fleurs de cerisiers

世の中は桜の花となりにけり

(Yo no naka wa 

sakura no hana to 

nari ni keri)

ce monde
n’est plus que
fleurs de cerisiers

Ryokan, Ah! Le printemps, traduction du japonais Cheng Wing fun & Hervé Collet, éditions Moundarren (1991, 2007)

En grec :

Αυτός ο κόσμος 

δεν είναι παρά μόνο 

άνθη κερασιάς.

Trad. et photo Vassilis Koltoukis

le vide s’apprend en le traçant

.

L’immense volume intérieur de la Rotonde de Thessalonique (Grèce actuelle) éclairé par une lumière chatoyante de fin d’hiver laisse le visiteur à ses questions. 

Conçu pour être le mausolée d’un empereur romain, cet édifice bâti sur l’immensité d’un vide sidéral (30m de haut, 25m de diamètre) ne devint jamais mausolée mais successivement église chrétienne, mosquée (ainsi ce minaret qui a survécu à l’incendie de 1917), église grecque orthodoxe Saint-Georges et monument classé au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

Au Japon, avec le kanji 空 on écrit le ciel, le vide, la vacuité. La spiritualité du bouddhisme zen y convoque non pas le néant mais la Relation, un non-attachement (notamment aux identités fixes), une transformation du rapport de soi au monde. 

La Rotonde nous écrase et nous envahit de son vide sidéral. 

Le vide zen nous renvoie à nos questions.

Vie sous le ciel bleu

lumière et fumeroles —

univers derviche

Πρώτες εντυπώσεις της Θεσσαλονίκης

Loizos Sergiou (Chypre, 1951-), « Pêcheur », 1979, Fondation des arts Tellogleion, Thessalonique.

Έφτασα το βράδυ της Πέμπτης.

Ήρθα για μερικές μέρες μαθήματα ελληνικών.

Μένω σε σπίτι ντόπιων στα ανατολικά της πόλης, κοντά στο Στάδιο Τούμπας. 

Απέχει από το κέντρο αλλά είναι οικονομικό. Και είναι ενδιαφέρον να ζει κανείς σε μια γειτονιά μικτή, κατοικημένη και δημοφιλής.

Επισκέφθηκα πολλά μουσεία, την αγορά Καπάνι, το Επταπύργιο.

Έφαγα τυρόπιτα, σπανακόπιτα, ένα γιαούρτι με φρούτα και χαλβά από ολικής άλεσης σουσάμι.

Ο μπακάλης της αγορά Καπάνι μού είπε ότι οι Ηνωμένες Πολιτείες και το Ισραήλ είχαν βομβαρδίσει το Ιράν το πρωί του Σαββάτου.

Είπα σε μια φουρνάρισσα ότι η τυρόπιτά της ήταν εξαιρετική. Γέλασε πολύ.

Έφαγα μια νόστιμη χταποδοσαλάτα στην Άνω Πόλη. 

Τρεις γάτες της γειτονιάς με κοίταζαν να τρώω το χταπόδι.

Ανάμεσα στις πολυκατοικίες της κάτω πόλης, επισκέφθηκα τη Μονή Αγίας Θεοδώρας. Είναι ένα σημαντικό προσκύνημα της Ελληνική Ορθόδοξη Εκκλησία. Καταστράφηκε από την πυρκαγιά του 1917 (χίλια εννιακόσια δεκαεπτά) και στη συνέχεια ανακατασκευάστηκε. 

Είδα μια γυναίκα να μπαίνει στην εκκλησία και να φιλάει την εικόνα της Αγίας Θεοδώρας ως ένδειξη προσκύνησης.

Αγόρασα ένα ελληνικό βιβλίο και έναν χάρτη της πόλης.

Άκουσα συζητήσεις στο λεωφορείο ανάμεσα σε άγνωστα άτομα. Μιλούσαν μεταξύ τους σαν να γνωρίζονταν.

Αγόρασα ένα τουριστικό T-shirt με τυπωμένο επάνω τον Λευκός Πύργος.

