Haïti vue de Tahiti

Les noms d’Haïti et de Tahiti sont souvent confondues par les touristes. Mais, la confusion devrait s’arrêter là. Tahiti est réputé être un paradis. Haïti est un enfer depuis des décennies, avec plusieurs coups d’État, de la corruption à tous les niveaux et maintenant un séisme extrêmement meurtrier chez ce peuple qui compte parmi les plus pauvres de la planète.
Haïti est aussi l’unique pays francophone indépendant des Caraïbes. Le drame de ce bout d’île à deux heures de vol des Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique) et à plus de douze de Tahiti a ému le maire de Papeete. Au point que Michel Buillard “a appelé des amis de la société civile pour constituer un collectif d’aide dénommé Tahiti- Haïti 2010”.

Le maire veut aller plus loin en envoyant des fonds publics. Michel Buillard a annoncé qu’il va demander à son prochain conseil municipal de voter une subvention (montant encore indéterminé) pour aider les victimes en Haïti. Parallèlement, le “collectif Tahiti-Haïti 2010”, constitué dans l’urgence hier matin, juste avant la conférence de presse, va organiser une collecte de fonds dans la ville “pour aider dans la durée les victimes”, précise Michel Buillard. À la tête de ce collectif, la maire a voulu un Antillais, pour le symbole. Il s’agit donc de Marcel Luccin, ancien agent de police à Papeete, chargé de chapeauter cette opération qui doit s’étaler sur plusieurs semaines.
L’idée principale est de placer des urnes un peu partout dans la ville, à la mairie, au marché, à l’hôpital, etc. Restent à anticiper sur deux problèmes susceptibles de nuire à la bonne volonté du “collectif Tahiti-Haïti 2010”.

Premièrement, où iront réellement ces fonds ? En effet, la destination haïtienne n’est pas rassurante. Aussi, le viceprésident du collectif Patrick Bordet a précisé que Michel Buillard va se rapprocher du Quai d’Orsay pour être conseillé sur le destinataire le plus fiable. “Nous agirons en toute transparence”, ont répété plusieurs membres du collectif, pour rassurer la population. Deuxièmement, ces urnes ne risquent-elles pas d’être pillées, en particulier ces temps de crise ?

Le directeur de cabinet adjoint de la mairie de Papeete, Jérôme Charbonnier, se charge d’assurer un système de sécurité des fonds recueillis. Et pour donner de l’élan à cette initiative humanitaire, les évènements sportifs comme des courses à pied ou à vélo (sous la houlette de Patrick Bordet), ainsi qu’un concert devraient être organisés en ville pour inciter la population à financer dans la joie l’aide aux victimes de ce pays francophone, mais indépendant…
François Verprat

Marcel Luccin, président du “collectif Tahiti-Haïti 2010”

“Nous sommes tous frères”

Aux Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique, Dominique, Haïti), les populations noires des différentes îles (initialement occupées par les Amérindiens comme les Arawaks) gardent un sentiment fort d’appartenance aux mêmes origines, qui remontent à l’époque de l’esclavage.

Haïti est devenue indépendante voilà plus de deux siècles. Ainsi, on comprend mieux la réaction du président du “collectif Tahiti Haïti”, Marcel Luccin : “Nous sommes touchés dans notre coeur. Ce sont des frères. Dans mon enfance, j’ai été élevé avec des Dominicains et des jeunes de la Caraïbe. Après, il y a eu les problèmes d’identité, de nationalité. Mais aujourd’hui, quand on voit ce qui se passe, nous partageons le même problème. Ce séisme aurait pu arriver en Martinique. Ça nous est déjà arrivé, mais avec moins de dégâts, parce que c’était beaucoup plus en profondeur. Ce matin, j’ai reçu des nouvelles d’une personne que je connais là-bas. Ils ne sont que blessés. D’autres ont disparus…”

Source : La Dépêche de Tahiti , 15 janvier 2010

 

Un collectif polynésien pour aider Haïti

Le collectif « Tahiti-Haïti 2010 » est né jeudi matin, à l’hôtel de Ville de Papeete, à l’initiative du député maire, Michel Buillard (UMP), rejoint par des personnalités de la société civile ainsi que des représentants des associations antillaises. L’objectif est de collecter des fonds pour les habitants de l’île sinistrée. Concerts et événements sportifs sont envisagés.

