Le livre en Haïti, seule énergie renouvelable à l’infini. En témoigne ce témoignage de 2′ avec Marc-Endy Simon, responsable du BiblioTapTap (cf Papalagui, 7/08/12) :
Catégorie / Haïti
Haïti, 3 ans
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit,
Les morts ne sont pas sous la terre
Ils sont dans l’arbre qui frémit,
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l’eau qui coule,
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule
Les morts ne sont pas morts.
Birago Diop, Le Souffle des ancêtres, dans le recueil Leurres et lueurs, Présence Africaine, 1960, cité par Gotson Pierre, Haïti.
Mario Benjamin, l’expo à Revue Noire
Mario Benjamin est la figure de proue des artistes haïtiens d’art contemporain. En résidence artistique à Paris jusqu’en février, il expose à la galerie Revue Noire, dirigée par Jean-Loup Pivin. Images Massimo Bulgarelli, son Daniel Quellier.
Excellente monographie (la première) consacrée à l’artiste :

Voir l’exposition Haïti, royaume de ce monde (Papalagui, 8/04/11).
Préfète Duffaut (1923-2012)
Figure majeure de l’art naïf, le peintre haïtien Préfète Duffaut est mort le samedi 6 octobre 2012 à l’âge de 89 ans à Port-au-Prince.
Limonade pour 1 500 étudiants haïtiens. Une interview de J.M. Théodat
En Haïti, une nouvelle université commencera ses cours le 8 octobre prochain à Limonade [Papalagui, 17/08/12] près de Cap-Haïtien (260 km au nord de la capitale). Pour la région Nord, c’est « une occasion historique de prendre le train de la relance qui met en branle toute la société après le désastre du 12 janvier 2010 », nous explique Jean-Marie Théodat, président du conseil de gestion du campus de la nouvelle université Henri Christophe de Limonade (département du Nord, arrondissement de Cap-Haïtien). Depuis Haïti, ce professeur agrégé de géographie nous a accordé une interview. Questions écrites. Réponses écrites. Via le Net.
[Jean-Marie Théodat, 51 ans, est maître de conférences à l’Université Paris 1 – La Sorbonne. Après plus de trente ans passés à Paris, il a décidé après le séisme du 12 janvier 2010 de revenir vivre en Haïti, et d’aider à remettre sur pied l’enseignement supérieur. Il est rentré le 7 avril de la même année à Port-au-Prince. ]
Quel est votre rôle dans ce projet ?
Mon rôle a été de définir l’offre pédagogique, de recruter les professeurs selon des critères de sélection sévères, de mettre en place un modèle de gouvernance qui facilite la réalisation des ambitions élevées de ce nouveau campus.
Comment définissez-vous ce projet ?
Une première année de classe préparatoire aux filières s’intitule SALAM. C’est-à-dire « Salut ». Faire son salut, c’est passer soit par l’une des voies suivantes : Sciences et technologies ; Administration ; Lettres, sciences humaines et sociales (SHS) ; Arts et Métiers.
Les premières (Sciences et technologies, Administration, lettres et SHS) sont des études de filières longues qui préparent à la Licence, au Master ou au Doctorat.
En deuxième année les postulants choisissent pour deux tiers d’entre eux entre la médecine, le génie, la médecine vétérinaire, l’électronique, la physique, la chimie, l’agronomie, etc.
L’autre tiers sera partagé entre les autres disciplines, dont certaines relèvent aussi de filières longues comme l’économie, l’histoire, la géographie, le droit, la philosophie, la sociologie, etc.
Les Arts et Métiers relèvent de filières courtes : hôtellerie-tourisme, logistique transports, informatique, gestion.
Le Salam est nouveau en Haïti ?
Le Salam est une mouture haïtienne d’une recette vieille comme la lune : l’université doit répondre aux attentes les plus diverses du corps social. Le Salam contient les divers aspects d’une formation scientifique, technique et humaniste de haut niveau. En Haiti, d’autres universités l’appliquent déjà sans le nom.
