fleurs de cerisiers

世の中は桜の花となりにけり

(Yo no naka wa 

sakura no hana to 

nari ni keri)

ce monde
n’est plus que
fleurs de cerisiers

Ryokan, Ah! Le printemps, traduction du japonais Cheng Wing fun & Hervé Collet, éditions Moundarren (1991, 2007)

En grec :

Αυτός ο κόσμος 

δεν είναι παρά μόνο 

άνθη κερασιάς.

Trad. et photo Vassilis Koltoukis

le vide s’apprend en le traçant

.

L’immense volume intérieur de la Rotonde de Thessalonique (Grèce actuelle) éclairé par une lumière chatoyante de fin d’hiver laisse le visiteur à ses questions. 

Conçu pour être le mausolée d’un empereur romain, cet édifice bâti sur l’immensité d’un vide sidéral (30m de haut, 25m de diamètre) ne devint jamais mausolée mais successivement église chrétienne, mosquée (ainsi ce minaret qui a survécu à l’incendie de 1917), église grecque orthodoxe Saint-Georges et monument classé au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

Au Japon, avec le kanji 空 on écrit le ciel, le vide, la vacuité. La spiritualité du bouddhisme zen y convoque non pas le néant mais la Relation, un non-attachement (notamment aux identités fixes), une transformation du rapport de soi au monde. 

La Rotonde nous écrase et nous envahit de son vide sidéral. 

Le vide zen nous renvoie à nos questions.

Vie sous le ciel bleu

lumière et fumeroles —

univers derviche

sans but je marche



il y a un siècle, le poète et moine Santôka continuait son bonhomme de chemin, les préférant (les chemins) à une vie rangée, lui qui savait conjuguer zen, saké et haïku, notant ses étapes dans l’exquise sobriété d’un poème de trois lignes, comme celui-ci qui tombe à pic en ce week-end de superlune :

正月三日お寺の方へぶらぶら歩く
(Shōgatsu mikka otera no kata e burabura aruku)

troisième jour du premier mois
dans la direction du temple
sans but je marche

(« Santoka, journal d’un moine zen », CHENG Wing fun et Hervé Collet, Moundarren, 2003, 2013)

Si Santôka nous autorise, écrivons :

le moine errant va –

son tracé en trois lignes

sous la lune froide

l’hiver, écrire dehors

 « Le paysage s’offre en cristal vertical radical, piqueté de myriades de petites aiguilles, de paillettes et de spicules d’un blanc… comment dire… d’un blanc de page blanche. »

Extrait de Poètes givrés, prélude à notre rendez-vous du 25 janvier 2026.

Cette écriture du dehors nous saisit autant que l’hiver nous saisit. Une saison associée au froid, à la solitude comme aux moments de retrouvailles autour du feu.
Par ses extrêmes, c’est la saison d’une écriture de haute intensité.
Pour les détails de la prochaine balade-haïku d’hiver, consulter Halte ! Haïku nº14.

Haïku en trois langues

雲追人

أسيرُ  خفيفاً   خفيفاً 

ήλιος ο πρώτος

Chasseur de nuages

je marche léger léger

soleil premier

Qui dit haïku, dit trois lignes de 17 syllabes. Alors, pourquoi pas trois langues ? Prenez, par exemple, un ciel de japonais, une pincée d’arabe (emprunté à Mahmoud Darwich), un parfum de grec (emprunté à Odysseas Elytis). Excusez du peu. Le tout donne une forme de poésie rébus, de chant polyphonique pour le voyage, car aisément transportable, au coût carbone dérisoire…

Et si le cœur vous en dit, vous pourrez prolonger par la lecture de Mahmoud Darwich, dans son Anthologie poétique, bilingue (1992-2005), poèmes choisis et présentés par Farouk Mariam Bey, traduits de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar (Actes Sud, 2009) ; ou d’Odysseas Elytis avec Soleil premier, suivi de Soleil soleilleur, traduit du grec par Laetitia Reibaud, édition bilingue, Éditions Unes, 2025.

[C’est la forme réduite (mais plurilingue) de la poésie des titres ou cadavre exquis de titres, jeu qui faisait florès lors du confinement lié au Covid. Prenez une série de titres de livres, quel que soit leur genre. Vous les empilez dans un certain ordre, jusqu’à obtenir une composition poétique. N’oubliez pas de prendre la photo de la pile, dos bien visibles, pour la publier sur les réseaux sociaux. En anglais : Spine poetry.]

seul ce chemin

9 novembre 1930.

« Fa-yen [Maître ch’an (zen) chinois, fondateur de l’école ch’an portant son nom (885-958)] a dit : « chaque pas est une arrivée ». Oublions la marche passée, ne pensons pas à la marche à venir. Un pas, un autre pas, ni hier ni demain, ni est ni ouest, un pas équivaut à la totalité. Parvenu à ce stade vous comprendrez la signification de la marche zen. »

しぐる、や道はーすぢ

[Shiguru, ya michi wa — su dji]

il bruine

  seul ce chemin

à suivre

« Santoka, journal d’une moine zen. Zen, saké, haïku », traduction Cheng Wing fun et Hervé Collet, Moudarren, 2003, 2013, p. 20.