Sur le journalisme culturel, sur la critique publiée dans la blogosphère, sur la pédagogie des papiers, lire l’interview de Jerôme Garcin, chef du service culturel du Nouvel Observateur dans Journalisme.com.
Catégorie / Journalisme culturel
la culture, une phrase simple avec des mots compliqués
En guise de mot du jour ou du stage de journalisme culturel : » Pour la majorité des téléspectateurs, la culture c’est obligatoirement une phrase simple avec des mots compliqués, et donc, ils zappent quand ils entendent le mot culture ». Formule issue des réflexions échangées avec le documentariste Arnaud Contreras, dont on conseille le site A360 .
Autre phrase du jour (preuve que pour un jour, plusieurs phrases sont possibles) celle de Jean-Luc Godard, cité par Olivier Poivre d’Arvor dans sa défense et illustration de la culture française (Le Monde, daté du 20/12) : » La culture, c’est la norme, l’art c’est l’exception. «
En somme (expression toute faite qui ne résume en rien notre brève histoire du jour), le journalisme culturel c’est la quadrature du cercle (ex » de minuit « ).
L’intégrale de Jacques Roumain a la télé haitienne !
Lorsqu’on voyage, on n’aurait tort de négliger la télé. En Haïti, la Télévision nationale (ou TNH) retransmettait hier l’intégralité d’un colloque international consacre à Jacques Roumain, dont le pays célèbre le centenaire de la naissance. Entre les gros plans des participants venus d’Amérique du Nord pour beaucoup et les longueurs propres aux colloques, cet exercice audiovisuel n’a pas que des défauts. Les téléspectateurs ont pu entendre Michèle Pierre-Louis, responsable de la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal) s’interroger : » Aujourd’hui, Haïti est un pays quasi effondré, le pays est désinstitutionnalisé, presque sous-tutelle. »
Et pourtant, les intervenants soulignaient » la passion de Roumain pour la lecture et pour son pays « .
Valërie en Haïti
C’est sur France-Culture. L’émission du dimanche 25 novembre 2007 « Le dit de l’île en marche » : écrire en Haïti est en ligne pour une semaine. A vos cassettes ! aurait dit Jean-Christophe Averty. Aujourd’hui on postcast easy l’émission du dimanche de 15h à 16h30 (Tout un monde par Marie-Hélène Fraïssé) !
Au micro de Valérie Marin La Meslée (qui a fait tout le boulot), nous entendons les rencontres qu’elle a faites sur place avec : Lyonel Trouillot, Frankétienne, Gary Victor, Georges Castera, James Noël, écrivains ; Laënnec Hurbon, sociologue. Et les éditeurs et poètes Rodney Saint Eloi et Willems Edouard ; le musicien Wooly Saint-Louis Jean, la libraire Solange Lafontant (La Pléiade, Port-au-Prince) et Michèle Pierre-Louis, directrice de la Fokal (Fondation connaissance et liberté).

Louis-Philippe Dalembert est invité dans les studios de France-Culture, à Paris.
Une association française est citée : Donne ton coeur pour Haïti, 52 avenue Gambetta, 93170 Bagnolet (Tél. : 06 79 95 18 38) Elle s’est donné la mission d’aider à la scolarisation des enfants, à lutter contre l’illétrisme et à promouvoir l’éducation civique de la population haïtienne.
Chamoiseau, entretien (2)

A l’occasion de la sortie de son dernier livre, Un dimanche au cachot (Gallimard), Patrick Chamoiseau nous répondait, dans un précédent entretien [Papalagui, 18/10/07],sur la genèse du roman [critique : Papalagui, 9/10/07 ].
Question suivante :
– Un dimanche au cachot n’est-il pas le roman d’un trou noir ? J’ai eu l’impression d’un écrivain en train d’explorer la richesse d’un trou noir, comme une ancienne étoile dont la masse s’est effondrée en elle-même ?
– Ce qui m’a toujours amusé (lorsque je regarde les chroniques littéraires ou les émissions littéraires)… le chroniqueur va dire : » alors c’est quoi l’histoire du roman ? « … comme si l’histoire du roman pouvait déterminer ce qu’est le roman.