Est-ce la principale originalité du dispositif de formation ?
La principale originalité, c’est d’offrir également une formation à distance pour les professionnels déjà en poste, les personnes éloignées du site, etc. Nous entendons également avoir un engagement civique et citoyen forts dans la région, par la mobilisation des étudiants autour de tâches d’utilité commune.
Quel est son enjeu ?
L’enjeu, c’est de donner au Nord et au Nord-Est, historiquement délaissés une occasion historique de prendre le train de la relance qui met en branle toute la société après le désastre du 12 janvier 2010. Former les cadres, les professionnels, les ouvriers qualifiés dont la région a besoin, c’est cela l’enjeu.
Les étudiants étrangers seront-ils admis ?
Les étudiants étrangers sont admis sans limite d’origine.
Comment s’explique le choix de Limonade ?
Par une volonté de décentralisation.
Qui paye ?
La République Dominicaine a offert le campus, l’État haïtien fait tout le reste, avec l’aide de la France sur le plan du contenu des programmes.
Le campus de Limonade va-t-il fonctionner à l’américaine ou à l’haïtienne ?
Limonade va fonctionner comme une université normale, de plain-pied avec son époque, ni haïtienne ni américaine : simplement ancrée dans la réalité du Grand Nord d’Haiti.
Limonade !
« On dit que 85% des Haïtiens qui ont un diplôme supérieur ou égal à la licence vivent et travaillent à l’étranger. Les 15% se débrouillent à leur façon en vue de maintenir le niveau d’éducation du pays à flot. Nous aimerions inverser cette statistique », a déclaré Jean-Marie Théodat, président du conseil de gestion du campus de la nouvelle université Henri Christophe de Limonade (département du Nord, arrondissement de Cap-Haïtien).
Effectif : 1 500 étudiants dont les deux tiers en science et technologie.
Budget : un milliard quatre cent mille gourdes (20 millions d’euros).
Début des cours : le 8 octobre 2012, date anniversaire de la mort d’Henri Christophe (1767-1820), président (1807) puis roi d’Haïti (1811) sous le nom d’Henri Ier ou de « roi Christophe », héros de la pièce de théâtre d’Aimé Césaire La Tragédie du roi Christophe.
Voir Le Nouvelliste, 8.08.12.
En Haïti, 400 Vendredis littéraires en dix ans
Depuis leur création en 1994, quelque quatre cents Vendredis littéraires se sont déroulés à Port-au-Prince (Haïti). Le créateur de ces ateliers d’écriture, Lyonel Trouillot répond aux question d’Emmelie Prophète à l’occasion de leur rentrée, ce 10 août (Le Nouvelliste).
En Haïti s’ouvre une Maison des Écrivains
Dans ce pays marqué par une culture irradiante, où Frankétienne est un « Trésor national vivant », où Dany Laferrière réussit à signer un millier de livres en une seule journée, où Port-Salut indique la voie [voir le documentaire Haïti, pays réel, pays rêvé], dans ce pays où l’une des rares valeurs toujours à la hausse à l’exportation est la culture et singulièrement la littérature, comme en a témoigné le dernier festival Étonnants voyageurs, en février 2012, il n’y a rien… d’étonnant à ce que la toute nouvelle Maison des Écrivains accueille des écrivains qui n’ont pas encore écrit. Les Ateliers du Jeudi, créés par Lyonel Trouillot, avaient déjà montré que la richesse littéraire de l’île ne se mesure pas aux seules signatures « bankables » à l’export. Cette nouvelle Maison est en premier lieu destinée au vivier interne, mais pas seulement, explique Emmelie Prophète dans Le Nouvelliste : « Elle recevra en résidence des auteurs d’Haïti comme de l’étranger, pourvu qu’ils, qu’elles, aient besoin d’un espace approprié pour entamer ou mener à bien un projet d’écriture. »
La Maison des Écrivains, résidence Georges Anglade, va être inaugurée ce vendredi 10 août à Port-au-Prince (Haïti), avec ses premiers auteurs pour deux semaines de résidence. Ils sont huit et n’ont rien publié jusqu’alors. À l’initiative de cette résidence : le Centre Pen-Haïti, présidé par l’écrivain Jean-Euphèle Milcé (membres exécutifs : Pierre Buteau, Verly Dabel, Emmelie Prophète, Lyonel Trouillot).
