Qu’est-ce qu’un « théâtre des minorités » ? (Avignon, décembre 2010)

Qu’est-ce qu’un « théâtre des minorités » ? Pourquoi le théâtre, cet art réputé bourgeois, a-t-il des affinités avec les marges de toutes sortes ? Telles seront parmi d’autres les questions qu’évoquera le troisième colloque « Théâtres des minorités » à l’Université d’Avignon du 8 au 10 décembre 2010, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, département Identité culturelle, textes et théâtralité.

On peut lire dans son appel à contribution :

« Sur tous les continents, dans les contextes les plus variés (post-coloniaux ou pas), le théâtre contemporain est riche d’expériences qui cherchent à donner une visibilité à des communautés humaines que l’on perçoit (ou qui se perçoivent) comme minoritaires. Qu’elle soit de nature linguistique, ethnique, politique, sociale, culturelle ou sexuelle, la revendication minoritaire trouve dans les arts de la scène un medium privilégié. Peut-être parce qu’il a lui-même à voir avec les notions de centre et de périphérie, de conformisme et de marginalité, de domination et d’inféodation, notions qu’il ne cesse d’interroger ou de faire jouer, le théâtre sait se mettre à l’écoute du malaise identitaire, pour lui donner une résonance universelle.

Comment parler à tous, ou du moins au plus grand nombre, quand on porte la parole de quelques-uns ? Comment aller vers la majorité au nom de la minorité ?

Comment éviter les impasses et les périls de la ghettoïsation ?

En dehors des sphères occitanes ou catalanes, évoquées lors des
précédents colloques, nombre de formes théâtrales régionales tentent d’échapper aux clichés de l’animation folklorique. Quant à ceux qui vivent l’exclusion sociale, le racisme et la discrimination, ils tentent eux aussi, de diverses façons, de régénérer l’utopie d’un art dramatique véritablement populaire. »

Solidarité du théâtre français avec Haïti, un appel de J.M. Ribes

Extrait de l’appel de Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-point, à Paris, adressé à la Fédération nationale des compagnies de théâtre amateur et d’animation (FNCTA ) :

Un mois après le tremblement de terre en Haïti, nous vous proposons une action fédératrice
pour soutenir les actions entreprises sur place par les artistes haïtiens.
Rassemblons le plus grand nombre de théâtres et de scènes prêts à reverser tout ou partie
d’une de leurs recettes aux collectifs d’artistes d’Haïti.

(…)

Le 27 mars étant la journée internationale du Théâtre (initiée par l’Unesco en 1961), il suffit
d’envoyer avant cette date un chèque à l’ordre de «l’Institut Français d’Haïti », à l’adresse
suivante :
Culturesfrance, Sophie Renaud, directrice du Département des échanges et coopérations artistiques, Caraïbes en création / Solidarité Haïti, 1 bis av de Villars – 75007 Paris et de nous indiquer par mail (jd.magnin@theatredurondpoint.fr) votre soutien et le montant de votre don. »

Création de la pièce Melovivi de Frankétienne à Paris le 24 mars

Événement annoncé : Melovivi ou le piège, une pièce écrite en novembre 2009 par l’artiste, écrivain Frankétienne, sera créée le mercredi 24 mars 2010 avec en scène l’auteur lui-même et l’acteur Garnel Innocent, à l’Unesco, à Paris, au terme d’un colloque sur Haïti (source Alterpresse). NOTE : la création aura lieu le 24 et non le 22 comme annoncé par erreur dans la dépêche.

Melovivi (en créole) ou Le piège (en français) raconte l’histoire de “deux individus enfermés, prisonniers dans un espace délabré, dévasté, sans issue, à la suite d’un désastre. Pour ne pas crever dans ce lieu d’enfermement, ils parlent, déparlent, délirent sur les malheurs provoqués par les prédateurs de la planète.”

Pendant le séisme du 12 janvier dernier, Frankétienne venait de terminer la répétition de cette pièce. Il raconte cet « horrible cinéma d’apocalypse » sur le site d’Étonnants voyageurs :

« 4h 52 de l’après-midi sous les lueurs magiques crépusculaires au moment où le soleil semblait ramasser ses derniers feux pour s’éloigner du continent américain et de l’archipel caraïbe, tout commença à basculer vers quelque chose d’indescriptible et d’inhabituel. Un monstre souterrain, un faisceau de boas enchevêtrés, un intense yanvalou souleva toute la maison et l’environnement terrestre avec une rage époustouflante. Il n’y avait plus de temps. Il n’y avait plus d’espace. Il n’y avait que l’espace-temps de l’épouvante. L’espace-temps de la terreur. L’espace-temps de la démence. L’espace-temps de la déraison. L’espace-temps de la folie anonyme. L’espace-temps de l’insupportable.

