Mémoire heureuse, héritages douloureux (un colloque à venir)

À signaler le colloque de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), « Mémoire heureuse, héritages douloureux : des lieux, des arts et des jeux », les 13 et 14 décembre 2011 à Paris, Musée du Quai Branly.

« À partir de situations de guerre, de désastre, de dépossession, d’enfermement (Australie, Haïti, Japon, île de la Réunion, Liban, Palestine, Rwanda…), nous examinerons différentes modalités de transmission de la mémoire collective : film, photo, littérature, peinture, théâtre, serious games en ligne. Nous verrons comment ces productions recréent les «lieux témoins » et peuvent faire émerger une mémoire heureuse. »
Ce colloque international de l’équipe « Anthropologie de la Perception » (LAS), dans le cadre du GDRI « Anthropologie et Histoire des Arts » et du Réseau TransOceanik, est organisé par Barbara Glowczewski et Aïda Kanafani-Zahar.
Au programme, notamment : Représenter et écrire la mémoire (Rwanda, Palestine, Liban), Dynamiques de re-création des lieux (Ile de La Réunion, Haïti), Art et jeux face aux désastres (Japon et cyberespace), Comment sortir de l’enfermement (Australie et France) ? Quels retours sur la mémoire et les « lieux témoins » ?

Haïti et Nantes en Guadeloupe

Au Moule (Guadeloupe), signalons la conférence sur Haïti, proposée à la Médiathèque de la commune aujourd’hui, à 18h, en présence de l’historienne d’art ex-conservatrice au Musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH), Marie-Lucie Vendryes, actuellement en résidence à L’Artocarpe, les responsables de l’organisme Les Anneaux de la Mémoire (Nantes) ainsi que des artistes de la Guadeloupe dont les oeuvres accompagnent l’exposition d’Ayiti à Haïti, La Liberté conquise.

Dans les faux romans que j’écris (Lyonel Trouillot)

 
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Découvrez La belle amour humaine le dernier roman de Lyonel Trouillot sur Culturebox !
À lire la belle interview de Lyonel Trouillot par Médiapart à l’occasion de la sortie de son roman La Belle amour humaine (Actes Sud)

« On est frappé par la construction de votre livre, une narration au récitatif, cette manière de croiser les voix sur le mode de l’adresse poétique. Pourriez-vous revenir sur ce choix d’écriture ?
Cela correspond à un point de vue général sur l’écriture : ce qui m’intéresse dans les faux romans que j’écris, c’est de donner de la voix à quelqu’un, et même à plusieurs quelqu’un. Et dans ce texte en particulier dont le thème est l’altérité
(…)
Ce que vous écrivez à la fin du roman d’ailleurs, «il faut mettre sa part de voix». C’est une manière de définir la «présence au monde» ?
Oui, que pouvons-nous faire à part capter quelques fragments ? Que dire dans ce grand concert de voix du discours humain ? Pour parler il faut écouter l’autre, être en relation avec ce qu’il ressent, ce qu’il pense. Aujourd’hui, le monde a évolué vers la droite, et j’ai écrit un livre communiste, d’une certaine manière, pas au sens stalinien, au sens noble. C’est pourquoi il est dédié à Jacques Stephen Alexis, un homme politique de gauche que l’on considérerait aujourd’hui comme d’extrême gauche et qui avait ce rêve d’une voix individuelle dans une quête de bonheur collectif.
etc.

Kettly Mars (Haïti) récompensée du Prix Prince Claus 2011

 Image extraite du documentaire Étonnants haïtiens, tourné à Saint-Malo en mai 2010

L’écrivaine haïtienne Kettly Mars est l’un des lauréats du Prix Prince Claus 2011, récompense pour la culture et le développement dotée pour chacun de 25 000 euros.

L’auteur de Saisons sauvages (Mercure de France, 2010) est honorée, selon les termes du jury « pour mettre l’universalité de la condition humaine au centre de son travail, pour partager les riches complexités des réalités de son pays par son écriture, pour son traitement osé de sujets non-conventionnels et pour donner une nouvelle impulsion importante à la littérature haïtienne. »

Le jury ne semble pas avoir pris en compte son dernier livre, co-écrit avec Leslie Péan, Le prince noir de Lillian Russell (Mercure de France, 2011).

En 2006, le poète et dramaturge haïtien Frankétienne avait été récompensé du prix Prince Claus. En 1999, l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau.

