Edmund Hillary est un héros néo-zélandais… (Nicolas Kurtovitch)

Edmund Hillary est un héros néo-zélandais. Ce n’est pas le seul, on devrait citer Ernest Rutherford bien sûr, mais aussi, selon un lecteur du Dominion Post, Marshal Sir Keith Park. Personne ne m’en a jamais parlé, pourtant il fut l’un deux principaux commandants des groupes d’aviation de la Bataille d’Angleterre. Une victoire dans les cieux qui sauva l’Angleterre et par là, permis la victoire contre le nazisme. La guerre toujours… la mémoire collective néozélandaise repose pour beaucoup sur les guerres, guerres mondiales mais aussi guerres entre maori et colons… [lire la suite sur le site de Nicolas Kurtovitch].

A Wellington, tout est paisible (Nicolas Kurtovitch, chronique 6)

Depuis le 18 novembre, on retrouve avec plaisir et amitié Nicolas Kurtovitch pour sa chronique hebdomadaire depuis Wellington (Nouvelle-Zélande). L’écrivain calédonien est en résidence d’écriture au Randell Cottage .

Aujourd’hui dimanche 23 décembre, la ville grouille de monde, les derniers achats de Noël… bien qu’il reste lundi pour les retardataires (mais lundi n’est pas chômé), les magasins ont font le plein, les trottoirs débordent, les cafés aussi à l’heure du repas, et tout est paisible. C’est ce qui me frappe : c’est paisible, pas de bousculade, pas de précipitation, pas de tension. « Alors tout est mort », penseront certains, et bien non, pas du tout, la vie peut aussi être autre chose que de l’agressivité, de la défiance ou « moi d’abord ». La vie de la cité est palpable, on l’entend, on la voit, on l’écoute. Des orchestres prennent place un peu partout, des musiciens de tous âges font la manche, deux jeunes filles tentent du Tchaïkovski avec leurs violons, un peu plus loin, un grand rouquin, pas plus de quinze ans, développe son Dylan puis son Led Zep acoustique ! Il y a même un duo de breakers débarqués de Nouméa, logeant au Backpacker du coin. Ils ont récupéré en deux minutes à la mairie l’autorisation d’aller exercer leur talent dans la rue, et depuis deux jours ils font un tabac, leurs homologues Wellingtoniens les reconnaissent dans la rue. Ils les invitent à venir danser avec eux sur le front de mer, puis leur payent la soirée quand ils n’ont pas eu le temps de glisser le billet dans le chapeau pendant l’une de leurs représentations quelque part dans Cuba Street. Au supermarché, un guitariste chanteur maori nous gratifie d’une très belle version de … « Whiter shade of pale » ! La ville sera ainsi jusqu’au 26 décembre, « boxing day », tout est fermé ce jour-là, mieux vaut ne pas s’aventurer en ville sous peine de dépression.

Et puis il y a la marche dans le parc avant d’atteindre Tinakori road avant de rejoindre le cottage.

C’est l’heure d’être en chemin / jusque chez moi / un carrefour une rue / que je connais / j’y séjourne / de temps à autre / hélas / j’en perds l’adresse trop souvent / il faut aller / de marches en marches / de nouvelles marches / taillées dans la terre brune / sans pierres ni rondins / celle-ci est battue ferme / après une vingtaine de ces marches / c’est le calme et la beauté / là / offerts / pour rien d’autre / quelques pas / merci aux habitants de Wellington / ils ont su / ne pas signer leur présence / laissant à la montagne / la place en totalité / merci à ces jardiniers / de Wellington / du chemin qu’ils ont tracé / c’est le jour aujourd’hui / d’être esprit et corps / en montagne.

Dans quelques heures / rien ne restera / de ces pas / l’œil en aura fait le tour / l’un après l’autre / des sentiers de terre ou d’herbe / ceux-là s’élèvent depuis le ciment / à l’assaut de la colline / ils osent / ils s’insinuent entre les immenses pins / venus d’Amérique / ils les accompagnent dans leur élan / je suis à la remorque / je suis pas et pas / au plus près de mes nouveaux amis / aujourd’hui est le jour / d’entendre les oiseaux inconnus / dans les hauteurs / trop d’invitations lancées / je ne peux assumer de conquérir le ciel / aujourd’hui est le temps de me trouver / là à aimer marcher pas et pas / dans le silence au cœur de Wellington / et dans d’autres heures / de mon passage rien ne restera / il y aura encore pour moi seul / l’exaltation.

 

Le long de cette pente

après la tourmente

les forestiers ont tout ôté

branches cassées arbustes brisés

Les jambes sont lourdes

à l’assaut du sommet

par l’un des côtés ou droit devant

pourquoi y aller ce matin encore.

