Le Ventoux par la face molle

Les coureurs du Tour de France n’auront guère le loisir, en cette étape du Ventoux, de lire Méli-vélo, l’abécédaire amoureux du vélo, de Paul Fournel (Points Seuil).

Il écrit comme on  » pédale dans l’huile  » (voir l’expression), c’est-à-dire avec une jolie vélocité !

Citons-le à l’entrée  » Ventoux  » :

 » Le Ventoux n’a pas d’en-soi. Il est le plus grand révélateur de vous-même. Il vous restitue simplement votre fatigue et votre peur. Il sait tout de votre forme et de votre capacité au bonheur cycliste. C’est vous-même que vous escaladez. Si vous n’avez pas envie de savoir, restez au pied. « 

Notice qu’il conclut par cette citation de Francis Huger, chroniquant le Tour en 1965 pour France-Soir (Huger, auteur remarqué des Fadas de la pétanque) :

 » Poulidor avale le Ventoux avec la voracité d’un cannibale engloutissant le mollet d’un archevêque. « 

Nos amis Papous souhaitent la même hyperbole grandiloquente aux acteurs du Tour 2009. Mais la fin est déjà écrite : le méli-vélo du mollet en laissera plus d’un mol, tant le Ventoux n’a rien d’un mou.

Mille excuses

En plein meeting, le 12 juin, Barack Obama avait rédigé un mot d’excuses à destination de l’école de la jeune… Kennedy, une étudiante qui faisait l’école buissonnière pour assister au discours du président américain.

Auparavant, le 20 mars, le président américain avait présenté ses excuses aux handicapés pour sa première grosse gaffe publique, une plaisanterie comparant ses prouesses au bowling à celles des participants aux jeux Paralympiques.

Le Sénat des Etats-Unis a formellement présenté des excuses ce jeudi 18 juin, au nom du peuple américain, pour « l’esclavage et la ségrégation raciale » envers les Noirs américains. » Cette résolution symbolique a été approuvée par acclamation, démocrates et républicains étant largement d’accord sur les termes du texte. Elle intervient à la veille de la célébration annuelle de la fin de l’esclavage aux Etats-Unis en 1865, après la guerre de Sécession. « ,nous précisent les journaux.Mille excuses.

La littérature comme nettoyage en règle

Le recueil de nouvelles :

Skull Fragments, de Michael A. Arnzen (61 p., édition bilingue, Les Perséides, coll. art bref), traduit de l’américain par Jérôme Charlet. Première traduction de cet auteur en français.

L’incipit :

Plonger

Un jour, vous emmenez votre fille au fast food à côté de chez vous.

Page suivante :

Vous, vous mangez votre hamburger, comme d’habitude. Mais cette fois, soudain, vous l’entendez crier. Crier pour de vrai.

Signe particulier :

Écrivain la nuit, professeur d’anglais le jour à l’université catholique de Seton Hill, où il enseigne aussi  » l’écriture des fictions populaires « .

Voir son film Cadavre exquis (2006) :

Lieu de naissance probable : 

Amityville (sic).

la littérature comme une critique de la vie

L’extrait : Ce n’est pas en exigeant de l’écrivain imaginatif qu’il traite de  » jolies choses  » que le lecteur mécanique interfère dans la production de chefs-d’œuvre, mais bien par sa propre incapacité à discener les  » jolies choses  » dans un livre, aussi formidable soit-il, dès qu’une difficulté se présente à ses yeux. Pour ceux qui envisagent la littérature comme une critique de la vie, rien n’est plus déconcertant que cette incapacité à distinguer l’idée directrice d’un livre – sa valeur technique et imaginative considérée comme un tout — de ses caractéristiques purement factuelles.

Le livre : Le vice de la lecture, Edith  Wharton, 1903, éd. française Les éditions du Sonneur, 2009, 38 p. traduction de l’américain par Shaïme Cassim.

L’état de scandaleuse absence

 » Nous vivons dans un temps où les philosophes s’abstiennent. Ils vivent dans un état de scandaleuse absence. Il existe un scandaleux écart, une scandaleuse distance entre ce qu’énonce la Philosophie et ce qui arrive aux hommes en dépit de sa promesse ; dans le moment même qu’elle redit sa promesse, la Philosophie est en fuite. Elle n’ai jamais là où l’on aurait besoin de ses services. Elle est, ou plutôt paraît, démissionnaire. Il faudra même parler d’abandon de poste, de trahison. »

Paul Nizan, Les chiens de garde (Rieder, 1932). L’extrait cité est l’entrée du chapitre « Démission des philosophes », p. 33 de la réédition Maspero en 1960.

Deville écrit des vies en accéléré

Place Stalingrad à Paris, sous le Magic mirror, joli chapiteau où la lumière défracte en lumens apaisés… deux écrivains, une rencontre de Paris en toutes lettres ce samedi de fin d’après-midi parisien humide. La parole est comme la lumière du lieu, apaisée. Saint-Nazaire est le point commun entre Jean Rolin (Un chien mort après lui, P.O.L) et Patrick Deville (Equatoria, Seuil).

J’aime bien la phrase de Deville. Elle développe une ampleur conforme a son souci de  » chercher une forme  » qui englobe plusieurs genres littéraires. Lui-même qui tient à la précision  » roman  » sur la page de couverture, aime travailler des  » romans sans fiction » (bel oxymore) où il cherche à écrire  » des vies en accéléré « . Parmi les extraits lus, gardons et notons celui-ci (dans le livre c’est la partie  » en Algérie « , chapitre  » dans les rues  » :

C’est à l’extrémitié de la rue Didouche-Mourad qu’il conviendrait d’installer ce matériel cinématographique complexe que j’avais expérimenté en 97 sur l’avenue Simon-Bolivar de Managua, au Nicaragua, un système capable de restituer en accéléré l’ensemble chaotique des images du passé : un Romain taille la vigne sur ce qui est encore une colline très éloignée du port de Tipaza. Des cavaliers arabes conquérants fondent depuis Le Caire dans un nuage de poussière…

donc lire la suite p. 174.