Millepages, Couleur de l’aube

Yanick Lahens est récompensée du prix Millepages littérature française 2008 pour son tout dernier roman, paru en novembre, La couleur de l’aube, éditée par Sabine Wespieser.

Mot de l’éditeur :
« Angélique Méracin se lève tous les matins la première, dans la petite maison des faubourgs de Port-au-Prince où elle habite avec sa mère, sa sœur Joyeuse, son fils et son jeune frère Fignolé. Or dans l’aube grise de février, l’inquiétude l’étreint : Fignolé n’est pas rentré. Dans le lointain de la nuit, des rafales de mitraillettes n’ont cessé de retentir…
[…]

Yanick Lahens, en écrivant avec une remarquable économie de moyens le destin d’une famille hélas ordinaire, construit l’allégorie d’un pays – Haïti sous Aristide, qu’elle ne nomme jamais – où la monstruosité est la loi. Mais son livre est poignant parce qu’à chaque page sourd la révolte et éclate la volonté de vivre. »

Carbet, Schwarz-Bart

Le prix Carbet 2008 a été décerné, à Simone Schwarz-Bart et, à titre posthume, à son époux décédé en 2006, André Schwarz-Bart,  « pour la beauté douloureuse de leur œuvre particulière et la réussite de leur œuvre commune ». Ce prix est présidé par Edouard Glissant, et soutenu par Patrick Chamoiseau, Ernest Pépin, Gérard Delver, Rodolphe Alexandre.  

Prix René Goscinny à Groenland Manhattan

 

 

Chloé Cruchaudet, a été récompensée par le Prix René Goscinny pour son premier album Groenland Manhattan, publié par Delcourt. Chloé Cruchaudet retrace l’histoire vraie d’un jeune Esquimau exhibé avec sa famille, loin de sa terre natale… à New-York. Ainsi les  » zoo humains  »  n’ont pas été limités aux Kanaks à l’Exposition coloniale de 1931 ou, un siècle auparavant, à la Vénus Hottentote…

Mathieu Belezi récompensé justement

 Mathieu Belezi, auteur de C’était notre terre chez Albin Michel, l’un des meilleurs romans sur la mémoire franco-algérienne, vient d’être justement récompensé du Grand Prix Thyde Monnier, décerné par la Société des Gens de Lettres lors de sa session d’automne.

Nous en sommes très heureux. C’est très largement mérité !

Vassili Golovanov et Hélène Châtelain dans le même fleuve de mots

D’abord l’extrait :

La Petchora est un fleuve très uniforme : des sapins sur une rive, des sables jaunes et froids, une saulaie impraticable sur l’autre. Pourtant, à un endroit, on découvre soudain un paysage qui coupe le souffle : le fleuve franchit trois « portes », creusées dans trois éperons rocheux de la falaise dont les flancs tombent dans l’eau en pointes acérées. La première « porte », la plus proche, est noire, la seconde bleue, la troisième grise. Et au loin, entre le gris des nuages et le gris de l’eau, il n’y a aucune transition visible. Le fleuve semble se jeter dans le ciel. Ou dans la mer. Il emporte là-bas (dans le ciel ou la mer) ceux qui périssent le long de son cours, de fatigue ou d’imprudence… Hommes venus de peuples différents, tous réduits par le fleuve à la même poussière minérale, devenue la substance des rives qui les relie…

Ensuite l’info :

Cet extrait est copié du site des éditions Verdier, à propos du récit du russe Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés, meilleure œuvre traduite en français, récompensée du prix Laure-Bataillon 2008. La récompense va à l’auteur comme à sa traductrice, Hélène Châtelain, directrice de la collection Slovo.

Le jury du Prix Laure-Bataillon est constitué d’écrivains, de traducteurs et de critiques littéraires : Marianne Alphant, Geneviève Brisac, Pascale Casanova, Patrick Deville, Pierre Lartigue, Gérard Meudal, Jean-Baptiste Para, Marc Petit, Nicasio Perera San Martín, Jean Rolin, Antoine Volodine, Jean-Didier Wagneur.