Et pourtant, cette danse macabrement nouée de dissonances, de cavalcades bruyantes, de boulines chaotiques, de déglingues désarçonnantes et de faux silences, n’avait duré que 45 secondes. Une étrange éternité de chamboulements, de chambardements, de désastres, de calamités, de catastrophes et de bouleversements dont les séquelles, les meurtrissures, les blessures, les traumatismes et les cicatrices demeurent inapaisables, inextinguibles, inoubliablement atroces.
Un calypso d’effondrement ! »

Consulter un extrait de Melovivi dans Papalagui du 24 février dernier.

Lecture d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour (Lemoine, Odéon, 17 mars)

Le Théâtre de l’Odéon propose une lecture d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine, le 17 mars à 17h, salle Roger Blin, à Paris.
Dans le cadre des « Nouvelles Zébrures « , manifestation littéraire annuelle du festival des Francophonies en Limousin, cette lecture sera assurée par Dominique Pinon, Nicole Dogué, Clotilde Ramondou, Jean-René Lemoine, Aurore James, Denis Boyer, Thomas Visonneau.
Le texte a reçu le Prix SACD 2009 / Les Francophonies en Limousin.

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour, publié aux Solitaires intempestifs en octobre 2010, est ainsi résumé par l’éditeur : « La pièce comique met en scène des vivants et des êtres de l’au-delà. Les pères ont disparu, les fils se sont enfuis ou reviennent en spectres, les visions hallucinées se font en créole. »

Avec sur la quatrième de couverture ce prétexte : « Tristan n’aurait pas dû partir. Il n’aurait pas dû aller faire le reporter. Est-ce que c’est une profession, reporter ? Je n’ai pas abandonné le théâtre pour que mes enfants aillent faire les reporters. Et maintenant il disparaît comme tous les reporters et je me retrouve envahie par l’Afrique, prise en otage dans ma propre maison, harcelée par un fantôme qui n’a même pas la décence de se draper dans un linceul, comme les fantômes de bonne famille. »

 

Solidarité Haïti : Thérèse en mille morceaux (Lyon, 9 mars)

Thérèse en mille morceaux, pièce de théâtre de Pascale Henry, adaptée du roman de Lyonel Trouillot, sera présentée au théâtre des Célestins, de Lyon, du 9 au 13 mars 2010 (en présence de l’auteur).
La recette de la représentation du 9 mars à 20 heures (prix des places 30 et 60 euros) sera entièrement versée au Centre culturel Anne-Marie Morisset de Delmas, quartier de Port-au-Prince pour des projets « de formation, des activités sportives et des jeux, une bibliothèque jeunesse, des vendredis littéraires et d’autres formes d’expression artistique. »
La librairie Passages à Lyon s’associe au théâtre Célestins pour cette soirée au profit de Haïti.
Voir le reportage consacré à Lyonel Trouillot à Lyon en 2007.

Le Rhinocéros en charge du théâtre haïtien

La Charge du Rhinocéros, une association belge de coopération artistique, connue en particulier pour avoir mis sur pied à Port-au-Prince depuis 2003 le Festival de théâtre Quatre Chemins, organise le Printemps haïtien, dimanche 21 mars à Bruxelles, une journée de solidarité pour la « reconstruction par l’art et le théâtre », avec le soutien d’artistes belges et haïtiens.

« Sublimer l’adversité par la fête », ambitionnent les organisateurs autour d’Olivier Blin, directeur d’une manifestation dont « les bénéfices permettront à six compagnies théâtrales haïtiennes de créer six spectacles à destination des sinistrés du 12 janvier dernier. »

 A l’affiche notamment : Ayiti, de et avec Daniel Marcelin, mise en scène Philippe Laurent
, du 16 mars au 2 avril 2010 à 20h30, 
Espace Magh, 17 rue du Poinçon, 1000 Bruxelles (lieu de résidence du Rhinocéros).