« Tout le monde y est allé de son petit mot après le séisme du 12 janvier 2012 concernant la culture, répétant volontiers après Dany Laferrière, rajoutant aussi, comme ils pouvaient, que la culture aiderait le pays à se relever, écrit Emmelie Prophète, elle-même auteur d’une trilogie Le testament des solitudes, Le reste du temps et Impasse dignité (éd. Mémoire d’encrier à Montréal) et ancienne Directrice du livre. S’il n’y a pas eu énormément d’investissement de l’État dans le secteur, si la moyenne du mandat d’un ministre de la culture est de 8 mois, c’est l’un des rares secteurs, peut-être même le seul, malgré toutes sortes de difficultés, qui réussit à garder la tête hors de l’eau. C’est le secteur aussi d’où émergent des figures qui s’imposent comme modèles pour l’ensemble de la société.
Il était urgent de créer cet encrage [sic], ce lieu de création, de cohésion entre les écrivains, qu’ils viennent de Chambellan, de Grande Rivière du Nord ou de Petit-Goâve. »
La Maison des Écrivains, Résidence Georges Anglade abritera la permanence du Centre PEN Haïti. Georges Anglade, géographe et écrivain haïtien, spécialiste des lodyans (littérature orale haïtienne) était l’un des invités du festival Étonnants voyageurs prévu en janvier 2010, victime du séisme du 12 janvier.
« La Maison des écrivains, Résidence Georges Anglade, est la première résidence permanente d’auteurs de toute l’histoire d’Haïti. Toute l’année, des auteurs haïtiens, des ailleurs d’Haïti et étrangers, membres d’un des 140 centres PEN dans le monde, peuvent s’y installer pendant un certain temps pour entamer, avancer ou terminer un projet d’écriture », souligne Emmelie Prophète dans un second article du Nouvelliste, le 9 août 2012.
En Haïti, des bibliotaptaps

Trois « Bibliotaptaps » seront mises en circulation entre juillet et janvier 2013. Il s’agit de taptaps transformés en bibliothèque grâce au professionnalisme d’artisans haïtiens et de bénévoles des Nations-unies, raconte Le Nouvelliste. Ces bibliothèques mobiles ont pour objectif de desservir plus de 15 000 enfants et adultes chaque mois dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans les départements du Nord et du Centre, selon les explications des initiateurs. A Port-au-Prince, la bibliothèque mobile parcourra des zones durement frappées par le séisme, zones dans lesquelles il manque des infrastructures. Environ 2 400 titres haïtiens et étrangers seront disponibles. Chaque taptap apportera 400 titres à son public, à chaque déplacement.
Bibliothèques sans frontières (BSF), en partenariat avec le ministère de la Culture, la Direction nationale du livre, la Bibliothèque nationale d’Haïti et la fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), a procédé au lancement de la première bibliothèque mobile haïtienne, au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée dans les jardins de l’Institut français en Haïti.
« Dans l’œil de la spirale » (Haïti au filtre du chaos Frankétienne)
Dans l’œil de la spirale, qui vient d’être présenté à New-York, est un documentaire de Raynald Leconte, president de HCF (fondation culturelle haïtienne-New-York) et Eve Blouin. Avec les artistes Mario Benjamin, Frankétienne, Frantz Zephirin, Denis Smith, Préfète Duffaut, Patrick Vilaire, Sebastien Jean. Voici un teaser (bande-annonce) de 9′ :
IN THE EYE OF THE SPIRAL from In the Eye of the Spiral on Vimeo.

