Le Petit Chaperon Vert (atelier d’écriture)

Ce petit livre est un sacrément bon petit livre aux dizaines de variations sur le même thème du conte de Perrault. Coordonné par Pierre Jourde, il résulte du travail avec des étudiants de Valence… Chacun de ces étudiants s’est inspiré des Exercices de style de Raymond Queneau, vous savez, cette histoire, dont l’une des versions est :

« Un jour vers midi du côté du parc Monceau sur la plate-forme arrière d’un autobus à peu près complet de la ligne 84, j’aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré d’un galon tressé au lieu de ruban. » Une histoire racontée de 99 façons différentes… 

Donc, si l’on reprend dans l’ordre :

Queneau écrit ses Exercices de style ; Jourde fait travailler ses étudiants qui rédigent 64 façons différentes d’écrire Le Petit Chaperon rouge ; le relais c’est pour mésigue qui s’en empare à son tour, tendance variations intemporelles avec d’autres amateurs d’écriture au long cours… Qui sait ce que d’autres en ont fait, en feront…

La preuve par l’exemple que, Grenelle de l’environnement ou non, les ateliers d’écriture ont du bon. Ainsi ce texte signé Pascale Pibot, Le Petit Chaperon Vert.

 » Une mère et sa fille vivaient dans une maison loin d’obéir aux règles de Haute Qualité Environnementale (HQE). La fille portait régulièrement un foulard vert en coton bio, acheté dans un magasin équitable, d’où son nom : le petit chaperon vert. Un jour, la mère qui faisait exclusivement de la cuisine végétarienne, confia à sa fille le soin de porter à sa grand-mère une galette de farine d’épeautre et un pot de beurre enrichi en oméga 3. Le petit chaperon vert partit à pied, seul moyen de transport véritablement écologique. Même le VTT avait été interdit en forêt, afin de ne pas contribuer à l’érosion des sols.   En chemin, elle rencontre un des derniers survivants des canidés sauvages, figurant à l’annexe I de la Convention de Washington : un loup gris. Depuis la vague d’extinction des ruminants herbivores, contaminés par la pollution au mercure des rivières et des fleuves, le loup peinait à se nourrir. Il était donc affamé. La petite fille, qui avait toujours rêvé de travailler pour la biodiversité, était ravie. Elle joua avec le loup et finit par l’apprivoiser. Le loup, qui avait conservé son instinct de prédateur, décida cependant de ne pas la manger tout de suite quand il comprit qu’il ne pourrait pas échapper aux acteurs de la déforestation qui œuvraient aux alentours. La petite fille continua tranquillement sa randonnée dans le parc régional avant d’atteindre sa destination. Elle put ainsi faire un inventaire de la flore locale, pourtant sérieusement menacée depuis la maladie des abeilles due à un insecticide violent.  Quand elle arriva chez sa grand-mère, elle toqua à la porte en bois labellisé renouvelable. En pénétrant dans la maison, elle fut surprise de trouver sa grand-mère enfouie sous une couette anti-acariens. A cause du réchauffement climatique, la température était en effet très élevée et la climatisation avait été interdite. A la demande de sa grand-mère, elle se coucha auprès d’elle et commença à la détailler : son anatomie la surprit : elle était en effet couverte d’une pilosité noire très abondante. Mais le petit chaperon vert mit cette bizarrerie sur le compte des résidus hormonaux ingérés par sa grand-mère dans son ancien régime à base de viande, heureusement abandonné aujourd’hui. Ce ne fut que quand le loup ouvrit la bouche et lui montra ses grande dents qu’elle comprit. 

Pour une fois, la nature se vengeait de l’homme en faisant disparaître un humain avant qu’il ne se reproduise. Un moyen naturel de lutter contre le problème démographique actuel. « 

Le petit chaperon vert

Certains se souviendront peut-être d’une autre version au titre identique, signée Grégoire Solotareff, Le Petit Chaperon vert, paru à l’Ecole des loisirs en 1989, illustré par Nadia. Ce n’était pas un vert écologique mais un vert de couleur… 

La Bibliothèque nationale de France présente cette variante dans ses dossiers pédagogiques, http://classes.bnf.fr/, à côté d’un Petit Chaperon bleu marine…