 

Djembé congolais à Wellington (Nicolas Kurtovitch, chronique 5)

Depuis le 18 novembre, on retrouve avec plaisir et amitié Nicolas Kurtovitch pour sa chronique hebdomadaire depuis Wellington (Nouvelle-Zélande). L’écrivain calédonien est en résidence d’écriture au Randell Cottage .

 

Dimanche, tout commence à partir de 11 heures du matin. Le « brunch », le « breakfast », la simple tasse de café, ce ne sera pas avant 11 heures, avec un peu de chance. Le café en bas de la rue ce sera 10 heures. Mais à partir de 11h, tout fonctionne à plein régime, dans le commerce s’entend. Les librairies sont ouvertes, les restaurants, les cafés donc, les boutiques spécialisées, vêtements, aménagement, cuisine, équipement, quincailleries, magasins alternatifs, macrobiotiques, disquaires, dont le fameux et très intéressant « New boat », concurrent du « Real Groovy », parfumeries, bijouteries, tout fonctionne, il y a du monde partout, il est maintenant quinze heures, et cette agitation n’est pas uniquement due à la proximité des fêtes, me dit Geoff Cush, avec qui je suis. Il me dit que tout à changer dans les années quatre-vingts. C’est ainsi dans le monde entier me dit-il, sauf en France d’où il arrive après six mois de voyage dans toute l’Europe du nord. Il y a encore beaucoup de « choses amusantes » en France, ils sont « encore dans la nostalgie », ce sont ses propres termes. C’est donc ainsi que les Anglo-saxons voient les Français, sur cette question de l’ouverture des commerces le dimanche. Le débat n’a pas duré à Wellington, tout le monde était d’accord. Ce qui lui semble une évidence, et Geoff n’est pas un suppôt du capitalisme sauvage et triomphant. Non : « réaliste », me dit-il. Le sommes-nous en Nouvelle Calédonie où il est toujours impossible de faire admettre « l’heure d’été », adoptée dans pratiquement le monde entier, même en France, malgré la nostalgie ! Serions-nous à deux cent cinquante mille habitants, plus malins que les six milliards de terriens restants ? Et encore ! Je suis certain que beaucoup de Calédoniens y sont favorables ! Le ratio devient carrément surréaliste. Alors, quid de l’explication ? A propos, en ce moment il fait jour à Wellington jusqu’à vingt heures trente, facile, et nuit à Nouméa dès dix-huit heures trente, devinez où sont les rues les centres ville les plus agréables en fin de journée ? Et ce n’est pas qu’une question de latitude.

Geoff m’a emmené au lancement organisé par une petite maison d’édition de Wellington, Headworx , spécialisée dans la poésie – elle reçoit chaque année un budget suffisant à l’édition d’une demi-douzaine de recueils, et d’une complète.-

HeadworX invites you to their Launch/Xmas Party 2007 (Aujourd’hui trois livres sont présentés) :

Speaking in Tongues de L. E. Scott. A book of all new poems by jazz poet/writer L E Scott. 80 pages.


Dream Boat de Tony Beyer
A must-have selection of Beyer’s poems, from the 1970s to the new millennium. 224 pages.

Private Detective de Mark Pirie
Handprinted book published by Dunedin’s Kilmog Press
A hand-made book published in Kilmog’s new poetry series that includes works by Peter Olds, Stephen Oliver, Bob Orr, and Sandra Bell.

Venue: Wellington Arts Centre, Upstairs, back room, Abel Smith Street (next to Real Groovy)
Time: 3.00-5.30pm
Date: Sunday 16 December 2007
Drinks and book sales from
3.00pm.
Launch speeches and music to follow.
Merry Christmas and a Happy New Year from HeadworX

C’était très sympathique, sans prétention, beaucoup de lectures, courtes, un peu de musique dont trois chants par un artiste congolais avec qui j’ai pu discuter en français. Il s’accompagne seul au « djembé ». Sa musique est d’une grande douceur, il joue de son instrument avec une précision extrême, variant les volumes et les tonalités, ne tombant jamais dans la démonstration ou l’exotisme bon marché.

Demain notre ami Yves Borrini arrive, d’autres arrivées vont se succéder. La première partie de ma résidence se termine, une autre débute. Je ne serai plus seul. L’écriture sera autre. C’est très bien.

« Le soir je lis Tchouang Tseu… » [Nicolas Kurtovitch, chronique 4]

Cette semaine rien de particulier. Le quotidien des plus simples, chaque jour. Celui que tout le monde peut imaginer. En arrière du cottage nous avons la chance d’avoir une colline épargnée par l’immobilier. Pour cela on peut encore faire confiance au « Néo », ils préservent le plus possible des espaces verts autour de chez eux. C’est là que se brise la routine du quotidien. Quelle que soit l’activité, avec le temps il se crée toujours une routine.

