A suivre le cahot télé de certaines émissions dites culturelles, on a l’impression quelquefois que le verbe se fait verbiage et recouvre de son bruit le travail littéraire, le texte même, au grand dam des auteurs, embarqués dans on-ne-sait-quelle mascarade tapageuse, comme si le livre n’était qu’un prétexte.
Catégorie / Journalisme culturel
F.F.I. (Frédéric Ferney sur Internet)
Frédéric Ferney est de retour… sur Internet version télé. Le Bateau libre est en ligne. Six numéros pour l’été. C’est un joli rendez-vous de l’intelligence, tant dans les entretiens que dans les chroniques, toutes nécessaires. A retenir notamment celle d’un autre Frédéric… Bonnaud, très convaincant avec Le pont, un effondrement, de Vitaliano Trevisan, » pastiche » nous explique-t-il d’Extinction de Thomas Bernhard, modèle du cahier d’un retour au pays natal, quand ledit pays est une oppression oppressante.
Glanés au passage, ces quelques mots d’un Gérard Genette, qu’on aimerait écouter sur la longueur tellement ces fragments littéraires naviguent au près, remontant le courant par grand vent.
A une question de F.F. sur sa gaîté dans Codicille (suite de Bardadrac), Genette cite Nietzsche tout à trac : » L’essentiel n’est pas d’être drôle mais d’être gai. «
Codille est au fond une » autoblographie « (mot-chimère), et dans la forme, un » bricollage « avec deux « l ».
Genette de préciser : » mot-chimère est un mot-valise (mot que je n’aime pas, que vient faire la valise là dedans ? ), mot-chimère est plus parlant que mot-valise.
A l’entrée » Mots-chimères » de Codicille, p. 190 (Seuil, avril 2009), parmi les dizaines d’exemples, citons » Oasif : Bédouin au repos « .
(Bateau libre n’est pas un mot-chimère.)
Quand un journaliste (littéraire) rencontre un autre journaliste (littéraire)
Disons-le tout net : j’ai bien ri en lisant l’interview – par courriel interposé – du journaliste Patrick Poivre d’Arvor questionné par Didier Fessou. Le premier est l’envoyé spécial de son frère Olivier pour une série d’émissions littéraires d’Arte, Horizons lointains. Le second est aussi journaliste au quotidien québécois Le Soleil. Le premier est venu remettre un prix littéraire. Le second lui pose des questions (normal), avec cet aparté, qui vaut son pesant : » Les erreurs et les imprécisions sont les siennes et non les miennes. « L’ensemble est à lire sur le site du Soleil. C’est du premier ou du second degré ? A chacun de décider. Une lecture gratinée ! A recommander chaudement.
Frankétienne, l’an neuf
Pourquoi » Amours, délices et orgues « , peuvent changer de genre en passant du singulier au pluriel ? Et les avatars qui s’ensuivent… raconte joliment Frankétienne. L’écrivain haïtien est à écouter dans l’émission de Radio Métropole Haïti, Métropolis, du 3 janvier 2009, un entretien du poète avec Nancy Roc, à l’occasion de la sortie de son livre… Amours, délices et orgues.
Bonne année Frank !
Books, un journal international en français pour donner un look à la culture écrite
Un journal culturel international en français :
Saluons le lancement du site Booksmag aujourd’hui, dont le frère papier Books sera en kiosque jeudi, avec pour profession de foi « L’actualité par les livres du monde ». Ce mensuel international apparaît comme un mélange de Courrier international, à la rédaction naguère dirigée par le fondateur de Books, Olivier Postel-Vinay, et du Magazine littéraire.
A remarquer dans Booksmag, la rubrique d’ouverture, Un livre par jour, qui pour cette première est consacrée à l’essai historique de Eric Robert Taylor If we must die, » Les insurrections en mer à l’époque de la traite atlantique « . Ce livre est consacré aux 400 soulèvements qui se sont produits au cours du XVIIIe siècle.
A voir également l’entretien vidéo avec l’excellent Neil Bissoondath, auteur remarqué de Tous ces mondes en elle, sur l’effet Obama…
Entretien avec son fondateur, Olivier Postel-Vinay
Soixante ans cette année, l’ancien rédacteur en chef de Courrier international aux début des années 90, journaliste scientifique, ancien correspondant en Afrique, réalise son rêve. Il nous reçoit chez lui, à Paris, entre Beaubourg et Marais, dans le bureau très éclairé de sa fille, où trônent des dictionnaires de russe.