Στο Εβραϊκό Μουσείο Θεσσαλονίκης έμαθα ότι: «Το 1943 (χίλια εννιακόσια σαράντα τρία), περίπου 46.000 (σαράντα έξι χιλιάδες) Εβραίοι της Θεσσαλονίκης εκτοπίστηκανσε στρατόπεδα εξόντωσης στην Πολωνία. Τα υπάρχοντά τους λεηλατήθηκαν. Οι συναγωγές και το παλιό κοιμητήριο της πόλης καταστράφηκαν

Ζαλίστηκα όταν το έμαθα.

Άκουσα τραγούδια στα λαντίνο, διάβασα κορανικές επιγραφές μέσα στο Σπίτι-Μουσείο Ατατούρκ.

Έγραψα ένα χαϊκού για τις ανθισμένες κερασιές και έναν χαρταετό αιχμάλωτο των τειχών της ακρόπολης.

Ήμουν στην Πλατεία Αριστοτέλους κατά τη διάρκεια του λεπτού σιγής για τα 57 (πενήντα επτά) θύματα της σιδηροδρομικής σύγκρουσης στα Τέμπη, πριν τρία χρόνια.

 Ύστερα είδα διαδηλωτές black-block να τρέχουν. Αναποδογύρισαν κάδους απορριμμάτων. Πολλοί αστυνομικοί, πεζοί ή με μηχανές, τους καταδίωκαν.

Ο ποιητής Βασίλης Κολτούκης ευχήθηκε «Καλό μήνα!» στους φίλους του στο Facebook. Παράθεσε έναν άλλο ποιητή, τον Νίκο Καρούζο, ένας αντιφασίστας και υπαρξιακός ποιητής.

 Έγραψε στα μέσα του προηγούμενου αιώνα:

« Βγάλε ψυχή μου τραγούδι
να πολεμήσω την Άνοιξη.
Ξένος είμαι στο σπίτι μου
ξένος στους δρόμους
με λένε Γιάννη δεν έχω τίποτα δικό μου. »

Αυτή τη στιγμή, στη Θεσσαλονίκη, ο άνεμος είναι κρύος αλλά οι άνθρωποι είναι ζεστοί.

Την 1η (πρώτη) Μαρτίου λέμε «Καλό μήνα!»

Yang Yongliang (Shanghaï, 1980-), Impression numérique de la série « Greece [2009], MOMus-Musée d’art contemporain, Thessalonique.

Premières impressions de Thessalonique

Tu es arrivé jeudi soir.

Tu es venu pour quelques jours de cours de grec. 

Tu loges chez l’habitant à l’Est de la ville, près du stade Toumba.

C’est loin du centre mais c’est bon marché. Et c’est intéressant de vivre dans un quartier mixte, résidentiel et populaire.

Tu as visité plusieurs musées, le marché Kapani et l’Heptapyrgion. 

Tu as mangé des tyropita (tourte au fromage feta), des spinakopita (tourte aux épinards), un yaourt aux fruits et du halva au sésame complet.

L’épicier du marché Kapani t’a appris que les Etats-Unis et Israël avaient bombardé l’Iran samedi matin. 

Tu as dit à une boulangère que sa tyropita était excellente. Elle a beaucoup ri.

Tu as mangé une salade de poulpe délicieuse dans la vieille ville.

Trois chats du quartier t’ont regardé manger le poulpe. 

Entre les immeubles de la ville basse, tu as visité le monastère Sainte-Théodora. C’est un important sanctuaire de l’Église orthodoxe grecque. Il a été détruit par l’incendie de 1917 puis reconstruit. 

Tu as vu une femme entrer dans l’église et donner un baiser à l’icône de Sainte-Théodora en signe de vénération.

Tu as acheté un livre grec et un plan de la ville.

Tu as entendu des conversations dans le bus entre des personnes inconnues. Elles se parlaient comme si elles se connaissaient. 

Avec ce titre en caractères latins, le journaliste grec Stefanos Tsitsopoulos rend hommage au « flâneur » de Baudelaire…

Tu as acheté un T-shirt pour touristes avec la Tour Blanche imprimée dessus. 

