Haïtiens et sympatisants se rassemblent à Paris

La Plateforme d’associations franco-haïtiennes (PAFHA) organise ce 13 janvier à partir de 18h30 une réunion d’urgence après la catastrophe qui vient de frapper Haïti.

Associations, membres, journalistes, pasteurs, commerçants, artistes, étudiants et intellectuels etc. sont invités à cette réunion afin de former une grande chaîne de solidarité avec Haïti.

Il y a l’urgence des secours à organiser, mais il faut dès maintenant penser à l’aide aux victimes pour la reconstruction.

Adresse du rassemblement : Bourse du travail de Saint-Denis, 11 rue Génin à Saint-Denis – Métro Saint-Denis Porte de Paris – ligne 13

D’ores et déjà, la PAFHA vous remercie.

Remerciements à la Mairie de Saint-Denis qui met à notre disposition une salle de 400 places.

L’Étranger en 54 langues, 4 millions d’exemplaires au Japon

« Manman mwen mouri jodi a. Se dwe yè pito. Mwen pa konnen. Mwen resevwa yon telegram Azil la : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Bagay sa pa vle anyen. Siman se yè vrèman. »
(En français : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. »)
Etranje ! traduction de Guy Junior Régis, est édité par les Presses nationales d’Haïti. C’est l’une des 54 langues de traduction de L’Étranger nous apprend Le Dictionnaire Albert Camus, dirigé par Jeanyves Guérin, parmi lesquelles, outre le créole ou l’arabe, l’asturien, le basque, le khmer, le malgache, le népalais, l’occitan, l’oriya (langue d’Inde), le sinhala (langue du Sri Lanka). En cours une version en arabe algérien par Akram Belkaïd.

En France, avec 6,7 millions d’exemplaires, L’Étranger est le premier livre par ses ventes. Au Japon, il ne s’est vendu qu’à… 4 millions d’exemplaires ! (p. 754 du Dictionnaire Camus).

Yanvalou pour Yanick Lahens, Prix RFO du livre 2009

Les Germanopratins doivent jalouser les Haïtiens ! Après le Médicis à Dany Laferrière, le Wepler à Lyonel Trouillot, le Prix RFO du livre revient à Yanick Lahens pour un très beau roman, publié lors de la rentrée 2008, en l’absence de plusieurs membres du jury : Edouard Glissant, Daniel Picouly et Gisèle Pineau.

Avec La Couleur de l’aube (éditions Sabine Wespieser), Yanick Lahens est lauréate du Prix RFO du livre 2009, cinquième auteur haïtien à être récompensé d’un prix littéraire par RFO en quinze ans de prix, après Louis-Philippe Dalembert (L’autre face de la mer, 1999), Dany Laferrière (Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit, 2002), Gary Victor (Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin, 2004), et le prix spécial du jury à Lyonel Trouillot (Bicentenaire, 2005).

Revue des blogs et sites :

Après la publication de Dans la maison du père (Le Serpent à plumes, 2001), roman dans lequel une jeune héroïne issue de la grande bourgeoisie haïtienne faisait l’apprentissage de la culture populaire, Yanick Lahens s’engouffre dans les bas quartiers du  » noir-humiliation « . Et, avec La Couleur de l’aube, son deuxième roman, elle pénètre le coeur de cette  » barbarie qui prend le visage de la Loi. « 

Jérôme Goude, Le Matricule des Anges

Yannick Lahens, dans un style magistral de poésie « clairvoyante », un regard désolé-désolant, dresse le portrait sans complaisance d’Haïti, dans ses gestes coutumiers, ses outrances macoutistes, ses espérances tragiquement dérisoires. Les thèmes ne sont pas sans rappeler la prose magnifiquement décapante de Marie Chauvet (Amour, colère et folie) et le ton de William Faulkner (à qui elle a consacré un essai comparatif) d’une part et le théâtre feutré de Jean Luc Lagarce (J’étais dans la ma maison et j’attendais que la pluie vienne) d’autre part. Dieu (ou les loas), s’il a créé ce monde, je lui souhaite d’être torturé par le remords. Excellent. Tout simplement excellent.