Dans son projet La Charge du Rhinocéros se propose de « mettre en place un travail de reconstruction par le théâtre qui débutera dans quelques semaines, une fois rencontrés les besoins primaires des Haïtiens. Il s’agit de salarier six directeurs de compagnies haïtiennes actives dans les différents quartiers de Port-au-Prince et de leur permettre, dans la dignité, de créer des spectacles destinés aux sinistrés : familles, enfants dans ou hors du processus de scolarisation.
Ces artistes ont des profils différents : l’un est un formidable marionnettiste, l’autre peut monter l’équivalent haïtien d’un Feydeau ou d’un Labiche, l’autre encore utilisera vraisemblablement le théâtre dans sa dimension plus thérapeutique… »

La Charge du Rhinocéros, pour qui le Papalagui n’est manifestement pas qu’un étranger…

Le piège (Frankétienne)

Le Nouvelliste , quotidien haïtien, publie un numéro spécial, daté 12 janvier / 12 février 2010, où l’on peut lire p. 16 l’extrait de la pièce de Frankétienne, Le Piège, écrite avant le séisme :

Deux individus A et B sont enfermés, prisonniers dans un espace délabré, dévasté, sans issue, à la suite d’un désastre. Pour ne pas crever dans ce lieu d’enfermement, ils parlent, déparlent, délirent sur les malheurs provoqués par les prédateurs de la planète.

PROLOGUE
A—Ni dehors, ni dedans.
B—Ni jour, ni nuit.
A—Ni blanc, ni noir.
B—Ni ici, ni ailleurs.
A et B – Nous sommes partout. Et nous ne sommes nulle part.
A—Où que je sois je babylone m’embabylone terriblement.
B—Où que je sois je m’embouchonne me tirebouchonne infiniment.
A–Et je m’encrapaudine et je me débobine de bîme en bîme irréversiblement
B—Jusqu’au fond de l’abîme dans le royaume du rien
A—L’hégémonie du rien l’hypertrophie du rien la gloutonnerie du rien la machinerie du rien !
Et le décor n’est qu’un prétexte existentiel dérisoire.
B—Un mirage.
A—Une hallucination.
B—Les objets et les corps sont des ombres. Des reflets illusoires. Un étrange cinéma dans une caverne obscure.
A—Devant-derrière droite-et-gauche mi-haut mi-bas la tête-en-bas.
B—Au-delà du silence et de la distance inaudible
A—Jusqu’aux frontières du songe.
B—Le songe devenu mensonge.
A—Et la nuit plus obscure se prolonge interminablement.
B—Dans un étrange espace indéchiffrable.
A—Espace déchiqueté.
B—Espace écharpillé.
A—Espace déchalboré.
B—Espace découronné.
A—Espace débondaré.
B—Espace défifoiré.
A—Espace défalqué déboisé.
B—Espace défouqué ratiboisé.
A—Espace déchouqué disloqué.
B—Espace distordu malfoutu.
A—Il n’y a plus d’espace.
B—Il n’y a plus de temps.
A et B—Il n’y a plus rien. Plus rien que le néant qui nous mange et nous démange.
A—Nous avons tout détruit.
B—Nous avons tout démantibulé.
A—Nous avons tout démâchoiré dans un tohu-bohu de déblosailles bruyantes assourdissantes.
B—Nous avons tout salopé et tout anéanti.
A—Masse plastique pathétique dramatique et tragique. Terreur mathématique chimique biochimique agglutinante des dioxines et des oxydes de carbone ! Nous avons salopété la planète dans un horrible jeu de ruines asphyxiantes et de magicritures lugubres.
B—Un épouvantable galimatias de zagribailles et de déchets en pourritures.
A—Un amoncellement de détritus, d’ordures et de fatras accumulés dans les villes, dans les canaux, dans les rivières, dans les fleuves, dans les embouchures sordides vaseuses et jusque dans les océans transformés en marécages gluants.
B—Ils sont irresponsables !
A—Ils sont tous des irresponsables, les fabricants et les trafiquants de bataclans toxiques.
B—Les distributeurs de poison. Les mercantiles, les mercenaires et les rapaces. Ils sont tous des irresponsables, les grands experts de la corruption et de la pollution planétaire.
A—Ils sont tous des irresponsables, les brasseurs de ténèbres et les virtuoses
de l’abîme.
A et B—Déconstombrance absolue ! Déconstombrance exterminatrice ! Déconstombrance
totale capitale !
B—Il fait obscurément noir ! Il n’y a pas de lumière ! Il n’y a que ténèbres !
A—Intenses battements du gouffre quand l’abîme nous avale.
B—Epouvante et panique!
A—Corps meurtris ! Corps défigurés ! Corps broyés !
B—Corps torturés ! Corps dépecés ! Corps laminés !
A—La douleur bouge dans nos entrailles en une brȗlante zinglinderie de tessons, de mitrailles et de ferrailles.
B—Mais il n’y a aucune lumière. Aucune clarté. Même pas la fausse blancheur d’une ombre.
A—La planète titube. La planète trébuche. La planète vacille. La planète oscille. La planète vire et chavire en tressaillements de frayeur et déraillements de terreur. Pas de lumière. Aucune lueur dans l’effondrement des villes, des bidonvilles, des palais et des châteaux en hécatombe cacophonique.
A et B—C’est la gangrène dans l’opéra! Le macabre opéra des rats !

