Dix clics pour écrire (n°1 : Choisir une forme)

Bonne année 2009, quatre-vingts ans après Buster Keaton à New-York, posant pour une publicité de la MGM ! Que l’on prendra pour maître ès résolutions (Ça a commencé comme ça.) Avec un souhait : écrire.

Comment déclencher l’écriture ? Pas de recettes ici proposées, mais des clés, des clés pour rouvrir ses rêves, rouvrir la porte de son imaginaire, tout plaisir déployé, accéder à un monde personnel, mais resté enfoui, un monde personnel qui dans les mots d’enfants est à fleur de peau, à fleur d’être.

Le jeudi, ce sera atelier d’écriture pour tout le monde. Un jeu, dis ? Oui, un jeu d’écriture, gratuit, non comptable. Ecrire sans compter… favoriser l’écriture « déclencheuse »… l’écriture qui vient des textes qui nous aident, nous inspirent… des textes déclencheurs d’émotions, et à leur tour déclencheurs d’autres textes.

 » Ça a commencé comme ça. « , lance l’incipit de Céline dans son Voyage au bout de la nuit. L’air de rien, demandons : « Et vous, comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ? » Marie Leprieur nous répond, en atelier d’écriture, tout de go :

Hier c’était le 3 rue de Milan, Rungis ;
Aujourd’hui c’est le 5 avenue Hoche, Paris.
Entre temps une nuit agitée,
un métro ,
une douche,
une orange pressée,
un dîner familial,
une machine à laver
suivi du sèche-linge – l’un ne va pas sans l’autre,
un bus ,
un réveil sur France Info,
un petit coup de blush,
un ciel voilé,
et la découverte de visages inconnus.

Dans un second temps, elle consulte le Catalogue des formes… et choisit une forme, donc une contrainte. Georges Perec, le grand déclencheur, nous l’enseigne : « Au fond, je me donne des règles pour être totalement libre. » En l’occurrence, pour faire simple, des  » rimes en é « .  Et ça change tout ! Donc, pour Marie Leprieur, ça a commencé comme ça :

Se réveiller
Mal réveillée
Se doucher
Mal réveillée
S’habiller
Mal réveillée
Déjeuner
Oh! toujours mal réveillée
Les dents se brosser
Mal réveillée
Se pomponner
Mal réveillée
Se chausser
Mal réveillée
Ton baiser
Ah! là c’est parfait !

Le Catalogue des formes ? On verra plus tard… avec Hubert Haddad, notamment, et de son Nouveau magasin d’écriture. Jeudi prochain, un deuxième clic, un deuxième déclic (il n’y a pas que les Hottentots qui parlent une langue à clics), que nous suggère le tout premier texte de Marie Leprieur : l’inventaire.

Hebdromadaires ? dites-vous…

Ma mère me disait :  » Tu ne seras jamais sérieux.  » J’ai dit :  » Non, jamais.  » Elle disait :  » C’est grave.  » Et elle avait raison. Quand les boueux sont en grève, c’est les orduriers qui protestent. Jamais on n’a pu répondre aux questions des enfants. Pour m’amuser, je pose encore des questions enfantines. La petite guérite ronde, aux carrefours, où un flic dirige (c’est une façon de parler) la circulation, on l’appelle  » cocotte-minute  » parce qu’il y a un poulet dedans et qu’il siffle tout le temps. (Jacques Prévert)

L’exposition Jacques Prévert, Paris la Belle, à l’Hôtel de Ville de Paris est gratuite, ouverte jusqu’au 28 février 2009, mais fermée les dimanches et les jours fériés. Dans ces conditions, les dimanches et les jours fériés, lisons Prévert, version Hebdromadaires, ou non.

Caradec s’est carapaté

 » Il n’y a personne. Il ne se passe rien. « , est le 168e texte de la B.O. (Bibliothèque oulipienne), signé François Caradec, mort jeudi à Paris, à l’âge de 84 ans. François Caradec, est l’auteur de biographies de référence de Lautréamont, d’Alfred Jarry et d’Alphonse Allais, régent du collège de ‘Pataphysique depuis l’origine et membre de l’Oulipo depuis 1983.

