Hypertextes ? Quid des hyperlecteurs ? Quid des cyberdissidents ?

D’un côté il y a les cyberdissidents, qui risquent la prison….

 » La censure sur internet / Etats contre cyberdissidents « , une enquête du Monde (29 août) nous apprend que les quelque 1,1 milliard d’internautes dans le monde ne sont pas logés à la même enseigne, celle de la liberté. Il n’y a rien d’étonnant à retouver parmi les états censeurs la Chine, Cuba, la Tunisie ou l’Arabie saoudite. Plus sournoise, cette attitude des  » entreprises complices  » (des entreprises américaines de l’Internet complices de censure d’état… en Chine) :

 » Un nouveau pas vient d’être franchi le 24 août, écrit Le Monde : les hébergeurs de blogs chinois, mais aussi Yahoo et Microsoft (MSN) ont signé un  » pacte d’autodiscipline  » à travers lequel ils s’engagent à ne pas diffuser des  » messages illégaux et erronés  » et à  » protéger les intérêts de l’Etat et du public chinois « . Ce  » pacte «   encourage aussi les hébergeurs à identifier les blogueurs.  » 

De l’autre, il y a les hyperlecteurs, qui ne savent où donner du clic…

Il y a presque une décennie, en 1998 exactement, la lecture des hypertextes était jugée « complexe » par les spécialistes… De nouveaux champs et de nouvelles conditions de lecture laissaient apparaître de nouvelles formes d’accès au savoir (Internet et la profusion des textes, les hypertextes et la navigation à l’infini)

Ainsi Robert Caron dans Les Actes de lecture, n° de septembre 1998, revue de l’AFL (Association française pour la lecture) [numéro consultable en ligne] :

 » Plus que jamais, à cause de ces supports [de lecture], le lecteur est livré à lui-même. A cause de la profusion et de la diversité des documents, de la multiplicité des navigations possibles, de l’absence d’auteur identifiable ou de ses intentions clairement affichées et perceptibles, des facilités d’accès et de manipulation, du mélange des genres… le lecteur, qui ne peut plus s’appuyer sur la matérialité de l’objet et que ne guide plus la linéarité des supports traditionnels, doit tenir encore plus ferme la barre de son projet s’il ne veut pas se perdre dans l’offre multiple de documents du fait de son impuissance à gérer la complexité. Les nouveaux supports exigent des lecteurs de très haut niveau capables en permanence de négocier et de construire le sens et la structure.
Et nous ne sommes qu’au tout début de ces nouveaux types d’écrits, de ces nouvelles écritures. « 

Nous ne sommes qu’au tout début… Le Grand Robert de la langue française définit hypertexte et hypermédia, mais pas encore hyperlecteur ou hyperlecture… ni cyberdissident.

On trouve néanmoins dans la documentation « hypertextuelle », cette pépite de Jean Clément, Hypertexte et fiction : la question du lien  » Quant aux hyperlecteurs, ils auraient tort de croire que la lecture de l’hypertexte s’apparente au zapping. « 

Cyberdissidents et hyperlecteurs devraient pouvoir se rencontrés, non ?

Tentative d’épuisement d’un cycliste parisien

Mon premier jour de Vélib’, le vélo parisien en quasi libre-service… 

Des cyclistes dans les rues, sur les pistes, les trottoirs, au passages dits « protégés », des vélos qui grillent les feux, des policiers contrôlent les papiers des bagnoles, pas les papiers des vélos, un touriste italien qui demande (en italien) comment s’appelle l’Arc-de-Triomphe, un taxi agacé des cyclistes qui tournent pas rond place de la Concorde (« C’est normal, ils n’ont pas prévu de rétroviseur »), un amateur de vélo qui cherche à en louer un, « une autre fois », des touristes anglophones qui essaient vainement de prendre un vélo pour rejoindre Beaubourg, une carte bancaire muette, des cyclistes pressés qui traversent comme une fusée la place de l’Alma, les voitures arrêtées aux feux les regardent comme on regarde passer le Tour de France, EPO en -, un couple, l’un qui dit « Tu t’es fait doubler ! », une belle conductrice de 4X4 qui s’excuse de traverser une piste cyclable, un couple qui demande si les vélos sont électriques, une enhardie qui vous apostrophe : « Faut appuyer sur les pédales ! ». 

Belle occasion de se replonger dans Georges Perec, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien (Christian Bourgois éditeur), où l’auteur sis place Saint-Sulpice, dresse l’inventaire de ce qu’il voit, entend, observe, et en fait un livre.

