Version outre-mer n° 14

Autant de monde que l’an dernier mais achats en baisse, telles étaient les estimations de la fréquentation et du chiffre d’affaires des éditeurs exposants, hier à la fin de la nocturne. Aujourd’hui dernier jour du Salon.

 « Chân Dàng », c’est-à-dire « engagé sous contrat » en vietnamien, est le titre d’un roman de l’écrivain calédonien Jean Vanmaï, publié en 1980. Imaginez sa tête quand il a découvert aujourd’hui le livre d’un compatriote publié par Dualpha, qui se présentent comme « éditions non-conformistes » et portant le même titre, « Chân Dàng ». « Plagiat ! », s’est-il écrié en français, scandalisé.

Teahupoo, livre sur le surf polynésien, déjà vendu à 7000 exemplaires sera prochainement traduit en japonais. Son éditeur, Au Vent des îles, annonce la sortie prochaine d’un Va’a (pirogue polynésienne) dans la catégorie « Beaux livres ».

L’écrivain haïtien Gary Victor a été récompensé du prix littéraire des Caraïbes 2008 pour son roman Les Cloches de la Brésilienne. Ce prix devrait consoler son éditeur, Vent d’ailleurs, qui n’a pas supporté la fausse alerte à la bombe de dimanche : à l’heure dite, il a dû bazarder les agapes prévues pour 300 invités !

 « Que la critique ait l’intelligence du cœur », mot entendu dans un débat au Salon, de Joseph Macé-Scaron, directeur du Magazine littéraire, dont le dernier numéro (nouvelle formule) publie un portrait de Toni Morrison signé Léonora Miano.

En 2009, l’invité du Salon du livre sera le Mexique. A lire donc, Carlos Fuentes, Octavio Paz (Prix Nobel) et l’auteur libertaire de polars Paco Ignacio TAIBO II. On connaît un écrivain franco-togolais qui a du nez : Sami Tchak vient de sortir au Mercure de France, Filles de Mexico.

 

Version outre-mer n° 13

Mardi c’est nocturne. Ouverture du Salon jusqu’à 22h.

Combien ça coûte ? Pour le stand du Pacifique, la seule location du stand coûte 16 760 €. Avec une baisse de 30% des ventes, ça fait cher payée la participation. Sur le bilan, on y revient demain, dernier jour du Salon.

Koffi Kwahulé est un écrivain, dramaturge et comédien né en Côte d’Ivoire, lauréat 2006 du Prix Ahmadou Kourouma pour son très beau roman Babyface (Gallimard, Continents noirs). En résidence dans le quartier parisien cosmopolite de la Goutte d’Or, son écriture est fêtée pendant les deux mois d’avril et de mai. C’est mérité, très largement mérité, entre colloque, théâtre et concerts de jazz. Le must : il anime avec les femmes du quartier (en foulard ou pas) un atelier d’écriture sur le thème de la joie. Ça ne s’invente pas et c’est présenté au public le 10 avril au Lavoir Moderne Parisien… Un conseil : réservez !

Un atelier d’écriture collective sur les nouvelles formes d’écriture est animé par Arnaud Cathrine au Salon à 17h30.

Version outre-mer n° 12

Dimanche : alerte à la bombe et évacuation pour une heure du Salon du livre. 

Lundi : journée professionnelle (mardi on se rattrapera avec la nocturne).

Les scolaires du 9-3 en profitent : à 9 h 30 ils rencontrent l’écrivain israélien Aharon Appelfeld.

à 10h, stand de Radio-France, un débat affiche la question provocatrice : « 80 000 titres par an, l’édition française est-elle en train de se creuser une tombe de papier ? »

à 11h30, Les premiers auteurs de la nouvelle collection d’Actes Sud junior : Ceux qui ont dit « non ». Dont le brillant et très recommandable Nimrod avec Rosa Parks : Non à la discrimination raciale [et un prochain Victor Schœlcher, annoncé pour septembre].

Les 60 ans du manga ont été célébrés samedi par un colloque à la Maison de la culture du Japon. Ce colloque se poursuit aujourd’hui au Centre d’études et de recherches internationales, 56 rue Jacob à Paris. Thèmes : 1.La réception du manga en Europe, 2.Style et narration, 3.L’avenir du manga.

L’avenir du manga a de l’avenir. Sur le programme du Salon, à 14h30, on peut lire : L’avenir du manga ! L’auteur de Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière, s’est fait porter pâle.

Lors de la rencontre Enseigner l’histoire de l’esclavage et la Shoah, hier sur le stand de France Télévisions, on a appris la publication (probablement pour le 10 mai) du livre de Sophie Ernst, Quand les mémoires déstabilisent l’école.  