« De l’autre côté des deux Amériques, il y a des îliens qui pensent à d’autres îliens » a souligné Louise Peltzer, présidente de l’Université de Polynésie et membre du collectif. Et celle-ci d’ajouter : « nous ne sommes pas à l’abri d’une telle catastrophe ».

« Nous agissons dans l’urgence, mais aussi dans le temps, avec plus tard, une opération de parrainage d’enfants orphelins », a précisé Michel Buillard, au côté duquel siégeaient, jeudi matin, des commerçants ou encore des représentants de l’assemblée de Polynésie.

« On nous dira qu’autour de nous, à Tahiti, il y a aussi des gens dans le malheur, mais il s’agit ici de manifester notre élan de solidarité », a ajouté l’ancien ministre, Patrick Bordet qui, pour récolter des fonds, se propose d’organiser une compétition cycliste. Des concerts et manifestations sportives naîtront également pour mobiliser les citoyens.

Si le président d’honneur du collectif est le député-maire Michel Buillard, la présidence a été confiée à Marcel Luccin, qui gère la communauté antillaise de Polynésie française.

Le bureau directeur affirme qu’il agira en toute transparence quant aux fonds récoltés.

« Nous souhaitons qu’il n’y ait pas de dérive. C’est pourquoi le député maire contactera le Quai d’Orsay afin de savoir vers quel organisme officiel seront reversés les fonds », a précisé Patrick Bordet.

Des urnes seront disposées à l’hôtel de ville de Papeete, mais également dans les grandes surfaces et lieux publics. Par ailleurs, des agents de la municipalité, mais également plusieurs personnalités du collectif, feront du porte à porte auprès des commerçants de la capitale.

Le collectif en appel donc à toute la population et à ses valeurs naturelles de compassion, d’humanité et de générosité pour tendre la main aux survivants de la catastrophe haïtienne.

Pour toute information sur le collectif Tahiti – Haïti, un seul numéro de téléphone: le 79 99 72. Le site Internet de la capitale diffusera prochainement le programme des manifestations.

Par le passé, Papeete s’était mobilisée avec le même élan de solidarité lors du Tsunami de décembre 2004, en Asie du Sud et qui avait fait plus de 280 000 victimes.

CD Tahitipresse, le 14 janvier 2010 à 14:51

Haïtiens, Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde !

A découvrir le blog Regard éloigné, espaces de cultures, anthropologie, avec cette belle citation d’Anabase de Saint-John Perse : « Suiveurs de pistes…de saisons : leveurs de campements dans le petit vent de l’aube… Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde ! »

Mots épars d’un natif de la Guadeloupe qui nous ramène aux voisines traces haïtiennes d’aujourd’hui, qui nous font plonger dans le texte d’origine :

Hommes, gens de poussière et de toutes façons, gens de négoce et de loisir, gens des confins et gens d’ailleurs, ô gens de peu de poids dans la mémoire de ces lieux ; gens des vallées et des plateaux et des plus hautes pentes de ce monde à l’échéance de nos rives ; flaireurs de signes, de semences, et confesseurs de souffles en Ouest ; suiveurs de pistes, de saisons, leveurs de campements dans le petit vent de l’aube ; ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde ; ô chercheurs, ô trouveurs de raisons pour s’en aller ailleurs, vous ne trafiquez pas d’un sel plus fort quand, au matin, dans un présage de royaumes et d’eaux mortes hautement suspendues sur les fumées du monde, les tambours de l’exil éveillent aux frontières l’éternité qui bâille sur les sables. 