Un roman c’est pas une histoire. Un roman c’est un événement esthétique, artistique. C’est une exploration de l’impossible. Je dirais… c’est un surgissement langagier, c’est un surgissement, enfin tous les termes sont possibles.
En tout cas, c’est un événement esthétique qui ne peut pas se résumer par une histoire. La narration, la fiction narrative telle qu’on la connaissait au XIXe siècle n’a pratiquement plus d’intérêt. Donc ce qui constitue un roman c’est peut-être le prétexte de l’histoire.
Ici le prétexte c’est une jeune fille dans un cachot. mais ce qui constitue l’événement littéraire ou l’environnement esthétique, que ça suppose comment on peut organiser une conscience, témoigner d’une aventure humaine, témoigner d’un courage, témoigner d’une résistance lorsque l’individu disparaît complètement dilué dans une obscurité totale,l’obscurité du cachot.
Et quand on regarde bien, chaque fois que nous avons à réorganiser notre vie, à organiser notre identité, à organiser notre résistance, nous sommes toujours au départ dans un cachot, une sorte de cachot psychique, un cachot culturel, un cachot identitaire, les cachots sont très ouverts (sic), un cachot politique aussi, ça existe largement.
Et le point du départ du cachot est toujours le point de départ de la résistance et le point de départ de la réhumanisation. Je crois que s’il fallait donner une définition de la littérature, je dirais (il y en a plusieurs de possible) : je pense qu’un texte littéraire intéressant est ce qui nous permet de nous humaniser un petit peu, légèrement plus.
Prochaine question : La question ne serait-elle pas alors, non pas » D’où je viens ? » mais » De quel cachot je suis originaire ? «
Césaire, l’empreinte
Quel Césaire étrange et chenu apparaît dans le documentaire Aimé Césaire : Un nègre fondamental de la collection Empreintes de France 5 ! Ce 6e numéro (sur 120) est diffusé vendredi 9 novembre à 20h40, rediffusion le 11 à 9h45. Un Césaire comme un vieillard fraternel et fier. Exemple incarné de la parole du Victor Hugo des Misérables : » C’était, on s’en souvient, un de ces vieillards antiques qui attendent la mort tout droits, que l’âge charge sans les faire plier, et que le chagrin même ne courbe pas. »
François Fevre, l’auteur du film, est venu trop tard. Images connues d’un Aimé Césaire dignement et toujours costumé-cravaté, dans son bureau de l’ancienne mairie de Fort-de-France, dans son auto lors de sa ballade quotidienne, ou encore pendant son 94e anniversaire, le 26 juin dernier, fêté par la belle chanson griotte d’une admiratrice sénégalaise. Césaire public en somme. Mais pas de Césaire chez lui.
Images d’archives moins connues ou ignorées montrant Césaire jeune député entrant à l’Assemblée, faisant la leçon sur l’impossible devise Liberté, parité, fraternité, pour achever de convaincre un insensé que l’Egalité n’a pas de synonyme ou que la Liberté ne supporte pas l’épithète. Césaire discourant sur la négritude, soit doctement à en être incompréhensible, soit invité à Miami et jugeant -avec lucidité- lourd le mot carcan.
L’ensemble apparaît comme une réalisation patchwork, honnête, mise à l’épreuve par une personnalité sans tropisme pour les médias. On est forcément attendri. Et admiratif devant la trajectoire -commentaire dit par Anny Duperey- et la portée visionnaire des propos de l’auteur de Cahier d’un retour au pays natal,comme devant l’influence panafricaniste de ses idées lorsqu’il apparaît à la tribune du premier Congrès des écrivains et artistes noirs, réuni à la Sorbonne en 1956.