(blog Ici Palabre, note de lecture de Monique Dorcy, documentaliste au collège Auguste Dédé.

Ce roman magnifique nous parvient ainsi, et vient déranger l’ordre de nos lectures, manifestant au plus profond le refus de l’horreur, comme notre propre absence à cette histoire. Il dit à la fois le silence et la nécessité de le percer, les hurlements des voix multiples prises dans l’entrecroisement des désespoirs, et la stupeur muette de ceux qui sont démentifiés. En même temps, il ne s’achève pas dans la répétition du désespoir, ni dans la stéréotypie de la représentation : il est d’abord affaire de rigueur dans la composition, comme de maîtrise de la parole littéraire.

(Yves Chemla, Africultures, 25/11/08)

Dans ce roman sensuel et douloureux, Yanick Lahens raconte ce pays misérable peuplé de vaincus qui n’en finissent pas de perdre, tout en laissant transparaître l’amour infini qu’elle lui porte. De son écriture rythmée, légèrement répétitive, se dégage une musicalité envoûtante, litanie tour à tour pleine d’espoir, de colère et de désarroi qui tente de donner, enfin, la parole aux habitants de ce point noir de l’Atlantique qui sombre chaque jour un peu plus dans un oubli planétaire.

François Reynaud, Librairie Lucioles, Vienne

Pour être complet, lire sa notice biobibliographique sur le site Île en île.

Dieuswalwe Azémard, quel nom pour un héros de polar !

Lus dans Le Devoir, en attendant de lire le roman, à l’occasion du salon du livre de Montréal, où plusieurs écrivains haïtiens son invités, les propos de Gary Victor, auteur de Saison de porcs (Mémoire d’encrier).

Extrait de l’interview par Caroline Montpetit :

C’est un policier. Il vit dans un monde corrompu jusqu’à la moelle. Et il assiste, impuissant, à sa déchéance. En entrevue, l’écrivain haïtien Gary Victor explique qu’il ne partage pas le pessimisme de Dieuswalwe Azémard, le personnage principal de son dernier roman, un roman policier mêlé de fantastique et de réalisme, Saison de porcs, paru aux éditions Mémoire d’encrier. Mais comme lui, il tente de rester droit au milieu de la corruption dans la société haïtienne d’aujourd’hui. Gary Victor est l’un des invités d’honneur du Salon du livre de Montréal.

«C’est difficile de vivre différemment sur la terre d’Haïti, c’est comme pour le personnage de mon livre», dit-il.

Ce personnage donc, Dieuswalwe Azémard, «traîne son honnêteté comme un boulet à ses pieds […]. Il vit dans un lieu où il n’y a pas d’éthique, il n’y a pas de principe, dans une fiction permanente, où ce qu’il voit le laisse ébahi […]. Souvent, il aimerait faire comme les autres. Il n’est pas fier de son honnêteté. […] En Haiti, celui qui est honnête est un peu considéré comme un raté, parce qu’il n’est pas riche. C’est difficile d’être honnête et d’être riche, surtout chez nous», dit-il.

etc.

Le thème de l’intégrité/corruption, traité également dans le dernier roman de Lyonel Trouillot, Yanvalou pour Charlie (Actes Sud).

Zone cinglée, de Kaoutar Harchi

A une semaine du Salon du livre jeunesse de Montreuil, rendez-vous annuel à ne pas manquer, signalons la présence annoncée d’une jeune auteure, Kaoutar Harchi, dont le premier roman porte le nom très « littérature urbaine » de Zone cinglée. Publié par les éditions Sarbacane, toujours à l’affût de jeunes talents des périphéries de nos mégalopoles, ce livre porte haut et fort une envie de dire un monde difficile à vivre, mais qu’il faut bien vivre. Derrière les supposés clichés de la banlieue (le titre est transparent), le livre dégage un rythme et une puissance romanesque, où des êtres brisés ne s’empêchent pas de rêver.