Moussa Sanou, un métro d’avance

Drôle, sympa, plein d’humour, Moussa Sanou, vu au Théâtre des Amandiers, dans son propre texte, Je t’appelle de Paris, qu’il met en scène sur sa propre vie de comédien arrivant en France par un vol Air France et s’étonnant de tout, des habitudes ou des valeurs des Français, comme de leur métro (la capitale serait-elle construite par-dessus ?), un métro qu’il verrait bien dans sa ville burkinabée de Bobo Dioulasso.
Un second personnage interprété par Mamadou Koussé, d’abord endormi, puis dans l’échange de politesse infini, donne piquant et humour supplémentaire aux lettres persanes dites avec une profonde tendresse par Moussa Sanou, déjà vu dans Médée, dans le même théâtre, en début de saison.

Je t’appelle de Paris, Théâtre Nanterre Amandiers jusqu’au 14 février 2010.

Haïti en mille morceaux

À signaler la pièce Thérèse en mille morceaux, mise en scène par Pascale Henry au Théâtre de l’Est parisien, du 13 au 24 octobre, d’après le roman de Lyonel Trouillot.
Avec Jean-Baptiste Anoumon, Marie-Sohna Condé, Stéphane Czopek, Analia Perego, Aurélie Vérillon, Mylène Wagram.
Thérèse en mille morceaux est le portrait d’une femme, le récit d’une insurrection, d’une fille de propriétaires terriens dans Haïti des années 60…
Le roman débute ainsi :
« Un jour de mars 1962, Thérèse Décatrel quitta la ville du Cap pour ne plus jamais y revenir. Pour tout bagage, elle emportait son journal intime et quelques piastres ».

Koffi Kwahulé n’est pas qu’une hypothèse

A suivre :  » Koffi Kwahulé. Une voix afro sur la scène française contemporaine « , thèse de doctorat soutenue par  Virginie Soubrier, agrégée de Lettres classiques et enseignante, sous la direction du professeur Denis Guénoun.
La soutenance est prévue le samedi 19 septembre, de 14h à 18h, Amphithéâtre Descartes, Sorbonne, 1, rue Victor Cousin 75005 Paris.

Qu’écrit la doctorante sur l’écriture de Koffi Kwahulé ?

« L’écriture de Kwahulé est (…) une écriture déambulatoire qui contraint celui qui voudrait en témoigner à une reconstruction a posteriori. Mais, en dehors de ces extravagances de la fable, construites le plus souvent par les mises en abîme, qui brouillent sa linéarité, la font digresser et instaurent ainsi un ton d’écoute, un personnage singulier nous paraît à même de mettre en lumière ce qui, dans l’écriture de Kwahulé, crée un effet d’improvisation et rappelle « cette coopération étroite entre l’improvisé et le composé » qui caractérise le jazz.

Personnage paradoxal, il relève à la fois de l’ailleurs, du dehors, et de l’intimité des autres personnages : dans ces milieux cloisonnés où se déroulent les pièces de Kwahulé (cellule familiale dans La Dame du Café d’en face, cage de verre dans Big Shoot, ascenseur suspendu dans le vide dans Blue-S-cat, prison de Misterioso-119…), saturés par des passés lourds de viols et d’incestes, il arrive comme un intrus… »
Ce personnage, nous avons choisi de l’appeler « l’improviste », en empruntant ce néologisme à Jacques Réda. Agent rythmique, il crée une alternance de tensions et de détentes qui, effaçant toute causalité dramatique et toute cheville logique, contribue à la déchronologisation de la fable : plus d’avant ni d’après, ni de symétrie.
(Source : La Maison des auteurs, Les Francophonies en Limousin)
A lire :
Le tout dernier numéro de la revue Africultures (n° 77-78) avec un dossier consacré au théâtre:  » Fratries Kwahulé : Scène contemporaine choeur à corps « , 
coordonné par Sylvie Chalaye et Virginie Soubrier.

Sur Big Shoot, lire Papalagui, 6/04/08.

Dernier texte paru, né d’un atelier pour un groupe d’adolescents de Rodez et sa région (joué le 26 septembre à Rodez) :