Un empereur Bizango au Quai Branly, cote 70.2009.48.1.1-2

Les Bizangos, c’est fascinant. Exposés l’été 2009 à Genève (Papalagui, Parfum de vodou), ils avaient impressionné leurs visiteurs. Une présentation magistrale en fin de parcours, une confrérie secrète au faciès terrifiant.

Le musée du Quai Branly n’a pas accueilli l’exposition. C’est dommage. Mais une acquisition récente pourrait intrigué les visiteurs. Un empereur Bizango dans les collections permanentes. Ses miroirs cousus sont prêts à refléter la foule des amateurs de l’un des musées les plus visités de Paris.

Ce Bizango a été vendu par l’espace Loas , « centre d’art haïtien » à Nice, qui nous informe d’une « bonne nouvelle » : « Le musée du Quai Branly vient de nous acheter une œuvre exceptionnelle que nous avions trouvé (sic) au Temple Ditsou à proximité du Bois Caïman. Il s’agit de l’Empereur Bakala Bizango Bazin 1er de l’armée Bizango, tailleur, ensorceleur et cousin germain du célèbre esclave Mackandal. »

Le site du musée du Quai Branly donne des détails :

« Considéré comme un empereur de l’armée secrète des Bizango, ce personnage dénommé « Bakala Bizango Bazin », « tailleur et ensorceleur », proviendrait du temple Ditsou, détenu par la société Bizango Zimba du Borgne, dans la plaine du Nord haïtien.

De ces statues et de la société bizango, très peu de choses sont connues : l’abondante littérature anthropologique traitant du vodou haïtien ignore quasiment les organisations secrètes. A l’image d’autres institutions du même type, Makanda ou Chanpwèl, les Bizangos fonctionnent comme une institution militaire garante de l’intégrité territoriale d’une région et possèdent des grades : Capitaine, Général, Roi et Reine, Empereur. Leur origine pourrait remonter aux temps de l’esclavage où ils auraient été des combattants de la liberté, attaquant les colons la nuit, protégeant les grandes familles du vodou et rendant la justice.

Liés à ces rites nocturnes, des statues toutes anthropomorphes, entre 1,30 à 1,50m de taille, offrent une apparence violente, agressive, belliqueuse. Enveloppés de tissus cousus, de deux seules couleurs, celles de la société bizango, le rouge et le noir, ces personnages sont fabriqués à l’aide de supports intérieurs inconnus. La plupart sont claudicants, amochés, malades, déformés. L’utilisation de miroirs, parfois de dents humaines voire de crânes renforce cette impression dérangeante. Ils possèdent souvent un ou plusieurs attributs spécifiques, comme un bouclier, une lance, une épée, des cornes, des chaînes… Celui acquis par le musée porte ainsi une canne et une paire de ciseaux et – légende ou réalité ? – représenterait le cousin du célèbre Mackandal, un des premiers héros mythique des rebellions contre l’esclavagisme au XVIIIe siècle.

Fin XXe siècle
Tissu rembourré, os, bois, miroirs et métal. H. 130 cm, l. 55 cm.
70.2009.48.1.1-2

Sur les bizangos, voir le film Une mémoire vodou d’Irène Lichtenstein, consacré à la collection de Marianne Lehmann. Projection à Lausanne, Pôle Sud, le 4 mars à 20h, à Paris à la fin du mois.

 
   
   
   
   

 

Haïti et l’Afrique à Saint-Malo (mai 2010)

Le prochain Festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo, du 22 au 24 mai 2010, a décidé d’ouvrir largement son édition aux écrivains haïtiens et au cinquantenaire des indépendances africaines sous le titre : « 
Zones de fracture : Russie, Haïti, Afrique, France, 
Que peut la littérature, dans le chaos du monde ? »

Haïti à Saint-Malo :