A part ces quelques kilomètres parcourus à flanc de colline puis en forêt, il n’y aurait de chronique que de mes activités de la semaine qui se sont résumées à « écrire », un peu de lecture et le plaisir de revoir le match N°4 de la finale NBA 1993. Admirer Michael Jordan m’a une fois encore apporté de la joie, du bonheur, de l’enthousiasme. Woody Allen a plusieurs fois dit et écrit qu’un match de basket-ball au plus haut niveau est une dramatique fantastique. Il était surtout un fan des New-York Knicks, comme Spike Lee. Ces matchs de Michael Jordan emportés dans mes bagages sont davantage qu’une dramatique au sens où Woody Allen l’entendait : il s’agit de créativité, d’inspiration, et d’art. Oui. Sa vie est engagée, le monde, le banal, l’habituel sont abandonnés au vestiaire, c’est le temps de vivre à la frontière, de regarder par delà l’horizon au risque de s’y perdre. Il faut avoir vécues de véritables, d’insupportables défaites, de celles qui vous laisse sur le bord de terrain démunis, désemparé au bord de l’asphyxie, incapable de reconnaître quoi que ce soit, d’entendre qui que ce soit, d’aimer un être aimé, pour comprendre qu’il s’agit bien d’art. Il me reste quelques autres matches, ce sera pour d’autres jours. J’ai aussi une pensée pour cet autre artiste qu’était Drazen Petrovic, parti beaucoup trop tôt sur une route d’Allemagne par un jour de pluie et de vent. Vous voyez cela ne concerne que les connaisseurs, ceux qui se souviennent de la détresse des supporters du Real Madrid lorsqu’ils comprenaient qu’ils ne seraient jamais champions parce que Drazen Petrovic se dressait sur le chemin. Ils l’insultaient le traitant de « hijo de p… » dès qu’il touchait la balle et ridiculisait son adversaire, rien n’y faisait. Ces même madrilènes pleurèrent de joie, l’embrassèrent, le portèrent aux nuex l’année suivante, lorsque jouant cette fois du côté de Madrid, il scora 64 points en finale et leur apporta le trophée avant de s’envoler pour l’Amérique. Affaire de passionnés encore.Une semaine trop intime, sans lecture de journaux ni véritable contact avec l’extérieur, pour qu’une chronique est un sens, un quelconque intérêt. Je crois que cette nuit ce sera le match N°6 de la série contre Cleveland, avec ce pauvre Greg Ehlo, qui ne connu jamais que la défaite contre Michael Jordan, il avait l’impossible tache d’empêcher notre artiste de nous emmener au ciel. Et si Michael Jordan nous y emmenait à chaque fois, c’est certainement parce que la qualité de la défense du désespéré Greg Ehlo, l’obligeait à se surpasser, créant chaque fois de nouvelles trajectoires pour son corps, ses bras, ses mains -là est peut-être l’un des secrets de la réussite de Michael Jordan, des mains surdimensionnées qui lui ont permis des milliers de fois de se jouer des défenses en portant la balle d’une seule main, hors de portée des défenseurs se succédant à ses trousses, lorsqu’il planait au-dessus de notre quotidien.        

Derrière la maison il y a la colline        

la maison est au milieu de la pente        

la journée je marche dans la colline

le soir je lis Tchouang Tseu avant de me coucher.

Nicolas Kurtovitch, chronique (3)

A Wellington il y a plusieurs musées, dont le TE PAPA, qui n’est pas à proprement parler qu’un musée. Il est plus que cela:c’est un lieu d’apprentissages, de rencontres, de réflexion sur le devenir des gens, une leçon d’histoire, de sciences naturelles, de géographie, en pleine ville, sur le front de mer. On y passerait de journées entières, une par étage. J’ai hâte d’y retourner, ce sera pour le mois prochain.