Il est le premier bibliographe de Boris Vian. Il a publié des livres sur le Café-concert et ses personnages illustres (Le Pétomane, Jane Avril au Moulin Rouge). Il est l’un des premiers historiens de la bande dessinée (biographie de Christophe et I primi Eroi, première anthologie internationale de la B.D.parue en Italie). S’est intéressé aux Pastiches et aux Mystifications, à l’argot moderne (un dictionnaire régulièrement  mis à jour depuis 1977). Il a publié aussi ce qu’il appelle des  « bandes dessinées en prose » Nous deux mon chien, La Compagnie des Zincs, Le Porc, le coq et le serpent, Catalogue d’autographes rares et curieux… Il a édité plusieurs auteurs oubliés : Franc-Nohain, Mac Nab, Gabriel de Lautrec, Töpffer, Nadar, George Auriol, Albert Humbert et surtout les œuvres complètes d’Alphonse Allais. Participe aux émissions des « Papous » sur France Culture. Dernier livre paru : Histoires pour Camille. Sous presse : Dictionnaire des Gestes, Nouvelles histoires pour Camille. 

Son dernier livre, un roman noir intitulé « Le doigt coupé de la rue du Bison », vient de paraître chez Fayard.

Selon la 4e de couverture :  » Le commissaire Pauquet, dont la devise est « in the pocket », est chargé en haut lieu d’enquêter sur la disparition partielle d’un individu de sexe féminin. Les suspects qu’il est appelé à rencontrer, homme ou femme, aveugle ou clair-voyant, chien ou chien, ont tous dans leur passé quelque chose qui ne passe pas.

L’enquête se retourne alors comme un gant (ou comme une peau de lapin) et mène Pauquet dans une direction qu’il n’avait pas prévue : deux récits se croisaient, il est seul à s’en rendre compte, mais trop tard pour arrêter le train.

Tout ça pour un doigt coupé ramassé rue du Bison. « 

Parmi les réactions :

 » J’étais en train d’écrire le compte-rendu de ce «rompol» quand j’ai appris hier la mort de son auteur. J’avais une tendresse particulière pour François Caradec et cette annonce m’a bouleversée. J’ai écrit pour lui cette petite épitaphe anagrammatique :

Ric rac, sa faconde
Se farcira donc ça ?
Frac noir, cascade,
Son cri, ça cafarde.

(…) « , écrit sur son blog, Elisabeth Chamontin.

Et Camille Bloomfield :

Une somptueuse moustache blanche
Des sourcils épais
Des yeux perçants
Une voix un peu éraillée
Une voix toujours bienveillante
Un humour de zinc
Un amour du zinc
Un savoir parallèle
Une curiosité partagée
Une écriture ronde
Une plume légère

Un homme que l’on n’oublie pas.

François Caradec était un peu notre grand-père à tous.
Nous sommes tristes mais nous savons que là-haut, il a rejoint Allais, Queneau, Arnaud et les autres, et qu’ensemble, au moins, ils doivent bien rigoler.

Merci pour tout, Caradec.

Lignes de fuite écrit : Berlol va encore dire que ce n’est pas le rôle de Lignes de fuite que de centripèter, mais tant pis, cette nouvelle m’attriste …

Perec forever

Jamais publié en livre, mais seulement en revue, L’Enseignement programmé, (en 1968, quelle prémonition !) cet inédit en librairie… où il n’est pas sûr qu’il atteigne son but (l’augmentation), sauf si le but est l’écriture, donc on évoquera à cette occasion l’écriture efficace, un organigramme parodique, une course d’obstables, une contrainte de plus, brillamment réussie, comme d’habitude.