« Le monde au miroir d’Haïti, Haïti au miroir du monde », était la profession de foi du festival Étonnants voyageurs qui devait se tenir à Port-au-Prince à partir du 14 janvier dernier. L’avant-veille est survenu le tremblement de terre.
« Parce qu’il n’est pas possible de rester sur ces images de destruction, peut-on lire sur le site du Festival. Parce que nous sommes si tristes de ne pas savoir ce qu’aurait pu donner cette deuxième édition du festival à Port-au-Prince qui suscitait un engouement extraordinaire, nous avons décidé avec Lyonel Trouillot et Dany Laferrière de transporter ce que nous devions faire à Port-au-Prince à Saint-Malo du 22 au 24 mai prochains. Et que tous les auteurs haïtiens réunis y affirment haut et fort la vitalité de la création artistique de leur île. »
Parmi les auteurs invités : Bonel Auguste, Georges Castera, Louis-Philippe Dalembert, Edwidge Danticat, René Depestre (invitation en cours), Frankétienne, Laennec Hurbon, Dany Laferrière, Yanick Lahens, Jean-René Lemoine, Kettly Mars, Jean-Euphèle Milce, James Noël, Emmelie Prophète, Rodney Saint-Éloi, Evelyne Trouillot, Lyonel Trouillot, Gary Victor.
Mais aussi quelques auteurs qui devaient participer au festival à Port-au-Prince en janvier dernier : Philippe Bernard, Nicolas Dickner (Québec), Michel Vézina (Québec), Micha Berlinski, Ananda Devi.

« Je est un autre » :

Le cinquantenaire des indépendances africaines « devrait être l’occasion de mesurer à quel point cet apport culturel, artistique, intellectuel nourrit depuis un siècle déjà l’imaginaire national, avec les auteurs invités : Florent Couao-Zotti, Alain Mabanckou, Boubacar Boris Diop, Abdourahman Waberi, Pascal Blanchard, Koffi Kwahulé, Moussa Konaté, Wilfried N’Sondé, Achille M’Bembé, Leonora Miano, Serigne M’Baye, Dominique Thomas.

Lecture d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour (Lemoine, Odéon, 17 mars)

Le Théâtre de l’Odéon propose une lecture d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine, le 17 mars à 17h, salle Roger Blin, à Paris.
Dans le cadre des « Nouvelles Zébrures « , manifestation littéraire annuelle du festival des Francophonies en Limousin, cette lecture sera assurée par Dominique Pinon, Nicole Dogué, Clotilde Ramondou, Jean-René Lemoine, Aurore James, Denis Boyer, Thomas Visonneau.
Le texte a reçu le Prix SACD 2009 / Les Francophonies en Limousin.

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour, publié aux Solitaires intempestifs en octobre 2010, est ainsi résumé par l’éditeur : « La pièce comique met en scène des vivants et des êtres de l’au-delà. Les pères ont disparu, les fils se sont enfuis ou reviennent en spectres, les visions hallucinées se font en créole. »

Avec sur la quatrième de couverture ce prétexte : « Tristan n’aurait pas dû partir. Il n’aurait pas dû aller faire le reporter. Est-ce que c’est une profession, reporter ? Je n’ai pas abandonné le théâtre pour que mes enfants aillent faire les reporters. Et maintenant il disparaît comme tous les reporters et je me retrouve envahie par l’Afrique, prise en otage dans ma propre maison, harcelée par un fantôme qui n’a même pas la décence de se draper dans un linceul, comme les fantômes de bonne famille. »

 

Laferrière too much

Dany Laferrière sera récompensé à Montréal, en avril prochain, du Grand prix Métropolis bleu 2010. Ce prix qui distingue l’ensemble d’une œuvre est doté de 10 000 dollars canadiens (7 000 euros).
Dany Laferrière recevra le Prix lors de la 12e édition du Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu, qui se déroulera du 21 au 25 avril 2010.

« Je suis enchantée que Dany Laferrière ait accepté notre invitation, d’autant plus que cet auteur montréalais reconnu pour la qualité, l’audace et la pluralité des genres dans son œuvre est un ami du Festival Metropolis bleu depuis longtemps » (sic), a déclaré Linda Leith, présidente et directrice artistique de la Fondation Metropolis bleu.