Haïti, vie et verve

« Si dans l’échelle des valeurs matérielles, Haïti vient bon dernier de toutes les Antilles, dans l’échelle des valeurs spirituelles il détient sans doute la première place. Il est le seul des territoires caraïbes où je ne me sois pas senti déprimé. Le contact d’un peuple en haillons, mais débordant de vie, de verve et de personnalité, m’a procuré une sensation d’allégresse que je n’ai éprouvée nulle part ailleurs. » Daniel Guérin, Les Antilles décolonisées, 1956, rééd. Présence africaine 1986, cité par Alfred Métraux, Haïti, La terre, les hommes et les dieux, Éditions de La Baconnière, Neuchâtel, 1957

Dany Laferrière : le cœur même du peuple haïtien n’a pas été touché

Dany Laferrière est rentré de Port-au-Prince dans la nuit de jeudi à vendredi. Il a raconté le  » discours optimiste des Haïtiens  » dans un entretien à Radio Canada :

Il faut enlever le mot « malédiction », c’est un mot biblique qui n’a pas lieu au XXIe siècle. Il faut dire que la situation haïtienne est tellement désastreuse, qu’une catastrophe peut tourner à la tragédie totale. Mais ce que j’ai vu c’est ce que les Haïtiens font tout de suite après. Les gens ont été obligés de sortir massivement dans les rues parce qu’ils n’avaient chez eux en situation normale qu’une journée de nourriture. (C’est un peuple qui vit au jour le jour.) Etant obligés de sortir dans les rues, et ils l’ont fait de manière organisée et généreuse, ils ont recréé la vie. S’ils avaient eu beaucoup de nourriture ils seraient restés pour se retrouver chez eux et se lamenter et se reprendre, et les rues auraient été vides et on auraient plus l’impression de quelque chose de tragique.

Le cœur même, le centre même, la structure du peuple haïtien n’a pas été touchée parce qu’autant on reprend les mêmes signes à l’étranger, « pays maudit », « pays désespéré » « pays en malédiction », autant en Haïti les gens commencent à inventer un nouveau discours optimiste en disant « nous sommes arrivés si bas que c’est le moment de créer une autre Haïti » puisque même les gens qui habitaient dans des conditions qu’ils pouvaient appeler le « désastre » sur le flanc des montagnes, même les gens qui subissaient l’embouteillage chaque jour disent que c’est le moment de régler cette question, de faire de Port-au-Prince une ville nouvelle et de mettre des usines un peu hors champ c’est-à-dire dans les villes de province. Ils disent : « Quand il y a de la vie quelque part les populations vont y aller et dégageant Port-au-Prince on peut faire quelque chose de neuf. »

Haïti : la mort de Mamadou Bah

Mamadou Bah, ancien porte-parole de la Minustah, est mort dans l’effondrement de l’immeuble de l’Onu à Port-au-Prince. Il était depuis quelques semaines le plus proche collaborateur du numéro de 2 de l’organisation, Luiz Costa da Silva, lui aussi décédé dans le séisme.

« Mamadou Bah avait eu l’idée d’une coopération entre Bibliothèques Sans Frontières et la Minustah », nous raconte Patrick Weil, président de BSF [et co-fondateur de StreetPress, ndlr]. Il nous avait demandé des livres pour permettre l’ouverture d’une bibliothèque pour les adolescents purgeant une peine dans des centres pénitentiaires. »

Mamadou était « féru de littérature et de peinture »: Il croyait au développement par la culture. Juana Brachet, une amie témoigne : « A Port-au-Prince, il avait projet d’ouvrir une galerie, de soutenir des jeunes peintres. Vraiment, ce n’était pas du tout le bureaucrate onusien. Il avait un engagement total. »

En mission à Kinshasa de 2002 à 2006, il avait monté Radio Okapi.

Source : StreetPress.

Dany Laferrière est vivant et il parle de culture

« Quand tout tombe, il reste la culture. Et la culture, c’est la seule chose que Haïti a produite. Ça va rester. Ce n’est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d’avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c’est le peuple. C’est lui qui fait la vie dans la rue, qui crée cette vie. Il ne faut pas se laisser submerger par l’événement. » confie Dany Laferrière à la journlaliste canadienne Chantal Guy.

