Penser le zouk, marqueur d’identité

« Musique la plus récemment créée, donc moderne, le zouk subit les mêmes rejets qu’ont subi en leur temps la musique et la danse traditionnelles, le conte ou la figure du nègre marron », affirme Jean-Georges Chali, maître de conférences en littérature comparée à l’université des Antilles-Guyane pour lancer la première rencontre mensuelle d’une série de conférences pluridisciplinaires sur le thème « Penser le zouk », d’avril à novembre, à l’Atrium de Fort-de-France (Martinique).

Premier rendez-vous ce 9 avril : « La musique créole : un marqueur de l’identité » . A suivre, au rythme d’une conférence par mois : « Zouk et communication » (30 avril), « L’esthétique du zouk », « Le texte du zouk », « La femme et l’homme du zouk », « Ti-bwa, chacha et tanboudibas dans la zoukans ».

Lire l’article de Rodolf Étienne dans France-Antilles (08/04/2010)

À paraître : un essai sur Chamoiseau

Un ouvrage de Dominique Chancé, c’est toujours une chance. Cette universitaire de Bordeaux nous avait déjà beaucoup intéressé avec son remarquable Auteur en souffrance au PUF il y a tout juste dix ans. On attend donc avec impatience mis en vente en mars 2010 ce nouvel essai littéraire annoncé pour ces plus particulièrement consacré au lauréat du Goncourt 1992 pour Texaco, écrivain remarqué de Biblique des derniers gestes (2003) et des Neuf consciences du Malfini (2009).

L’ENS veut « rompre avec la perception postcoloniale de la francophonie »

Pendant la semaine de la francophonie, du 15 au 21 mars, l’École normale supérieure (Paris) s’ouvre à la francophonie, à la francophonie-monde devrait-on écrire, tant la manifestation intitulée sobrement « Semaine de la francophonie », entend se placer dans un « un décentrement salutaire ».
La semaine de cette école d’enseignement supérieure parmi les plus prestigieuses de France prend la posture de « combattre le discrédit majeur dont souffre la francophonie en France », écrivent les membres du bureau de l’association Francophonie-ENS, dont le président est Tristan Leperlier.
« Par son ampleur,  il s’agira sans conteste de la plus grande manifestation de ce type à l’ENS depuis longtemps, et  la plus importante de l’année dans un établissement universitaire parisien. », soulignent ses membres.
Parmi les invités, relevons les noms de Dany Laferrière (le 15 à 19h15), Ana Moï (le 16 à 18h), Kossi Efoui (le 17 à 18h), Michel Le Bris (le 18 à 14h30), Mike Ibrahim (en concert le 18), Hubert Freddy Ndong Beng (le 19 à 19h30), Souleymane Bachir Diagne (le 20 à 17h), Salim Bachi (le 20 à 19h30), Pierre Bergounioux (le 21 à 18h).
À rebours des critiques d’élitisme qui lui sont adressées (lire l’essai de Pierre Veltz, Faut-il sauver les grandes écoles ? De la culture de la sélection à la culture de l’innovation, Paris, Seuil, 2007), l’ENS affiche son ambitieuse intention de… critique de la francophonie.
« Nous voulons rompre avec la perception postcoloniale de la francophonie : un francophone est pour nous quelqu’un « capable de s’exprimer en français », et non simplement un ancien colonisé à qui le Français moyen concède avec plus ou moins de condescendance l’usage d’un bien qui appartiendrait au seul « centre » hexagonal. Le français est une langue mondiale. Avant que d’être français, Proust est un écrivain francophone, et nous espérons que notre public, acceptant ce décentrement salutaire, ne considèrera plus dégradant de se dire tel, à égalité avec 200 milions de personnes dans le monde.

Mais ce sont également les préjugés entourant la francophonie qu’il convient d’attaquer. Les cinq tables rondes interdisciplinaires que nous organisons (linguistique,  littérature,  histoire,  sociologie, géopolitique, philosophie, sciences politiques…) tentent de montrer  la  complexité irréductible de la francophonie. Les détracteurs voisineront avec les promoteurs de la francophonie, afin que chacun prenne conscience qu’elle ne sera que ce que notre génération en fera.