 

Extrait : 

« J’ai revu des autobus , des taxis, des voitures particulières, des cars de touristes , des camions et des camionnettes , des vélos, des vélomoteurs , des vespas, des motos , un triporteur des postes , une moto-école, une auto-école, des élégantes , des vieux beaux, des vieux couples, des bandes d’enfants, des gens à sacs, à sacoches, à valises, à chiens , à pipes , à parapluies , à bedaines , des vieilles peaux , des vieux cons , des jeunes cons , des flaneurs, des livreurs, des renfrognés, des discoureurs . »

Retouvailles et petit bonheur d’une capitale circulante. Comme si tout circulait, les vélos, l’air, les mots, tout en libre-service…

Avec le haïku, le bonheur est dans le style

A l’invitation du dessinateur Kokor (auteur de l’affiche), le 2e salon Estival de Mers-les Bains, en baie de Somme, ce week-end, on pouvait participait à un atelier d’écriture de haïkus…

Pour ceux qui souhaiteraient profiter de leurs vacances à travailler leur style… conseillons l’atelier d’Aleph, « Géographies intérieures », prévu dans la semaine du 18 août sur l’île de Berder, en Bretagne. Le principe : « Faire émerger de ses souvenirs des paysages, des villes, des lieux traversés soit au cours de voyages, soit au cours de sa vie réelle ou imaginaire. Lieux du dehors, lieux du dedans : nous explorerons la notion de déplacement pour cartographier ces territoires qui sont ceux du voyageur confronté en permanence à ce va-et-vient du regard entre réalité du monde et regard intérieur. »

Un va-et-vient qui pourrait prendre la forme de haïkus…

Le Grand Robert le définit ainsi : « Poème classique japonais de trois vers (issu du haïkaï) dont le premier et le troisième sont pentasyllabiques, le deuxième heptasyllabique (5-7-5, soit 17 syllabes). 

Un peu ivre

Le pas léger

Dans le vent du printemps 

est un haïku de Ryökan, cité par Henri Brunel (Les Haïkus, éditions Librio), pour qui « le haïku est un poème très bref qui vise à exprimer l’évanescence des choses ». Les haïkus

On recommandera aussi le livre très stimulant de Philippe Costa, auteur de Petit manuel pour écrire des haïku (Philippe Picquier, 2000), pour qui l’un des modèles est celui de Bashô (1644-1694) :

Vieille mare –

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau.

 Petit manuel pour écrire des haïku et tous types de poésie

On ne saurait trop conseiller d’intégrer les haïkus dans un atelier d’écriture. C’est une forme épurée qui a au minimum le mérite d’enlever du gras à tous les styles…

Exemple, au printemps dernier… Le stage avait lieu près des Champs-Elysées. Après une petite sortie, chacun a rédigé un texte. Forme libre dans un premier temps, qui précédait l’injonction radicale :  » Ecrire « Dans la foule des Champs-Elysées… » sous forme de haïku ! « 

Je vous laisse juge des résultats : 

Françoise :

Aux Champs-Elysées

Bonnet, sweet, jean et baskets

Jeune homme en balade

Jian-Ping :

Tête au vent rêvant

Sans se presser dans Paris

Printemps en chantant

Monique :

Deux hommes, jeunes et grands

Pas léger, Champs-Elysées

Lumière de printemps

Et

Jeunesse et langueur

Bonnet blanc et coupes de glace

Soleil et lumière

Guillaume :

Deux jeunes amis

Avenue pleine de bruits

Cadavres exquis

Astride :

Deux acolytes

Discourent en badaudant

Avec le sourire

Eve :

Glace vanille

Pas léger, sourire charmant

Les Champs, le printemps. 

Bref, avec le haïku, le bonheur est dans le style !

Franska et Baiji, jolis noms si mignons

La plus connue c’était Franska. L’ourse slovène est morte après avoir été percutée par deux voitures, sur une autoroute au sud de Lourdes. Pas de miracle…

Le plus divin, c’était le  » baiji « . Les Chinois du fleuve Yangzi surnommaient ainsi leur dauphin d’eau douce. Des scientifiques de l’Institut de zoologie de Londres ont déclaré son espèce, vieille de vingt millions d’années  » éteinte « . La faute à la pollution du fleuve et de la pêche à l’explosif… Certains le vénéraient, mais cela n’a pas suffit. La dernière espèce de mammifère disparue était le tigre de Tasmanie, dans les années 30…

Exit Franska et Baiji. Exit toute la sauvagerie du monde, à peine contenue dans de si jolis petits noms, si mignons.

Reste Le Monde 2 dont le numéro de cette fin de semaine consacre une enquête à la question :  « A quoi pensent les animaux ? « 

Notre besoin de consolation est impossible a rassasier  Par-delà nature et culture Fables Les Animaux dénaturés

Reste aussi la possibilité de baptiser des petits humains du nom de Franska, Baiji…

Vivement le 15 juillet !

Dans Libération du 13 juillet : Le ministre de l’Indigénisation du Zimbabwe, Paul Mangwana, a menacé hier de retirer leur permis d’exploitation aux firmes opposées à un projet de loi visant à assurer que la majorité des parts des sociétés cotées en Bourse soient entre les mains de Zimbabwéens noirs.

Dans Libération du 14 juillet : Au Congo, les pygmées sont parqués au zoo. Invités au Festival panafricain de musique de Brazzaville (Fespam) un groupe de vingt pygmées a été logé. dans le zoo de la capitale congolaise, «sous le regard des curieux qui viennent les contempler et les filmer», selon l’Observatoire congolais des droits de l’homme. «Ils dorment sous une tente, sur des matelas à même le sol.» Toutes les autres délégations du festival sont logées dans des hôtels. Les pygmées d’Afrique centrale sont souvent considérés comme des «sous-hommes» par les autres habitants de la région. Réunis mi-avril, au Congo, ils avaient dénoncé le «génocide culturel» dont ils s’estiment victimes. (AFP)

Sur le site du Fespam, on lit ce dimanche 15 juillet : « Après une semaine de fête, la cinquième édition du Festival Panafricain de Musique s’est achevée ce samedi 16 juillet (sic) au stade Eboué de Brazzaville. »

Vivement le 15 juillet !

