Au Togo, le mot remue

Tout éberlués, les  » écrivains de la diaspora togolaise « , Sami Tchak et consorts (Edem et Julien, Alem avait décliné l’invitation), ont été reçus sous cette  » étiquette équivoque »  en leur pays d’origine pour une tournée littéraire assez édifiante. Sami la raconte sur le site Togocultures , dont on ne saurait trop recommander la lecture…

Ce texte de l’auteur du Paradis des chiots [Papalagui, 31/08/06 ], prix Ahmadou Kourouma [Papalagui, 6/05/07 ] est en soi une relation de voyage littéraire des plus instructives sur la non rencontre d’un public potentiel, l’utilisation nationaliste de la littérature et les échanges assez improbables a priori avec un authentique lecteur… un ancien Premier ministre… Où il est question de l’oeuvre dans sa structure brisée vs structure linéaire et de sa  » difficulté  » vs  » facilité  » de lecture.

On lira avec curiosité pour ses compléments enrichissants les commentaires sur le blog de Kangni Alem : Polémique à Lomé :  » c’est quoi un écrivain togolais ?  » Un blog à lire véritablement comme une université littéraire permanente.

Jusqu’àlors, ce distinguo entre écrivains du dedans / écrivains du dehors traversait d’autres littératures. On pense bien entendu à Haïti… Les dernières pérégrinations des caravanes littéraires, de leurs usages et de leurs questionnements sont bien la preuve que le mot remue.

 » De l’autre côté « , un film comme un livre

Comme le Petit Poucet semait des cailloux, Fatih Akin sème des livres dans son film De l’autre côté.

Prix du scénario au dernier festival de Cannes, De l’autre côté, raconte les cheminements croisés de six personnages entre l’Allemagne (le réalisateur est né à Hambourg) et la Turquie (il est né de parents turcs).

Au début du film, après un prologue en Turquie, Nejat, l’universitaire, apporte à son père, Ali, un livre dont il ne lui dit rien.  » Tu le liras « , lui dit-il.

Ali propose à une prostituée de  » travailler  » pour lui, chez lui. Elle accepte. Pour deux raisons : elle est menacée par des fondamentalistes turcs et musulmans et elle doit continuer d’envoyer de l’argent à sa fille, Ayten, restée au pays,  » pour qu’elle fasse des études « . Elle ne sait pas qu’elle vient d’arriver à Brême où elle vit. Un plan la montre endormie de fatigue dans l’amphi où Nejat enseigne la littérature allemande.

Une mort plus tard (celle de la prostituée), Nejat se retrouve à Istambul, venu à la recherche d’Ayten.

Il entre dans une librairie allemande à vendre. Le libraire, épaté par son intérêt, lui tient ce discours :  » Ce serait drôle un Turc vivant en Allemagne qui achèterait une librairie allemande en Turquie « . Nejat devient le propriétaire.

Lorsqu’à son tour une jeune Allemande entrera plus tard dans la librairie, avec qu’elle meure… le livre que le nouveau libraire lui conseille est le rapport d’Amnesty international sur la Turquie.

Enfin, après ces deux morts de femmes (une Turque en Allemagne, une Allemande en Turquie), l’une des réconcilations aura lieu dans la librairie, entre la mère (allemande), interprétée par Hannah Schygulla, et l’amie (turque) de sa fille morte, une jeune militante (Nurgül Yesilçay). Elle-même vient de quitter la prison en remettant à l’une de ses co-détenus, un livre.

De l’autre côté, un film comme un livre. Ses personnages vivent sur leur ligne de vie chaotique entre Allemagne et Turquie.Les ellipses et les digressions d’Akim sont très maîtrisées. Leurs points de jonction sont seulement visibles par le spectateur. « J’ai écrit mon film comme on fait un puzzle. J’ajoutais des pièces et gardais celles qui s’emboîtaient bien. » (Fatih Akin, Studio magazine, novembre 2007).

17 octobre 1961

  

Le 17 octobre 1961, la Fédération de France du FLN appelle hommes, femmes et enfants à manifester à Paris, pour protester contre le couvre-feu imposé aux Algériens. La répression, menée par le préfet de police Maurice Papon, sera terrible, avec un bilan de 32 à 285 morts, selon les sources, (3 reconnus à l’époque officiellement), tués par balle ou jetés dans la Seine.

Plusieurs dizaines d’asscciations ont appelé à un rassemblement au pont Saint-Michel à Paris, ce mardi soir pour réclamer : 
 » La reconnaissance officielle du crime commis par l’Etat français les 17 et 18 octobre 1961 ;
la liberté d’accès effective aux archives pour tous, historiens et citoyens ;
le développement de la recherche historique sur ces questions dans un cadre franco-algérien et international.  »

La Corée, une histoire belge en noir et blanc

C’est un roman graphique publié par les éditions Quadrants. Couleur de peau : miel est l’autobiographie d’un scénariste de BD belge né en Corée, adopté à l’âge de 5 ans, abandonné en Asie, retrouvant une famille adoptive et nombreuse en Belgique.

[Ce livre a été adopté en film. Voir Culturebox.]

Cet enfant de la BD franco-belge a choisi de raconter un mot :  » miel « , nom de sa couleur de peau, écrite sur la fiche anthropométrique de son orphelinat coréen, avant adoption. Miel pour ne pas dire jaune, véritable Rosebud de son identité…

Au péril jaune, Jung oppose le péril jeune, celui d’un destin assumé, d’un dessin en traces de lavis noir et blanc.

Dans un entretien à Didier Pasamonik pour le site Univers BD (http://www.actuabd.com/spip.php?article5740), Jung explique : « Cette autobiographie n’est pas un règlement de compte avec ma famille. Mon adoption n’est ni réussie, ni ratée, c’est plus nuancé que ça. Ce livre est pour moi un prétexte pour parler de l’adoption avec toutes les joies ou les tristesses qui l’accompagnent.  (…) J’ai longtemps renié mon pays d’origine. Je changeais de trottoir lorsque je rencontrais un autre adopté qui par ailleurs faisait de même. J’ai vécu cet abandon comme une disgrâce et, à un moment donné, surtout dans la période de l’adolescence, on a besoin de trouver des repères. J’étais Asiatique et un besoin vital de m‘identifier à quelque chose. Tout naturellement, j’ai fait un report d’affectivité sur la culture japonaise. Le Japon était un pays longtemps ennemi et voisin de la Corée. En fait, j’étais un traître et heureux de l’être ! »

La photo :

La planche p. 6 :

 © photo Didier Pasamonik

Jung réussit à nous émouvoir avec le récit de sa vie. Le dessinateur suit ses propres traces :  » dans un style plus jeté, plus spontané. Le dessin est rond, sympathique, afin que le lecteur entre dans mon univers sans trop de difficultés. «  Jung réussit également à nous expliquer pourquoi  » de par son ampleur, l’adoption internationale corréenne est un phénomène unique dans le monde et dans l’histoire. « 

Son style est empreint de cette distance qui permet à l’ironie de rendre sensible une destinée en aller-retour.