Haïti : il y a urgence à penser

Entendu lors de la rencontre publique à Paris entre une délégation culturelle du gouvernement haïtien et des acteurs de la culture en France, dans la bouche de Magali Comeau-Denis, conseiller spécial de la ministre de la culture et de la communication :

Si on ne donne pas des livres aux Haïtiens, nous sommes condamnés à recevoir du pain et du riz.

Les banques ont rouvert pour éviter d’être dans la culture de l’humanitaire.

J’ai du mal avec le terme de reconstruction. En botanique, il y a le terme de résilience.

La poésie peut servir à inquiéter.

Dans l’urgence, on n’a pas assez parlé, pas assez pensé. Il y a urgence à penser.

Le tremblement de terre n’a rien inventé, les problèmes ne sont pas nouveaux. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils sont démocratisés. Tout le monde a peur des épidémies, noirs, mulâtres, riches, pauvres.

Nous sommes tous sous les décombres, c’est ça l’esprit de solidarité.

Contre un gel total du marché de l’art haïtien

Un groupe d’artistes et de galéristes haïtiens lance un appel à Irina Bukova, Directrice générale de l’Unesco, pour éviter « un gel total du marché de l’art haïtien ».

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) avait lancé le 29 janvier une campagne pour protéger du pillage le patrimoine mobilier d’Haïti, notamment les collections d’art des musées, galeries et églises endommagés par le séisme du 12 janvier. 

Dans Le Nouvelliste du 16/02/10, des personnalités de la culture, parmi lesquels Lorraine Mangonès de la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), les galéristes Gaël Monnin et Georges Nader Jr. ou le cinéaste Arnold Antonin, entendent mettre en garde l’Unesco :

« Il nous paraît tout d’abord indispensable de dissocier la circulation des oeuvres à caractère patrimonial qui devront être répertoriées – du marché de la création contemporaine qui concerne et fait vivre plusieurs milliers d’artistes dans notre pays.

Nous pensons qu’il faut éviter que ces mesures nécessaires aboutissent à un gel total du marché de l’art haïtien, car les conséquences seraient désastreuses sur une communauté artistique déjà terriblement éprouvée par le séisme. Nous craignons en effet qu’ils ne souffrent d’une mesure trop rigide qui les priverait de toutes ressources, plus vitales encore en ces temps de détresse.

La sortie d’oeuvres contemporaines peut contribuer à leur sauvegarde hors de nos frontières, tout en aidant nos artistes et galeristes à survivre. »

chez Morbraz…

À signaler trois nouvelles critiques en littérature haïtienne chez Morbraz :

De si jolies petites plages de Jean-Claude Charles, Stock (1982)
Romancero aux Étoiles de Jacques Stephen Alexis (Gallimard 1960, puis Gallimard L’Imaginaire n°194, 1988)
Fleurs d’insomnie de Frankétienne 1986 chez Deschamps, puis 2005 Imprimerie Media-Texte, Port au Prince.

La reconstruction d’Haïti coûtera 14 milliards de dollars (BID)

La reconstruction d’Haïti coûtera 14 milliards de dollars, selon une estimation de la BID, Banque intéraméricaine de développement, dont l’étude est consultable dans son intégralité ici.

Ces chiffres, rapportés au nombre d’habitants et à l’économie du pays, feraient du tremblement de terre de janvier la pire catastrophe naturelle des dernières décennies, selon l’organisme : cinq fois plus de morts par millions d’habitants en Haïti que la seconde catastrophe des temps modernes, le tremblement de terre du Nicaragua, en 1972. Le tsunami de 2004 avec sensiblement le même nombre de victimes n’a pas affecté qu’un seul pays, mais douze, selon la BID :

Fais-toi belle, Haïti… (Monique Chénard Lavigne)

Fais-toi belle, Haïti…

Des larmes asséchées tracent un silence de défunt sur tes joues.
Ne laisse jamais ta salive aride avaler ton espérance.
Tes rêves crépitent toujours d’étincelles
au magnétisme de ton corps
Quand tes bras en croix les aimantent au pouls de la vie.
Fais-toi belle, Haïti…

N’attends pas aux lendemains pour renaître.
La mort n’a plus sa place chez toi pour encore te trahir.
L’aurore en deuil à tes genoux, soleil en main,
te fait signe à nouveau.
La grâce à l’instant t’offre le jour, demain est là!
Fais-toi belle, Haïti…

L’artiste sculpte ses plaies aux pastels de son œuvre.
Tes prières sont en édition sur la fresque du dôme céleste.
Ta survivance est marquée du sceau du futur
dans la prospérité et la richesse de ton être.
Ta force est écrite en toi, si unique, si audible, si palpable.
Fais-toi belle, Haïti…

La providence rapiècera les humiliations de ton corps.
Coiffe à nouveau de fleurs magnifiques ta chevelure au matin.
Des couleurs de ton île maquille-toi et
recouvre élégamment ton épaule des fruits de ton labeur.
Dans ta détresse chante à l’Histoire la présence de tes absents.
Fais-toi belle, Haïti…

Sois la plus belle, Haïti…

Monique Chénard Lavigne
Notre-Dame-de-Ham (Québec)
15 février 2010

Haïti c’est pas pareil (foi de Ferrillon)

Les Ferrillons se prennent de passion pour Haïti et ses écrivains. Les 284 habitants de Ferrière-Laçon (mais où est donc Ferrière-Larçon ? se demande-t-on…) vont saluer « Haïti, découvertes d’écrivains » dans leur café-lecture à l’aube du printemps.

« Le pas pareil propose à la nuit tombante quelques livres de peintures, une cuillère à thé de musique et un zeste de voix d’écrivains par des lectures de René Depestre, Franketienne, Lyonel Trouillot, Gary Victor et Dany Laferrière. »

Foi de Ferrillon :

« La littérature d’Haïti est si riche que notre sélection ne sera qu’un petit avant goût, dans l’espoir de découvrir ensemble le bonheur de cette culture colorée, créative, truculente et quelque part obsédante, pas toujours connue à sa juste valeur.
Le café-lecture à l’aube de sa rénovation ne nous permettra pas encore de vous y accueillir. Patience de Ferrillons…
C’est au Petit Théâtre des Balcons, transformé pour l’occasion en café-lecture, dimanche 7 mars à 17h. »