Boualem Sansal, prix de la paix de la foire du livre de Francfort

L’écrivain algérien francophone Boualem Sansal a obtenu dimanche le prix de la paix de la foire du livre de Francfort, en Allemagne, selon l’AFP.

M. Sansal, 62 ans, a reçu le prix pour sa critique du régime d’Alger et son lutte pour « la liberté de parole, de culture et de religion » dans son pays, a déclaré le président de la foire, Gottfried Honnefelder.

Dans Le Village de l’Allemand, il compare nazisme et islamisme. Dans son tout dernier roman, Rue Darwin, il évoque son enfance et réactive « les zones sombres de sa mémoire, explique Grégoire Leménager sur Bibliobs, il s’est souvenu d’avoir d’abord grandi dans un étonnant phalanstère régi par une impératrice locale qui, à l’époque coloniale, tirait une partie de sa fortune d’un gigantesque lupanar. Et « ça n’est pas des choses qu’on raconte, évidemment. »

 

La Chronique culture n°4 : le 17 octobre 1961

La chronique n°4 (France Ô, InfoSoir, 18h30, 14/10/11) marque le cinquantenaire du 17 octobre 1961 en cinéma, livres, colloques, etc.

1. En cinéma, le documentaire Ici on noie les Algériens 17 octobre 1961 de Yasmina Adi revient sur la répression sanglante d’une manifestation pacifique d’Algériens à Paris quelques mois avant la fin de la guerre d’Algérie. Il sortira dans une trentaine de salles le 19 octobre.

A signaler la sortie d’Octobre à Paris de Jacques Panijel. Séances.

2. L’édition marque les 50 ans de cette ratonnade à plus d’un titre. Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx, grand polar politique, publié en 1984, Grand Prix de Littérature Policière (1985) fait l’objet par Futuropolis d’une réédition illustrée par Jeanne Puchol (voir son blog BD) :

© Puchol/Daeninckx/Futuropolis/Gallimard

Le 17 octobre des Algériens (La Découverte), de Marcel et Paulette Péju, est un texte inédit qui devait paraître à l’été 1962.

Il est complété par La triple occultation d’un massacre de Gilles Manceron, selon qui « trois facteurs ont contribué à la « dissimulation d’un massacre » : la négation et la dénaturation immédiates des faits de la part de l’État français, prolongées par son désir de le cacher ; la volonté de la gauche institutionnelle que la mémoire de la manifestation de Charonne contre l’OAS en février 1962 recouvre celle de ce drame ; et le souhait des premiers gouvernants de l’Algérie indépendante qu’on ne parle plus d’une mobilisation organisée par des responsables du FLN qui étaient, pour la plupart, devenus des opposants. Trois désirs d’oubli ont convergé. Ils ont additionné leurs effets pour fabriquer ce long silence. »

L’historien Gilles Manceron préface par ailleurs un recueil de textes, circulaires, notes de police, dans Le 17 octobre 1961 par les textes de l’époque, coordonné par l’association « Sortir du colonialisme », postface d’Henri Pouillot, Éd. Les petits matins, 128 p.

Avec La police parisienne et les Algériens (1944-1962) (Nouveau monde éditions), l’universitaire Emmanuel Blanchard remonte à 1944 et au « problème nord-africain », selon la terminologie policière, pour éclairer la répression dirigée par Maurice Papon, à l’époque préfet de police de la Seine (condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité pour son rôle sous l’Occupation, comme secrétaire de la préfecture de Gironde, dans la déportation des Juifs de Bordeaux).

Commémoration de ce cinquantenaire à Nanterre, ce vendredi avec le documentaire de Yasmina Adi en avant-première et un colloque ce samedi 15. Programme sur le site de la ville de Nanterre.

La Ligue des droits de l’homme et l’association Au nom de la mémoire organisent un colloque intitulé « Le 17 octobre 1961 : 50 ans après, la nécessaire reconnaissance » (avec les historiens Emmanuel Blanchard, Jean-Luc Einaudi, Gilles Manceron, Mohammed Harbi, Jim House, Neil MacMaster, Alain Ruscio, etc.), samedi 15 octobre de 13 h à 17 h, Assemblée nationale, salle Victor-Hugo, 101, rue de l’Université, Pari VIIe. Inscription obligatoire.

