Car il s’agit de ça : apprendre l’oubli

 

Le personnage : Opérateur de fabrication, Shangaï (Femme)

Tu t’assois
Tu allumes une lampe de poche et tu commences à calligraphier
Dans le bruit des duchesses victoriennes, des geishas, des vampires, des mandarins, des pirates, des sorcières, des guerrières, des cow-boys, des pharaons, des dragons qui dansent dans le carnaval organisé par le département ressources humaines pour atténuer les effets de la dernière vague de suicide dans l’entreprise /
Tu as oublié Chan
Tu as oublié sa respiration sur ton cou
Tu as oublié son corps aspiré par la terre
Tu as oublié l’usage de mots
Tu as oublié de compter jusqu’à 16
Tu as oublié qu’il ne faut pas rompre la chaîne
Tu as oublié qu’on allait tous disparaître en particules /
Car il s’agit de ça : apprendre l’oubli.

extrait de la pièce d’Alexandra Badea, Pulvérisés, L’Arche éditeur.

Pièce très réussie, vue il y a tout juste une semaine au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Il est question d’êtres pulvérisés par la mondialisation (comment la façade corporate socialisée, lissée, marketée, est pulvérisée, comment l’intime explose). Quatre personnages, deux hommes, deux femmes, interprétés avec justesse par Stéphane Facco et Agathe Molière. Mise en scène sobre et très efficace d’Aurélia Guillet et Jacques Nichet, sons et lumières au cordeau.

Tous sont à féliciter : scénographie Philippe Marioge musique originale Nihil Bordures création vidéo Mathilde Germi création lumières Jean-Pascal Pracht costumes Elisabeth Kinderstuth assistante à la mise en scène Ariane Boumendil régie générale et vidéo Pierrick Lenormand photographies projetées de Alfredo Caliz / Rea, Denis Darzacq / Agence Vu, Toru Ukai construction des décors et réalisation des costumes Ateliers du TNS production et administration Scènarts / Rémi Jullien, Louise Jullien-Tamisier

Pour eux, et malgré les temps de crise, ou justement à cause de ces temps de crise, on espère une belle tournée.

Lire la critique du bout des lèvres de Brigitte Salino du Monde : « Le spectateur, qui aimerait entendre chaque mot de cette pièce qu’il découvre, doit tendre l’oreille pour suivre les monologues, interprétés par Stéphane Facco et Agathe Molière. Les deux comédiens se partagent les quatre rôles. Ils sont en noir, peu éclairés et semblent petits sur le plateau, tandis que les personnages qu’ils incarnent apparaissent en grand sur les murs du décor, sous la forme de quatre photos de visages des quatre coins du monde, qui attirent le regard. Cet effacement de la chair devant l’image est sûrement destiné à faire entrer directement les spectateurs dans la tête des protagonistes de Pulvérisés. Il va dans le même sens que le jeu avec le son et la vidéo, très travaillé, qui tire volontairement la représentation vers la performance. Certes, c’est souvent beau, et prenant. Mais c’est insuffisant pour rendre compte de l’écriture d’Alexandra Badea, prisonnière d’une union périlleuse entre le théâtre et les arts plastiques. »

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