En revanche, ce qui souffre du traitement décousu de son itinéraire intellectuel et politique, c’est la densité de l’homme et de l’oeuvre poétique. Le Cahier est juste mentionné. Aucun extrait n’est lu (Pourquoi se passer de la belle prestation scénique de Jacques Martial ?). Pourtant la belle présence vocale de Jean-Michel Martial (lecteur des extraits de textes) fait à chaque fois tendre l’oreille, tant le ton est juste. De même François Fevre a préféré un extrait de La Tempête à La Tragédie du Roi Christophe. D’ailleurs le mot » Haïti » n’est pas mentionné, à aucun moment. Grande est l’absence des admirateurs de Césaire, Senghor n’est pas entendu, Sartre et Breton ne sont pas mentionnés.
Malgré son empathie chaleureuse, François Fevre vient tard : l’homme et son oeuvre ne se réduisent pas à un vieillard fraternel et fier. Ce rebelle en poésie, ce grammairien de la politique dont Lilyan Kesteloot écrivait en 1962 (Aimé Césaire, collection Poètes d’aujourd’hui, chez Seghers) :
» Je ne vois pas dans l’histoire de la littérature française une personnalité qui ait à ce point intégré les éléments aussi divers que la conscience raciale, la création artistique et l’action politique. Je ne vois pas de personnalité aussi puissamment unifiée et à la fois aussi complexe que celle de Césaire. Et c’est là, sans doute, que réside le secret de l’exceptionnelle densité d’une poésie qui s’est, à un degré extrême, chargée de toute la cohérence d’une vie d’homme. «
Livres-hebdo (extrait)
Un Silo de livres océaniens (2)
© Photo Xavier Heyraud, Les Nouvelles calédoniennes.
» L’oralité ne s’oppose pas à l’écrit « , titrent Les Nouvelles calédoniennes à propos du Silo, le Salon du livre océanien qui continue son rassemblement extraordinaire à Hienghène, commune naguère de Jean-Marie Tjibaou et aujourd’hui de Daniel Fisdiepas. Au-delà du cliché oral/écrit, relayons l’enthousiasme évoqué par le quotidien sur le slam et la parole kanak…
» Lors de l’ouverture du salon, Paul Poigoune (photo ci-contre), vice-président de la province Nord a terminé son intervention « en partageant un élément majeur du patrimoine kanak, qui, en soi, constitue une performance vocale de récit : les discours généalogiques », écrit l’envoyé spécial Xavier Heyraud.
« C’est avant tout un discours rituel qui raconte les migrations et les formations de nos entités interclaniques. Ces discours ont vocation à instaurer un devoir de mémoire, d’histoire. Avec une musicalité de récit et une gestuelle précise, le discours généalogique comporte, en dehors de son symbolisme identitaire et culturel, des formes ancestrales d’expressions artistiques et spectaculaires. Le récit généalogique est une vision du monde qui détermine le rôle des hommes et leur place dans l’organisation sociale kanak. Il décrit le mouvement d’un peuple libre, égalitaire, démocratique, qui se compose, décompose et redécompose en permanence. Apparemment, les jeunes générations ont trouvé le slam, un mode récital tout à fait à leur mesure pour dire leur compréhension du monde qui les entoure et exprimer leurs attentes. Nous avons la responsabilité de rappeler aux jeunes kanak les efforts considérables que nous fournissons pour sauver nos langues. Alors pourquoi pas à travers ces nouveaux modes d’expression ? »
Le salon du livre de Paris, en son édition de mars 2006, présentait en un très bel ensemble un stand océanien magnifique. Payé par les deux gouvernements, calédonien et polynésien, ce stand nous a révélé, entre autres surprises, un slameur de première, Paul Wamo. Sûr qu’à Hienghène, ce poète des îles Loyauté a dû faire des émules. De quoi resserer les liens entre îiens et terriens…
© Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie
Sûr de sa valeur, le site de référence des francophonies littéraires, Ile en île, lui a consacré une notice.
Elokans
Elokans a un an. Bon anniversaire ! Cette newsletter culturelle antillaise se présente sous la forme d’un agenda mensuel riche en événements, petits ou grands, de la scène créole. » Elokans a été lancé en novembre 2006 comme un petit défi de diffusion socio-culturelle « , écrit Véronique Larose dans son dernier numéro, de novembre 2007. Un numéro de 31 pages. Pour recevoir Elokans : espwa@hotmail.fr.
Paris est une jungle !