 » Cette version [Solotareff, Le petit Chaperon vert] s’ouvre sur une histoire de couleur de capuchon : vert pour l’héroïne, jaune pour sa sœur, bleu pour sa meilleure amie et rouge pour son ennemie détestée  » parce que c’était une menteuse « . Comme sa grand-mère est malade, le petit chaperon vert part lui donner des médicaments et  » des bonnes choses à manger « . Dans la forêt, elle rencontre le petit chaperon rouge qu’elle ne salue pas, qui porte également un panier, puis  » un énorme loup noir «  courant à vive allure sans se préoccuper de la fillette. Celle-ci arrive chez sa grand-mère et lui raconte l’aventure. Sur le chemin du retour, elle retrouve le chaperon rouge, la met en garde contre ce qui peut lui arriver, mais le chaperon rouge ne s’en soucie guère. Cependant, la mère du petit chaperon vert est inquiète et demande à sa fille de raccompagner son ennemie chez elle car  » toi, habillée en vert, avec ton chaperon vert parmi les hautes herbes vertes de la forêt verte, tu ne risques pas grand-chose et c’est d’ailleurs pour ça que je t’habille toujours en vert « . Le chaperon vert s’exécute et croise alors un convoi de chasseurs portant un loup mort, accompagné du chaperon rouge chantant sa mort et sa résurrection… : le chaperon vert et sa mère concluent au mensonge. «  

Les sauces dictionnarisent, les lettrés s’encanaillent

 

C’est comme une bouffée d’air frais sur les mots !

Un Lexik des cités (Fleuve noir) où les mots sont graffés et graffités au beubz par les jumeaux Alhassane et Alhousseynou Sarré. Une véritable fête au tieks d’Evry. Des sauces du nom de Cédric, Cindy, Dalla, Franck, Imane, Kandé, Marcela, Marie Mirline :  » J’espère que les gens apprécieront ce Lexik, écrit dans l’introduction Boudia, qu’ils comprendront que notre langage n’est pas agressif et qu’on peut très bien parler les deux langages, celui des jeunes et celui des livres. « 

Comme leurs auteurs, les mots viennent de partout, de l’Arabie, heureuse ou malheureuse, du verlan, de la mode, de mots en bordel, pour les blédards comme pour les bolos, les bâtards comme les balances portant bishop.

Négro est défini comme  » terme affectueux pour interpeller un ami ou un proche  » :  » Wesh, négro, tu fais quoi aujourd’hui, tu dînes à la maison ?  » alors que les  » renois  » (noirs en verlan) sont appelés aussi  » karlouch « , selon une étymologie arabo-dialectale et… amicale. Et les Antillais… Moikas.

Intérêt du Lexik : un code décodé, hors ghetto.

Dans la préface on peut y lire côte à côte, Alain Rey et Disiz La Peste dans un beau dialogue où l’histoire des mots est vivace. Exemple :

– Quand on dit à quelqu’un t’es grave, dans le sens de t’es lourd… (Disiz La Peste)

– Les Romains auraient compris ! (Alain Rey).

Ou encore (c’est toujours le dictionnariste qui parle) :  » Pour moi, le critère pour qu’un mot intégre le Petit Robert, ce n’est pas qu’il soit employé dans les cités. Ça ne suffit pas. Il faut que ces mots soient sortis des cités et qu’ils soient allés dans les cours de récréation, comme les mots keuf ou keum, par exemple. Et dans les cours de récréation, c’est toutes les classes d ela société qui les emploient. «  

 

Après Erik (toujours avec un  » k  » comme le Lexik !) Orsenna et son succès de librairie, La grammaire est une chanson douce, c’est un autre lettré et autre Goncourt qui va sur les brisées des lexicologues. Patrick Rambaud publie La grammaire en s’amusant  (Grasset). Il établit un dialogue avec un enfant de 7 ans, amateurs d’images mais peu de mots châtiés…

 

En résumé, écrit l’auteur de La Bataille :

. Lire des livres reste la meilleure méthode pour se perfectionner dans l’art d’en parler et d’écrire. [Pour parler des livres que l’on n’a pas lus, cf. Pierre Bayard, Papalagui 5/01/07].

. Le roman est le plus interactif des médias, puisque le lecteur doit accomplir la moitié du chemin : son imagination seule va animer le texte.