Voir aussi le site du quotidien L’Humanité.

Médiapart lance un appel pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961

Voir la programmation de France-Culture.

Le Collectif 17 octobre 61 demande « Vérité et justice », c’est-à-dire « que les plus hautes Autorités de la République reconnaissent les massacres commis par la Police Parisienne le 17 octobre 1961 et les jours suivants, comme un crime d’Etat« .

Voir le programme du Maghreb des films (16 au 25 octobre 2011 à Paris).

L’AMAL, Association pour la mémoire algérienne, commémore le 17 octobre à l’esplanade de la Défense, lundi à 17h30.

L’histoire coloniale de la France et de l’Algérie sera marquée ce 17 octobre par une soirée à Paris, autour de Frantz Fanon, mort il y a 50 ans, année de la parution des Damnés de la terre, au Duc des Lombards, un célèbre club de jazz qui recevra le musicien martiniquais Jacques Coursil et le rappeur Rocé, lui-même né à Bab El-Oueb, pour une émission de la radio TSF Jazz à 19h.

3. En musique, parmi l’actualité du festival Banlieues tropicales, dans l’Essonne, signalons le concert du groupe guadeloupéen Soft… une « anomalie » dans le paysage musical antillais, qui se produit ce vendredi 14 à Sainte-Geneviève des bois, et ce samedi 15 à Palaiseau.

Fanon et le Printemps arabe

Quel meilleur moyen de célébrer, de commémorer Les Damnés de la terre de Fanon cinquante ans après sa publication que de le relire à l’aune d’un nouveau syndrome nord-africain : la Révolution — ou au moins une série de révoltes qui continuent à bousculer des régimes à travers l’Afrique du Nord et la région ? se demande Nigel C. Gibson, dans un article en ligne The New North African Syndrome : A Fanonian Commemoration publié dans la Revue de la philosophie française et de la langue française (Vol. 19, N°1, 2011), un numéro qui débute par un article d’hommage à Édouard Glissant, signé John E. Drabinski. Signalé depuis Québec par Schallum Pyè.

Édouard Glissant, Kateb Yacine

« Est-il juste de dire qu’on possède une origine, une pureté de race ? Kateb Yacine fracasse tout cela. Or, Nedjma est probablement le plus grand livre de la révolution algérienne et Yacine avait bien prévu les erreurs de l’ALN quand elle a été au pouvoir. »

« Solitaire et solidaire », Entretien d’Edouard Glissant avec Philippe Artières, Terrain n°41 septembre 2003, Poésie et politique.

« Nous devons être « solitaire et solidaire » », nous rappelait E.G. dans un entretien de mars 2010.

Taubira, Fanon, Glissant, Césaire… 2011, année mémorielle ? année du dépassement ?

La loi Taubira aura dix ans cette année et Frantz Fanon est mort il y a 50 ans. Avec cette conjonction de commémorations, nul doute que le prochain mois de mai sera un carrefour de l’histoire et des mémoires.

L’université de Cergy-Pontoise sera au rendez-vous le 10 mai 2011 de la commémoration des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions avec le Centre de recherche textes et francophonie (CRTF) pour inscrire ce nœud mémoriel au cœur d’une journée intitulée : « Frantz Fanon, figure du dépassement. Regards croisés sur l’esclavage ». Fanon dont il faut rappeler l’affirmation dans Peau noire masques blancs (1952) : « Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères ».
Pour les organisateurs de cette journée universitaire, « Fanon est une figure du dépassement qui a imprimé sa marque dans la réflexion de nombreux chercheurs depuis la diffusion de ses différentes œuvres, entre 1952 et 1961. Sur la question de l’esclavage il a été en rupture par rapport à son contexte et au regard de ses pairs ; il a été et est une figure du dépassement. Le dépassement ne signifie pas oubli et occultation mais positionnement autre. (…) « Regards croisés » sur l’esclavage : pour dessiner un parcours (…) réfléchir à l’intégration distancée de l’esclavage ou du rapport à l’esclavage dans l’émergence d’une « conscience noire », interroger la continuité entre situation d’esclave et situation de domination culturelle, politique.