Le prix principal, Grand Prix Prince Claus, doté de 100 000 euros est attribué au magazine littéraire sud-africain Chimurenga (« lutte de libération » en langue shona) pour son rôle de « briseur les tabous à travers le continent » et parmi les neuf autres lauréats de prix additionnels (tel Kettly Mars) figurent des artistes d’Afrique, d’Asie centrale, d’Amérique latine, la poétesse sino-tibétaine Tsering Woeser, ou des acteurs socio-culturels comme le Book Café d’Harare (Zimbabwe) ou le Centre palestinien pour la protection de l’architecture traditionnelle (Riwaq).

Les Prix Prince Claus sont décernés chaque année à des personnes, des groupes et des organisations, plus particulièrement en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes, pour leurs « prestations exceptionnelles dans le domaine de la culture et du développement, et pour les effets positifs de leur travail sur leur environnement immédiat et sur la société dans son ensemble ».

. Lire l’article de Bonel Auguste dans Le Nouvelliste.

. Kettly Mars sur le site Île en île

. Entretien exclusif avec Papalagui, le 25/02/10 : « Nous avons besoin d’un changement de mentalité ».

L’écriture jette un pont entre des amitiés déjà établies (Peter Sloterdijk)

Incipit :

« Les livres, observa un jour le poète Jean Paul, sont de longues lettres adressées à des amis ». On ne saurait définir avec plus d’élégance la caractéristique et la fonction de l’humanisme : il est, dans sa quintessence, une télécommunication, une façon de créer des amitiés à distance par l’intermédiaire de l’écriture. Ce que Cicéron a appelé humanitas est l’une des conséquences de l’alphabétisation.

Extrait médian :

Du point de vue érotologique, cette amitié hypothétique entre ceux qui rédigent des livres ou des lettres et ceux qui les reçoivent représente un cas d’amour à distance – tout à fait dans l’esprit de Nietzsche, pour qui l’écriture a le pouvoir de transformer l’amour du prochain – et du proche – en amour pour une vie inconnue, lointaine et future. Non seulement l’écriture jette un pont entre des amitiés déjà établies bien que géographiquement éloignées, mais elle lance une opération vers l’inconnu, actionne la séduction sur le lointain, ce que dans le langage de la magie de la vieille Europe on appelle actio in distans visant à reconnaître l’ami inconnu et à l’inviter à se joindre au cercle. Car le lecteur peut voir dans ces lettres volumineuses un simple carton d’invitation : si leur lecture attire son attention, il prendra la parole dans le cercle des destinataires pour en accuser réception.

Dernières lignes :

Ce qui a en grande partie brisé l’élan du mouvement humaniste, c’est le fait que les livres, déterminants autrefois, ne jouent plus leur rôle de lettres adressées à des amis, ils ne se trouvent plus au chevet des lecteurs ou sur leur table de travail. Ils ont disparu dans l’éternité des archives. Les archivistes descendent de moins en moins consulter les ouvrages paléographiques pour chercher des réponses anciennes à des questions modernes. Il se pourrait que pendant ces recherches dans les caves d’une culture morte, ces lectures oubliées depuis longtemps commencent à trembloter, comme touchées par un éclair ressurgi du lointain. La cave aux archives pourrait-elle se transformer en clairière ? Tous les signes indiquent que ce sont les archives et leur personnel qui ont pris la succession des humanistes. Le petit groupe, toujours intéressé par ces écrits, prend conscience que la vie peut être la réponse sybilline à des questions dont l’origine est oubliée.

Peter Sloterdijk, Règles pour le parc humain, éditions Mille et Une nuits, La petite collection, 2000, 64 p. A lire en ligne sur le site Multitudes.

Glissant, Jaurès, maîtres ès jeunesse, ès sagesse

Édouard Glissant écrivait dans L’intention poétique (1969) :
« Si la solution te paraît difficile, peut-être même impraticable, ne va pas crier tout à trac qu’elle est fausse. Ne te sers pas du réel pour justifier tes manques. Réalise plutôt tes rêves pour mériter ta réalité. ».
Nous le rappelions dans Papalagui (14/08/11).
Ce matin, Libération nous remet en mémoire le « Discours à la jeunesse » de Jean Jaurès, prononcé le 30 juillet 1903 au lycée d’Albi, par ailleurs disponible dans son intégralité dans L’Ours, l’Office universitaire de recherche socialiste. Lire cet extrait :
« Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. »