Le PATAKA, un autre centre culturel, en fait un ensemble de différentes galeries sous une même administration, est situé à une demi-heure de Wellington, dans la commune de Porirua. Aujourd’hui est le dernier jour de « kanakart », une manifestation organisée conjointement par la Nouvelle Calédonie et le PATAKA. Cette exposition proposait « Traditional and contemporary indigenous art from New Caledonia » ; nous avons pu la visiter avec le renfort de commentaires et d’explications bienvenues sur les différentes pièces et les objectifs de cette exposition, merci Marianne Tisssandier pour la simplicité et les paroles essentielles. L’ensemble des pièces présentées forment un tout compact disposé à l’intérieur d’un espace de dimension moyenne, on est proche des objets, pas de vitre de séparation ni de « distance de sécurité », nous ne sommes pas, non plus, noyés dans une masse d’objets dont on ne saurait quoi penser, l’impact est immédiat d’autant que les pièces ont été très bien choisies, en petit nombre. Elles suffisent à donner un premier aperçu de la culture patrimoniale kanak. La présence d’œuvres d’art contemporaines, elles aussi choisies parmi le meilleur de ce qui se crée aujourd’hui, permet de réaliser, entre autres, l’importance pour les artistes kanak de s’inscrire dans une relation forte avec leurs anciens. Cette exposition va vraisemblablement être présentée en Nouvelle-Calédonie, Nouméa mais aussi l’intérieur de la Grande Terre et pourquoi pas les Îles. Suggestion : qu’il y ait toujours un guide lorsque les groupes d’élèves se présenteront. Car la compréhension, l’analyse, le commentaire, le regard critique, ça ne s’invente pas et ne s’improvise pas sur le tas ! Il est urgent de développer un véritable esprit critique dans un pays où la tendance, dans les différents domaines artistiques, est de tout mettre sur le même plan par ignorance, par facilité, parce qu’on pense que ce n’est « pas si important que ça », par crainte de froisser, heurter, attrister, ou carrément crainte de se tromper.

Au PATAKA, j’ai raté l’exposition de Michel Tuffery, d’il y a deux semaines. Aujourd’hui, j’ai récupéré la plaquette de présentation, plusieurs de ses peintures placent James Cook dans le monde maori et sous des traits maoris. On m’a dit avoir pensé au « Dieux sont borgnes » en visitant cette exposition. C’est vrai pour l’affiche du spectacle, bien qu’elle ne représentait pas Cook, mais c’est aussi l’ensemble du personnage de James Cook dans cette pièce qui peut avoir laissé l’impression d’un Capitaine momentanément devenu polynésien ! L’artiste, comme quelques autres à travers le monde, dont un de Papouasie-Nouvelle- Guinée qui a exposé au Centre culturel Tjibaou il y a quelques années, a fait un « bœuf » en boîtes de corned beaf de récupération, en fait il en a fait quatre de ces « life-sized bull sculptures ». Alors que la plupart de ses bœufs en boîtes de conserve aplaties, de couleurs multiples et savamment disposées, sont posés les quatre pattes au sol, celui présenté ici, toujours en place alors que l’expo est terminée, a une attitude similaire à celle du taureau que l’on peut voir dans une fresque crétoise, provenant du palais de Cnossos, si je me souviens bien : les deux pattes arrières violemment projetées en l’air, alors que la tête lance furieusement sa paire de cornes vers l’avant et qu’un athlète plane littéralement au-dessus de la bête.

Je me demande si Michel Tuffery a vu des reproductions de ses fresques. J’espère que les enfants d’aujourd’hui ont toujours, en classe, la possibilité d’aller à la rencontre de civilisations merveilleuses, inaccessibles autrement qu’en rêve.

Nicolas Kurtovitch, chronique (2)

Le dimanche, un écrivain calédonien, en résidence en Nouvelle-Zélande, nous livre sa chronique.

Aujourd’hui dimanche 25 Novembre, c’est, à Wellington mais je suppose dans toute la Nouvelle Zélande, la journée consacrée au port d’une petite boucle de tissu blanc, sur soi. Le sens donné à cette boucle est : « Montrez que vous êtes contre la violence envers les femmes ». (Il est entendu qu’il s’agit avant tout de violences physiques.) Certes on peut rétorquer à cette initiative qu’un morceau de tissu blanc affiché au vu et au su de tout le monde n’empêchera pas la violence physique contre les femmes, non, mais tout de même, cette action me semble très utile. Il s’agit d’une prise de position individuelle rendue publique. Elle contraint tous les hommes qui croisent l’affiche annonçant cette journée et proposant le port de ce ruban, à se poser la question : « Et moi, suis-je contre la violence envers les femmes, suis-je prêt à me mobiliser, ne serait-ce qu’une journée, enfin est-ce-que j’exerce une quelconque violence envers les femmes ? » Se poser la question c’est s’obliger à y répondre, ne serait-ce que pour cela, cette initiative vaut le coup.