Dans son programme, il est précisé que « Le Grand Prix littéraire international Metropolis bleu est remis chaque année à un écrivain de calibre international (resic) :
Antonia Susan Byatt (2009), 
Daniel Pennac (2008)
, Margaret Atwood (2007)
, Michel Tremblay (2006)
, Carlos Fuentes (2005), 
Paul Auster (2004), 
Maryse Condé (2003)
, Mavis Gallant (2002), 
Norman Mailer (2001), 
Marie-Claire Blais (2000). »
Critères de sélection : « Le lauréat doit être un écrivain de stature internationale ayant contribué de manière exceptionnelle à la littérature contemporaine. Il doit être capable de s’exprimer en français et en anglais (ou dans une autre langue), avoir été publié en français ou en anglais (et éventuellement dans d’autres langues), avoir des lecteurs francophones et anglophones en nombre significatif à Montréal, avoir la volonté de rencontrer le public montréalais lors de la remise de prix au Festival. »

« La nouvelle littérature haïtienne », thème de recherche

Laferrière, Trouillot, Lahens, etc. sont-ils des écrivains haïtiens ? ou francophones ? ou japonais ?, telle est la question au cœur des préoccupations de la journée du 10 novembre 2010 organisée par Sylvie Brodziak du Département de Lettres Modernes de l’université  Cergy-Pontoise.

« 1988-2010, Regards sur la nouvelle littérature haïtienne » prendra pour titre cette journée, dont l’intention est présentée sur le site de recherche en littérature Fabula :

« En 1988, René Depestre reçoit le prix Renaudot pour son roman Hadriana dans tous mes rêves. En 2009, l’énigme du retour de Dany Laferrière est salué par le prix Médicis, Yanvalou pour Charlie de Lyonel Trouillot par le prix Wepler et Yanick Lahens reçoit le 15ème Prix du livre RFO pour La couleur de l’aube. Entre ces deux dates, d’autres Haïtiens ont été primés.    Ces récentes attributions de prix littéraires prestigieux non seulement soulignent la vigueur de la littérature haïtienne francophone mais surtout installent celle-ci dans un processus de reconnaissance et de légitimation qu’il nous semble intéressant d’observer (à noter que le festival Étonnants voyageurs qui devait se tenir à Port-au-Prince en janvier dernierinsistait sur les neuf prix remportés par les écrivains haïtiens en 2009) En effet, que s’est-il passé en 20 ans ? Quelles sont ces oeuvres – écrites au pays, en exil ou en immigration – qui désormais prolongent le corpus classique de la littérature haïtienne ? Quelles formes adoptent-elles et que racontent-elles ? Qui sont ces nouveaux auteurs? De qui se réclament-ils ? Sont-ils en fusion, en rupture et/ou en métissage ? Quel Haïti les inspire ? Quel pays, unique ou pluriel, inventent-t-ils et veulent-ils transmettre ? »   

Solidarité Haïti : Thérèse en mille morceaux (Lyon, 9 mars)

Thérèse en mille morceaux, pièce de théâtre de Pascale Henry, adaptée du roman de Lyonel Trouillot, sera présentée au théâtre des Célestins, de Lyon, du 9 au 13 mars 2010 (en présence de l’auteur).
La recette de la représentation du 9 mars à 20 heures (prix des places 30 et 60 euros) sera entièrement versée au Centre culturel Anne-Marie Morisset de Delmas, quartier de Port-au-Prince pour des projets « de formation, des activités sportives et des jeux, une bibliothèque jeunesse, des vendredis littéraires et d’autres formes d’expression artistique. »
La librairie Passages à Lyon s’associe au théâtre Célestins pour cette soirée au profit de Haïti.
Voir le reportage consacré à Lyonel Trouillot à Lyon en 2007.

Le Rhinocéros en charge du théâtre haïtien

La Charge du Rhinocéros, une association belge de coopération artistique, connue en particulier pour avoir mis sur pied à Port-au-Prince depuis 2003 le Festival de théâtre Quatre Chemins, organise le Printemps haïtien, dimanche 21 mars à Bruxelles, une journée de solidarité pour la « reconstruction par l’art et le théâtre », avec le soutien d’artistes belges et haïtiens.