Au musée juif, tu as appris qu’ : « En 1943, environ 46 000Juifs de Thessalonique ont été déportés vers des camps de la mort en Pologne. Leurs biens ont été pillés. Les synagogues et l’ancien cimetière de la ville ont été détruits. »

Tu as eu le vertige en l’apprenant.

Tu as écouté des chansons en ladino, tu as lu des écritures coraniques dans la maison-musée d’Atatürk.

Tu as écrit un haïku sur les cerisiers en fleurs et un cerf-volant captif des remparts de l’acropole.

Tu étais place Aristote lors de la minute de silence en mémoire des 57 victimes de la collision ferroviaire de Tempi, il y a trois ans. Ensuite, tu as vu courir des manifestants black-block. Ils ont renversé des poubelles. Beaucoup de policiers à pied ou à moto les poursuivaient.

Le poète Vassilis Koltoukis a souhaité Kalo mina ! (« bon mois ») à ses amis Facebook. Il a cité un autre poète, Nikos Karouzos, poète anti-fasciste et existentiel. Il a écrit au milieu du siècle dernier : 

« Sors, mon âme, un chant

pour combattre le printemps.

Je suis étranger dans ma maison

étranger dans les rues

on m’appelle Yannis, je n’ai rien qui m’appartienne. »

En ce moment, à Thessalonique, la fraîcheur vient du Vardaris, le vent du Nord, mais les gens sont chaleureux.

Le 1er mars, on se dit : « Kalo mina ! »

frontières • σύνορα

En voyage

je me joue des frontières 

je confonds les pays

Une fois n’est pas coutume, un haïku traduit du grec moderne. L’original est signé Vasilis Koltoukis (Βασίλη Κολτούκη) [voir son site] qui a écrit :

Στα ταξίδια 

μου σκορπάω τα σύνορα 

μπερδεύω χώρες

Détail du contenu du recueil de haïkus de Vasilis Koltoukis. Source : site photographique iFocus.

Une traduction proposée par goût du… déséquilibre, comme dirait le traducteur de métier, Claro :

« À chaque fois, force est de reconnaître que si l’écrivain se met à la traduction, c’est parce qu’il veut faire l’expérience d’un déséquilibre… » 

À ce jeu de miroirs formant déformant, ce lieu de passage de langue à langue, les traducteurs et traductrices littéraires osent un subtil déséquilibre où l’impossible est possible, l’intraduisible traduisible, le risque payant. 

Il est des traducteurs qui poussent très loin le déséquilibre, sinon par goût du moins par nécessité.

Genre d’auteur traducteur omniscient, André Marcovicz s’est essayé à la figure du traducteur ignorant. Ce qui est une forme de déséquilibre extrême.

Avec « Ombres de Chine », récemment réédité (Actes Sud) il s’est risqué à traduire des poètes de l’époque Tang (entre les VIIe et IXe siècle) en lisant beaucoup beaucoup d’autres… traducteurs, sinisants patentés. Ignorant du chinois mais pas d’autres langues (russe, anglais, allemand, quelques langues latines, etc.), le traducteur ignorant est ici multi-traducteur.

S’inspirant d’authentiques écrivains traducteurs, pourquoi le débutant ne s’y risquerait-il pas ? Il n’est soumis qu’au risque du ridicule.

Après quelques cours de grec, par exemple, poussé par le goût du risque plutôt que du ridicule, essayons-nous à traduire ces deux haïkus de Vasilis Koltoukis, poète et photographe (qu’il nous pardonne !) (ou pas), extrait du recueil de haïkus « Mικρές σταγόνες » [Petites gouttes] aux éditions Eurasia Εκδόσεις Ευρασία, 2021) :

Στα ταξίδια 

μου σκορπάω τα σύνορα 

μπερδεύω χώρες

et :

Λευκό γιασεμί

δρόμο κρυφό βαδίζεις 

μέσα στη νύχτα

Sollicitant plusieurs ressources, surtout amicales, sans toujours adopter intégralement leurs propositions (débutant mais têtu), les travaillant dans une forme de collectif improvisé (je pense aussi aux ateliers de traduction collective du polonais au français d’Agnieszka Zuk), j’ai cheminé avec Benakis Matsas et Nicole Parus-Albinet jusqu’à ces versions :