Depuis vingt ans, un peu plus même, chaque année, un écrivain néo zélandais se rend dans la ville de Menton. Il y reste six mois en résidence, son lieu de travail est la maison où résidait Katherine Mansfield au tout début des années 20 (elle y resta jusqu’à quelques mois avant de mourir en janvier 1923), le nom de la maison est « Villa Isola Bella ». Mardi dernier, le nom de l’écrivain retenu, vainqueur d’une « compétition » assez intense ici, a été annoncé lors d’un pot réunissant bon nombre d’écrivains dont plusieurs anciens résidents de Menton, ainsi que l’Ambassadeur de France, partie prenante dans la « Résidence de Menton ». Adrian Wilkins est l’heureux vainqueur, il partira au mois de mars, il était heureux, sa famille aussi, ému il remercia le principal sponsor, en fait celui qui règle la facture : voyage, indemnité mensuelle qui vient justement d’être doublée par ce tout nouveau sponsor, à savoir la poste de Nouvelle Zélande. Le discours du « postier » m’a beaucoup plu, intense, vif, expressif, il dit les choses importantes, le besoin de créateurs dans son pays, le besoin d’écrivains, d’artistes qui ne se contentent pas de chanter le beau temps et le bonheur d’être Néo Zélandais. Il dit qu’il veut des écrivains levant le voile sur le monde réel, des écrivains qui parlent vrai, avec leur cœur et leur esprit. Plus tard j’ai discuté deux minutes avec cet homme, je lui ai demandé d’envoyer un petit mot à son collègue, patron de la poste en Nouvelle Calédonie, pour l’inciter à prendre le même chemin à la rencontre des écrivains calédoniens. Sera-t-il entendu ? C’est à espérer car Dieu sait que nous avons besoin de soutiens et d’aides concrètes ; l’argent public est seul à pouvoir remplacer le mécénat, des mécènes qui n’ont jamais existé en Nouvelle Calédonie, ils ont raté leur époque, il faut espérer que les pouvoirs publics ne rateront pas la leur, qui est maintenant.

Je repense à Katherine Mansfield, sans pensées particulières, simplement de la sympathie envers cette jeune femme, morte trop tôt, soutenue par son père, aimée aujourd’hui de tout un pays. Je ne réside pas bien loin de sa maison natale en ce moment, dans un quartier dont les maisons, beaucoup d’entres elles, sont de son époque. Les voies de communication ont bouleversé le paysage mais avec un peu d’imagination je peux facilement me figurer les allées et venues de cette famille nombreuse dans les rues de Thorndon, son quartier. Je retournerai visiter cette maison avant de partir, saluer sa mémoire, apprécier davantage encore ses remarquables nouvelles.

[Le 17 décembre 1999, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 25 novembre Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et a invité les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales à organiser ce jour-là des activités conçues pour sensibiliser l’opinion au problème. Voir le site officiel.]

A lire également sur le site de Nicolas Kurtovitch, les notes de son journal de résidence, notamment l’épisode n°9 consacré à la visite du musée Te Papa. Nous en avions parlé lors de la restitution annoncée d’une tête maorie par le musée de Rouen, restitution pour l’instant suspendue et non encore jugée [Papalagui, 28/10/07 et 23/10/07 ].

Extrait par l’auteur du Piéton du Dharma :

Qu’avons-nous apporté, retiré, enlevé, transformé, détruit, modifié, bouleversé, qu’avons-nous élevé, rabaissé, ignoré, imposé ? Ce que propose le Te papa à son étage Maori révèle qu’ils n’avaient rien à envier à cet autre monde venu les conquérir. J’ai vu les formidables navires qui ont permis les traversées trans-pacifiques, -on le sait maintenant- en « aller et retour », certitude fondamentale car elle enlève tout idée de rupture à l’intérieur du triangle polynésien, après les découvertes des îles et archipels, les contacts ont continués avec les îles d’origines, Tonga, Wallis, Samoa, par exemple.

J’y ai vu les maisons, les greniers, les manteaux, les bijoux, les armes. J’y ai vu tout ce qui en Europe faisait culture et civilisation, une conception du monde, du ciel, du cosmos, de Dieu, de la bonté, de l’amour, du politique, de la famille. J’y ai vu aussi le visage et entendu le nom, de chaque soldat maori –mais aussi le nom et le visage de ceux originaires des îles Cook- parti à la Première et ceux partis à la Seconde Guerre mondiale. Les yeux disent la jeunesse, l’étonnement, l’effroi, certains ont le sourire, l’aventure, l’incrédulité aussi : « que va-t-il nous arriver, là-bas, si loin, chez eux, les blancs, les vainqueurs des guerres coloniales, qu’elles sont leurs guerres, leurs combats ? ». Ces yeux devant le photographe, aujourd’hui devant moi, me posent la question : « Qu’avez-vous fait » ?

 

 

 

Littérature jeunesse : Iamélé et Willidoné

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A quelques jours du rendez-vous annuel du livre jeunesse (Montreuil , à partir du 28/11), la littérature jeunesse de Nouvelle-Calédonie s’enrichit d’un nouveau titre, Iamélé et Willidoné, Une histoire kanak, écrit par Nicolas Kurtovitch, illustré par Julie de Waligorski, dont c’est le premier livre. L’album est paru aux éditions du Bonhomme Vert, sises dans le petit bourg de Comps, 1500 habitants, département du Gard.