Pourquoi Books ? » Books est un acte culturel non gratuit. Il y a une crise de la lecture notamment chez les jeunes et une désaffection annoncée pour le livre, mais notre intention est de faire voir l’immense richesse de la production de livres dans le monde entier. Les essais comme les romans peuvent nous éclairer.
Pourquoi un titre en anglais ?Pour remettre le livre à la mode, même chez les jeunes, il fallait lui donner un look, peu importe la langue, ce qui compte c’est le message. Mais l’équipe de journalistes est très attachée à l’écrit.
D’où est venue l’idée de Books ?Elle est née de l’échec répété de ceux qui ont essayé de créer un New York Review ok Books en France. Les Italiens ont essayé avec un magazine où les deux-tiers des articles sont des traductions. Pour notre part, nous allons diversifier les sources.
Que faites-vous de la crise de la lecture chez les jeunes ?En septembre 2006, j’avais fait une enquête pour L’Histoire sur cette question. Il est vrai que la crise de la lecture touche notamment les jeunes et qu’une désaffection est annoncée pour le livre. Une baisse de la lecture des livres chez les étudiants, une tendance qui n’est pas propre à la France. En même temps le livre résiste : les prévisions chez les éditeurs pour 2009 sont plutôt bonnes.
[Dans L’Histoire, l’enquête se concluait ainsi : Notre déploration pourrait alors être pour une part interprétée comme l’expression d’illusions perdues, ou en train de se perdre. Nous avons cru que le grand nombre allait accéder au statut de l’élite. Nous avons cru que le livre était par excellence l’outil de cette révolution culturelle. Nous en avons fait un totem, sans voir qu’il allait faire son chemin dans les supermarchés, côtoyant jeux vidéo, DVD et autres baladeurs. Il faut se rendre à l’évidence : le livre n’est plus un objet sacré. ]
Sur quels fonds repose Books ?
Quand il y a sept ans, j’avais fait un premier tour de piste, avec le même concept, c’était l’incrédulité générale. Début 2007, les mêmes m’ont répondu : » c’est génial « . C’est la preuve qu’il y a quelque chose qui se passe. Concrètement, des patrons d’entreprises moyennes se sont engagés pour m’aider, ils ont mis leur argent personnel. Il n’y a aucun éditeur dans notre capital.
Pour la première année le budget est de 1 million d’euros avec un objectif de 40 000 exemplaires au bout de 4 ans, le point mort étant de 35 000. Le premier numéro est tiré à 80 000 exemplaires. On espère en vendre 25 000.
Books est-il un mixage de Courrier international et du Magazine littéraire ?
Nous visons un lectorat transdisciplinaire, ce qui est un risque aujourd’hui. Nous jouons la carte d’un magazine d’actualité, tous les sujets d’actualité peuvent être éclairés par des bouquins. Nous partons de l’actualité pour aller aux livres et l’inverse également.
Et le site booksmag.fr ?
Le site n’est pas le miroir du journal. Son rythme est quotidien. Exemple avec » Le livre du jour « . Le site représente un investissement de 100 000 euros. Il est conçu pour être autonome. Un site et un journal en même temps parce qu’aucun patron de journal ne peut savoir quelle sera la part du papier journal dans cinq ans.
Comment Books entend participer au débat d’idées ?
Plusieurs signes montrent ce développement du débat d’idées, auquel entend participer Books. Citons nonfiction.fr [qui lance le 28 novembre une version papier] ou La Revue internationale des livres et des idées. Mais l’une des raisons pour lesquellles aucun magazine d’idées n’a duré ou de que des revues ont une diffusion confidentielle, est que tous ont été créés par des gens qui avaient un agenda politique. Cela crée une fermeture, ceux qui adhèrent renforcent leur parti-pris. On ne sort pas du cercle des adhérents. L’ambition de Books est opposée. Notre volonté n’est pas politique au sens de » la politique » mais de participer à la richesse des idées nouvelles. Dans les premières enquêtes avant le lancement du magazine, il est clair que les lecteurs ne nous affectaient pas un positionnement politique. Et ça, c’est très bien.
Books est un journal international ?
Notre souhait est que les francophones non français s’y reconnaissent. » A l’étranger » est un mot banni de Books. C’est un journal international en français.
« Phoque » ou « Fuck », la culture canadienne en deux mots
Découvert ce clip Culture en péril, en consultant le blog de Thomas Spear.