En voyage

je me joue des frontières 

je confonds les pays

et :

Jasmin blanc

tu avances sur un chemin secret

dans la nuit

Dans la nuit, justement, sur un quai de métro, station Belleville, ligne 11, m’a attiré cette affiche du Printemps des poètes qui propose ces mots d’Anise Koltz (L’avaleur de feu, éditions Phi, au Luxembourg), qui écrivit sa poésie en allemand dans la première moitié de sa vie, puis en français dans la seconde moitié :

Je ne trace pas de cercle 

Je le franchis —

Je veux des mots comme des éperviers 

volant 

fonçant

ivres de soleil.

Étonnant, le grec !

Dans la langue écrite, l’étonnement est marqué par un point d’exclamation (!). Et bien, la langue grecque est étonnante : le point d’interrogation lui-même est marqué par un point-virgule ; tiens ! tiens !

Ainsi, « Bonjour, comment t’appelles-tu ? », s’écrit : « καλημέρα, πώς σε λένε ; » (ελληνικα στο π και φ 1, p. 19)

Mais l’étonnement grec est tout aussi exclamatif (!). Ouf !

« το κομπολόι » (Le koboloï, D. Psychoyos)

Extrait de la nouvelle Le koboloï, dans le recueil Papillotes, Γευστικές αναμνήσεις, de Dimitri K. Psychoyos, bilingue grec-français, L’Asiathèque. Nouvelles présentées et traduites du grec moderne par Nicole Le Bris, 2024.

S’offrir un tel livre bilingue, c’est une manière de fêter un premier cours de grec, avec l’association Phonie Graphie Φωνή Γραφή et un prof., Benakis Matsas, qui ferait parler grec à une huître tellement il s’investit dans le processus d’enseignement et l’interaction avec ses étudiants.

On appendra que l’homme est membre du comité scientifique des éditions Eterotopia et aussi philosophe, inscrit en thèse, avec une belle ambition. Selon ses propres mots (site Université Paris 8) « à l’instar d’une philosophie politique qui fût « l’enfant d’un besoin de l’humanité » (Feuerbach), ce travail répond au besoin de penser, d’un seul élan, la catastrophe et l’utopie, l’aliénation sociale et l’aliénation mentale, l’histoire moderne et le temps présent. » Pas étonnant alors de le voir nous montrer comme on écrit Gilles en grec, prenant l’exemple de Gilles Deleuze : Ζιλ Ντελέζ.

Bref, la fête ne fait que commencer !

Mais, trêve d’éloges, place à la littérature grecque qui, dans ce recueil de nouvelles, est à même d’entretenir la flamme :

Έφθασε ο Γιάννης και με βρήκε συγχυσμένο να ψάχνω ακόμη στο αυτοκίνητο. Η στενοχώρια μου ήταν έκδηλη «μα πώς κάνεις έτσι, ένα κομπολόι ήταν». Αλλά ήταν το κομπολόι του πατέρα μου. Όταν πέθανε κληρονομήσαμε τη βιβλιοθήκη του (αγαπημένη κόρη του και αυτή που μεγάλωνε μαζί μας στα Λεχαινά και στην Αθήνα), το σπίτι του στο Νιοχώρι και τον μπελά να συνεχίσουμε να φτιάχνουμε κρασί και λάδι. Από τα προσωπικά του είδη σε εμένα έπεσε το κεχριμπαρένιο κομπολόι του, που είχε ιστορία: του το είχε χαρίσει ο πεθερός του, ο Ντίνος Μανιάτης, ο «γερο-παππούς Ντίνος» όπως τον έλεγαν τα δισέγγονά του για να τον ξεχωρίζουν από τον πατέρα μου, τον συνονόματό του «παππού Ντίνο». Στον γερο-παππού το είχε χαρίσει κάποτε, κατά τη δεκαετία του 1940 πρέπει να ήταν,

βουλευτής Ηλείας των Φιλελευθέρων, Γιαννόπουλος νομίζω.