 » L’île polaire de Kolgouev est le cœur du récit. C’est en lui donnant une dimension imaginaire que Golovanov parvient à décrire avec le plus de fidélité cet espace géographique et mental. « , explique l’éditeur.

Enfin, une lecture :

Cet extrait d’un livre que l’on a pas encore lu, donne une belle puissance d’évocation au récit. Le lecteur voit la Petchora comme s’il y était plongé insidieusement. Il voit le fleuve autant qu’il l’entend. La description est en apparence visuelle. Elle résonne au fond de sombres pressentiments. Elle constitue le paysage comme personnage, que la dernière phrase précipite en un fleuve humain,  » très uniforme « , semble-t-il dans un premier temps, fantastique en fin de paragraphe. Serait-ce là le style qui emporte l’adhésion du lecteur, embarqué dans la promesse d’un fleuve de mots ?

Goncourt et Renaudot 2008 dans la brassée des mondes

Le point commun entre Atiq Rahimi, lauréat du prix Goncourt 2008 pour Syngué sabour et Tierno Monénembo, lauréat du prix Renaudot 2008 pour Le Roi de Kahel ? Tous deux ont choisi la langue française pour écrire et la France pour exil littéraire. L’un est baigné de culture persane, l’autre de culture peule.

L’un a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul.
En 1984, il a quitté l’Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, puis a demandé et obtenu l’asile politique en France.

L’autre a quitté la Guinée de Sekou Touré en 1969.

L’un a ses parents qui vivent aux Etats-Unis, l’autre bénéficie actuellement d’une bourse Stendhal, en résidence d’écriture à La Havane (Cuba), un éloignement délibéré qui explique son absence (temporaire) de Paris.

L’un a écrit un roman  » dans la peau d’une femme portant burqa « , l’autre dresse le portrait d’une utopiste qui s’est placé jadis au Fouta-Djalon  » dans la peau d’un noir « .

Leur destin littéraire a coïncidé ce lundi 10 novembre 2008 à 13h, dans une brasserie du quartier de l’Opéra.

Prix du roman France Télévisions 2008 : Khadra d’une voix

Match serré pour ce final du Prix roman France Télévisions 2008 : au 4e tour de scrutin Yasmina Khadra l’a emporté sur Jean-Marie Blas de Roblès par 13 voix contre 12.

Serré mais surtout passionnant cet échange d’arguments de 25 télespectateurs très motivés par la lecture et la littérature autour des six livres en compétition (voir Papalagui du 19/09/08].

Pour Jean-Marie Blas de Roblès, auteur de Là où les tigres sont chez eux (éditons Zulma), déjà lauréat de plusieurs prix (voir Papalagui du 5/11/08], les jurés, parmi 25 télespectateurs, ont loué ses qualités d’érudition, de grand voyage (dans la connaissance comme dans la jungle) et d’extrême fluidité.

Véronique Maillot, secrétaire en Auvergne, l’a choisi  » malgré l’érudition « .

Pour Pierre-Henri Puech, chercheur en biophysique à Marseille, ce roman réunit les qualités de la quête scientifique et la fluidité de l’écriture.

Citant Athanase Kircher, héros encyclopédiste de l’ouvrage  » si c’est falsifiable, c’est scientifique « .

Pour Anne Sirlin, coordinatrice pédagogique à Valence,  » c’est un roman qui va bien avec France Télévisions, c’est un roman de l’image. « 

On imagine sans peine Jean-Philippe Dunand, professeur d’EPS en Haute-Savoie, lorsqu’en salle des profs il avoue aimer la littérature :  » Quand je le dis, ça surprend « . Il a relevé dans Les Tigres cette anecdote :  » un système d’alarme inventé par Athanase Kircher pour éviter d’être enterré vivant « . Humblement, il nous dira :  » c’est un livre qui m’a rendu plus intelligent « .