Le gouvernement canadien de Stephen Harper a annoncé le 8 août dernier la « coupure » [en français canadien] de deux programmes de subvention pour la promotion culturelle. Au total, une quinzaine de programmes – pour un montant de 45 millions d’euros – considérés comme désuets et mal utilisés, ont été abandonnés par le gouvernement depuis avril dernier.
Pourtant, investir dans la culture est financièrement rentable. Du moins, c’est le message de la vidéo « Culture en péril » à laquelle ont participé le chanteur Michel Rivard, le comédien Benoit Brière et l’humoriste Stéphane Rousseau.
Ce film tacle au passage les deux « solitudes » linguistiques du Canada, en mettant en scène un dialogue absurde entre des artistes francophones et des fonctionnaires anglophones obtus chargés d’analyser leurs demandes de subventions.
Le buzz monte sur fond de campagne électorale, les élections fédérales étant prévues pour le 14 octobre. (Source : Les Observateurs, site participatif de France 24).
Malaise à America
Au festival America, dans la principale salle, l’auditorium. Deux grands débats, avec une belle affiche et de belles questions. D’abord à 15h30, présenté ainsi dans le programme :
L’Afrique, l’Amérique et nous, avec Ishmael Beah, Uzodinma Iweala, Dinaw Mengestu, Chimamanda Ngozi Adichie
» Longtemps, les seuls Africains arrivant en Amérique du Nord ont été des esclaves. Depuis la décolonisation, l’Afrique est confrontée à de nombreux maux : génocide, guerre civile, famine, révolution, dictature… Aujourd’hui, il faut absolument aider au développement et à la stabilité de ce continent. Depuis quelques années, les littératures occidentales et notamment américaines résonnent de voix africaines qui sont essentielles pour l’avenir. »
On ne s’ennuie pas, même si ça ronronne un peu. Il y a quand même cette belle question, adressée à chaque participants, nés en Ethipie, au Nigeria, ou au Sierra Leone : » A défaut des Etats-Unis, quel serait pour vous écrivains, le modèle du pays de demain ? «
Puis à 17h00, la question raciale…America nous propose ainsi :
USA : Black is Beautiful. La question raciale existe-t-elle encore ? avec Percival Everett, Eddy Harris, Colson Whitehead, John Edgar Wideman
» 2008 voit le premier candidat noir investi par le parti démocrate ou peut-être tout simplement le premier président noir des Etats-Unis. Mais le destin de Barack Obama ne saurait masquer le fait qu’une large partie de la communauté noire est toujours exclue du rêve américain. Quarante ans après Martin Luther King et Malcolm X, peut-on aujourd’hui dialoguer, comme le souhaite Obama, sur la question raciale ? Des écrivains tentent d’y répondre à travers leurs œuvres. »

Quatre écrivains, deux interprètes, une journaliste-animatrice. La question-titre est pourtant claire. Mais le débat tourne à l’aigre. Les invités ne veulent pas être enfermés dans la question raciale. Ils sont d’abord écrivains. C’est vrai que ceux qui ne les auraient pas lu ne sauront pas grand chose de leur livres. Il y a des débats comme ça qui n’arrivent pas à décoller. Harris a bien essayé de dire qu’habituellement il était le plus drôle. Wideman de dire – en français – qu’il était » beau « . » Black is beautiful « , n’est-ce pas ?
Un moment, Whitehead confesse qu’avant de publier il était très admiratif de Wideman, mais que jamais il n’aurait imaginé être sur le même plateau que lui.
On aurait bien aimé que l’échange s’installe, entre l’ancien et le benjamin. Non, rien. Rien de rien.

Arrivent les questions du public. D’abord une intervention plutôt qu’une question, pour dire une admiration pour L’effacement de Percival Everett… Une autre intervenante a détaillé combien une émission littéraire récente renvoyait un écrivain américain blanc à sa condition de citoyen, au contraire d’un écrivain noir, renvoyé à sa condition de Noir.
Bref, on a tourné en rond. C’est d’autant plus dommage que les livres, eux, valent le coup.

Et puis cette question, absolument légitime, une femme dans le public : » Comment les Américains ont-il réagi à la décision de la cour d’appel fédérale américaine d’annuler la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal ? « . Stupeur, les écrivains sur scène, les traducteurs demandent de préciser qui étaient Abu-Jamal… La femme-dans-le-public repose sa question en expliquant qui était Abu-Jamal, un journaliste et militant afro-américain, condamné en 1982 à la peine de mort pour le meutre d’un policier à Philadelphie.