Iamélé et Willidoné sont deux jeunes garçons inséparables, curieux de tout et du pays tout entier. Intrépides, ils saisiront l’occasion de s’embarquer seuls sur une pirogue que la tempête conduira sur une autre île. Là ils rencontreront une légende dansée, personnifiée par une rencontre insolite :

 » Loin du rocher, ils se tenaient serrés les uns contre les autres, ne formant qu’un seul corps. mêlant leurs souffles et leurs regards, ils étaient un second rocher. Un rocher vivant ! « 

Ocres et verts dominent les tableaux de Julie Waligorski,enracinés dans la terre et la forêt.

Le texte de littérature jeunesse de Nicolas Kurtovitch complète sa palette d’écrivain : nouvelles, poèsie, roman.

Nicolas Kurtovitch, chronique 1

Après l’entretien que nous a accordé Nicolas Kurtovitch [Papalagui, 13/11/07], il y a une semaine, voici sa première chronique de Wellington (Nouvelle-Zélande).


Aujourd’hui, dimanche 18 novembre, le soleil est de la partie, pas de nuages, peu de vent, une température supportable. A 9 heures, ce matin, les tout jeunes s’initient au cricket, à 11 heures, au même endroit, ce sont les plus âgés, c’est du sérieux, ça hurle dès l’élimination d’un adversaire. En tant que sport je ne peux m’empêcher de penser qu’il doit être extrêmement frustrant de jouer au cricket, on ne fait rien la plupart du temps, on est en pantalon et en plus il faut porter un pull ! Je reconnais : je ne suis pas Anglais, je n’y comprends pas grand-chose, il faudrait relire Un pur espion de John Le Carré, il en parle merveilleusement bien et pendant quelques minutes j’ai cru ressentir l’essence de ce jeu.

Un pur espion

Les Wellingtoniens attachent beaucoup d’importance au temps, et ils m’en font un rapide commentaire chaque jour, chaque fois que j’en rencontre un. C’est vrai qu’il est changeant, ce temps, soleil, vent très fort, pluie, soleil, et ainsi de suite au cours d’une même journée. Ceci étant ça ne me perturbe pas et même me réjouit, je ne suis pas venu par ici pour avoir un temps tranquille de bord de plage. Les plages il y en a mais ce sera pour janvier, je ne vais pas y aller seul, et bronzer sous le vent ne marchera pas. On m’a dit qu’en janvier ce sera idéal, tant mieux Nicole m’aura rejoint, certainement. Avec nos amis du « Bruit des hommes » -une superbe compagnie de théâtre de Lagarde, à côté de Toulon- metteurs en scène de La Commande, nous parlerons théâtre et de la possibilité de venir jouer La Commande ici, à Wellington. Une discussion très intéressante et précise avec Michel Legras, Ambassadeur de France, un homme extrêmement sympathique, sensible aux interrogations artistiques, au théâtre en particulier et très favorable au développement des échanges culturels et artistiques entre la Nouvelle Calédonie et la Nouvelle Zélande, une discussion donc qui me laisse beaucoup d’espoir de voir sous peu la compagnie Kalachakra venir jouer par ici.

En un mois je n’ai pas une seule fois entendu parler à la radio ou à la télévision, ni lu dans aucun journal quoi que ce soit à propos de la Nouvelle Calédonie, et comme je ne suis pas accro à la lecture de journaux sur le web, je suis déconnecté de l’actualité calédonienne. Je pourrais facilement m’y reconnecter mais je ne le souhaite pas pour le moment, mes chantiers occupent suffisamment mon esprit pour éviter trop de dispersion, d’autant que les « affaires » néo-zélandaises sont nombreuses, et la lecture des affaires du monde m’intéresse.

Mardi ce sera sortie théâtre

the Kreutzer

Season: Wed 14 – Sat 24 November (no show Sun/Mon)
Tickets: $18 full / $13 concession & $26 STAB season pass
Time: 7.30pm, plus 4pm matinee on Sun 18 & Sat 24 onlybook now!:
book@bats.co.nz Directed by Sara Brodie“But I say unto you; whosoever looketh on a woman and lust after her hath already committed adultery in his heart” – Matthew V, 28.A theatrical tour de force, the Kreutzer combines dance-theatre, live classical music and an interactive audio-visual feast.

A Man on a Train is hounded by a Quartet and the haunting presence of his dead Wife, into confessing all. We journey into his corrupt and jealous past, to examine the twisted way men and women perceive each other, with music to die for.the Kreutzer is based on The Kreutzer Sonata by Beethoven, which gave rise to a promptly censored story by Tolstoy (which had him labelled as a sexual moral pervert) that then inspired Leoš Janácek’s first string quartet.

Featuring: actor Tom McCrory (UK/NZ), pianist Catherine McKay (CAN/NZ), dancer Nina Baeyertz (GER/NZ), violinist Donald Armstrong (NZ) and the Nevine String Quartet (NZ) – members of the NZSO.