Version outre-mer n° 11

« Juifs et Noirs en miroir ». Entendues ces paroles sur le stand de France Télévisions, samedi entre 18h et 19h30, lors de la rencontre qui a réuni trois historiens et un cinéaste. Frédéric Régent, historien de la démographie (Guadeloupe) : « Parmi mes ancêtres je compte des colons juifs et des esclaves. » ; Patrick Weil, historien de la nationalité : « Le concept de crime contre l’humanité est bien de facto présent dans le décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage. » ; Pap Ndiaye, historien des minorités aux Etats-Unis : « Via Internet le discours antisémite sur la traite a influencé des groupes et des personnes en dehors des Etats-Unis, en particulier dans le monde caraïbe.» ; François Margolin, cinéaste : « En Afrique, plusieurs groupes ethniques qui se sentent discriminés se déclarent ʺ juifs ʺ. »

Jeune Afrique consacre un dossier de 10 pages à la littérature subsaharienne francophone, avec une bibliothèque idéale de 50 titres.

L’écrivain algérien de talent Boualem Sansal est lauréat du Grand Prix RTL-Lire 2008 pour Le village de l’Allemand. Son roman raconte l’histoire de deux frères d’origine algérienne, élevés dans une banlieue française par un oncle, qui vont découvrir le passé terrible de leur père. Officiellement ancien combattant du FLN, il était en réalité allemand, ancien officier SS réfugié en Algérie.

La romancière Véronique Ovaldé est lauréate du prix France-Culture/Télérama pour Et mon cœur transparent (L’Olivier).

Personne parle papou et pourtant…

Si les pays étaient représentés en fonction de leur importance linguistique, la Papouasie-Nouvelle-Guinée serait numéro 1, avec 823 langues, comme le montre ce planisphère. Seulement neuf pays parlent plus de 200 langues : Papousie-Nouvelle-Guinée 823 langues, Indonesie 726, Nigeria 505, Inde 387, Mexique 288, Cameroun 279, Australie 235, RDC Congo 218, Chine 201, Brésil 192, Etats-Unis 176, Philippines 169.

Source : Les limites des langues du linguiste suédois Mikael Parkvall, cité par le site Srange Maps.

En cherchant bien, la France atteint le score non négligeable de 75 langues parlées par ses résidents, dont les 28 langues kanak, selon le rapport Cerquiglini (1999).

Le Pacifique, papou ou kanak est très bavard, mais personne parle papou ou kanak ou africain ou européen.

Chamoiseau : les fraternités issues des imaginaires

Remue.net publie un entretien avec Patrick Chamoiseau, après la publication de Un dimanche au cachot (Gallimard), dont nous avons pratiqué ici un exercice d’admiration [Papalagui, 9/10/07]. Chantal Anglade est allée le rencontrer à Fort-de-France, accompagnée de Jean-Luc Vilus. Une rencontre-fleuve en deux parties : Sapiens découvre le monde et L’épique du psychisme.

Extrait de  » Sapiens découvre le monde  » :

 » Comment nous pourrons vivre ce monde, tout seul, en tant qu’individu ? Comment notre individuation nous permettra de construire de nouvelles solidarités ? Quel sera le ciment des sociétés multi transculturelles ? c’est cela notre problématique … Moi qui suis un écrivain à peau noire, je suis plus proche de n’importe quel écrivain blanc qui relève d’une créolisation historique, n’importe quel écrivain blanc de la Caraïbe que d’un écrivain africain, même si j’ai des solidarités énormes et évidentes avec l’Afrique. Et ce n’est pas parce que j’écris en Français que je suis un écrivain français ; je suis plus proche de n’importe quel anglophone ou hispanophone de la Caraïbe que d’un écrivain français ; Garcia Marques et Carpentier sont vraiment des frères. Aujourd’hui, tous les anciens marqueurs identitaires sont invalidés, nous entrons dans une complexité telle que les fraternités, que les terres natales, que les langues pourront se choisir et que pour trouver mon frère en littérature, il faut voir quelle est sa vision, sa compréhension du monde. Ce sont ces structures d’imaginaire qui vont créer les fraternités. Les anciennes anthologies littéraires ne marchent plus : on ne peut plus classer ni sur la peau (mettre tous ceux qui ont la peau noir ensemble dans un rayon négro-africain), ni sur la langue (mettre ensemble tout ce qui est écrit en Français, dans un rayon littérature française-littérature francophone) ; les nouvelles anthologies seront faites sur des structures imaginaires. « 

Version Outre-mer n°7


Eclaté l’Outre-mer ? Trois espaces distincts accueilleront les visiteurs du Salon : l’un est loué par le Ministère de l’Outre-mer, un autre regroupe les éditeurs océaniens (loué par les gouvernements polynésiens et calédoniens), d’autres enfin s’affichent sous leur propre bannière : Ibis Rouge et Orphie.