Jacques Prévert : Pater noster (Paroles)

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

 Voir aussi A l’enterrement d’une feuille morte ici

Dix vers cités, dix langues sauvées

  

Les 10 millions de créolophones dans le monde ont sans doute de quoi se réjouir en ce 28 octobre, Journée internationale de la langue et de la culture créole. Les Simon aussi, dont c’est la fête aujourd’hui.

Dans leurs archipels de résistance, les francophones du Pacifique, estimés au nombre d’1 million sur les 200 que compte la planète, peuvent aussi pavoiser : le premier forum francophone du Pacifique a été inauguré ce mardi soir en Nouvelle -Calédonie. Selon l’AFP,   » La Nouvelle -Calédonie  doit être un point de rayonnement pour la francophonie dans cette région du monde », a déclaré Christian Philip, représentant personnel de Nicolas Sarkozy pour la francophonie. Dans cette région à dominante anglosaxone, M. Philip a déclaré :  » la francophonie n’est pas un combat contre l’anglais, mais un combat pour la
diversité linguistique « .

Nonobstant, on apprend que Radio France Internationale (RFI) envisage d’arrêter la diffusion de ses programmes en six langues (allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien), faute d’audience. D’autres langues devraient en revanche être développées, selon le projet de la direction : le français, l’anglais, le  » portugais-brésilien « , l’espagnol, le haoussa (langue officielle au Nigeria, parlée par 50 millions de personnes en Afrique de l’Ouest) et le swahili (langue de 30 à 50 millions de personnes en Tanzanie, Congo, Comores et Mayotte).

On pense à Edouard Glissant qui aime à dire :  » J’écris en présence de toute les langues du monde.  » Dans un entretien accordé à Anne Laffeter des Inrockuptibles, publié ce jour, le poète répond à la question  » L’imprérialisme culturel, notamment celui de la langue, va-t-il perdurer ? « 

Réponse d’Edouard Glissant :

Non. L’hégémonie de l’anglo-américain ne peut se faire qu’au détriment de la langue anglaise en premier lieu. L’anglo-américain est une langue que l’on pourra parler avec entre 500 et 1 000 mots pour gérer les relations internationales, le commerce, les techniques scientifiques, etc.

Or une langue est un corps vivant, qui avance, qui recule, qui a des zones d’ombre, d’hésitation. Je ne crois pas que ce soit une solution viable, pour ce que j’appelle le Tout-Monde, qu’il y ait un usage exclusif d’une langue, puissante dans son étendue, faible dans sa structure. Je crois à l’avenir des petits pays, des lieux qui échappent à la logique infernale des globalisations, qui vivent d’inventions, de ce que vous appelleriez des expédients. Je crois que dans le monde brassé, multiple vers lequel nous allons, les langues vont multiplier leurs possibilités d’existence et de relation.  »

A RFI, langues supprimées, 6 langues  » développées  » ? Le compte y est-il ? Dans le Tout-Monde, des langues qui vivent  » d’expédients « …  Dix vers cités, dix langues sauvées.

Charles Juliet, faim et silence

Au sortir du marché dominical, d’un cabas l’autre, entre tomates et raisin, librairie de L’Atelier, Paris XXe, Ces mots qui nourrissent et qui apaisent (P.O.L), réunis par Charles Juliet dans ce que précise le sous-titre :  » Phrases et textes relayés au cœur de mes lectures « . C’est intéressant parce que ce n’est pas qu’un recueil de citations, classées, façon  » tout sur tout par tous « , mais… l’invitation à un banquet de mots d’esprit, nourritures, phrases et textes  » livrés en désordre (…) répartis à la périphérie d’un cercle dont ils indiquent le centre. Un centre qui est aussi une source et que chacun doit découvrir en lui-même et par lui-même. « 

Au sortir de l’Ecole du service de santé militaire, l’étudiant Juliet fit le point, nous détaille la préface :