Design: Andrew Brettell (AV), Piet Asplet (LX), Kath Tyree (Costume).

www.thekreutzer.co.nz

Nicolas Kurtovitch, NC vs NZ

En Nouvelle-Zélande, il n’y a pas que des All Blacks, des kiwis et des lecteurs d’Alan Duff (L’âme des guerriers, Actes Sud). Pour les écrivains, il est une résidence d’écriture convoitée : Randell Cottage . Nicolas Kurtovitch, écrivain calédonien est le septième lauréat de cette résidence d’écriture en Nouvelle-Zélande. C’est l’un des passeurs de culture(s) les plus dynamiques en langue française de ce côté-là de la planète. Il répond à quelques questions, histoire de faire connaissance. Après cet entretien, chaque dimanche, il nous livrera sa Chronique d’un écrivain en résidence en Nouvelle-Zélande. Pour en savoir plus, on ira visiter son site et son journal de résidence.

1. En guise de présentation, si tu devais conseiller un seul livre à un lecteur qui souhaiterait découvrir un Nicolas Kurtovitch qu’il n’aurait pas encore lu, ce serait lequel ?

Réponse au-delà d’un seul titre, dans la mesure où abordant plusieurs genres littéraires il m’est difficile d’avancer un seul titre alors j’en proposerai trois, couvrant l’ensemble de mes directions d’écriture.

Poésie : Le piéton du Dharma

Théâtre : La commande

Prose : Good night friend (roman)


Par lequel pourrait-il commencer ?

Pour commencer alors c’est Le piéton du Dharma, poésie, sans hésitation. [éditions Grain de sable, Nouméa, cf. site Bookin ].


2. Quels sont les livres qui t’environnent lors de cette résidence d’écriture ?
Sur ton site… tu cites notamment Alan Duff…

J’ai emporté avec moi plusieurs livres, mais pas une bibliothèque dans la mesure où j’ai le secret espoir de lire en anglais, des auteurs néozélandais parmi d’autres.

J’ai tout de même emporté deux livres d’Alan Duff, ses deux premiers, livres exemplaires dans le contexte océanien que tout le monde dans cette partie du monde devrait lire et que tout le monde dans l’ensemble monde devrait lire tant le rythme est formidable.

Deux romans de Jo Nesbo, deux livres de Charles Juliet, un livre d’Albert Jacquard, le dernier tome de Harry Potter, une sélection des poèmes de Han Chan, en anglais, une sélection de Ryokan, Buson, Basho, Tokuboku, Omar Khayyam dont je ne me sépare jamais, une petite anthologie de haïkus mais aussi de divers textes Zen, une étude sur Tchouang-Tseu par Jean-François Billeter, un Yi Jing par Cyrille Javary (au Ed. du Cerf)

Egalement 16 gigaoctets de musique dans mon ordinateur (le premier achat à Wellington ont été des « baffles » pour le portable).

Quelques DVD : Corto Maltese, Kurosawa,…Neil Young, Jimi Hendrix, Bob Dylan, R.Thompson, Joni Mitchell, Tim Buckley (le père de Jeff…) Michael Jordan

Je lirai Katherine Mansfield, Fiona Kindman, Patricia Grace, et quelques poètes néozélandais dont Owen Bullock.

3. Où es-tu ? Quelle est cette résidence d’écriture ? Où es-tu sur cette ligne NC/NZ ? Vois-tu le monde de la même façon en NZ qu’en NC ? Dirais-tu que l’imaginaire maori a une place singulière dans ta démarche ? Ou  » l’urbanité néo-zélandaise  » ?

Je suis à Wellington, Nouvelle Zélande, 41°17’ Sud et 174°47’ Est. Le quartier est Thorndon, la rue au 14 St Mary Street, la maison s’appelle : Randell Cottage, du nom de la famille qui l’a fait construire et l’a par la suite cédé à un « Trust », une association, dans le but d’en faire un lieu de résidence d’écrivain. En association avec l’Ambassade France , il a été mis en place cette résidence en échos à celle de Menton qui accueille chaque année depuis plus de vingt ans un écrivain néo-zélandais pour 5 à 6 mois. Cet écrivain dispose pour travailler du lieu où à séjourné Katherine Mansfield à Menton. La résidence du Randell cottage accueille chaque année un écrivain français pour 4 à 5 mois, il y eut avant moi : Nadine Ribault, Charles Juliet, Pierre Furlan, Dominique Mainard, Annie Saumont l’année dernière.

Il est un peu tôt pour dire si ce lieu modifie ma « vue du monde », mais les rencontres avec les écrivains, le public, les gens dans la rue, les façons d’être, les façons de réagir aux grandes questions internationales qui se multiplient, sont de beaucoup différentes des réactions qu’il peut y avoir en Nouvelle-Calédonie. C’est très intéressant, vivifiant, utile, incontournable est donc la vision de l’autre. Ceci étant il ne me semble pas être représentatif de la pensée néocalédonienne, pensée souvent conformiste dont le travail d’élaboration n’est pas très poussé faute de recherches, de confrontations volontairement acceptées, de lectures. Ceci n’engage que moi évidemment.

