En 1856, le goût de l’étude chez les chrétiens orientaux

En 1856, Joseph Toussaint Reinaud, (1795-1867) écrit dans De l’état de la littérature chez les populations chrétiennes arabes de la Syrie :

« Le goût de l’étude est devenu général chez les chrétiens orientaux. D’une part, ils ont senti le besoin de s’initier aux langues européennes, afin de profiter des lumières de cet Occident, qui, pendant si longtemps, fut le tributaire de leur patrie ; aussi, il n’est pas rare de rencontrer parmi eux des personnes qui, outre l’arabe, leur langue maternelle, parlent italien, l’anglais, surtout le français, et qui ont acquis des notions plus ou moins profondes dans la littérature représentée par chacune de ces langues. D’un autre côté, par zèle pour un idiome qui est devenu le langage national, ils se sont plongés dans l’étude de l’arabe savant, de l’arabe qui était parlé en Arabie dès avant Mahomet, et qui, a été consacré par le Coran. Ils ne se sont pas arrêtés à la signification courante des mots  ;  ils ont voulu remonter aux origines des choses ; ils ont recherché les proverbes les plus anciens, ceux qui étaient presque aussi anciens que la nation elle-même ; ils ont recueilli les anecdotes qui se rattachent à certaines dénominations encore usitées ; ils ont suivi le développement de la langue, jusqu’au moment où la décadence s’est fait sentir, et où la littérature n’a plus rien produit qui fût propre à satisfaire une curiosité exigeante. »

La totalité est consultable sur le merveilleux site Numelyo de la Bibliothèque municipale de Lyon, dossier thématique « L’orientalisme, une passion du XIXe siècle ».

Les Bêtes du Sud sauvage, un poème américain

Si le cinéma américain était un poème, il ressemblerait aux Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin. Pour son premier long métrage, ce réalisateur trentenaire né à New-York nous plonge dans la vie quotidienne et les rêves de la petite Hushpuppy (remarquable Quvenzhané Wallis), 6 ans, qui vit dans le bayou louisianais avec son père (Dwight Henry). Ici la vie est un bouillon de culture, une utopie que ses habitants ne veulent pas quitter, où les animaux, petits ou grands, et les humains affrontent la même nature. Scènes merveilleuses où Hushpuppy porte à son oreille qui un oiseau qui un crabe pour écouter battre leur cœur…
Et quand la tempête survient, quand son père colérique est touché par la maladie, Hushpuppy partira à la recherche de sa mère disparue il y a longtemps.
De ce bout d’Amérique, séparé de l’autre par une digue immense, on voit (ou on imagine) la fonte des glaces de l’Arctique et le déferlement des aurochs colossaux enfin libérés par la fonte, bêtes mythiques dont Hushpuppy pourrait bien n’être que le petit déjeuner.
Un film à hauteur de gamine, caméra mobile sur monde flottant, où chacun, visible ou non, est une parcelle d’humanité, où tout va bien quand chaque chose est à sa place. Un conte moderne aux accents qui empruntent à Terrence Malick et à son The Tree of Life pour le tremblement, les doutes existentiels, à Lars Von Trier quand la planète Melancholia se dirige vers la Terre…

Anabell Guerrero et Michaël Ferrier, prix Édouard Glissant 2012

(c) Anabell Guerrero

Le 10e prix Édouard Glissant a été décerné conjointement à deux créateurs, la photographe vénézuélienne Anabell Guerrero et l’écrivain français, universitaire japonisant Michaël Ferrier, dont le dernier titre paru est Fukushima, récit d’un désastre (Gallimard). La Bourse Édouard Glissant a été attribuée à Hiroshi Matsui pour son projet de thèse de doctorat « Deux cartographies de la relation (Aimé Césaire, Kateb Yacine, Édouard Glissant)« .

Anabell Guerrero, « renouvelle le regard sur l’exil, les migrations, la vie à la frontière, l’entre-deux-mondes »et Michaël Ferrier, « élabore une pensée originale de la relation entre le Japon et l’Occident », a précisé le jury du Prix, organisé par l’université Paris 8, en partenariat avec l’Institut du Tout-Monde et avec le soutien de La Maison de l’Amérique Latine, et qui sera remis le 11 décembre 2012 à 14h30 à la Maison de l’Amérique Latine, à Paris.

Lire l’entretien d’Anabell Guerrero avec Christian Salmon, octobre 2006.

Visionner la conférence de Michaël Ferrier à l’Institut du Tout-monde, à l’occasion de la parution de son roman Sympathie pour le fantôme, le 29/10/10.

Et sur Papalagui, le 15/11/12.

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