. Le roman est par essence multimédia. Avec des mots, il fait surgir des images, des sons, des volumes, des couleurs, des odeurs et des mouvements, des émotions.

. Le village planétaire, où l’électronique nous fait entrer, est un monde de solitude.

Les droits élémentaires de l’écrivant

 

Dans son roman, Comme un roman, (Gallimard, 1992), Daniel Pennac nous prescrivait très justement « les droits imprescriptibles du lecteur » : 

1.  Le droit de ne pas lire.

2.  Le droit de sauter des pages.

3.  Le droit de ne pas finir un livre.

4.  Le droit de relire.

5.  Le droit de lire n’importe quoi.

6.  Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).

7.  Le droit de lire n’importe où.

8. Le droit de grappiller.

9. Le droit de lire à haute voix.

10.  Le droit de nous taire. 

 

Au sortir d’un très bel atelier d’écriture, ce jour même, pourrait-on suggérer

« Les droits élémentaires de l’écrivant » : 

1.  Le droit à l’angoisse de la page blanche.

2. Le droit à prendre la plume.

3.  Le droit d’écrire pour rien.

4.  Le droit d’écrire sous contrainte.

5. Le droit au haïku hapaxique.

6. Le droit d’écrire sous influence.

7. Le droit de raturer avec rage.

8. Le droit d’inventaire imaginaire invétéré.

9. Le droit à l’exercice de style, oulipien ou rien.

10.  Le droit au mot d’enfant.   

« Les droits élémentaires de l’écrivant » ? à ne pas confondre avec  » les droits de l’écrivain « … à ne pas confondre, encore, avec  » l’écrivain à tous les droits « .

L’épicier éthiopien de Washington a-t-il fêté le passage à l’an 2000 ?

On ne sait pas si l’épicier éthiopien, Sepha Stéphanos, résidant à Washington, a fêté le passage à l’an 2000 qui, selon le calendrier en vigueur à Addis-Abéba, était fixé à ce mardi 11 septembre. On ne le sait pas pour la bonne raison que cet épicier est un être de fiction, créé par un auteur de talent qui répond au nom (éthiopien) de Dinaw Mengestu, auteur des Belles choses que porte le ciel (Albin Michel).

Avant le ciel, Dante et les épices, deux ou trois choses à préciser d’emblée :

1. Mengestu n’a rien à voir avec le sinistre Mengistu, colonel dicateur, surnommé le « négus rouge », auteur de la « Terreur rouge » de 1977 à 1991 et des massacres qui s’en sont suivis, demandeur d’asile au Zimbabwe, condamné , en janvier 2007, à la prison à vie pour génocide par la Haute cour fédérale d’Ethiopie. 

2. Mengestu n’a rien à voir avec Kenenisa Bekele, champion olympique du 10 000m aux derniers Jeux Olympiques d’Athènes en 2004.

3. Mengestu n’est pas de la famille du roi de rois.

4. Mengestu ne milite pas dans le mouvement rastafari. 

Non Dinaw Mengestu a écrit un seul roman, mais quel roman ! Il a 29 ans, l’élégance tranquille d’un coureur de fond. Il vit à New-York où il profite d’un poste à l’université pour animer des ateliers d’écriture. Des séances de creative writing qu’on devine très efficaces, si l’on en juge par la subtilité avec laquelle Mengestu décrit les sentiments de ses personnages. Ce Mengestu c’est du Stefan Zweig…La pitié dangereuse

Les belles choses que porte le ciel raconte la vie d’un épicier éthiopien à Washington, de son épicerie minable, de ses amis kenyan et congolais, de son quartier qui bouge et devient blanc et cher, de sa relation toute platonique avec Judith, récente propriétaire, blanche, universitaire et critique sur l’histoire américaine (« Elle ne l’a peut-être jamais dit, mais je crois que pour elle une centaine de vers et une poignée de romans sauvaient le pays tout entier », p.214).

Construit en chapitres alternés, le roman est traversé par la figure de Naomi, 9 ans, fille de Judith, Naomi, 11 ans. C’est un grand plaisir de lecteur que de voir évoluer cette relation entre un père de substitution et une petite fille métisse, intelligente et autoritaire, qui aime qu’on lui raconte des histoires.

