Au printemps, les hirondelles volent en circonflexe, 俳句 & ^

En rangeant ma bibliothèque, je m’aperçois qu’au printemps les hirondelles volent en circonflexe… Côte-à-côte, les livres de Sôseki, Jules Renard et Bernard Cerquiglini l’attestent avec une certaine légèreté…

Sōseki Natsume (1867-1916) a écrit plus de 2500 haïkus. Parmi les 135 publiés dans ce petit livre Haïkus, traduction et notes d’Élisabeth Suetsugu, illustrés de peintures et calligraphies de l’auteur (Philippe Picquier, 2009), en voici deux de circonstance :

Sur l’aile du vent

Légère et lointaine

L’hirondelle

& :

Si je pouvais être

L’hirondelle

Qui tout entière se donne à ses pensées

Le vol de l’hirondelle évoque un auteur qui n’était pas dénué de pensées… Jules Renard, non pas dans une fable où le renard disputerait à l’oiseau migrateur quelque friandise mais à sa jolie formule : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture », qu’il écrivit dans son Journal 1887-1910, réédité en poche Babel par Actes Sud en 1995.

Et c’est en 1995 que les éditions de Minuit publient ce superbe traité de Bernard Cerquiglini, L’accent du souvenir, tout entier dévolu à l’accent circonflexe, dont on apprend  » : « C’est en 1740 seulement, quand elle publia la troisième édition de son dictionnaire, que l’Académie française introduisit l’accent circonflexe dans l’orthographe du français. Après deux siècles de polémiques, durant lesquels cet accent fut avec constance le champion de l’innovation, du progrès, de la modernité. Et tandis qu’il était, avec une opiniâtreté non moins égale, rejeté et moqué par les tenants de l’orthographe traditionnelle. « 

Au moins, si une hirondelle ne fait pas le printemps, vous reprendrez bien un peu de circonflexe…

Recommandé : Haïkus de Sôseki

Pour faire passer une suspension à un croc de boucher, la posologie recommandée est l’administration de quelques haïkus… Et tout rentre dans l’ordre !

Ce petit livre édité par Picquier, présente une sélection de haïkus parmi les 2 500 que Sôseki (1867-1916) écrivit sous l’ère Meiji. Parmi ceux-ci, le tout premier du recueil :

Mon amour a la couleur de la nuit

Couleur des ténèbres

Que vient visiter la lune

ou celui-là :

Ombre sur l’herbe douce

Le rêve du chien endormi s’élève

Comme une brume légère

C’est un superbe petit ouvrage (dont malheureusement la reliure laisse les pages s’envoler au fil de la lecture) à la traduction assurée par Élisabeth Suetsugu, qui offre pour le prix d’un poche (8 €), de magnifiques reproductions de kakémonos (peintures pendues au mur).

L’occasion de fureter pour dénicher d’autres kakémonos qui bien qu’antérieurs à l’ère Meiji, pourraient sans doute convenir à Sôseki, telle cette Courtisane lisant un livre (artiste Anonyme, vers 1660, Kakémono, encre, couleurs et or sur soie, calligraphie de Moshio :  » Qui êtes-vous galant homme? – Même si cette ébauche imparfaite représente un amant inconnu, les pinceaux espiègles laissent deviner votre visage. « ) :