Etre cultivé aujourd’hui (Jacques Lacarrière)

« Or pour moi, la culture, c’est tout ce qui refuse les similitudes, l’immobilisme des racines, les miroirs de la mémoire close, c’est tout de ce qui refuse -ou écarte- ce qui est exactement semblable ou similaire pour rechercher ce qui est différent, ce qui est dissemblable. Etre cultivé aujourd’hui, ce n’est pas lire Tacite ou Homère dans le texte (cela c’est de l’érudition), ce n’est pas non plus connaître par cœur les composantes chimiques du sol de Mars ou de Saturne, c’est tout simplement admettre -jusqu’en sa propre création- la culture des autres; c’est même au besoin se mêler à elle et la mêler en soi. Etre cultivé aujourd’hui c’est porter en soi, à sa mort, des mondes plus nombreux que ceux de sa naissance. Etre cultivé aujourd’hui, c’est être tissé, métissé par la culture des autres. » Citation de Jacques Lacarrière, affichée sous une photo représentant « d’étonnants voyageurs » : Théodore Monod, Anita Conti, Ella Maillart, au fond de la librairie-salon de thé de la Porte Saint-Michel, tenue par Edith Guimard dans la « cité du livre » de Bécherel, entre Rennes et Saint-Malo, en Bretagne.
Bécherel compte 15 librairies pour 660 habitants. Jacques Lacarrière, hélléniste et humaniste sans façons, était passé trois mois avant sa mort dans la librairie, mais il ne se souvenait pas avoir écrit ces mots sur la culture…

Il y a 30 ans mourait Jacques Prévert

 

Il y a 30 ans mourait Jacques Prévert, le 11 avril 1977… Il avait donc 77 ans exactement.

Prévert est l’auteur de cette Chanson des escargots qui vont à l’enterrement d’une feuille morte, publiée dans son premier recueil de poésies, Paroles (Gallimard, 1949). Et cela pourrait suffire à notre bonheur.

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le soir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressucitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voila le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dit
Ça noircit le blanc de l’oeil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent a chanter
A chanter a tue-tête
La vrai chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais la haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

Pour ce 30e anniversaire, France 2 ouvre son antenne à cinq jeunes artistes : Tété, Ridan, Mickey 3D, Emily Loizeau, La Fouine. Chacun lira un poème de Prévert, respectivement Etranges étrangers, Le Cancre, Déjeuner en famille, Pour faire le portrait d’un oiseau, Le Temps perdu. Ces programmes courts proposés par Sylvie Faiderbe, réalisés par Richard Valverde et mis en images par différents graphistes (Philippe Carluy, Guillaume Ollier, Emmanuel Duchemin, Emmanuel Baume) ponctueront la journée du mercredi 11 avril.

10h45. Ridan lit « Le cancre ».

13h45. Mickey 3D lit « Déjeuner en famille ».

18h45. La Fouine lit « Le temps perdu ». Extrait du recueil Paroles.

20h45. Emily Loizeau lit « Pour faire le protrait d’un oiseau ».

22h40. Tété lit « Etranges etrangers ».

La luciole qui explore la poussière ne saura jamais que le ciel est plein d’étoiles

Dans quelques jours, s’ouvre le salon du livre de Paris. L’Inde est l’invitée d’Honneur. On pensera et on relira peut-être Tagore, prix Nobel de littérature en 1913, auteur, entre autres de Lucioles, où l’on peut lire quelques belles paroles, glanées ici ou là sur la Toile… De quoi aller feuilleter le livre tout entier, publié en français en 1930…

« La luciole qui explore la poussière ne saura jamais que le ciel est plein d’étoiles. »

ou :

 

« – Quel est ton secret ?murmure la brise au lotus.

– C’est moi-même, répond le lotus, dérobe-le et je disparais. »

Aurait-il été Japonais, il eut écrit des haïkus…

Dit à la télé : « On perd moins son temps en lisant un livre… »

« Voilà cette émission est terminée [c’est Franz-Olivier Giesbert qui parle, Chez FOG, sur France 5, le 17 mars 2007]. On se retrouve de plus en plus nombreux merci la semaine prochaine même jour même heure sur France 5, c’est-à-dire le samedi à 19h sur la TNT et le dimanche à 13h30 pour tout le monde sur le réseau hertzien.

En attendant, vous pouvez nous retrouver sur le réseau Internet de France 5 et puis n’oubliez-pas : on perd moins son temps en lisant un livre qu’en regardant la télévision !

A la semaine prochaine avec Alain Delon. »

On appréciera le paradoxe de la formule. On répliquera aussi que tout dépend du livre et que tout dépend de la télé…