Les frères Karamazov 

Extrait Les belles choses que porte le ciel, p.143 (Sepha l’épicier fait la lecture des Frères Karamazov à Naomi) :

J’avais davantage de clients, en ce temps-là, et je considérais chaque interruption de lecture comme une attaque contre ma vie privée. Lorsque quelqu’un que je ne connaissais pas entrait dans le magasin, Naomi marquait l’endroit où je m’étais arrêté, pour que je puisse suivre des yeux cette personne dans les rayons. Elle me prenait le livre des mains, posait le doigt exactement sur le mot ou la phrase que je venais de lire et le gardait collé à la page jusqu’à ce que je reprenne. Une fois, j’ai fait attendre plus d’une minute un homme qui s’était présenté au comptoir avec un simple rouleau de papier hygiénique sous le bras, tandis que je finissais de lire une page que je venais juste de commencer. 

Roman de la double culture, entre Amérique et Ethiopie, Les belles choses que porte le ciel, est le roman de la nostalgie dans l’exil. Sepha et ses amis n’en finissent pas de s’intégrer dans cette Amérique qui les acceptent tout juste comme porteurs de valise, réceptionniste ou, au mieux, épicier.

 

Cet aussi un livre à l’humour ravageur, finement dosé, juste pour faire supporter le trop-plein d’émotions. Exemple de cet humour en forme d’aphorisme, p. 51 : « Il y a déjà trop d’heures dans une journée ; s’inquiéter pour l’une d’elles en particulier n’a pas de sens. »

Extrait Les belles choses que porte le ciel, p.16 :

Jusque-là, nous avions réussi à citer plus de trente coups d’Etat différents ayant eu lieu en Afrique. C’est devenu un jeu, entre nous. On cite un dictateur, et puis il faut deviner l’année et le pays. Ça fait plus d’un an qu’on joue à ça. Nous avons étendu notre domaine de jeu et inclus les coups ratés, les rébellions, les insurrections mineures, les chefs de guerillas et les acronymes du plus grand nombre de groupes rebelles qu’on puisse trouver -SPLA, TPLF, LLA, UNITA, tous ceux qui ont pris un fusil au nom de la révolution. Plus on en nomme, plus on en trouve ; les noms, les dates et les annès se multiplient aussi vite qu’on peut les mémoriser, si bien que parfois on se demande, à moitié sérieusement, si nous ne serions pas plus ou moins responsables de cet état de fait.

Le titre du roman est emprunté à Dante, l‘Enfer :

Par un perthuis rond je vis apparaître

Les belles choses que porte le ciel

Nous avançâmes, et une fois encore, vîmes les étoiles.

Un livre tombe d’une fenêtre…

Après son Bicentenaire, finaliste des prix Renaudot et Femina 2004, Lyonel Trouillot déploie depuis Haïti où il réside, une parabole à la mesure de son talent dans L’amour avant que j’oublie (Actes Sud). Ce tout dernier roman raconte un écrivain dans ses doutes et sa pudeur, aux prises au mentir/vrai de la fiction/réalité, par ailleurs thème des Premières assises du roman, à Lyon, en mai-juin dernier, auxquelles participait Trouillot.

Dans L’amour avant que j’oublie, le héros – nommé « L’Ecrivain » – est le participant à un colloque qui ne trouve pas d’autre moyen pour s’adresser à une inconnue dans l’assistance que lui narrer sa jeunesse et sa formation aux contacts de trois Aînés.

Chacun de ses Aînés dévide à son tour des histoires qui semblent s’échapper d’un quotidien ordinaire. Elles s’en échappent à la manière, pour certaines, de pépites. Comme la figure mythologique d’Isis qui, déployant son écharpe produisait l’arc-en-ciel… 

Ainsi pages 177-178, cet extrait d’anthologie :