Ατόφιο κεχριμπάρι βαλτικής, με χάντρες κυλινδρικές σε μέγεθος μούρου – όχι από τα συνηθισμένα μούρα αλλά σαν εκείνα τα μεγάλα και πιο-γλυκά-πιο-ζουμε- ρά-δενγίνεται που είχα γευτεί κάποτε στο ξωκλήσι του ΆιΔημήτρη στη Δράκεια – φθαρμένες στο εσωτερικό τους από εκατομμύρια διαδρομές πάνω στον μεταξωτό σπάγκο και στις πάνω-κάτω επιφάνειές τους από τα ισάριθμα κροταλίσματα της μιας πάνω στην άλλη.

Ήταν απαιτητικό το κομπολόι του παππού και του πατέρα: όταν είχες καιρό να το πιάσεις, πείσμωνε: θάμπωνε, γινόταν τραχύ στην αφή, ακατάδεχτο. Μόλις ένιωθε τα δάχτυλά μου, μετά από λίγη ώρα γινόταν στιλπνό και τρυφερό, υγρό σχεδόν, μπουμπούκιαζε – μπορεί να φαίνεται τολμηρή αλλά μάλλον σεμνότυφη είναι τελικά η λέξη «ρωγομέτρημα» για το απαλό και σιωπηλό χάιδεμα των χαντρών (σε αντίθεση με το «μπεγλέρισμα» που στριφογυρίζουν ή πέφτουν και κροτούν οι χάντρες). αντιστοιχεί σε πολύ πιο αισθα- ντικό χάδι. 

Traduction française par Nicole Le Bris :

Yannis arriva et me trouva chamboulé, en train de chercher une fois de plus dans la voiture. Mon chagrin était visible. « Pourquoi ça te touche à ce point ? C’était juste un koboloï. » Oui, mais c’était le koboloï de mon père. À sa mort nous avions hérité de sa bibliothèque (qu’il aimait comme sa fille, et qui avait grandi en même temps que nous à Léchaina, puis à Athènes), de sa maison de Niochori, et du tintouin d’avoir à faire le vin et l’huile à notre tour. Parmi ses objets personnels il y avait son koboloï, qui me revint. Ce chapelet avait une histoire : mon père l’avait reçu en cadeau de son beau-père, Dinos le Maniote, « le vieux grand-père » comme l’appelaient nos enfants, pour le distinguer de mon père, qui avait le même prénom et qu’ils appelaient « grand-père Dinos ». Et le vieux grand-père l’avait lui-même reçu jadis en cadeau, ce devait être dans les années quarante, d’un député d’Élide inscrit au parti des Libéraux, Yannopoulos, je crois.

Il était tout en ambre de la Baltique, avec des perles cylindriques grosses comme des mûres – pas comme des mûres ordinaires, mais comme ces grosses mûres, divinement sucrées et succulentes, que j’avais goûtées un jour à la chapelle Saint-Dimitris à Drakia ; usées à la fois en leur centre par les millions de trajets le long du cordon de soie, et à leurs deux pôles par les millions de petits chocs nés de leurs rencontres. C’était un koboloï exigeant que celui du vieux grand-père et de mon père : quand on trouvait le temps de le prendre il commençait par faire la mauvaise tête, se ternissait, devenait rêche au toucher, hostile. Mais dès qu’il sentait mes doigts, très vite il se faisait lisse et tendre, presque humide, bourgeonnant — « compter les globes » dit-on, « rogometrima », et le terme peut paraître osé, mais finalement il est plutôt prude pour qualifier la douce et silencieuse caresse autour des perles (par opposition à l’autre geste, celui de « dévider », « beglerisma », qui les fait tournoyer, glisser et cliqueter) : la caresse qu’il désigne est beaucoup plus sensuelle.

Notes de la traductrice :

« Le koboloï, ou komboloï, est cette sorte de chapelet, sans signification religieuse spéciale, qu’aiment à manier les hommes en Grèce et à Chypre. »

« Le mot grec « roga » s’emploie à la fois pour désigner un grain de raisin, une perle de chapelet  (qu’on « égrène »), et le téton féminin. »