“nous sommes heureux de vous accueillir
qu’est-ce que vous bouffez ?
du temps. et vous ?
un oeil de poisson. et vous ?
la pleine lune.”
Patrik Ourednik, Le Silence aussi, traduit du tchèque par Benoît Meunier, éd. Allia, parution le 5 janvier 2012.
“nous sommes heureux de vous accueillir
qu’est-ce que vous bouffez ?
du temps. et vous ?
un oeil de poisson. et vous ?
la pleine lune.”
Patrik Ourednik, Le Silence aussi, traduit du tchèque par Benoît Meunier, éd. Allia, parution le 5 janvier 2012.

Dans la nouvelle édition d’Au fil de l’eau suivi de Haïkais (Les premiers haïku français, 1905-1922), Éric Dussert [grand fourbisseur de marges littéraires, selon la MEL, lire sur FB aussi] nous gratifie de quelques exemples pour faire nos haïku nous-mêmes, empruntés à Émile Gribouri, Haïkaï du zinc, Ed. Fornax, 2004,
en 5, 7, 5 syllabes :
Au soir de sueur
Voir les vies depuis le bar
M’instruit tout à coup
ou en 7, 5, 5 syllabes :
Le loufiat indolent trône
Sert les bières nouvelles
Se tamponne du reste
ou en 5, 5, 7 syllabes :
Au café je lis
Je suis faible, vieux
client dont le verre bourgeonne

Georges Perec n’en a pas vraiment besoin, mais bon voilà, son Je me souviens est aussi une page sur FB.
En 1952, Frantz Fanon écrit Peau noire, masques blancs.
En 1952, Georges Brassens chante La Mauvaise réputation :
« Le jour du Quatorze Juillet
Je reste dans mon lit douillet.
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n’écoutant pas le clairon qui sonne.
Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux,
Non les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux,
Tout le monde me montre du doigt
Sauf les manchots, ça va de soi. »
En 1953, Boris Vian chante Le Déserteur :
Monsieur le Président / Je ne veux pas la faire / Je ne suis pas sur terre / Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher / Il faut que je vous dise / Ma décision est prise / Je m’en vais déserter.
Depuis que je suis né / J’ai vu mourir mon père / J’ai vu partir mes frères / Et pleurer mes enfants.
En 1954, commence la Guerre d’Algérie, le 1er novembre, date qui deviendra le Jour de la fête nationale.
En 2011, le roman d’Alexis Jenni, L’Art français de la guerre, évoque La Bataille d’Alger, film (1965) de Gillo Pontecorvo sur la guérilla dans la Casbah d’Alger (1957). La présence d’un char russe prêté par l’Armée de libération nationale algérienne (ALN) fait prendre conscience au narrateur du livre que La Bataille d’Alger est un « film officiel des accords d’Évian » où Algériens du FLN et Français de France « se mettent d’accord pour ne rien dire d’un peuple pied-noir » (p.591).
Brassens, Vian, Jenni décélèbrent les rassemblements patriotiques pour éviter sans doute de nous décérébrer.
Il me faut tout, le langage du Mineiro, du Brésilien, du Portugais, il me faut le latin, peut-être aussi la langue des Esquimaux et des Tartares. Nous avons besoin de mots nouveaux ! (João Guimarães Rosa)
De mon point de vue d’écrivain, « j’écris en présence de toutes les langues du monde », même si je n’en connais qu’une seule. (…) le multilinguisme relève non seulement d’une situation, mais aussi d’une sensibilité nouvelle, liée à ma fréquentation d’une poétique de la mondialité. (Édouard Glissant)
Depuis quelques années, un nouveau domaine de la linguistique s’est développé, que l’on appelle la typologie linguistique. Son but, tel que je le comprends, consiste précisément à rechercher les universaux des langues humaines à travers l’observation fine de leurs différences. (Alexandre François, spécialiste des langues mélanésiennes)
[Dans ma jeunesse, j’ai] baigné dans une marinade de langues. (Hélène Cixous)
(Je le regrette infiniment, mais il est absolument impossible d’expliquer le mot saudade à qui n’est pas de notre langue.) (José Eduardo Agualusa)
Alors, il [le leader suprême] parlait en vociférant. Il parlait sans arrêt. Il parlait et déparlait, les yeux fermés, les bras pleins de geste, la gorge ouverte à la bégaudine des ombres et du vent. Et sa bouche foufouneuse se dévulvait pour éjaculer de temps en temps des flammes joyeuses qui léchaient les toitures et les murs de la ville. Les arabesques multicolores, les rabadaises démagogiques, les souvirames vertigineuses, les maniguettes poivrées et les philorianes explosives doudoulunaient d’ivresse euphorique les habitants des bidonvilles. Repus de la vapeur des mythes, les fornicons n’avaient guère besoin de manger pour vivre dans l’allégresse d’un carnaval perpétuel. Frankétienne, L’Oiseau schizophone.
J’ai écrit en français, parce que je ne connais pas le sango ! (Vassilis Alexakis)
Lire, c’est ingérer une langue peut-être ennemie. (Claro)
Aujourd’hui, c’est la rentrée à Parler en paix, association parisienne qui enseigne lors de la même séance l’arabe et l’hébreu, ou l’hébreu et l’arabe…
الحمد للهהשבח לאל