N’ayons pas peur des mots (suite). Sur le stand France Télévisions, outre « Juifs et Noirs en miroir », samedi 15 à 18h, nous organiserons le débat « Enseigner l’histoire de l’esclavage et la Shoah », dimanche 16 à midi, avec Eric Mesnard, professeur d’histoire-géographie, nouveau membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage, auteur avec Aude Désiré d’Enseigner l’histoire des traites et de l’esclavage, et Sophie Ernst, philosophe de l’éducation, auteur du livre (à paraître) : Quand les mémoires déstabilisent l’école : commémorations négatives et enseignements difficiles.

Par ailleurs, le CNL propose la rencontre « La Shoah dans la littérature contemporaine israélienne », dimanche 16 mars à 13h30.

Quels seront les mots de la rencontre ? Les deux écrivains sénégalais Ken Bugul et Boubacar Boris Diop nous donnent rendez-vous dans le cadre de la Biennale des littératures d’Afrique noire, aujourd’hui à 20h30, à Saint-Médard en Jalles (Gironde).

Le mot du jour : « indigo ». L’île de Marie-Galante a envoûté Michèle Gazier, ancienne critique à Télérama, qui signe avec Un soupçon d’indigo (Le Seuil) un suspense intimiste réussi.

Le mot du mois : « en ligne », selon le tout nouveau site FranceTerme , du ministère de la Culture et de la Communication, consacré aux termes recommandés au Journal officiel de la République française.

Version outre-mer n°6

Ibis Rouge, l’éditeur de Matoury (Guyane), vient au Salon du livre avec un auteur cubain, Pedro Pérez Sarduy, pour un roman publié en français en 2007, Les Bonnes de La Havane. « Oubliez Jean Genet » nous conseille la préface. On y reviendra.

Orphie, l’éditeur réunionnais annonce pour aujourd’hui un nouveau livre de l’historien réunionnais Daniel Vaxelaire : Ile Maurice en 200 questions réponses. Et un nouveau venu de Guyane, qui répond au nom de plume de Nic Pero avec le livre Corvus Corone au pays des noirs marron.

Mots de passe. La Semaine de la langue française est placée, à partir du 14 mars, sous le signe des dix mots de la « rencontre » (lancement hier au ministère de la Culture et de la Communication) : Apprivoiser, Boussole, Jubilatoire, Palabre, Passerelle, Rhizome, S’attabler, Tact, Toi, Visage.

« Métisserie » est le joli mot, inventé par Alain Rey pour qualifier la créolisation de la langue française depuis le Moyen Âge.

Son essai, L’Amour du français, est publié chez Denoël. Sous-titre : « Contre les puristes et autres censeurs de la langue ».

Un dernier mot : A l’unanimité, Le Club des Cinq a distingué hier à l’issue de l’une des émissions les plus courues de la place de Paris-sur-Mer, le roman de Patrick Chamoiseau, Un Dimanche au cachot (Gallimard). Diffusion sur RFO-Radio en fin de semaine aux heures habituelles.

 

Version outre-mer n°5

Il est des mots polémiques. Pour voir, essayez le mot « Israël », invité du 28e Salon du livre de Paris, du 14 au 19 mars.

« Boycott », ont répondu le Liban, l’Egypte, l’Algérie, le Maroc. Pas le boycott des J.O. de Pékin mais du Salon de Paris.

Auront-ils des mots ? ces lecteurs professionnels réunis aujourd’hui par Dominique Roederer, directeur de la rédaction Radio de RFO. Pour Paris-sur-Mer, cinq romans passés au crible de la critique : Coupeurs de têtes, de Abdou Mambo Baco (Orphie), Le Discours profane, de Miguel Duplan (Éditions des Équateurs), Un Dimanche au cachot, de Patrick Chamoiseau (Gallimard), Un rêve d’éternité, de Jean-Claude Fignolé (Sabine Wespieser), Le Témoin des Salomon, de Marc de Gouvenain (Au Vent des îles). C’est l’une des émissions les plus courues de la place de Paris. On l’entend outre-mer et on l’écoute en ligne en fin de semaine.

N’ayons pas peur des mots : « Juifs et Noirs en miroir », est l’une des rencontres organisées au Salon du livre, samedi à 18h, stand France Télévisions.

Mot du jour : « japonais ». Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer était le roman qui a fait connaître Dany Laferrière, en 1985. L’écrivain montréalais, qui a grandi à Petit-Goâve (Haïti), récidive dans la provoc. foutraque avec Je suis un écrivain japonais. Pour passer une heure avec Dany Laferrière, il suffit d’écouter Éclectik , émission de France-Inter, diffusée le 8 mars, et disponible à l’écoute.