériologiste Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste. Passionnant. »
Grégoire Leménager (BibliObs): « Un des livres les plus stylés de la rentrée. Chez Deville, Alexandre Yersin, c’est Rimbaud qui aurait navigué du lac de Genève à la baie de Nha Trang, en faisant escale dans les labos parisiens de Pasteur. »
Lors du Salon du livre insulaire d’Ouessant (17-21 août 2012), l’écrivaine cubaine vivant à Lisbonne Karla Suarez a reçu le Grand prix des îles du Ponant pour son roman La Havane année zéro (éd. Métailié).
Parmi les autres prix, signalons le prix fiction pour Carl de Souza, auteur de l’excellent En chute libre (éd. de L’Olivier), le prix poésie revient à Anthony Phelps, pour sa belle anthologie Nomade je fus de vieille mémoire (éd. Bruno Doucey), le prix polar à Samir Bouhadjadj pour Le bal des innocents (éd. Au bout de la rue), qui n’a rien à voir avec le film de Joseph Paris (2006), bien qu’il porte le même titre, ni avec le roman de Maurice Perisset (Le Rocher, 1990).
Lire l’ensemble du palmarès sur le site du Salon du livre insulaire.
Premier prix littéraire de la rentrée, le prix du roman Fnac 2012 sera choisi le 28 août prochain parmi ces quatre titres :
eux-mêmes sélectionnés parmi trente nouveautés de la rentrée de septembre.
Lauréate 2011 : Delphine de Vigan, pour Rien ne s’oppose à la nuit (Lattès)
Parmi les 65 distinctions pour l’année 2012 que l’Académie française a rendu public ce jeudi, à remarquer Patrick Grainville (Grand prix de littérature Paul Morand, 45 000 euros), Alain Mabanckou (Grand Prix de littérature Henri Gal « pour l’ensemble de son œuvre », Prix de l’Institut de France, 40 000 euros), Daryush Shayeganrand (Grand prix de la francophonie, 22 500 euros) et Marie NDiaye, (Prix du théâtre, 1 000 euros).
À signaler également, Olivier Barrot lauréat du Prix Hervé Deluen doté de 25 000 euros pour la promotion de la littérature française (au sein de la Maison française de l’université de New York) et :
– Michèle Rakotoson, Médaille de vermeil, grande médaille de la francophonie.
– Parmi les Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises, Médaille de vermeil : Association Haïti Mémoire et culture.
– Prix de poésie, Théophile Gautier, Médaille d’argent : Yvon Le Men, pour À louer chambre vide pour personne seule.
– Prix François Coppée, Médaille d’argent : Amin Khan, pour Arabian blues, Préface René Depestre.
Lire dans Ouest-France « L’étrange destin du conteur africain primé à Saint-Malo »

Pour le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2012 désigné le 27 mai, la sélection des cinq romans en lice, choisis par des lecteurs, âgés de 15 à 20 ans, deux Gallimard, trois Actes Sud : L’Étrange Rêve d’une femme inachevée, Libar Fofana (Gallimard) ; Ce qu’il advint du sauvage blanc, François Garde (Gallimard) ; Aral, Cécile Ladjali (Actes sud) ; Les Veilleurs de chagrin, Nicole Roland (Actes sud) et À défaut d’Amérique, Carole Zalberg (Acte sud).
Vingt-et-un lecteurs qui ont été sélectionnés, sur lettre de motivation, pour être membres du jury du Prix Essai France Télévisions 2012 se réuniront le 15 mars au salon du livre de Paris (remise du prix à 19h15), pour choisir parmi six livres :
– Pierre Bayard, Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ?, Les Éditions de Minuit
– Jean-Loup Chiflet, Oxymore mon amour ! Dictionnaire inattendu de la langue française, Chiflet&Cie
– Alain Mabanckou, Le Sanglot de l’homme noir, Fayard
– Hector Obalk, Aimer voir. Comment on regarde un tableau, Hazan Editions
– Rithy Panh, avec Christophe Bataille, L’élimination, Grasset
– Philippe Reliquet et Scarlett Reliquet, Ecouter Haendel, Gallimard

L’écrivain haïtien Gary Victor vient de remporter, à La Havane (Cuba), le prix Casa de las Américas 2012 pour son roman Le Sang et la Mer, édité par Vents d’ailleurs en 2010. Dans la même catégorie, « Littérature caribéenne en français ou en créole », Gisèle Pineau a été récompensée d’une mention spéciale pour Morne Câpresse (Mercure de France, 2008).
« « Le sang et la mer » est un beau roman, assez différent, à la fois par l’histoire, la tendresse et l’espoir qui le traversent, des autres livres de Gary Victor. Ce prix est largement mérité. », commente Emmelie Prophète dans Le Nouvelliste, à Port-au-¨rince (Haïti)
Sur Le Sang et la Mer, voir l’article de Gangoueus sur son blog : « Si Gary Victor est un fantastique peintre de la réalité des quartiers difficiles de cette grande ville qu’est Port-au-Prince, il sait également mettre en scène les états d’âme de ses personnages. Relations complexes dans une fratrie, conflits intérieurs aux personnages, rapports biaisés entre les deux communautés historiques de ce pays, mulâtres et noirs. On a le sentiment d’un schisme définitif et d’un fossé infranchissable entre ces deux groupes. Et quand l’amour qui prend forme est-il sain dans cette île ? La relation amoureuse m’a rappelé les développements de Frantz Fanon sur les couples mixtes d’après guerre. Finalement, c’est sur le mal être de son pays que s’exprime Gary Victor en dépeçant le mythe erroné de ce qu’on a appelé la première nation nègre. »
Morne Câpresse est présenté ainsi par l’éditeur : « Les plantations étaient amoureusement soignées, ordonnées, tracées au cordeau. Une, deux, trois cocoteraies. Des vergers plantés d’arbres aux branches solides chargées d’oranges, pamplemousses, citrons verts. Et quatre, cinq, six potagers sages. Et aussi, bien alignées, des rangées de pastèques, melons, ananas. Et des fleurs en quantité. Des allées d’hibiscus rouges, des parterres d’alpinias, des étendues de roses-porcelaine, tranquilles, au bordage d’une rivière peuplée par une tribu de grosses roches ébaubies sous le soleil.
Au sommet du Morne Câpresse, dans un véritable jardin d’Eden, vit la mystérieuse Congrégation des Filles de Cham. Dirigée par la sœur Pacôme, la communauté recueille des femmes blessées par la vie : meurtrières, droguées, prostituées… Soumises à une hiérarchie inflexible, des dizaines d’adeptes œuvrent pour panser les plaies de ces filles perdues et faire respecter des rites stricts. C’est en désespoir de cause que Line, à la recherche de sa sœur disparue Mylène, grimpe sur le Morne et s’adresse aux Filles de Cham : mais ses questions gênantes perturbent le bel ordonnancement. Derrière les apparences idylliques, ces femmes cacheraient-elles quelques lourds secrets ? »

Ernest Pépin, auteur du roman Le soleil pleurait (Vents d’ailleurs) a été récompensé par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer du prix Robert Delavignette.
L’auteur guadeloupéen prend des accents de conteur épique et grand jouisseur-culbuteur de mots pour raconter une histoire d’Haïti quand Régina, une belle mulâtresse, est kidnappée un beau matin à cause de son teint clair : « Sur cette terre sans mercis où les mythes tiennent lieu d’explications, la lutte pour la survie exige des talents hors du commun·! »
Sur Papalagui, (20/03/11) lire la critique et visionner le reportage au Salon du livre de Paris.