Boa Sr, était la dernière femme à parler la langue « Bo », des îles d’Andaman et des Îles Nicobar en Inde. (AFP/HO/Alok Das)
Vertigineuse ambition des 3èmes rencontres Sorosoro, mot araki du Vanuatu, qui veut dire « souffle, langue, parole ». Sous l’égide de la Fondation Chirac, cette manifestation se tiendra le 8 décembre prochain à la Maison des Cultures du monde, à Paris.
Aux côtés de trois langues kanak de Nouvelle-Calédonie (le xârâcùù, le xârâgurè et le haméa, ces deux dernières, parlées par seulement quelques centaines de locuteurs, étant sérieusement en danger), d’une langue amérindienne de Guyane (le kali’na), de la langue bô des îles Andaman, dont la dernière locutrice est décédée début 2010, les 3èmes rencontres Sorosoro mettront à l’honneur les langues d’Inde : « Le pays, riche d’une diversité culturelle exceptionnelle, compte 22 langues officielles, 234 langues parlées par plus de 10 000 personnes, et des centaines d’autres de plus faible diffusion. Un recensement populaire est en cours qui déterminera le nombre exact de ces langues, un chiffre qui pourrait porter le nombre des langues d’Inde à plus de 1000 ! »
À noter : c’est Alexandre François, linguiste du CNRS, spécialiste des langues d’Océanie « passionné par la diversité linguistique, ardent défenseur des langues en dangers » qui a donné à l’association l’idée du nom Sorosoro qui est un mot d’origine araki, une autre langue en danger du Vanuatu qu’il a étudiée (seules huit personnes parlent encore la langue couramment ; la centaine d’habitants qui vivent en Araki n’ont aujourd’hui qu’une connaissance passive et parcellaire de la langue.)
À venir, le Forum des langues du monde, le 25/09/11 à Lyon, en présence de l’albanais, allemand, amariq, anglais, arabe littéraire, arabe palestinien, araméen, berbère de Kabylie, berbère touareg (tamasheq), breton, bulgare, catalan, chinois, croate, espagnol, esperanto, fon, français, franco-provençal, grec, hébreu, hongrois, italien, japonais, langue des signes, maltais, néerlandais, occitan, peul, polonais, portugais, roumain, romani, russe, slovène, tchèque, turc…
Écouter Émission « Tout un monde » du 6/09/11 sur France Culture consacrée aux langues de l’Outre-Mer.
Quels sont les mots associés à HOMME ? Bien entendu femme ! Et bien loin dans le classement des associations les plus fréquentes : mâle, humain, garçon, masculin devant bien d’autres encore…
femme 410; mâle 7; humain 5; garçon, masculin 4; animal, être, fort, homme, mec, moi, pénis, singe, vie, viril, Adam, barbe, beau, bête, blanc, bon, couilles, courtiser, d’affaire, destin, d’honneur, espèce, être humain, évolution, femelle, fille, géant, humanité, infidèle, intelligence, jeune, libre, monde, mortel, mystère, ou femme, papa, pilosité, protection, sérénité, sexe, sociable, terre, virilité, vivant, yang 1
Cette liste de mots associés à « homme » est extraite d’un site étonnant, créé par des chercheurs russes. L’Université nationale de recherche de Novossibirsk (Russie) poursuit son projet de création du Trésor des associations lexicales de la Francophonie.
Les données ont été recueillies au cours d’une enquête menée sur Internet du 11 novembre 2008 au 12 décembre 2009.
Chaque interviewé a reçu un questionnaire de 100 mots, choisis au hasard dans une liste de 1100 stimuli. On été réunis 5500 questionnaires de toutes les régions de France, remplis par des étudiants de toutes spécialisations.
L’Université nationale de recherche de Novossibirsk (Russie) poursuit un projet de création du Trésor des associations lexicales de la Francophonie : « La première étape de ce projet, consacrée au français « hexagonal » s’est achevée en 2009. Ce dictionnaire prend place parmi les ouvrages analogues créés selon la méthode élaborée au sein de l’Institut de Linguistique de Moscou : Dictionnaire des associations du russe, des langues slaves, de l’espagnol et autres.
Son objectif est de mettre en évidence les normes associatives des locuteurs actuels du français, ce qui permettra de brosser le portrait de la personnalité langagière française, de la comparer avec celle des locuteurs d’autres langues déjà étudiées de cette façon et de ceux qu’il est prévu d’étudier. La connaissance des associations évoquées par tel ou tel mot est indispensable pour les traducteurs, les lexicographes, les spécialistes en sémantique, en communication interculturelle, ainsi que les psycho-linguistes. »
Si le Dictionnaire des Associations Verbales du français est désormais collecté, le travail ne s’arrête pas là pour autant : il se poursuit par la création du Thésaurus des associations verbales du français et par celle des dictionnaires de ses variantes belge, suisse et canadienne, ainsi que dictionnaires des associations verbales du français d’Afrique. »
Au passage, quels sont les mots associés à FEMME ?
homme 341; beauté 12; enfant 11; fille, mère, sexe 9; belle 8; dame, féminité, seins 6; mari 5; amour, fatale 4; douceur, être, féminin, jolie, vagin 3; avenir, enceinte, enfants, épouse, féminine, forte, libérée, ménage, mûre, sein, sensualité, admirer, aimer, ambigüité, beauté fatale, bébé, blonde, bonne, brune, câline, charme, clitoris, compliqué, côte, courbes, cuisine, délicatesse, désir, douce, doux, égalité, élément, emmerdeuse, enfance, Ève, femelle, féminisme, formes, home, humain, idéale, indépendance, indépendante, intelligence, jupe, madame, Marie, maternité, merveille du monde, moi, monde, Nice, nue, objet, parité, perfection, personne sensible, pétasse, poitrine, reine, respect, robe, rosse, sagesse, séduire, silhouette, subtilité, terre, travailler, utérus, vieille, vierge 1