Venez réveiller le francophone en vous. »

Clou de la semaine : le 20 à 20h30 est prévu un match d’improvisation entre l’équipe universitaire royale de Belgique contre les Nimprotequois (Ulm, Sciences-po, Médecine) Réservation obligatoire sur http://www.nimprotequoi.com. Entrée 4 euros.

Sur la Semaine de la francophonie à l’ENS, consulter le Dossier de presse.

Comprendre Haïti en version numérique et gratuite

C’est un livre qui tombe bien : Comprendre Haïti, Essai sur l’État, la nation, la culture. Signé Laënnec Hurbon, il a été publié à Paris par les éditions Karthala en… 1987, mais dont la seconde naissance est datée du 1er mars 2010 à Chicoutimi (Québec).

C’est un livre qui tombe bien, non seulement parce qu’il donne des clés de compréhension à l’heure où la reconstruction du pays est d’actualité mais aussi parce qu’il est disponible depuis ce 1er mars en version numérique, intégrale et gratuite en cliquant ici .

Cet Hurbon n’est pas un Huron : en se connectant à la bibliothèque virtuelle réunie par le sociologue Jean-Marie Tremblay, on découvrira Hurbon parmi 4 112 titres des Classiques des sciences sociales.

On lira donc tout à la fois l’essai de l’anthropologue haitien spécialiste des religions et le catalogue de la bibliothèque virtuelle dont le département « sociétés créoles » est très fourni.

Songeons à l’intéret d’un essai publié au lendemain de la fuite de Baby Doc et de ce qui s’ensuivit, l’éradication des tontons macoutes, autrement dit leur déchouquage, et ce que cela signifie dans sa dimension religieuse, en particulier vodouïsante :

Extrait p. 138 :

« Mais on hésite devant le vodou, car il donne lieu aux attitudes les plus contradictoires : il est appréhendé comme la base, l’allié par excellence de la dictature duvaliériste : plus d’une cinquantaine de prêtres-vodou (ougan et manbo) ont subi le sort du déchouquage réservé aux tonton-macoutes ; des dizaines de personnes déclarées loups-garous ou sorciers ont été
lapidées et tuées en pleine rue. Le même vodou auquel recourait la dictature réapparaît à la source des réactions populaires, au matin du 7 février. C’est qu’il doit représenter pour la société haïtienne la question du Sphynx : Dis-moi ce que tu penses du vodou et je te dirai qui tu es.
Cerner le rôle du vodou dans le contexte du changement politique actuel, caractérisé par la volonté populaire d’instaurer la démocratie dans le pays, c’est éclairer en même temps les rapports du vodou avec le macoutisme, puis avec la sorcellerie. C’est précisément ce double problème qui se trouve enveloppé d’un certain nombre de préjugés, de schémas préétablis dont on peu repérer les traces à travers l’histoire du vodou, ou plus exactement à travers les différentes positions occupées par le vodou dans l’évolution politique du pays. »

Ne le citons pas plus. Quoique l’épigraphe choisie par Laënnec Hurbon place son travail à l’aune des Affres d’un défi, ouvrage célèbre de Frankétienne. Mais je vous laisse le découvrir, puisqu’il suffit de cliquer pour que s’ouvre cette caverne de forte sapience.

Parmi la section contemporaine de la Bibliothèque virtuelle, les sociétés créoles constituent l’un des sept sous-ensembles. Cette collection est dirigée par Jean Benoist, spécialiste d’anthropologie médicale. On consultera donc son livre publié par Ibis rouge, L’Inde dans les arts de la Guadeloupe et de la Martinique aussi bien que le Code noir de 1680… Contacts de civilisations en Martinique et en Guadeloupe, écrit par Michel Leiris en 1955, que le titre du célèbre intellectuel haïtien Jean Price-Mars, Ainsi Parla l’Oncle, publié en 1928.

« À l’heure où les interpénétrations culturelles nées des migrations internationales et de la mondialisation sont souvent désignées comme une « créolisation » de nos sociétés, il est instructif de mieux connaître les sociétés créoles elles-mêmes. », telle est l’humble profession de foi de nos archivistes du savoir.