 » Quand j’ai découvert l’étendue de mon ignorance et de mon manque de culture, une faim de savoir littéralement dévorante s’est emparée de moi et ne m’a plus lâché. Pris de boulimie, j’ai alors ingéré de nombreux livres. Cependant, la lecture continuait de m’apparaître comme une jouissance défendue, une nourriture qui d’un jour à l’autre pourrait m’être retirée. Il falait que je mette les bouchées doubles et que quelque chose subsiste des livres qui me passaient par les mains. Pour ce faire, j’ai donc pris l’habitude d’en recopier quelques mots, quelques lignes…

(…) Que fait-on de ce qu’on sait ? Que fait-on de ce que la vie dépose en nous au fur et à mesure que passent les années ? Et moi, qu’allais-je faire de ces cahiers ? (…) Je me suis décidé à transmettre – en toute modestie et simplicité – ce que j’ai reçu à profusion, ce que mon travail d’écrivain m’a apporté…  »

Exemple, au hasard, p. 65, cette citation de Chet Baker, relevée par Charles Juliet himself : Jouer, « c’est jouer du silence ».

A noter, dans le recueil de poèmes précédant de Charles Juliet, L’Opulence de la nuit  (P.O.L, 2006), ce goût du mot nourrissant :

Quand j’ai faim tout me nourrit

racontait cette chanteuse

dont le nom m’est inconnu…

et ce dépouillement, tel que relevé par Astrid de Larminat :

Il n’a pas à triturer puis polir les mots

qu’il emploie

Il laisse son silence

les épurer les fertiliser.

 

L’écriture propulsive

Un atelier d’écriture c’est une métamorphose. On y entre pour écrire mieux, autrement. On explore des textes comme les aventuriers des territoires, des mers, des horizons. On ressort comme d’une forêt vierge, fourbus de travail, heureux de slalomer entre les bouts-rimés, de proposer des pastiches, de lire à voix haute un texte de son cru. On n’y croit pas. On s’émerveille pour un rien. On nage dans un petit bonheur.

On examine les phrases dans leurs séquences, leurs entre-deux, comme des montages au sens du cinéma, de la vidéo. Ou des phrases dont un mot, un seul donne toute la vigueur. Un verbe par exemple, qui tend la phrase comme une arbalète. La phrase qui catapulte la lecture, le lecteur. Ou, au contraire, le chicane, le taquine. Ou des phrases dont le seul adjectif décale le propos, le rendant plus grave, ou plus léger.

Un atelier d’écriture nous propulse dans l’écriture facile. Nous propulse.

Internet c’est bon pour le cerveau


Des scientifiques américains ont découvert que les personnes d’âge moyen et plus âgées faisant régulièrement des recherches sur internet stimulaient davantage des centres clé du cerveau contrôlant le processus de décision et de raisonnement complexe, selon une recherche publiée mardi.

Ces observations montrent que les activités consistant à faire des recherches sur internet pourraient contribuer à stimuler les fonctions cérébrales voire à les améliorer, expliquent ces chercheurs de l’Université de Californie à los Angeles dont les travaux paraissent dans la dernière édition de l’American Journal of Geriatric Psychiatry.

Les auteurs de l’étude ont travaillé avec 24 sujets neurologiquement normaux âgés de 55 à 76 ans. La moitié de ce groupe avait de l’expérience dans la recherche sur internet tandis que les autres 50% n’en avaient pas.

(…)

« Notre découverte la plus frappante a été que les sujets faisant des recherches sur internet ont paru mobiliser davantage de circuits neuronaux qui ne sont pas stimuler par la lecture mais seulement chez ceux ayant une expérience de recherche sur internet », souligne le Dr Gary Small, le principal auteur de l’étude et directeur du Centre de recherche sur la mémoire et le vieillissement de l’Université de Californie (UCLA).

« La recherche sur internet stimule des activités complexes du cerveau qui pourraient contribuer à faire travailler le cerveau et à améliorer son fonctionnement », selon ce scientifique.

(Source : AFP 15.10.08)