« Drive my car » pour survivre à ses morts

Parmi les films qui font le plaisir de Paris au mois d’août, il est un chef d’œuvre, ce film raffiné, Drive my car, du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

L’histoire : Un couple fait l’amour, pris dans la pénombre des seules silhouettes. La femme (Reika Kirishima) raconte une histoire imaginaire à son mari (Hidetoshi Nishjima) pendant l’orgasme. Au petit matin, seul l’homme se souvient de l’histoire. Il la raconte à sa femme qui en fait un scénario.

Plus tard la femme mort subitement.

Deux ans après, on retrouve l’homme, metteur en scène, à Hiroshima pour diriger un atelier sur Oncle Vania de Tchekhov, une pièce sur l’amour, l’ennui, le désarroi existentiel.

Entre les répétitions, M. Kafuku – Kafka n’est pas loin – rentre dans une maison au bord d’un lac à bord de sa voiture conduite par une chauffeure (Toko Miura). Au cours du trajet il écoute la voix de sa femme morte qui a été enregistrée sur une cassette alors qu’elle lisait le texte de Tchekhov.

Au fil des trajets en voiture, l’homme d’âge mûr et la jeune femme vont partager leurs deuils respectifs, des silences vont construire l’habitacle des secrets dévoilés petit à petit…

Le film déploie pendant trois heures un labyrinthe de sentiments, une langue qui en contient dix, dont la langue des signes, du chinois, de l’anglais, de l’indonésien, du tagalog des Philippines, une histoire qui en contient dix, un voyage dans une vieille Saab rouge qui contient dix voyages.

Dans la violence du monde, certains êtres imposent leur douceur car ils savent écouter l’autre et sa peine et partager des deuils. C’est d’ailleurs ce que Ryusuke Hamaguchi a fait peu après le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011 et la catastrophe de Fukushima. Le réalisateur a entrepris alors de collecter les récits des survivants de la région de Tohoku, dans le nord-est de l’île principale de l’archipel japonais.

Ainsi les cinéastes de la mémoire sont, comme certains romanciers, des artistes qui savent écouter les survivants.

Drive my car est un chef d’œuvre pour survivre à ses morts.

Le film est adapté d’un recueil de nouvelles de Haruki Murakami, Des hommes sans femmes, ed. Belfond 10/18, 2018 (trad. Hélène Morita). Ryusuke Hamaguchi s’est inspiré de plusieurs de ces nouvelles dont la première du recueil, qui porte le titre Drive my car, cite Oncle Vania, de Tchekhov (pièce de 1897) : « J’ai quarante-sept ans. Il se peut que je vive jusqu’à soixante. Une éternité ! Comment pourrais-je supporter de vivre ainsi encore treize années ? Que ferais-je ? Comment les occuperais-je chaque jour ? »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s