 » Un livre tombe d’une fenêtre. L’homme l’ouvre et se met à lire en continuant sa marche. Du livre sort un arc-en-ciel. L’homme s’arrête à la première place publique et s’assied sur un banc pour continuer sa lecture. L’arc-en-ciel grandit. Une femme, sur un autre banc, regarde jouer une petite fille. L’homme pense que l’arc-en-ciel irait bien à la petite fille. A cause des rubans. Il sort son stylo et il ajoute les pages dans lesquelles une petite fille joue sur une place. Il l’appelle et lui tend le livre. La petite fille s’empresse d’aller montrer son cadeau à sa mère.  » Regarde, maman, ce monsieur, là-bas, m’a offert un arc-en-ciel.  » Le soir, pour aider sa fille à faire de beaux rêves, la mère lui lit le livre. Et la petite fille propose d’ajouter une couleur à l’arc-en-ciel, pour faire plaisir à sa maîtresse. « La maîtresse nous dit toujours que ce qu’on écrit c’est pas trop mal, mais il manque toujours un petit quelque chose. » La mère va chercher des crayons, et la mère et la fille ajoutent le petit quelque chose : une couleur. La petite fille est contente. Le lendemain matin, elle offre le livre en cadeau à la maîtresse. La maîtresse estime en effet qu’il manque quelque chose. Non, ce n’est pas une couleur. Voilà, il manque le cours d’eau où l’arc-en-ciel va boire. Et elle ajoute les pages où l’arc-en-ciel se penche sur l’eau et perd son chapeau. Elle ajoute aussi des notes de musique, pour son petit ami qui joue du violon dans un orchestre. Et ainsi de suite.  »

Le mot de l’éditeur :

 » Lyonel Trouillot se livre à une bouleversante méditation sur la nécessité de réconcilier le temps réel de nos vies avec les mots qui s’efforcent de dire les mille images où s’abritent nos déchirures et nos rêves secrets.  » 

Lyonel Trouillot, L’amour avant que j’oublie, Actes Sud.

 Cet extrait situé à la fin d’un roman qui n’est pas à proprement parlé un roman jeunesse rappelle un titre  » à partir de 3 ans « , La plage magique, de Crockett Johnson (1965, rééd. Tourbillon, 2006). C’est l’histoire de deux enfants qui découvrent le pouvoir des mots sur une île enchantée… où les lettres se changent en confiture. Elles pourraient tout autant se métamorphoser en arc-en-ciel. Il vaut mieux ne pas en dire plus. Parcourir ce livre provoque l’effet saisissant du pouvoir tremblant de la littérature.

Tentative d’épuisement d’un cycliste parisien

Mon premier jour de Vélib’, le vélo parisien en quasi libre-service… 

Des cyclistes dans les rues, sur les pistes, les trottoirs, au passages dits « protégés », des vélos qui grillent les feux, des policiers contrôlent les papiers des bagnoles, pas les papiers des vélos, un touriste italien qui demande (en italien) comment s’appelle l’Arc-de-Triomphe, un taxi agacé des cyclistes qui tournent pas rond place de la Concorde (« C’est normal, ils n’ont pas prévu de rétroviseur »), un amateur de vélo qui cherche à en louer un, « une autre fois », des touristes anglophones qui essaient vainement de prendre un vélo pour rejoindre Beaubourg, une carte bancaire muette, des cyclistes pressés qui traversent comme une fusée la place de l’Alma, les voitures arrêtées aux feux les regardent comme on regarde passer le Tour de France, EPO en -, un couple, l’un qui dit « Tu t’es fait doubler ! », une belle conductrice de 4X4 qui s’excuse de traverser une piste cyclable, un couple qui demande si les vélos sont électriques, une enhardie qui vous apostrophe : « Faut appuyer sur les pédales ! ». 

Belle occasion de se replonger dans Georges Perec, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien (Christian Bourgois éditeur), où l’auteur sis place Saint-Sulpice, dresse l’inventaire de ce qu’il voit, entend, observe, et en fait un livre.

 

Extrait : 

« J’ai revu des autobus , des taxis, des voitures particulières, des cars de touristes , des camions et des camionnettes , des vélos, des vélomoteurs , des vespas, des motos , un triporteur des postes , une moto-école, une auto-école, des élégantes , des vieux beaux, des vieux couples, des bandes d’enfants, des gens à sacs, à sacoches, à valises, à chiens , à pipes , à parapluies , à bedaines , des vieilles peaux , des vieux cons , des jeunes cons , des flaneurs, des livreurs, des renfrognés, des discoureurs . »

Retouvailles et petit bonheur d’une capitale circulante. Comme si tout circulait, les vélos, l’air, les mots, tout en libre-service…

Avec le haïku, le bonheur est dans le style

A l’invitation du dessinateur Kokor (auteur de l’affiche), le 2e salon Estival de Mers-les Bains, en baie de Somme, ce week-end, on pouvait participait à un atelier d’écriture de haïkus…

