Rien n’est Vrai… mais sa parole demeure

Le poète est mort

Rien n’est Vrai tout est vivant

Sa parole demeure

Edouard Glissant est mort à Paris le 3 février 2011.

Le poète, philosophe et romancier du Tout-Monde, de la Relation et de la créolisation avait intitulé l’une de ses dernières conférences, en 2010, « Rien n’est Vrai, tout est vivant », avec un V majuscule à Vrai, soulignant ainsi l’absolu du concept, mais la relativité du vivant.

« Rien n’est Vrai, tout est vivant ». La formule est belle comme un poème, obscure comme une question philosophique nouvelle ou en gestation, encore inexprimée.

« Je suis tout à fait d’accord que c’est à peu près incompréhensible, disait Glissant, mais c’est à première vue seulement. Il y a là de quoi non seulement constituer l’épine dorsale d’un poème, mais aussi la réflexion d’une philosophie. »

Onze après la mort du penseur martiniquais, le « vivant » n’a jamais été autant en question. Réchauffement climatique, biodiversité en danger, planète malade… l’urgence s’est imposée. Lire en particulier l’essai de Séverine Kodjo-Grandvaux, Devenir vivants, Philippe Rey, 2021.

Glissant notait ce distinguo : « Le vivant est toujours créole, il rejoint sa diversité. Le Vrai hésite au bord des fleuves et des mers, dehors la ligne de ce qui naît. Nous avons tant eu besoin du Vrai quand nous ne savions ni ce qu’est une frontière ni ce que font deux saveurs. »

Dans cette conférence – quelquefois absconse – et les propos qui ont suivi – plus éclairants -, soulignons quelques questions clés.

« Y-a-t-il un Vrai comme absolu que nous devons accepter ? Y-a-t-il un Vrai comme absolu qui nous trompe ? Ces questions qui se posent à propos du « Vrai » majuscule ne se posent pas à propos du vrai (petit v) qui concerne les choses concrètes quotidiennes. »

et plus loin :

« Nous n’avons pas d’angoisse de la connaissance du vivant sauf lorsqu’il s’agit de notre propre corps et que nous nous posons des questions. Mais nous avons une angoisse de la connaissance du Vrai en tant qu’absolu. Car nous nous demandons si ce vrai entant qu’absolu ne nous dirige pas sans que nous le sachions. »

enfin :

« Ma position est que l’Absolu du Vrai est menaçant parce qu’il ne conçoit pas le mélange et que l’absolu du vivant est fantastique parce qu’il ne se conçoit pas sans mélange. »

Intégralité de la conférence « Rien n’est Vrai tout est vivant » et des discussions ici :

Ce dialogue instauré par le poète philosophe entre Vrai et vivant, entre un concept et une notion philosophiques, est traversé par d’autres concepts que l’on trouve développés dans La philosophie de la Relation (mot majuscule), « poésie en étendue », Gallimard, 2009 : pensées archipélique, de l’essai, du tremblement, des frontières, de l’errance, des créolisations, de l’imprévisible, de l’opacité du monde, de la trace…

Dédicace de l’auteur au lecteur

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