La dame âgée et le jeu de doigts

À Montparnasse, une dame âgée,

Sur le trottoir, fait la causette

À un bébé dans sa poussette

Mains tendues, crochues

Doigts arthritiques mais joueurs

On se souvient de la comptine,

de ce jeu de doigts

comme on dit :

« Petits pouces ont peur du loup

Ils se promènent par-ci,

Ils se promènent par-là.

Hou, hou,

Petits pouces cachez vous vite ! Voici le loup !! »

Amer et amers, fruits de poésie

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage
Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage, 
Et la mer est amère, et l’amour est amer, 
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer, 
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage, 
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer, 
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau, 
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau, 
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux, 
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux, 
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Poème de Pierre de Marbeuf (1596-1645), dédié À Philis, soufflé par Harold Horokx, analysé dans les Études littéraires, à rapprocher de Zweig, amer délice (Papalagui, 14/12/2008) et surtout cet extrait d’un poème de Saint-John Perse, Exil, (Gallimard, 1941) :

Celui qui erre, à la mi-nuit, sur les galeries de pierre pour estimer les titres d’une belle comète ; celui qui veille, entre deux guerres, à la pureté des grandes lentilles de cristal ; celui qui s’est levé avant le jour pour curer les fontaines, et c’est la fin des grandes épidémies [.. .], celui qui peint l’amer au front des plus hauts caps, celui qui marque d’une croix blanche la face des récifs ; celui qui lave d’un lait pauvre les grandes casemates d’ombre au pied des sémaphores, et c’est un lieu de cinéraire et de gravats pour la délectation du sage ; celui qui prend logement, pour la saison des pluies, avec les gens de pilotage et de bornage – chez le gardien d’un temple mort à bout de péninsule (et c’est sur un éperon de pierre gris-bleu, ou sur la haute table de grès rouge) ; celui qu’enchaîne, sur les cartes, la course close des cyclones ; pour qui s’éclairent, aux nuits d’hiver, les grandes pistes sidérales ; ou qui démêle en songe bien d’autres lois de transhumance et de dérivation ; celui qui quête, à bout de sonde, l’argile rouge des grands fonds pour modeler la face de son rêve ; celui qui s’offre, dans les ports à compenser les boussoles pour la marine de plaisance […], celui qui règle, en temps de crise, le gardiennage des hauts paquebots mis sous scellés, à la boucle d’un fleuve couleur d’iode, de purin […], ceux-là sont princes de l’exil et n’ont que faire de mon chant.

Chant poétique qui sert d’appui parmi d’autres à François Bon pour cet Écrire la mer, atelier à la BNF en 2004…

etc.

et notamment : À quoi rêvent les laveuses

Le « ceux qui » de Perse nous renvoie à ces contes palestiniens :

 » Ceux qui n’ont pas d’objet-relique, ceux qui ont perdu la clé de la maison qu’ils avaient attachée autour du cou lors de leur départ forcé, pensant revenir quelques jours plus tard, n’ont plus que des images à transmettre.
Ces images, ils les dessinent avec des mots, des récits, des chansons, de la musique, de la poésie.
Et comme pour ne pas oublier leur lien avec la terre, en bons fils de paysans fidèles à leur héritage, ils cultivent dans les quelques centimètres carrés d’une courette ou d’un bidon d’huile des jardins de rêve, même quand ils ne sont habités que par un pied de vigne ou par une plante grasse.
La Palestine, chacun la porte sur lui, où qu’il aille, et la raconte, la revendique, la rêve, à sa manière  »
Extrait de Contes Populaires de Palestine, Actes Sud, choisis, traduits et racontés par Praline Gay-Para)

Sète et le Printemps arabe de la poésie

أصدقائي الأوفياء..

هزة الرَّسالة أمانة اكم
فافُّو ابورَقهة الطرَّي سجائر كَم المُحرَّمة
ضعوا في جوفها القايلَ السُّداني الممَاَّح و ارموها تحتَ سريرِ اللَّيل
دوَّنوا بنعومةِ كلماتِها دمو عَكم.. و الأتبكو ا كثيرً

Extrait du poème de Khaled Bensalah (Algérie), Une lettre dans une bouteille, publié dans l’anthologie Voix vives de Méditerranée, éd. Bruno Doucey…

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Découvrez Sète à l’écoute de la poésie du Printemps arabe sur Culturebox !

Traduction du poème par Antoine Jockey :

Mes fidèles amis,

Cette lettre vous appartient

Avec son papier fin, roulez vos joints

Rajoutez-y quelques fèves soudanaises salées et jetez-les sous le lit de la nuit

Notez sur leur paroi les chiffres des infidélités et des rendez-vous secrets

Avec la douceur de leurs mots, essuyez vos larmes…

et ne pleurez pas trop (…)

Recommandé : « La maman qui s’absentait »

La maman qui s’absentait, livre album de deux auteurs, Stéphane Martelly à l’écrit, Albin Christen au graphisme, noir et blanc, vernis sur papier chiffon en 24 pages de haute facture. Publié par Vents d’ailleurs.