L’imaginaire maori, je ne le connais pas tant que cela, il m’intéresse au titre où l’imaginaire polynésien dans son ensemble me plait et m’intéresse beaucoup. Il y a là une immense histoire, une conception du monde et des origines. Prenons la réelle dimension suivante : le triangle polynésien est grosso modo équilatéral de 5000 km de côté, Hawaï, Pâques, Nouvelle Zélande Aotearoa, l’ensemble des habitants de toutes ces communautés se comprennent ! Une seule langue, on retrouve les dieux de façon similaire, les légendes se recoupent etc. etc. !

Mais autant je m’intéresse à l’imaginaire Maori autant je m’intéresse à l’imaginaire des Pakeha. Je m’intéresse à la Nouvelle Zélande en tant que communauté unique qui cherche à relever l’ensemble des défis qui lui sont obligés, dont l’usage d’une double langue officielle Anglais et Maori. Je m’intéresse à l’intégration des communautés maorie mais aussi pakeha à la société néozélandaise, qui semble vouloir aujourd’hui se construire tout autant autour de valeurs européennes que de valeurs océaniennes. Ce sont là les deux grands défis qui s’ajoutent au défi premier des colons : celui de créer une société juste et équitable, d’où les luttes syndicales importantes ici dès le XIXème siècle.

4. Tu as déjà bénéficié d’autres résidences d’écriture (en particulier théâtrale à Villeneuve-lès-Avignon avec Pierre Gope , ce qui a donné « Les Dieux sont borgnes »). Quel objectif as-tu avec cette résidence d’écriture ?

Trois objectifs :

Un roman, une pièce de théâtre, un recueil de poèmes. Ce dernier sera un recueil rassemblant des textes déjà écrits autour et à propos de la Nouvelle Zélande, certains lieux, certaines situations, déambulations…et des textes que j’écris en ce moment, que j’écrirai dans les semaines de résidence.

Le roman et la pièce de théâtre, j’y pense, je prends des notes à leurs sujets depuis le début de cette année-ci en projetant la résidence qui a débuté effectivement il y a trois semaines aujourd’hui.

Un Silo de livres océaniens (2)

 © Photo Xavier Heyraud, Les Nouvelles calédoniennes.

 » L’oralité ne s’oppose pas à l’écrit « , titrent Les Nouvelles calédoniennes à propos du Silo, le Salon du livre océanien qui continue son rassemblement extraordinaire à Hienghène, commune naguère de Jean-Marie Tjibaou et aujourd’hui de Daniel Fisdiepas. Au-delà du cliché oral/écrit, relayons l’enthousiasme évoqué par le quotidien sur le slam et la parole kanak…

 » Lors de l’ouverture du salon, Paul Poigoune (photo ci-contre), vice-président de la province Nord a terminé son intervention « en partageant un élément majeur du patrimoine kanak, qui, en soi, constitue une performance vocale de récit : les discours généalogiques », écrit l’envoyé spécial Xavier Heyraud.

« C’est avant tout un discours rituel qui raconte les migrations et les formations de nos entités interclaniques. Ces discours ont vocation à instaurer un devoir de mémoire, d’histoire. Avec une musicalité de récit et une gestuelle précise, le discours généalogique comporte, en dehors de son symbolisme identitaire et culturel, des formes ancestrales d’expressions artistiques et spectaculaires. Le récit généalogique est une vision du monde qui détermine le rôle des hommes et leur place dans l’organisation sociale kanak. Il décrit le mouvement d’un peuple libre, égalitaire, démocratique, qui se compose, décompose et redécompose en permanence. Apparemment, les jeunes générations ont trouvé le slam, un mode récital tout à fait à leur mesure pour dire leur compréhension du monde qui les entoure et exprimer leurs attentes. Nous avons la responsabilité de rappeler aux jeunes kanak les efforts considérables que nous fournissons pour sauver nos langues. Alors pourquoi pas à travers ces nouveaux modes d’expression ? »

Le salon du livre de Paris, en son édition de mars 2006, présentait en un très bel ensemble un stand océanien magnifique. Payé par les deux gouvernements, calédonien et polynésien, ce stand nous a révélé, entre autres surprises, un slameur de première, Paul Wamo. Sûr qu’à Hienghène, ce poète des îles Loyauté a dû faire des émules. De quoi resserer les liens entre îiens et terriens…

© Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie

Sûr de sa valeur, le site de référence des francophonies littéraires, Ile en île, lui a consacré une notice.