Yanvalou pour Lyonel !

Le Prix Wepler Fondation La Poste 2009 a été attribué à Lyonel Trouillot pour son roman Yanvalou pour Charlie (Actes Sud). Le Prix Wepler‐Fondation La Poste, fondé en 1997 par la librairie des Abbesses est doté de 10 000 euros.

Extrait p. 29 :

Se tenait debout devant moi un garçon sale que je voyais pour la première fois, une curiosité venue d’un autre monde, et j’entendais ses silences. J’entrais dans sa tête et je disais ses mots. Je me suis mis à transpirer malgré la climatisation. Pris d’effroi. Comme là-bas, au village, il y a longtemps, quand j’ai rencontré la mort pour la première fois et que j’ai passé trois nuits à attendre qu’elle vienne me chercher. Là-bas, le village, mon père, les vieux joueurs de bésigue, Anne, le petit cimetière. Ce crétin de Charlie, avec sa vie de chien et son histoire de fou, était venu ouvrir la porte du retour. 

La Mention spéciale du jury 2009 a été attribuée à Hélène Frappat, Par effraction, Allia. La mention spéciale, dotée de 3 000 euros, est destinée à récompenser « une oeuvre marquée par une audace, un excès, une singularité, résolument en dehors de toute visée commerciale ».

 

« L’effet Laferrière »

Avec L’énigme du retour (Grasset), Dany Laferrière décroche le Médicis et ses amis écrivains le bonheur. Qu’on en juge par ces réactions par Le Nouvelliste de Port-au-Prince. Extraits :

Gary Victor Dany a été toujours pour moi une brèche fascinante dans la muraille d’une littérature haïtienne quelque part trop sérieuse, trop coincée, sans humour, empêtrée parfois dans des attitudes politiques fausses.
Emmelie Prophète-Milcé Je félicite Dany et le remercie infiniment pour ce cadeau à Haïti, pour cette nouvelle porte qu’il ouvre, aux jeunes auteurs particulièrement auxquels il dédie le prix Médicis.
Pierre Clitandre Ce prix, c’est aussi la reconnaissance que le Caribéen peut aussi arriver à cette maîtrise non pas pour coloniser la nature et les hommes, mais pour s’harmoniser avec. Que la flamme nous éclaire !
Edwidge Danticat Ce Médicis à Dany Laferrière, c’est un prix bien mérité. Je suis tellement contente et tellement fière de Dany, comme toujours, d’ailleurs.
Rodney Saint-Éloi Il m’a appris que je pouvais être Haïtien tout en habitant le monde.
Frantz Benjamin Pour nous de la communauté haïtienne de Montréal, c’est une grande source de fierté, Dany Laferrière est un fils chéri de cette communauté.
Stanley Péan Le Médicis honore celui dont l’humour éclipse par moments les dons littéraires, mais uniquement aux yeux des myopes… Et, à défaut d’aller chercher avec lui son prix, tous ses collègues québécois, haïtiens et même japonais l’applaudissent et le félicitent pour cet honneur bien mérité.
James Noël « L’effet Laferrière » dans la littérature aujourd’hui, c’est le séisme positif qui traverse l’oeuvre tout entière. (…) Dany Laferrière, un nom à porter par ces jours sombres comme un soleil à la boutonnière.
Louis-Philippe Dalembert Je suis heureux pour mon ami Vieux Os, pour sa famille. Je suis fier pour Haïti. Ce prix décerné à un livre qui rend, entre autres, hommage à la peinture haïtienne vient prouver une fois de plus que la culture est le plus grand capital de ce pays à la dérive.
Jean Bernabé C’est un vrai maître de la parole, conscient de ses effets, mais sans nulle arrogance. Habile à ne pas s’enfermer dans les carcans idéologiques, pas même ceux d’une créolité de proclamation, mais qui porte en lui et sait exprimer l’âme du peuple haïtien dans sa polyphonie. Il respire l’intelligence et, sauf à attenter à sa modestie, il est pour moi une des représentations vivantes de l’Homme caribéen dans son devenir et dans ses accomplissements les plus réussies.