Un livre sur le lien, parabole de l’attachement maternel empreint de vies antérieures (chez la mère), de questions (chez l’enfant). Se déploie comme une grande exposition de sentiments très forts que le tracé d’Albin Christen, né en Suisse, grave dans des doubles pages en chaud/froid, noir/blanc, lettres en blanc sur fond noir/lettres en noir sur fond blanc…

Stéphane Martelly est née en Haïti, vit à Montréal. Lien, distance, écart, coupure, autant de tracées sous-jacentes comme on le devine dans son titre précédent, en collaboration avec Christine Jeanney, Folie passée à la chaux vive (Publie.net, 2010) : « Une série de toiles d’une très grande force, qui arrive dans votre vie sans prévenir et y reste comme un caillou définitif : Stéphane Martelly peint, mais elle est aussi écrivain, enseigne la littérature créative à l’Université de Montréal et participe à plusieurs groupes de recherche sur la littérature haïtienne. » (François Bon, l’éditeur.)

Lire Jeuness’à pages :  » Martelly ne prend pas les enfants pour des êtres limités, incomplets, elle leur offre un poème, un texte qui fait son chemin petit à petit dans la conscience. Qui résonne aussi singulièrement dans la voix du parent lecteur. »

 

Poésie à Tahiti, en hommage à Jean-Marc Pambrun, avec Césaire et Char

 

 

 

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Présentation de la soirée par Riccardo Pineri :

Dans les jardins du Musée de Tahiti et des îles à Punaauia, aura lieu la Nuit de la poésie le vendredi 13 mai de 16 h à 22H. Cette manifestation se veut d’abord un hommage à la mémoire de Jean-Marc Pambrun, le directeur du Musée de Tahiti et des îles récemment disparu.

Les amis du poète et de l’écrivain, du dramaturge qui a participé depuis les années 70 au renouveau de la création culturelle tahitienne, ont décidé de convier une vingtaine de poètes et de lecteurs de poésie à cet hommage collectif où seront lus des textes en tahitien, en allemand, en italien, en anglais et leur traduction en français. Des jeunes musiciens du Conservatoire de Papeete accompagneront ces lectures où Leopardi, Hölderlin et Rilke, la parole matinale de Sappho et la jeune poésie tahitienne, la vigoureuse poésie d’Aimé Césaire et la « parole en archipel « de René Char,  feront entendre la polyphonie des langues dans la nuit polynésienne pour montrer comment  la poésie traverse les identités culturelles et fait signe vers un espace commun du sens de l’humain.

Jean-Marc Pambrun a partagé les chemins aventureux des jeunes intellectuels de son époque et a mis son talent au service du renouveau de la société polynésienne postcoloniale. Ses engagements politiques ont été  accompagnés, surtout dans les dernières années, par des interrogations sur le  statut de l’intellectuel, sur la création artistique en tant que le lieu où s’élabore et s’éprouve le destin de l’histoire. En ce sens, Jean-Marc Pambrun n’a cessé à la fin de sa vie de prendre ses distances par rapport au militant politique, de revendiquer le statut de celui que Salman Rushdie appelle « l’homme traduit », travaillant à la lisière des cultures, dans la dimension dialogique plutôt que dans la certitude de la fermeture sur soi des mondes.

couverture de l'édition de 2009 du livre de Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun, Les parfums du silence

Jean-Marc Pambrun avait participé pendant quelques années au Salon du livre d’Ouessant et  son livre Les parfums du silence avait été récompensé en 2004 par le « Prix de la fiction ». Ce détour par Ouessant avait été bénéfique, puisqu’il avait remis en cause les positions culturalistes arrêtées, la tendance partagée avec d’autres intellectuels tahitiens de la défense des traditions, nourrie  par le ressentiment  envers la culture occidentale. Le partage d’expérience avec les écrivains antillais, haïtiens ou des rivages de la Méditerranée avaient  approfondi chez Pambrun l’interrogation sur soi, relancé la recherche du sens de l’écriture et du témoignage.

La Nuit de la poésie veut être à la fois un témoignage mémoriel par rapport à l’ami disparu et une confiance renouvelée dans la vie  qu’implique tout acte poétique.

« Ce que je dois à Aimé Césaire » (Jacques Lacarrière, 2004)

Parmi les laudateurs d’Aimé Césaire, disparu il y a trois ans, le 17 avril 2008, le poète Jacques Lacarrière (1925-2005).
Connu pour ses récits de voyage, notamment en Grèce, nous l’avions rencontré chez lui en Bourgogne, village de Sacy, au soir de sa vie, à l’occasion de la publication de son livre d’éloge, « Ce que je dois à Aimé Césaire ».
Jacques Lacarrière était revenu sur sa découverte, en 1947 au Quartier latin de « Cahier d’un retour au pays natal ».

« Etre cultivé aujourd’hui, c’est être tissé, métissé par la culture des autres. », écrivit Jacques Lacarrière, extrait d’une texte affiché dans une librairie de la cité du livre de Bécherel (Papalagui, 10/06/07), et que Chemins faisant, l’association des amis de Jacques Lacarrière, intègre dans un site de référence.