Dany Laferrière au court de tennis de l’hôtel Karibe, où des matelas ont été sortis en catastrophe dans la première nuit qui a suivi le séisme.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

 

Haïti chérie (Stanley Péan)

N’eut été les événements d’hier en Haïti, je serais à bord du vol Delta Airlines en direction de New York, d’où je devais repartir à 9h00 pour Port-au-Prince. Aucun moyen de rejoindre quiconque dans la capitale haïtienne, mais je sais désormais que le festival Étonnants Voyageurs auquel je devais prendre part à compter de demain…

écrit l’écrivain Stanley Péan, sur son blog après Alain Mabanckou, signalé hier.

Musiciens victimes en Haïti

Parmi les victimes du séisme : Joubert Charles, Ricky Juste et le rappeur Jimmy O, et King Kino, blessé et coincé dans les décombres de son hôtel, selon le journal canadien La Presse.

Rémy Junior Moschino, promoteur montréalais d’origine haïtienne, a confirmé le décès de Joubert Charles, l’un des plus importants promoteurs de musique à Port-au-Prince, par ailleurs manager de la formation konpa kreyol la. Il a péri sous les décombres de sa demeure.

Jean-Raymond Lecompte, que d’aucuns considèrent comme le plus accompli des ingénieurs du son dans la capitale, possédait un studio d’enregistrement où plusieurs artistes ou groupes enregistrent leur « meringue carnavalesque », chanson populaire que l’on crée annuellement pour les célébrations du Mardi Gras – qui devaient normalement se tenir les 14, 15 et 16 février prochains. Ce studio de Jean-Raymond Lecompte n’existe plus. Plusieurs musiciens auraient rendu l’âme sous les décombres de l’édifice. On attend les confirmations.

Selon nos sources, King Kino, chanteur du groupe konpa Phantom, serait pris sous les décombres d’un hôtel et Ricky Juste, ex-batteur du groupe Kadans, aurait succombé au tremblement de terre.

Protégé du célébrissime Wyclef Jean, le rappeur Jimmy O n’est plus.

Haïti, un reportage de Chantal Guy

 Pétionville, Villa Créole, 16h50. Je suis dans ma chambre d’hôtel en train d’écrire mon reportage sur Dany Laferrière, qui nous a fait découvrir la veille « son » Port-au-Prince. Journée magnifique: le soleil brille, les lézards sont paresseux, on entend les bruits de la ville grouillante et soudain… immense secousse. Comme si l’hôtel avait le hoquet. Puis, tout de suite, un tremblement extrêmement puissant et bruyant. Dans ma chambre, plus rien ne tient en place. Le plancher bouge, les miroirs tombent et se brisent, la télé tombe sur mon ordinateur, j’arrive avec peine à faire deux pas pour me rendre à la porte et sortir.

Ainsi débute le reportage de Chantal Guy, journaliste présente en Haïti pour un portrait de Dany Laferrière (sain et sauf), qui a réussi a envoyer son article à son journal, à Montréal, La Presse.

Mabanckou, Black Bazar en Haïti

« Catastrophe naturelle. Injustice de la nature. Séisme aveugle qui vient de s’abattre sur cette terre d’Haiti, ma terre d’adoption, la terre de mes frères, de mes amis les plus chers dont Dany Laferrière, mais aussi Rodney Saint-Eloy, Lyonel Trouillot, Louis-Philippe Dalembert. Tous sont sur place. Nous devrions nous rencontrer ce jeudi pour le festival Etonnants Voyageurs. » 

Ainsi débute le nouveau blog d’Alain Mabanckou, Black Bazar, en grande affection de ses amis écrivains d’Haïti dont Dany Laferrière et de son roman L’énigme du retour, dont il salue le « sens prophétique » dans son billet « Haïti, l’énigme du séisme ».