Dans Lexique nomade 2011, Titre 144 des éditions Christian Bourgois, publié lors des Assises du roman, du 23 au 29 mai, organisées par Le Monde et la Villa Gillet, chaque écrivain invité, a été soumis à la question : « Quel est, pour vous, le mot qui, telle une mèche enflammée, peut mettre le feu à l’imagination, à la pensée, à l’émotion – la vôtre et celle de vos lecteurs ? Le mot que vous emporteriez avec vous, bien caché dans votre poche, si par malheur tous les mots devenaient interdits ou dangereux… »
Rien que l’association de tel auteur avec tel mot, nous émeut, nous intrigue ou nous stupéfait : Impossible pour Étienne Klein, Possible pour Laure Adler, Partir pour Alain Mabanckou, Silence pour Carlos Liscano et… Silences pour Yanick Lahens.

Auteur du roman Le cœur régulier (L’Olivier, 2010), dont la notice du Lexique nous dit qu’il a été lauréat du Goncourt des lycéens, ce qui ne nous avait pas frappé d’évidence (comment telle erreur n’a pas été corrigée, pourrait batailler Mathias Enard, du haut de ses Éléphants ?), Olivier Adam a choisi le mot « Périphérie », dont la déclinaison se révèle à travers ces quelques lignes :
« Nous avons grandi à la périphérie. On ne nous a jamais dit de quoi. On ne nous a jamais dit où était le centre. Et quand nous l’avons découvert nous avons compris qu’il n’était pas pour nous.
(…)
À la périphérie des villes, de nous-mêmes : c’est là que nous avons grandi. La périphérie nous a forgés.
(…)
À la périphérie. Ni dedans ni dehors. Ou les deux à la fois. C’est là que s’est forgée l’écriture. Sa nécessité même. Cesser de se tenir tout au bord. Pour enfin gagner le cœur. Briser la vitre. Revenir au mond. À soi-même. Y venir tout court. Prendre possession.
(…)