Quel travail que ce Google québécois des cultures créoles ! Sans pillage mais avec autorisation des auteurs et éditeurs. Admirable.

Aimé Césaire, Une saison en Haïti (Lilian Pestre de Almeida)

« Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois… », parole extraite du Cahier du retour au pays natal.

Chez Mémoire d’encrier (Montréal), cet essai de Lilian Pestre de Almeida, Aimé césaire, Une saison en Haïti, présenté ainsi par l’éditeur :

« Lilian Pestre de Almeida, témoin capital du poète et de son œuvre, relève les traces et influences de la terre haïtienne dans l’ouvre de Césaire, avec cet ouvrage qui met en lumière le poète et sa cosmogonie, cette géographie à la fois intime et rituelle qu’il s’est inventée à partir de son séjour en Haïti. Cet essai de Lilian Pestre de Almeida est hommage à Césaire, à sa passion d’Haïti et de son peuple. »

A signaler également l’essai d’Elvire Maurouard, Aimé Césaire et Haïti, chez Acoria, présenté ainsi par l’éditeur :

« Le séjour haïtien d’Aimé Césaire ne fut pas sans profit pour la littérature. Il a produit des chefs-d’oeuvre qui sont tirés du passé d’Haïti. « Sur l’échiquier politique de Saint-Domingue, c’est Toussaint Louverture qui fut sans conteste le grand joueur. L’Histoire a déjà dégagé l’oeuvre qu’il a accomplie au point que son esprit domine la dernière phase coloniale de l’histoire de ce pays. » Dans Aimé Césaire et Haïti, Elvire Maurouard, revient sur la figure du roi Christophe, vu par le dramaturge, aux prises avec d’autres interprétations, celles de Leconte, Walcott ou Zimmerman. Dans cet essai, l’analyse du roi haïtien se confond avec celle du genre humain. Telle est la démarche d’Elvire Maurouard. »

Lire Conversations sur Haïti avec Christophe Wargny, Le Monde diplomatique, 18/04/08.

 

Haïti : « Que l’écriture continue a nous unir »

« Que l’écriture continue a nous unir l’un l’autre », parole de St Just Louvenson (Haïti) à l’association culturelle Etc Caraïbe (Guadeloupe).

Daniel Vende, directrice, donne des nouvelles des auteurs haïtiens, anciens résidents ou boursiers en écriture :

Guy Régis Junior et Duckens Charitable sont invités fin mars par le Shegall Center de New-York en partenariat avec l’université de New York et Etc. pour des lectures de leurs textes, des rencontres, des débats sur leur écriture.

Evelyne Trouillot et Jean Durosier Desrivières partiront à Prague, au festival « Nous sommes tous africains » où leurs textes seront mis à l’honneur en français mais aussi en tchèque.

Dominique Batraville sera en Martinique à partir du 12 mars pour témoigner, il est invité par différentes structures en partenariat avec Etc.

Vous pouvez encore nous aider :
– Jean Durosier Desrivières et Romily Emanuel St Hilaire partiront en avril pour l’un et en juin pour l’autre en résidence d’écriture à la maison des auteurs de Limoges en partenariat avec Etc. Nous recherchons les moyens de leur financer les bourses d’écriture pour deux mois chacun.

– Jean Joseph et Dovilas Anderson veulent terminer leurs études de philosophie et de linguistique, nous recherchons pour eux des universités d’accueil et les bourses nécessaires. L’ambassade de France en Haïti vient de nous proposer deux bourses d’étude pour l’Uiversité des Antilles-Guyane.

Haïti, mi tchè nou (Marlyne Delin, Martinique)

Tout mo vini two kout …
Tout poézi pwan kouri !
Tout mélodi pèd son yo.
Ayen, Ayen pou eksprimé
La soufrans jodi…
Es bondié viré do?
Pou ki sa zot péyé?
Lè soley ka chofé,
I pa lévé pou brilé’w.