Porteurs de livres, porteurs de valises

Des hauteurs de Belleville, la vue sur Paris par soleil couchant, en ce samedi d’automne, ciel dégagé, brume de chaleur léchant les toits, a quelque chose de doucement merveilleux. Ô spectacle tranquille ! De ce promontoire les piétons plongent le regard dans le décolleté de la capitale. Son panoramique se déploie au grand angle, quiétude qui révèle une cité chatoyante, aux myriades de lucioles lointaines, pointillés démultipliés à l’envi.

Sous l’emprise d’un Muscadet bio, on pourrait s’abîmer dans la contemplation de ce tableau pour peintre impressionniste. Mais, en-deçà, résonnent les ambiances de la rue des Envierges et de son bar de proue, le bien nommé La Mer à boire. Karlex se prépare pour le concert du soir, organisé par le Collectif 2004 images. Aux murs des photos de Fred Kœnig, des peintures d’Elodie Barthélémy.

Les militantes de l’association Monique Calixte font les comptes. Elles ont vendu pas mal de livres en cette  » journée d’escale haïtienne « . L’argent ira aux bibliothèques de Port-au-Prince.

Elles envoient de l’argent mais des livres aussi. Il y a quelques jours un voyageur bénévole est parti avec plusieurs dizaines d’ouvrages. Pas n’importe lesquels ! Que du nécessaire, du bon et du neuf, pas des papiers empoussiérés, tirés de vide-greniers expéditifs, mais des titres jeunesse ou classiques. Il faudrait plus de livres universitaires. Et comme on fait bien les choses, le curieux ou le sympathisant pourra consulter la liste des titres sur le site de l’association…

 

Qu’on en juge : des romans, tel celui de Chris Abani, Graceland, traduit de l’anglais (Nigéria) par Michelle Albaret-Maatsh, ou les Nouvelles de l’île Maurice signées Shenaz Patel, Vinod Rughoonundun, Anada Devi, Sailesh Ramchurn et Bertrand de Robillard, éditées par Magellan & Cie/Courrier international, ou encore le livre de Mia Couto, Chronique des jours de cendre, traduit du portugais (Mozambique) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, ou encore : Zora Neale Hurston, Une femme noire, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Brodsky, L’Aube poche, ou encore : Ken Saro-Wiwa, Mister B. Millionnaire, traduit de l’anglais (Nigéria) par Kangni Alem, Dapper, coll. Au bout du monde. Même la belle littérature haïtienne vient en Haïti, comme le montre cet envoi : Marie Vieux-Chauvet, La danse sur le volcan, préface de Catherine Hermary-Vieille, Maisonneuve & Larose, coll. Soley.

Entre 2003 et 2008, plus de 900 livres neufs et près de 15 000 euros ont été envoyés à la Bibliothèque Monique Calixte de Port-au-Prince.

Ce travail de fourmi, fait de passon pour le livre, d’attachement pour Haïti et de solidarité par le menu, complète admirablement des appels à  » l’insurrection des imaginaires  » lancés par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, comme si, après l’époque des porteurs de valises, était venu le temps des porteurs de livres.

Haïti en mille morceaux

À signaler la pièce Thérèse en mille morceaux, mise en scène par Pascale Henry au Théâtre de l’Est parisien, du 13 au 24 octobre, d’après le roman de Lyonel Trouillot.
Avec Jean-Baptiste Anoumon, Marie-Sohna Condé, Stéphane Czopek, Analia Perego, Aurélie Vérillon, Mylène Wagram.
Thérèse en mille morceaux est le portrait d’une femme, le récit d’une insurrection, d’une fille de propriétaires terriens dans Haïti des années 60…
Le roman débute ainsi :
« Un jour de mars 1962, Thérèse Décatrel quitta la ville du Cap pour ne plus jamais y revenir. Pour tout bagage, elle emportait son journal intime et quelques piastres ».