John Edgar Wideman explique qu’il est du même Etat qu’Abu-Jamal. Les autres invités ne disent rien, comme s’ils ne connaissaient pas celui qui est devenu le symbole des rapports entre la police, la justice et les Noirs américains.
On ne saura pas comment les Américains ont réagi à la décision de la cour d’appel fédérale américaine d’annuler la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal, pour vice de procédure, mais de maintenir sa culpabilité dans le meutre.
Ça tourne vraiment en rond. Je prends la tangente.
L’arc-Boutang de la culture à la télé s’en est allé

Triste nouvelle : le réalisateur et producteur Pierre-André Boutang, un des membres fondateurs d’Arte est mort mercredi au cours d’une baignade en Corse, à l’âge de 71 ans. Sa spécialité : les portraits des grands du monde de la pensée et de l’art.
On avait pu apprécier sa finesse et sa curiosité, son questionnement intelligent le 6 août, il y a peu encore, lors de la rediffusion du film Alexandre Soljenitsyne, le combat d’un homme.
Pierre-André Boutang, qui était le fils du philosophe Pierre Boutang, avait créé en 1987 «Océanique» pour FR3 (devenue France 3) et était l’auteur de la série « Mémoires du XXè siècle », avec notamment des portraits de Gilles Deleuze et Pierre Vidal-Naquet. Appelé par l’historien Georges Duby au sein de la Sept, la chaîne de télévision devenue ensuite Arte, il avait été nommé directeur délégué aux programmes en 1990 auprès de Jérôme Clément.
Parmi ses documentaires diffusés sur Arte figurent « L’abécédaire de Gilles Deleuze » (voir la vidéo), « 13 journées dans la vie de Picasso », « Mao, une histoire chinoise » et dernièrement « Jeanne M », portrait de Jeanne Moreau. Sa dernière oeuvre, « Claude Levi-Strauss par lui-même », sera diffusée sur Arte le 27 novembre.
La chaîne va lui rendre hommage les samedis 23 et 30 août dans le magazine culturel « Métropolis » à 20H15. Pierre-André Boutang avait été rédacteur en chef de cette émission culturelle de 1995 à 2006. Arte rediffusera par ailleurs « 13 journées dans la vie de Picasso » samedi 23 août à 22H45.
On lira avec profit le beau papier que consacre Antoine Perraud à l’homme à la voix « d’ogre débonnaire « , dans Médiapart .
Ferney et Fabula, littérature finie et lecteurs affamés
L’époque n’est pas qu’épique, elle est à la désespérance littéraire. Impuissance ou pouvoir ? se demandait-on ici il y a quelques jours. Le même site de Fabula nous invite aujourd’hui à réfléchir pour un prochain numéro de LHT (Littérature Histoire Théorie) au thème » Tombeaux pour la littérature : histoire et rhétorique d’un genre critique « .
Richard Millet stigmatise le Désenchantement de la littérature, Enrique Vila-Matas fait des figures de Bartleby ou de Lord Chandos des modèles, Lionel Ruffel pense notre époque comme Dénouement, William Marx comme Adieu à la littérature, Antoine Compagnon fait le constat d’un « épuisement » de l’espace littéraire que, dans un essai sous-titré La Fin de la littérature, Dominique Maingueneau dénonce avec virulence…
Tombeaux… avec ces questions : » A quoi bon ces récits ? Pourquoi vouloir voir mourir la littérature ? De quoi les antiennes sur la fin de la littérature sont, sur le plan critique comme sur le plan poétique, la possibilité ? « , se demande Alexandre Gefen.
Que des émissions littéraires disparaissent comme l’emblématique Bateau livre de Frédéric Ferney, inlassable interviewer à l’intelligence fine et gourmande, c’est une chose, pas anodine du tout, que les colloques résonnent aussi d’un écho d’une certaine fin, c’est plein d’espoir tout ça…
A cette fin, les lecteurs opposeront toujours leur faim.
Longue vie à Dakar Bondy Blog !
Dakar Bondy Blog … Une vingtaine d’étudiants en journalisme du CESTI (Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information) de Dakar viennent d’ouvrir le blog, aidés par quatre professeurs et par Serge Michel et Nordine Nabili, responsables du Bondy Blog .
» Notre première mission est de couvrir tous les événements liés à la remise du prix Albert Londres à Dakar le 10 mai 2008. Une première en Afrique. Mais comme notre blog démarre avant la remise du prix, et que nous allons le continuer bien après le retour des membres du jury à Paris, nous allons aussi raconter Dakar et le Sénégal à notre façon, avec la liberté de ton et la subjectivité que permettent les blogs. «