Lè lan mè vin mové,
I pa lévé pou chayé’w.
Lè zéklè ka pété,
I pa vini pou foudwayé’w.
Lè la tè ka tranblé,
I ka tranblé tranblé’y.
Haïti pwan kouraj !
Le mond ka di zot
Pwan lanmen nou fwè nou.
Nou chak la tou piti
Mé ansanm, gadé gwandè nou!
Nou chak la ni dé lanmen,
Mé ansanm gadé lanmen nou ni !
Ou pa rété zyé pou la pléré,
Mi zyé nou ka pléré baw.
Tchè’w ka débodé la penn
Mi tchè nou ka senyen ba’w!

source : Vents d’ailleurs.

Haïtiens, Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde !

A découvrir le blog Regard éloigné, espaces de cultures, anthropologie, avec cette belle citation d’Anabase de Saint-John Perse : « Suiveurs de pistes…de saisons : leveurs de campements dans le petit vent de l’aube… Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde ! »

Mots épars d’un natif de la Guadeloupe qui nous ramène aux voisines traces haïtiennes d’aujourd’hui, qui nous font plonger dans le texte d’origine :

Hommes, gens de poussière et de toutes façons, gens de négoce et de loisir, gens des confins et gens d’ailleurs, ô gens de peu de poids dans la mémoire de ces lieux ; gens des vallées et des plateaux et des plus hautes pentes de ce monde à l’échéance de nos rives ; flaireurs de signes, de semences, et confesseurs de souffles en Ouest ; suiveurs de pistes, de saisons, leveurs de campements dans le petit vent de l’aube ; ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde ; ô chercheurs, ô trouveurs de raisons pour s’en aller ailleurs, vous ne trafiquez pas d’un sel plus fort quand, au matin, dans un présage de royaumes et d’eaux mortes hautement suspendues sur les fumées du monde, les tambours de l’exil éveillent aux frontières l’éternité qui bâille sur les sables. 

Schwarz-Bart, marranes et marrons

Avec André Schwarz-Bart, le miroir Juif / Noir prend des couleurs, « figure de passeur étonnant » pour Kathleen Gyssels, qui organise un séminaire, ouvert au public, à l’université d’Anvers, le 29 avril 2010, sous le titre de « André et Simone Schwarz-Bart, diasporas entretissées et écritures connectées : l’oeuvre romanesque de deux auteurs marranes et marrons ».

A lire sur le site de l’Institut d’études juives de l’université d’Anvers :

Mort en 2006 dans un silence assez troublant, ce « Juif de nulle part » (Kaufmann 2008) demeure toutefois une figure de passeur étonnant : entre-tissant de manière originale, voire ingénue, des liens entre la diaspora juive et diaspora noire, il incarne le «maillon» entre communautés dispersées et minorités opprimées. Avant l’âge des « postcolonial studies », il œuvre non pour le « conflit des mémoires », mais pour les interstices textuels et les interactions entre des communautés réduites en esclavage dans dans systèmes totalitaires et des univers concentrationnaires.

Ce qui m’a touché, dès le début, chez les Antillais, ce qui m’a fait véritablement les regarder comme des frères… c’est le mot ‘esclavage’. (…) Ce mot me touchait en tant que descendant lointain d’un peuple né en esclavage et qui en émergea voici trois mille ans. (Schwarz-Bart, Pourquoi j’ai écrit La Mulâtresse Solitude», Le Figaro littéraire, 26 janvier 1967, pages 1, 8-9). 

En Martinique, les éditions Lafontaine ont 15 ans, Nou ka fété sa !

Les éditions Lafontaine fêtent leurs 15 ans le 3 octobre 2009. Venez tous dès 10 heures à Case-Pilote, en Martinique. Spectacle gratuit de contes et marionnettes. Venez nombreux aux côtés de Jala, c’est notre victoire à tous. Nou ka fété sa !
Le prochain rendez-vous avec le tribunal de commerce concernant le redressement judiciaire, c’est le 24 novembre 2009.  » Mais l’entreprise vivra ! Aucune inquiétude à avoir, car nous savons ce que nous voulons pour nos enfants, nous savons où nous allons.  » peut-on lire dans un communiqué.