À noter que ce thème du dépassement a été invoqué notamment dans l’œuvre de Fanon en lien avec « l’antillanité » de Glissant, comme le rappelle Med Médiène dans son blog Fanon, Glissant et les autres, la Négritude dépassée.

Enfin, signalons, le blog intitulé : 2011, année Frantz Fanon, où l’on peut lire cette parole d’Édouard Glissant : « Il est difficile pour un Antillais d’être le frère, l’ami, ou tout simplement le compagnon ou le « compatriote » de Fanon. Parce que de tous les intellectuels antillais francophones il est le seul à être véritablement passé à l’acte, à travers son adhésion à la cause algérienne ; et cela même si, après les épisodes tragiques et concluants de ce qu’on est en droit d’appeler sa passion algérienne, le problème martiniquais (dont en l’occurrence il n’était pas responsable mais qu’il eut sans doute affronté s’il avait vécu) reste entier dans son ambiguïté. » (Le Discours antillais, 1981).

Édouard Glissant, l’Algérie doit lui rendre un grand hommage (El Watan)

« La question coloniale l’a toujours hanté et, dans le sillage de Frantz Fanon, il a toujours été en révolte. Sensibilisé par les actions et les écrits de ce dernier dont il avait lu les ouvrages sur le racisme et le colonialisme français en Algérie, Edouard Glissant s’est engagé dans le combat libérateur. Ainsi, la guerre d’indépendance en Algérie l’a poussé vers les nationalistes algériens dont il devint très proche et dont il a toujours défendu la cause. De ce point de vue, l’Algérie doit lui rendre un grand hommage.
N’oublions pas qu’il a signé en 1960 le Manifeste des 121, ce texte qui dénonçait la répression et la torture et revendiquait le droit à l’insoumission des jeunes appelés français. Edouard Glissant a participé à plusieurs actions de soutien au FLN. Son combat a été aussi, pour beaucoup, celui de la défense de la mémoire et de la souffrance des esclaves. »

Benaouda Lebdaï, El Watan, 12/02/11, « L’inventeur du Tout-monde ».

Essais nucléaires français : 45 morts en 2010, selon l’AVEN

A l’occasion de la célébration du 15ème anniversaire du dernier tir des expérimentations nucléaires françaises, le 27 janvier 1996, l’AVEN dresse un triste bilan de leurs retombées, dans un communiqué signé de son président, Jean-Luc Sans : « Essais nucléaires : 45 morts en 2010, près de 800 nouveaux malades, et aucune indemnisation versée ».
A ce constat enregistré pour l’année 2010 auprès de ses adhérents, l’Association des vétérans des essais nucléiares (AVEN) ajoute les morts de Polynésie et d’Algérie, qu’ils soient d’anciens travailleurs sur site ou population locale.

L’AVEN demande à « À quand un suivi médical indépendant permettant aux vétérans d’accéder au principe de
précaution et d’avoir ainsi l’espoir par un dépistage précoce d’une éventuelle pathologie radioinduite d’anticiper les soins et d’allonger leurs espérances de vie ?
A quand la mise en place de la commission de suivi des conséquences des essais nucléaires inscrite dans le décret d’application de la loi Morin du 5/01/2010 permettant aux vétérans d’accéder à l’évolution de ce texte à minima qui ne tient pas compte du nombre de maladies reconnues radioinduites et réduit les zones de retombées au hasard de découpes arbitraires ?
A quand la décontamination réelle et indépendante et le suivi environnemental des sites d’expérimentations nucléaires permettant aux populations locales une vie sereine ?
45 morts, 800 blessés, combien en faudrait-il encore pour que les vétérans aient une réelle reconnaissance du pays pour service rendu à la nation ?
Tout est promis, rien n’arrive ; sauf la maladie, la souffrance, la déchéance et la mort dans l’oubli. »
Au moment où va s’ouvrir le festival international de la bande dessinée à Angoulême, à lire, la BD « Au nom de la bombe », de Albert Drandov et Franckie Alarcon, chroniquée dans Papalagui, 12/04/10