« Sublimer l’adversité par la fête », ambitionnent les organisateurs autour d’Olivier Blin, directeur d’une manifestation dont « les bénéfices permettront à six compagnies théâtrales haïtiennes de créer six spectacles à destination des sinistrés du 12 janvier dernier. »

 A l’affiche notamment : Ayiti, de et avec Daniel Marcelin, mise en scène Philippe Laurent
, du 16 mars au 2 avril 2010 à 20h30, 
Espace Magh, 17 rue du Poinçon, 1000 Bruxelles (lieu de résidence du Rhinocéros).

Dans son projet La Charge du Rhinocéros se propose de « mettre en place un travail de reconstruction par le théâtre qui débutera dans quelques semaines, une fois rencontrés les besoins primaires des Haïtiens. Il s’agit de salarier six directeurs de compagnies haïtiennes actives dans les différents quartiers de Port-au-Prince et de leur permettre, dans la dignité, de créer des spectacles destinés aux sinistrés : familles, enfants dans ou hors du processus de scolarisation.
Ces artistes ont des profils différents : l’un est un formidable marionnettiste, l’autre peut monter l’équivalent haïtien d’un Feydeau ou d’un Labiche, l’autre encore utilisera vraisemblablement le théâtre dans sa dimension plus thérapeutique… »

La Charge du Rhinocéros, pour qui le Papalagui n’est manifestement pas qu’un étranger…

Aimé Césaire, Une saison en Haïti (Lilian Pestre de Almeida)

« Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois… », parole extraite du Cahier du retour au pays natal.

Chez Mémoire d’encrier (Montréal), cet essai de Lilian Pestre de Almeida, Aimé césaire, Une saison en Haïti, présenté ainsi par l’éditeur :

« Lilian Pestre de Almeida, témoin capital du poète et de son œuvre, relève les traces et influences de la terre haïtienne dans l’ouvre de Césaire, avec cet ouvrage qui met en lumière le poète et sa cosmogonie, cette géographie à la fois intime et rituelle qu’il s’est inventée à partir de son séjour en Haïti. Cet essai de Lilian Pestre de Almeida est hommage à Césaire, à sa passion d’Haïti et de son peuple. »

A signaler également l’essai d’Elvire Maurouard, Aimé Césaire et Haïti, chez Acoria, présenté ainsi par l’éditeur :

« Le séjour haïtien d’Aimé Césaire ne fut pas sans profit pour la littérature. Il a produit des chefs-d’oeuvre qui sont tirés du passé d’Haïti. « Sur l’échiquier politique de Saint-Domingue, c’est Toussaint Louverture qui fut sans conteste le grand joueur. L’Histoire a déjà dégagé l’oeuvre qu’il a accomplie au point que son esprit domine la dernière phase coloniale de l’histoire de ce pays. » Dans Aimé Césaire et Haïti, Elvire Maurouard, revient sur la figure du roi Christophe, vu par le dramaturge, aux prises avec d’autres interprétations, celles de Leconte, Walcott ou Zimmerman. Dans cet essai, l’analyse du roi haïtien se confond avec celle du genre humain. Telle est la démarche d’Elvire Maurouard. »

Lire Conversations sur Haïti avec Christophe Wargny, Le Monde diplomatique, 18/04/08.

 

« Le peuple haïtien est un peuple en marche » (Pascale Monnin)

Après un séisme dont on évoque le bilan de 300 000 morts, est-il utile de songer déjà à la culture ?

La question paraît si incongrue pour Pascale Monnin qu’elle éclate de rire.

« Je rencontre chaque jour des hommes qui ont tout perdu. La population dort à la belle étoile depuis plus d’un mois, alors que la saison des pluies a débuté. Et ce sont des chants que nous entendons chaque nuit. Même traumatisé, le peuple haïtien est un peuple en marche, pour lequel la culture est un exutoire. »

Le portrait de Pascale Monnin, peintre et galeriste à Port-au-Prince est à lire sur Le Temps.