Paris déploie la culture animale dans un triptyque à La Grande Halle de la Villette, et bientôt au musée Dapper et au musée du Quai-Branly.
La Grande Halle de la Villette présente l’exposition, Bêtes et Hommes, jusqu’au 20 janvier.
On apprécie le témoignage du gardien du Jardin des Plantes qui raconte comment Wayana, la femelle orang-outang, aimait délacer les souliers humains, puis comment elle s’est découvert une passion : les noeuds. Ce qui questionne son intelligence… et notre regard sur l’animal.
On est interloqué par les dix-huit bocaux contenant une grenouille formolisée, » vêtue » d’un… maillot de bain. Ou encore, dans le même registre, des alignements de bocaux contenant des animaux en peluche…
On est admiratif devant les « cultures animales « , comme ces macaques du Japon qui ont pris l’habitude de se prélasser dans les bains naturels chauds et les dauphins d’Amérique qui chassent en groupe, poursuivant leur menu fretin jusqu’au rivage, où il s’échoue. A l’issue d’une véritable chasse à courre nautique… ils le croquent.
On apprécie l’éclairage sur la conception du monde des Amérindiens wayãpi, où l’aller-retour homme-animal est permanent.
On reste sur notre faim : point de combats de coqs mis à la question, d’arènes tauromachiques sous le feu de l’actualité, alors que, bien entendu l’ours des Pyrénées a droit à ses partisans et à ses détracteurs.
On a envie de se replonger dans la mètis grecque faite de ruse et d’adresse, de lire le dernier roman d’Eric Chevillard. On pense à Alain Mabanckou et à ses Mémoires de Porc-Epic, ou au succès de l’été, signé Muriel Barbery, L’élégance du hérisson.



Final de compte, l’expo est assez centrifuge. Au lieu de nous recentrer sur les petits espaces qu’elle nous mènage dans cette grande ménagerie de la Grande halle, elle nous propulse vers l’extérieur, vers d’autres lectures ou vers le programme environnant, des documentaires, des débats. Tel Allons enfants de Camopi, l’horizon amérindien de Yves de Peretti, projection prévue les mercredis à partir du 14 novembre. » En Guyane, des Amérindiens teko et wayãpi, citoyens français désemparés, parlent de leurs problèmes, de la déperdition de leurs valeurs et du souci de conserver leur culture. La création du Parc national de Guyane les préservera-t-elle des ravages liés à l’arrivée brutale de la modernité ? « Le musée Dapper proposera l’exposition Animal, à partir du 11 octobre. Vocation du musée oblige, c’est l’Africain et son dialogue avec les animaux qui en est le prétexte… Masques, figures cultuelles, objets de dignité et parures, quelque cent cinquante pièces sont les témoins vivants de la présence animale dans les œuvres, ses codes et ses symboles.
Pendant dix jours, à partir du 20 décembre, le musée du Quai-Branly développe la thématique du corps, avec un premier cycle de spectacles qui met à l’honneur le corps animal. « Ce cycle renvoie au chamanisme et aux besoins premiers de l’homme de s’accaparer la force et la puissance de l’animal, de l’imiter, de le diviniser. »
Quel programme !
Rituel Abakua du Nigeria à Cuba : Les masques des hommes léopards Efiks
» Les anciens chasseurs Efiks Ibo, Ibibio et Ijaw, les hommes léopards du sud-est nigérian, affrontaient par des danses rituelles masquées les mystères de la nuit et s’appropriaient la force de la jungle. Confrontés à l’esclavage, ceux que l’on appelait aussi les Carabali ou Brikamo débarquèrent à Cuba en 1762. Les Efiks prolongeront ce rituel Abakua à Cuba jusqu’à nos jours. C’est pour la première fois en Europe la rencontre du rituel Abakua nigérian et cubain, avec une multitude de masques et de parures extravagantes, qui ont évolué au cours des siècles. « Ces hommes léopards seront suivis d’une évocation « corps et graphique» du tigre et du lion en Inde du Sud et du rituel des dieux-serpents Naga par les bardes Pulluvan du Kerala.