Pour Isabelle Prévost, assistante de production à Bruxelles et venue d’outre-Quiévrain avec de généreux chocolats :  » l’absurde va bien avec le surréalisme sud-américain. « 

Renée Mesquida, vivant à Montferrier-sur-Lez, près de Montpellier :  » le morceau de bravoure du roman de Blas de Roblès, c’est l’ascension de l’Etna par Kircher. Je l’ai relu plusieurs fois. « 

En face, les arguments pour défendre et illustrer la lecture de Ce que le jour doit à la nuit (éditions Julliard), de Yasmina Khadra relevaient d’autres qualités, dont  » la facilité de lecture «  :

 » Ce livre m’a permis de découvrir l’Algérie coloniale. «  (Amel Bakkar, ingénieure commerciale à Paris). Même argument chez Georges Rosa, ergothérapeute à Limoges et chez Perrine Godnair, sapeur pompier professionnelle à Rambouillet :  » J’ai pu découvrir la guerre d’Algérie par ce récit, un récit qu’il a su dédramatiser. « 

Etonnant ou encourageant qu’en 2008, un roman fasse découvrir la guerre d’Algérie ?  

Par ailleurs, saluons l’élégance des propos d’Alain Dion, comédien, chanteur, d’Esbly (Seine-et-Marne), grand lecteur d’Annie Ernaux, dont Les Années, lui ont redonné le goût :  » Un roman qui illustre le devoir de mémoire du quotidien « .

De qui Obama est-il le rêve ?

Obama, rêve de son père ?

Un jour, il est devenu Barack. Entre temps, l’enfant d’un père noir africain et d’une mère blanche américaine a vu, dans le magazine Life, la photographie effrayante d’un Noir défiguré pour avoir essayé de se transformer en blanc. Un déclic se produit. Barack assumera son nom, son prénom et la couleur de sa peau. [Barack Obama, Les rêves de mon père,   presses de la Cité]

Obama, rêve de Martin Luther King ?

« Je fais le rêve qu’un jour, cette nation se lève et vive sous le véritable sens de son credo : “ Nous considérons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes ont été créés égaux. ”  [Martin Luther King, Memphis, 4 avril 1968]

« Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons accompli aujourd’hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique. Si jamais quelqu’un doute encore que l’Amérique est un endroit où tout est possible la réponse lui est donnée ce soir.

(…)

Et à tous ceux qui se demandent si le phare de l’Amérique brille toujours autant – ce soir, nous avons prouvé une fois de plus que la véritable force de notre peuple vient non pas de la puissance de nos armes ni de l’échelle de notre prospérité, mais du pouvoir endurant de nos idéaux : la démocratie, la liberté, l’opportunité, et espoir qui ne cède pas. Car tel est le vrai génie de l’Amérique – l’Amérique peut changer. Notre Union peut être perfectionnée » (…)

« Ce soir je pense à une femme qui a voté à Atlanta (…) Ann Nixon Cooper a 106 ans. Elle est d’une génération née juste après l’esclavage (…) à une époque où quelqu’un comme elle ne pouvait pas voter pour deux raisons : parce qu’elle était une femme, et à cause de la couleur de sa peau. » [Barack Obama, Discours de Chicago, 5 novembre 2008]

Obama, rêve de Nelson Mandela ?

 » Votre victoire a démontré que personne, partout dans le monde, ne devrait avoir peur de rêver de changer le monde pour le rendre meilleur « , a écrit Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud, dans une lettre adressée à au sénateur élu, lui souhaitant  » force et courage  » pour les années à venir.

 » Nous sommes convaincus que vous allez finalement parvenir à réaliser votre rêve de faire des Etats-Unis d’Amérique un partenaire à part entière dans une communauté de nations, qui se consacre à la paix et à la prospérité pour tous « , a poursuivi le héros de la lutte contre l’apartheid et prix Nobel de la paix.

Obama, rêve d’Aimé Césaire ?

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères,

je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

(…)

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. » [Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939]