Pour ceux qui souhaiteraient profiter de leurs vacances à travailler leur style… conseillons l’atelier d’Aleph, « Géographies intérieures », prévu dans la semaine du 18 août sur l’île de Berder, en Bretagne. Le principe : « Faire émerger de ses souvenirs des paysages, des villes, des lieux traversés soit au cours de voyages, soit au cours de sa vie réelle ou imaginaire. Lieux du dehors, lieux du dedans : nous explorerons la notion de déplacement pour cartographier ces territoires qui sont ceux du voyageur confronté en permanence à ce va-et-vient du regard entre réalité du monde et regard intérieur. »

Un va-et-vient qui pourrait prendre la forme de haïkus…

Le Grand Robert le définit ainsi : « Poème classique japonais de trois vers (issu du haïkaï) dont le premier et le troisième sont pentasyllabiques, le deuxième heptasyllabique (5-7-5, soit 17 syllabes). 

Un peu ivre

Le pas léger

Dans le vent du printemps 

est un haïku de Ryökan, cité par Henri Brunel (Les Haïkus, éditions Librio), pour qui « le haïku est un poème très bref qui vise à exprimer l’évanescence des choses ». Les haïkus

On recommandera aussi le livre très stimulant de Philippe Costa, auteur de Petit manuel pour écrire des haïku (Philippe Picquier, 2000), pour qui l’un des modèles est celui de Bashô (1644-1694) :

Vieille mare –

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau.

 Petit manuel pour écrire des haïku et tous types de poésie

On ne saurait trop conseiller d’intégrer les haïkus dans un atelier d’écriture. C’est une forme épurée qui a au minimum le mérite d’enlever du gras à tous les styles…

Exemple, au printemps dernier… Le stage avait lieu près des Champs-Elysées. Après une petite sortie, chacun a rédigé un texte. Forme libre dans un premier temps, qui précédait l’injonction radicale :  » Ecrire « Dans la foule des Champs-Elysées… » sous forme de haïku ! « 

Je vous laisse juge des résultats : 

Françoise :

Aux Champs-Elysées

Bonnet, sweet, jean et baskets

Jeune homme en balade

Jian-Ping :

Tête au vent rêvant

Sans se presser dans Paris

Printemps en chantant

Monique :

Deux hommes, jeunes et grands

Pas léger, Champs-Elysées

Lumière de printemps

Et

Jeunesse et langueur

Bonnet blanc et coupes de glace

Soleil et lumière

Guillaume :

Deux jeunes amis

Avenue pleine de bruits

Cadavres exquis

Astride :

Deux acolytes

Discourent en badaudant

Avec le sourire

Eve :

Glace vanille

Pas léger, sourire charmant

Les Champs, le printemps. 

Bref, avec le haïku, le bonheur est dans le style !

2007, le temps du rêve ?

Le nouvel an serait le temps des résolutions, invariablement, pléonastiquement qualifiées de « bonnes ».

Et si c’était le temps du rêve ?

  1. Nager avec un dauphin;
  2. S’hélicopter plus souvent;
  3. Etre upside down; 
  4. Lire un livre par jour;
  5. Les Subsahariens franchissent Gibraltar;
  6. Que l’année soit véritablement polaire;
  7. Une équipe mahoraise gagne la coupe de France de football;
  8. Les Samoans passent le 1er tour de la coupe du monde de rugby;
  9. Le haka est enseigné dans les écoles du 9-3 et des quartiers nord de Marseille;
  10. L’écrivain Alan Duff continue d’alphabétiser les petits Maoris;
  11. Les cent mille manuscrits de Tombouctou sont accessibles;
  12. Samarcande redevient un lieu de rencontre;
  13. Le musée archéologique de Bagdad fait des nocturnes le mardi;
  14. La banlieue est un opéra;
  15. Les ultrapériphériques investissent les centres;
  16. Chacun a son trophée;
  17. Les trois cent mille objets du musée du Quai-Branly s’inscrivent sur les listes électorales;
  18. Don Quichotte gagne l’élection présidentielle;
  19. Un toit pour toi;
  20. Les Aborigènes restaurent le temps du rêve;
  21. Nos enfants s’appellent Ingrid, Guy-André, Jaime ;

Mais que Zazie ne prenne toujours pas le métro.

Bonne année 2007 !